‹ Musée de VersaillesChapitre 50 sur 59 · LOUIS XV ENFANT · texte numérisé non relu

LOUIS XV ENFANT

Au roi, pour qui le nom de majesté semblait avoir été créé, au grand Louis XIV, succédait un enfant de cinq ans, le fils du vertueux élève de Fénélon,

Né à Fontainebleau , le 1 5 février 1 7 lo ; il porta d'abord le titre de duc d<* Bretagne, et fut déclaré roi le i" septembre i^iS. Doué de tous les dons extérieurs, il surpassait son glorieux aïeul par la* beauté de ses traits, et l'égalait presque en dignité. Des circonstimces iatale's à sa famille et au bonheur de la France, l'avaient rendu, dès ses plus tendres années, l'espoir et l'amour de la nation. Après la mort presque simultanée de sa mère, de son père et de son frère aîné , et. là maladie dont lui-même avait été attaqué, on voulait voir une sorte de miracle dans sa conservation^ Quoique la vie de ce jeune prince semblât im- témoignage sufiisatit pour confondre les atroces calomnies qu'on répandait contre le duc d'Orléans,. les alarmes subsistèrent jusqu'à ce qu'il fût parvenu à l'âge de la majorité. Il y toudiait, lorsqu'une nouvelle maladie l'atteignit encore, et révçilla les soupçons, les terreurs. C'était à l'époque où une banqueroute de l'État venait de guérir la nation de sa folle et crédule confiance dans les promesses d'un aventurier, homme de génie, que protégeait le régent. Le ressentiment public favorisait la calomnie. On désespérait , ou l'on affectait de désespérer du monarque enfant. Une saignée qu'ordonna courageusement Helvétius , contre l'avis des autres médecins , sauva ses jours. Cette nouvelle fut reçue avec transport. Chacun voulait s'assurer par ses yeux de cette guérison. !.« duc d'Orléans, heureux de voir la plus cruelle méchanceté encore une fois confondue, présenta le jeune roi au peuple. L'allégresse publique se manifesta pendant plusieurs jours, et fut signalée par des banquets de famille que chacun prenait devant sa porte , à la faveur des belles nuits d'été.

Cet enfant chéri, le voilk roi. Le sacre (ao octobre 1722) a précédé de quelques mois la déclaration de sa majorité (19 février ly^S). Roi de fait à treize ans, roi de la tête aux pieds: qu'il est beau! qu'il est noble! rien ne manque à son costume , ni la main de justice , ni l'épée à deux tranchans , ni la couronne de Charlemagne , ni le manteau fleurdelisé ; le cérémonial a tout prévu, tout, excepté les variations de la tutelle, depuis le cardinal Fleury jusqu'au dernier ministre, ou pour mieux dire jusqu'au maître absolu du vieil enfant gâté, la Dubarry ; car le sceptre tombera en quenouille. L'expression est encore trop relevée, mieux vaut celle qui chiffre les règnes successifs des cotillons. Le prince bien-aimé , l'idole de la France, le héros de Fontenoy ne va vivre que pour soi ; il niera la probité , il niera l'honneur, et s'il vient à prévoir l'orage qui gronde sur la France, il s'enveloppera de son égoïsme , et se retranchera derrière le marbre froid de Saint-Denis. La Pologne est partagée ; qu'importe ? le roi se contente de dire: Si Choiseul eût été ici, le partage n'aurait pas eu lieu. Saute, Choiseul! saute, Praslin! Les deux oranges de la favorite avaient décidé le roi à un coup d'État, et le chancelier Maupeou était ainsi parvenu au ministère. Au mal moral de cette époque de dissolution , se joint la plaie matérielle de la misère publique et du délabrement des finances , et Louis , dans son apathie insouciante, aimera mieux la laisser s'envenimer, que d'imposer , pour la guérir, des efforts à son indolence, des sacrifices à son luxe et à ses plaisirs. 11 rendra la royauté méprisable par ses scandales , odieuse par ses dilapidations dévorantes, et par les coups d'Etat d'un despotisme sans gloire et sans prestige-, et quand enfin, après un régne de cinquante-neuf ans, il meurt dans sa soixantequatrième année ( lo mai 1774)» ce n'est point la haine qui prend place au cortège funèbre ; c'est le dégoût. Le peuple et le roi, quel que puisse être le roi, sont bien loin l'un de l'autre; et l'opinion, qui n'en est qu'à la satire, au philosopbisrae et aux théories , va prendre conscience de sa force , et abattre pour construire.

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