‹ Musée de VersaillesChapitre 8 sur 59 · SOUS LE CHÊNE DE VINCENNES · texte numérisé non relu

SOUS LE CHÊNE DE VINCENNES

Le souvenir du chêne de Vincennes est un des plus populaires de notre histoire; et, sans contredit, c'est un de ceux qui ont le mieux servi les intérêts de ce qu'on appelait la monarchie française. Laissons parler Joinville, acteur lui-même dans ces scènes patriarcales, que rend plus touchantes encore le voisinage turbulent des légistes de Philippe-le-Bel.

« Lorsque le sire de Nesle , le bon comte de Soissons , moi et autres des siens amis, avions été le matin à la messe, il falloit que nous allassions ouïr les Plaids de la porte ; puis le bon roi nous envoyoit quérir, et nous de^ mandoit s'il y avoit quelques gens qu'on ne pût dépécher sans lui. S'il y en avoit, nous le lui disions, il les envoyoit quérir, et les contentoit, et les mettoit en raison et droiture.

« Maintes fois, après qu'il avoit ouï messe en été, il s'alloit ébattre au bois de Vincennes, et s'asseyoit au pied d'un chêne, et nous faisoit tous seoir auprès de lui. Ceux qui avoient affaire à lui venoient lui parler, sans qu'aucun huissier ni autre leur donnât empêchement, et il leur demandoit hautement, et de sa propre bouche, s'il y en avoit nul qui eut partie^ et quand il y en avoit aucun, il leur disoit : « Amis, taisez-vous, et on vous expédiera l'un après l'autre. »

« Puis souvent il appeloit monseigneur Pierre de Fontaine, et monseigneur C^offroy de Villette, et leur disoit : « Expédiez-moi ces parties. »

« D'autres fois, il venoit au jardin du palais de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surcot de tiretaine sans manches, et d'un manteau de cetidal Doir par-dessus, et faisoit là étendre des lapis pour nous asseoir auprès de lui, et là faisoit expédier son peuple diligemment, comme j'ai devant dit du bois de Vincennes. »

Le passage suivant, tiré de la vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite, peut nous donner une idée de la douce bonhomie qui présidait à ces plaids royaux, et des libertés que le benoit monarque laissait prendre au pauvre peuple avec lui.

o Une femme qui avoit nom Sarrette, et qui plaidoit en la cour du roi, lui dit un jour : « Fi ! Fi ! Devrois-lu être roi de France ? Moult mieux seroit qu'un a autre fut roi que toi; car tu es roi tant seulement des frères mineurs, des « frères prêcheurs, des prêtres et des clercs. Grand dommage est que tu sois « roi de France, et c'est grand* merveille que tu n'es bouté hors du ■ royaume. ■

« Les sei^enls du benoît roi la vouloient battre et mettre dehors; mais Loys défendit qu'ils la touchassent, et lui répondit en souriant : « Certes , tu « dis vrai, je ne suis digne d'être roi , et s'il avoit plu à Notre Seigneur, mieux eût valu qu'un autre fut roi , qui mieux sût gouverner le royaume. >

o Et il commanda à l'un de ses chambellans de donner de l'aident à cette femme. »

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