‹ Musée de VersaillesChapitre 55 sur 59 · COMBAT NAVAL D'OUESSANT · texte numérisé non relu

COMBAT NAVAL D'OUESSANT

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L'Angleterre, obligée de battre monnaie quand même pour couvrir les irais de la guerre de trente ans, voulut étendre son régime Bscal sur ses colonies de l'Amérique septentrionale. Mais celles-ci accueillirent mal les prétentionsdeiamétropole. La révolte éclateà Boston, et, gagnant de proche en proche , devient universelle. Les provinces se coalisent et forment un comité général sous le nom de Convention, qui prend en main le pouvoir. Bientôt Benjamin Franklin , déjà connu dans le monde savant par ses inventions en physique, vient à Paris en qualité d'envoyé delà nouvelle république, et son arrivée produit une sensation profonde. On semblait voir en lui la réalisation vivante des utopies philosophiques. Les sympathies de la foule , qui se pressait partout sur ses pas, ne se trahissaient pas seulement par de vaines démonstrations. D'immenses approvisionnements d'armes et de munitions se faisaient dans nos ports au compte des insurgés , et le gouvernement fermait bénévolement les yeux. Puis un essaim de jeunes enthousiastes, sortis la plupart des rangs de la noblesse , s'échappe sans mystère de la cour et des armées pour aller mettre leur épée au service de la république américaine.

Louis XVI les laissa faire, subjugué lui-même, ou peut-être intimidé par cet élan de l'opinion. A la fin , il se mit aussi de la partie , non sans avoir tergiversé longtemps , et envoya à New-York une flotte de douze vaisseaux de ligne, commandée par le comte d'Estaing. Les dernières guerres avaient fait à la marine anglaise une réputation d'invincible; le combat d'Ouessant (a8 juillet 1778) ranime tout à coup l'ardeur nationale. Trente vaisseaux de ligne de part et d'autre se mesurèrent sous les ordres du comte d'Orvilliers pour la France , et de l'amiral Keppel pour l'Angleterre ; et après une jour-

née entière de combat, tous furent contraints de se retirer respectivement dans leurs ports pour se radouber, sans qu'il y eût perte d'un seul vaisseau d'aucun côté. Ce fut pour les Français l'équivalent d'une victoire, par la confiance qu'elle leur rendit dans cette lutte contre un ennemi habile sans doute, mais dont on exagérait trop peut-être la force et la capacité pour pouvoir les conire-balancer avec avantage ; les Anglais , au contraire , regardèrent l'issue de ce combat comme une défaite , par la certitude qu'ils eurent d'avoir trouvé enfin des égaux dans leur art. Le duc de Chartres (père du roi Louis- Philippe) assistait à ce combat et y commandait l'arrièregarde , assisté du brave Duchafiaut. La conduite du prince a été diversement jugée , si l'on s'en rapporte au texte officiel ; on lit dans un rapport adressé par le ministre de la marine au duc de Penthièvre , grand-amiral de France : u M. d'Orvillicrs a donné des preuves de la plus grande habileté ; M. le duc « de Chartres , d'un courage froid et tranquille , et d'une présence d'esprit n étonnante. Sept gros vaisseaux , dont un à trois ponts , ont successivement n combattu celui de M. le duc de Chartres, quia répondu avec la plus grande a vigueur quoique privé de sa batterie basse. > D'autres , au contraire, ont écrit pour contester ce que le rapport officiel publiait sur la bravoure et la présence d'esprit du vainqueur des Anglais, et répandirent une foule de pamphlets et d'épigrammes pour changer en huées l'enthousiasme des partisans du prince et l'espèce de triomphe qui lui fut décerné lors de son retour à Versailles. L'opinion qui est restée porterait à laisser croire que sa conduite irrésolue durant le combat priva l'armée d'une victoire qu'elle devait espérer; et la cour peu de temps après l' éloigna du service de mer en le gratifiant de la charge de colonel -général des hussards, charge qui lui fut donnée en échange de ses droits à la survivance de grand-amiral.

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