BATAILLE DE BOUVINES
KnasKiiaT mi4,.
Tant que la famille de Capet s'était fortifiée obsciirénient et sans bruit, personne n'avait songé à elle; il n'en fut pasde même quand on la vit grandir tout-à-coup de moitié , attirer à elle tout l'Ouest de la France et de là menacer l'Angleterre, tandis queses vassaux reculaientparleursconquètes sa domination de la Loire à la Méditerranée. Alors l'attention des peuples se fixa sur elle , et dans ta réaction qui eut lieu contre cet agrandissement subit, la première pensée de ses ennemis fut de l'étouffer. Mais Philippe sut défendre ce qu'il avait fait. Déjà l'invasion commençait sur deux points à la fois ; Jean débarqué dans le Poitou avait réuni d'anciens serviteurs autour de lui, et s'avançait vers le cœur du royaume ; et en même temps débouchait au Nord la grande armée des Allemands et des Flamands , forte de cent mille hommes. Philippe, sans s'intimider, envoie son fils Louis avec une armée contre le roi d'Angleterre, qui recule jusqu'à ses vaisseaux; et lui-même, entouré de ses barons et des milices communales, il s'avance intrépidement devant Otlion, dont l'armée était double de la sienne. Ce fut à Bouvines, petit village des environs de Lille, que les deux princesse rencontrèrent: on fit halte de part et d'autre, et comme le jour baissait déjà , on remit la partie au lendemain.
Au lever du jour l'armée ^ançaise fut sur pied, et se présenta en bataille rangée devant le camp ennemi. Rien ne bougea, et quelques heures s'étant passées dans cette attente, elle s'imagina que la bataille n'aurait pas encore lieu ce jour-là. On était au mois de juillet; Philippe, accablé de chaleur et de fatigue (il avait alors cinquante ans, et les rois capétiens vieillissaient vite).
s'était désarmé, et se délassait couché à l'ombre d'un grand chêne; tout-àcoup les bataillons allemands s'ébranlent et fondent sur les Français. Les chevaliers reprennent k la hâte leurs armnres, pendant que les hommes des communes soutenaient bravement le choc , et ce premier moment de surprise passé , le combat se poussa avec un acharnement incroyable. Philippe s'était jeté dans la mêlée et combattait avec la force et l'activité d'un jeune homme; atteint au gorgerin par un fantassin allemand d'une de ces piques à crochets qui rappelaient l'antique framée des Germains, il fut entraîné à terre, et déjà les chevaux l'avaient foulé aux pieds ; ce fut à grand'peine qu'on parvint à te dégager. De son côté Othon payait aussi de sa personne : un vieux chevalier de Philippe, Guillaume des Barres, qui s'était rendu autrefois fameux dans la croisade de Richard, lui passa ses bras autour du corps, et, aidé de ses compagnons , fut sur le point de le faire prisonnier. Othon leur échappa grâce à la force de son cheval, et s'enfuit au grand galop, leur laissant l'aigle impériale avec le fastueux chariot qui la portait. Sa (iiite fut le signal de sa défaite ; en quelques instans les impériaux étaient en pleine déroute,et Philippe vainqueur, agenouillé sur le champ de bataille, faisait vœu d'élever une abbaye, qu'il fonda depuis sous te nom d'abbaye de la Victoire.
I^ journée de Bouvines est une grande journée dans notre histoire. C'est la première grande bataille livrée par des Français; c'est la première fois que le peuple fait preuve en grand de sa force, et commence à compter pour quelque chose dans les destinées nationales; en6n la victoire de Philippe consacrait à jamais le progrès immense qu'avait fait sous lui la royauté, et donnait une terrible leçon pour l'avenir à ta féodalité, s'il lui prenait désormais fantaisie de se rebeller.
