‹ Musée de VersaillesChapitre 57 sur 59 · SEGUR · texte numérisé non relu

SEGUR

Ségur ( Philipp&'llenri, marquis de], maréchal de France, né le so janvier 1 7^4 , d'une femille noble, anciemie et militaire, établie depuis longtemps en Périgord. Comme elle avait professé et conservé de l'attadiement'pour la relig;ion protestante,, elle eut beaucoup à 'souffrir dans les guerres civiles, et ne participa pas aux grâces quq la cour répandit sur les cathc^iques. H servit avec distinction dans les guerrçsde Bohême et dllalie, sous les auspices de son p&re , lieutenant-général , qui eoinmandait un corps d'armée. A la bataille de Raucoiu, en i 'j^6 , il reçut liri coup de"fusil qui lui perça la poitrine de part en part; la balle ne put sortir qu'au moyeii -d'une' opération plus cruelleque la blessure même. L'année suivante , à Laufeld , faisant pour la quatrième fois une charge à outrance à la tète de son régiment , il eut le bras fracassé ; et comme il craignait que sa retraite ife ralentît l'ardeur de ses soldats, il continua de commander, força les relranchemens,ne quitta son poste qu'après la victoire, et se soumit alors aune douloureuse amputation. Le roi, informé de cette action dit au père du héros: « Des hommes tels que votre fils mériteraient H d'être invulnérables.» Nommé successivement maréchal-de-camp et lieutenantgénéral, il sauva à Varburg un corps d'armée, et ramena au duc de Brissac , près de Minden , dix mille hommes d'in&nterie que celui-ci croyait perdus , et qui avaient combattu pendant cinq heures contre trente mille hommes , sans être entamés. A Clostercamp, il reçut un coup de baïonnette à la gorge, un coup de sabre à la tête, et fut fait prisonnier après une résistance désespérée. A la paix , il fut fait inspecteur , et ensuite commandant de la FranchoComté , à une époque où la plus grande discussion régnait entre le ministère et les parlements, et entre le militaire et la bourgeoisie: sa justice, son esprit conciliant et sa franchise , parvinrent à ramener la tranquillité.

Appelé en 1 781 , par Louis XVI , au ministère de la guerre, et élevé au grade de maréchal de France , il rétablit la discipline dans les corps et l'ordre dans les dépenses; c'est à lui que les soldats durent le bienfait de n'être plus entassés trois dans le même lit. Son ordonnance sur les hôpitaux , modèle parfeit en ce genre , prouve à quel point il s'occupait de tout régénérer dans cette partie trop long-temps négligée du régime militaire. C'est encore à lui que l'on doit la création de l'état-major de l'armée. Des services aussi importants ne doivent cependant pas faire oublier que c'est pendant son ministère que fiit rendue cette ordonnance si injuste, si impolitique et si intempestive, qui attribuait à la noblesse seule les emplois d'officiers dans l'armée ; elle lut sans contredit le signal des soulèvements qui eurent lieu dans l'armée au commencement de la révolution. M. le comte de Ségur, son fils , dans ses Mémoires , après avoir reconnu l'inconvenance et les résultats funestes de cette ordonnance, déclare positivement qu'elle fut rendue par la majorité du conseil et contre l'avis du ministre de la guerre.

Le maréchal de Ségur quitta le ministère lorsque l'intrigue s'empara des conseils sous les auspices du cardinal de Loménie. Depuis ce moment, il vécut obscur et paisible dans le sein de sa famille. La révolution lui ravit toute sa fortune, qui consistait en une pension du roi ; elle le dépouilla de ses grades et de ses ordres , qu'il avait payés de son sang. A soixante^x ans , pauvre , infirme , privé d'un bras et tourmenté de la goutte qui lui laissait peu de reiftche, il fut jeté dans un cachot, avec défense d'y recevoir les soins de ses en&nts et même le secours d'un domestique. L'écha&ud se fit faute de cette noble tête ; le maréchal échappa et mourut à Paris le 8 octobre 1 80 r , âgé de soixante^lix-huit ans.

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