BATAILLE DE DENAIN
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La France, épuisée d'hommes et d'argent, était dans la consternation.
T.£s esprits ne se rassuraient point par les conférences d'Utrecht, que l^es succès du prince Eugène pouvaient rendre infructueuses. Déjà même des détachements considérables avaient ravagé une partie de la Champagne, et pénétré jusqu'aux portes de Reims.
Déjà l'alarme était à Versailles comme dans le reste du royaume. Il fut agité si le roi se retirerait à Chambord sur la Loire. Il dit au maréchal d'Harcourt, qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblesse de son royaume, qu'il la conduirait à l'ennemi malgré son âge de 74 ans , et qu'il périrait à la tète.
Une faute que fit le prince Eugène délivra le roi et la France de tant d'inquiétudes. On prétend que ses lignes étaient trop étendues; que ie dépôt de ses magasins , dans Marchiennes , était trop éloigné ; que le général Albemarie, posté à Denain , entre Marchiennes et le camp du prince, n'étail pas à portée d'être secouru assez tôt s'il était attaqué. Ceux qui savent qu'un curé et un conseiller de Douai nommé Le Fèvre d'Orval , se promenant ensemble vers ces quartiers, imaginèrent les premiers qu'on pouvait aisément attaquer Denain et Marchiennes, serviront mieux à prouver par quels secrets et faibles ressorts les grandes affaires de ce monde sont souvent dirigées. Le Fèvre
donna son avis à l'intendant de la province, celui-ci au maréchal de Msntesquiou, qui commandait sous le maréchal de Villars; le général l'approuva et l'exécuta. Cette action fut en effet le salut de la France, plus encore que la paix avec l'Angleterre. Le maréchal de Vîllars donne le change au prince Eugène: un corps de dragons s'avance à la vue du camp ennemi , comme si on se préparait à l'attaquer; et, tandis que les dragons se retirent ensuite vers Guise, le maréchal marche à Denain ave«' son armée sur cinq colonnes, a4 juillet J712. On força les retranchements du général Albemarle, défendus par dix-sept halaillons; tout est tué ou pris, le général se rend prisonnier avec deux princes de Nassau, un prince de Holstein, un prince d'Anhalt, et tous les officiers. Le prince Eugène arrive à la hâte, mais à la lîn de l'action , avec ce qu'il peut amener de troupes ; il veut attaquer un pont qui conduisait ■à Denain et dont les Français étaient maîtres ; il y perd du monde et retourne à son camp , après avoir été témoin de cette défaite.
Tous les postes vers Marchiennes le long de la Scarpe, sont emportés l'un après l'autre avec rapidité ( 3o juillet 1712 )■ On pousse à Marchiennes, défendue par quatre mille hommes, on en presse le siège avec tant de vivacité, qu'au bout de trois jours on les fait prisonniers et qu'on se rend maître de toutes les munitions de guerre et de bouche amassées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la supériorité est du côté du maréchal de Villars , septembre et octobre 1712. L'ennemi déconcerté lève le siège de Landrecies, et voit reprendre Douai, Le Quesnoy, Bouchain. Les frontières sont en sûreté. L'année du prince Eugène se retire, diminuée de près de cinquante bataillons, dont quarante furent pris, depuis le combat de Denain jusqu'à la fin de la campagne. La victoire la plus signalée n'aurait pas produit de plus grands avantages. ( Voltaire, Siècfe de Louis Xjy.)