‹ Musée de VersaillesChapitre 54 sur 59 · LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LOUIS XVI

Louis XVI, second fils de Louis, dauphin de France, et de Marie-Josèphe de Saxe, naquit à Versailles le a3 août 1754. Les prédiseurs du passé diront que le courrier qui portait à Choisy , où se trouvait la cour, la nouvelle de l'accouchement, mourut d'une chute de cheval, avant d'avoir accompli sa mission; que, lors de la mort de son père, en 1765, le jeune Louis se prit à pleurer amèrement, en entendant crier : « Place à Monsieur le dauphin; » qu'en 1770, les fêtes de son mariage avec Marie-Antoinette coûtèrent la vie à un grand nombre de spectateurs; qu'au jour de son couronnement à Rheims, il porta la main à la couronne posée sur sa tête, en disant : « Elle me gène, » comme Henri III avait dit : « Elle me pique. >> La fatalité n'est point dans ces petits accessoires de détail ; elle est dans les circonstances qui précèdent l'avènement de Louis (r6 mai 1774); elle est dans les malheurs des dernières années de Louis XIV; elle est dans l'application maladroite du système de Law; dans l'incurie égoïste de Louis XV; dans l'amour aveugle des théories nouvelles; dans les inconséquences de la noblesse qui se démonétise; dans la résistance factieuse du Parlement, qui outre son rôle politique; dans les mécomptes de la bourgeoisie, qui se sent et se sépare du moi raya}; enfin dans la société tout entière, dont les éléments hétérogènes ne permettent plus l'harmonie. Tout va être imprévu, et dans les exigences des gouvernés, et dans les concessions du gouvernant. Une triste vérité doit jaillir de ce conflit: c'est que la vertu , dans un roi, fournit une belle page à la biographie, mais n'excuse pas les fautes qu'enregistre l'histoire.

Les commencements du règne furent brillants. Le jeune roi remit au peuple

le droit de joyeux avènement , établit pour Paris le Mont-de-Piété et la Caisse d'escompte, assura te paiement des rentes sur llIàtel-de-Vitle, abolît les corvées et les restes de servitude territoriale, et supprima la torture; puis il s'entoura de conseillers disgraciés sous le dernier règne, ou désigna par l'opinion publique: le spirituel MaurepasjTurgot, homme de bien, maisà vues étroites; le vertueux Malesherbes; le systématique Necker, qui basait son administration sur l'emprunt. En même temps, il proclame l'indépendance de l'Amérique. Mais rien ne lui réussit, pas même la victoire. Les succès de Suffren n'eurent guère que l'intérêt d'un épisode. L'expédition de Rochambeau et les armements de marine épuisèrent le trésor ; Necker ne parvenait plus à balancer la recette et la dépense. Son successeur Calonne, bomme de cour, convoque une assemblée de notables , qui ne sut remédier à rien. Le cardinal de Brienne proposa l'impôt du timbre, dont l'enregistrement fut refusé par te Parlement.

Alors une voix inconnue demande les états-généraux, et l'entbousiasme fut si grand, à cette sorte de révélation, qu'il fallut les convoquer pour le i**^ mai 1789. Les trois ordres arrivent donc à Versailles, et, dès le premier jour, leurs intérêts se divisent; la noblesse et le haut clergé font cause commune, le tiers-état affile dans son sein le bas clergé, et se constitue à part , sous le nom d'Assemblée Nationale. Dès lors les événements se pressent ; la Bastille tombe, dans un jour d'émeute; la nuit du 5 au ^ octobre montre dans tout ce qu'elle a de hideux la haine du peuple contre Marie- Antoinette, déclarée l'instigatrice des complots anti-nationaux. Xxiuis XVI, ballotté entre les avis de cour et les conseils des modérés , s'adresse aux souverains étrangers et jure la constitution. L'insuccès de la fuite de Varennes donne le coup de mort à la royauté, que l'on achève dans les journées du ao juin et du 10 août. La déchéance est prononcée; Louis est enfernké au Temple; et c'est quand son rôle politique est fini, qu'il devient grand de toute la di^té du malbeor et de la résignation.

C'est là qu'il était beau à peindre , et non avec ces ornements royaux qu'il a laissé tomber pièce à pièce, lui qui a substitué à la couronne le bonnet sanglant de là liberté, loi enfin dont l'image, telle qu'elle se présente aux yeux de tous, n'est qu'une tête séparée du tronc dont le pendant est celle de Charles I"" d'Angleterre.

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