SAINT LOUTS
La restitution du Périgord , du Limousin, de l'Agenais, de la Saintonge el du Qiiercy est un fait inoui dans l'histoire. On ne revient guère sur le droit d'une conquête quand elle est terminée , surtout quand elle date de plus d'un demi-siècle. Aussi ce sacrifice .des intérêts matériels à l'intérêt de conscience est-il incompris dès qu'on érige en principe que la vertu n'est pas de mise en politique. Henri III qui, tout en profitant des scrupules des autres, en avait peu pour lui-même, discutait sans cesse à ses barons les droits que leur avait donnés Jean-.Sans-Terre et que lui-même avait confirmée plusieurs fois. Irrités de sa mauvaise foi, ils se soulevèrent enfin, et sous la conduite d'un fils du fameux Simon de Montfort, ib avaient déjà commencé la guerre, quand on convint de s'en rapporter à saint Louis. Quelques années avant on avait vu l'empire et la papauté , Grégoire IX et Frédéric II , établir le nouveau Salomon arbitï-e de leurs querelles ; cette fois encore sa voix impartiale fiit impuissante devant les haines passionnées des partis , et la sentence qu'il rendit n'eut pour résultat que de faire honneur à sa justice et à son bon sens. Trois années après, Louis IX sanctionne ce qu'il ne peut empêcher, et voilà son frère Charles d'Anjou , roi de Naples et de Sicile par le fait de la volonté d'Urbain IV. Mais une si chétive proie ne suffit pas à Charles, et de la pointe de la Sicile il jetait des yeux avides sur les contrées de l'ancienne Carthage. Louis IX ne se doute pas que sa piété est à la remorque de l'ambition , et il part déjà malade au milieu des lamentations et des larmes de ses sujets qui tremblaient de ne plus le revoir. Ils ne se trompaient pas. La peste, après quelques essais sur le commun des martyrs, s'attaque au roi et à sa famille. Louis, se sentant mourir, ordonna qu'on l'étendit sur la cendre, et il était là
faisant ses adieux à ses serviteurs et adressant à son fils ces belles paroles que tout le monde sait par cœur, lorsqu'un homme, que .personne n'attendait plus, parut tout-à-coup devant lui. C'était Charles d'Anjou , dontladétestable politique avait envoyé le saint Roi à Tunis pour y mourir, ;i 5 aoiit layo.
Ce n'était pas assez pour la royauté capétienne d'avoir reconquis ses droits à la pointe de l'épée, et de s'être faite puissance territoriale, il fallait pour consacrer son triomphe, qu'un homme doué d'assez de qualités, d'assez de vertus pour être un saint, sans cesser d'être un grand roi, vînt lui donner quelque chose de Feligieux et de sacré, et lui gagnât l'amour de l'Église et du peuple, qui, jusqu'alors, ne l'avaient servie que par intérêt. Tel fut le rôle sublime qui échut à saint Louis , et c'est pour cela que son nom est demeuré dans l'histoire entouré d'une glorieuse auréole , c'est pour cela que Voltaire s'est prosterné à deux genoux devant l'imposante figure du saint roi et a laissé tomber de sa plume un chapitre d'admiration et presque d'amour qui se trouve ilans V Essai sur les Mœurs, comme par enchantement au milieu de tant de fiel et de dérision. Quand Louis XVI se trouva devant le bourreau , le ministre de Dieu chargé d'adoucir cet horrible moment leva la main et dît : Fils de saint Louis, montez au ciel l
i33ti. Lerègne qui devait laisser de si profondes traces dans l'histoire, commença par de cruels embarras ; mais la régente. Blanche de Castille, mène à bonne fin la guerre avec les seigneurs qui en étaient venus à contester la double légitimité de la naissance et du sacre. Enguerrand de Coucy en fut pour ses frais de manteau fleurdelisé, et ce grand effort de la féodalité ne tourna qu'à sa confusion. La Bretagne, dans la personne de son duc turbulent, s'humilie aux pieds du jeune roi , que son mariage avec Marguerite de Provence rendit l'arbitre des intérêts féodaux tant au Nord qu'au Midi. Vienne maintenant l'Angleterre avec sa vieille haine , le roi est majeur , et il achève à Saintes par ime bataille ce qu'il a si noblement commencé à Tailleboui^ par un coup d'éclat. Il y avait long-temps que la France n'avait eu un tel souverain. Aussi fut-ce un deuil universel par toutes ses provinces quand en l'année i a44 s'y répandit le bruit sinistre que le bon roi Louis IX venait d'expirer. Contre tout espoir il revient à la vie, mais c'est sur la tombe du Sauveur qu'il veut faire entendre l'hymne de la reconnaissance, et la croisade est publiée : croisade toute personnelle, dont la proclamation en Europe n'eut pas d'écho et dont l'histoire n'est que la biographie merveilleuse d'un saint aventureux.
ET 1D'U]5 KEniATiT lA JUSTICE.