CHAPITRE PREMIER
Le luxe^ la population , la liberté sont trois: circonstances favorables aux arts«
Si nous suivons d'un œil observateur le^ arts chez les anciens^ comme chez les modernes, nous verrons que tous les peuples, selon les degrés du voisinage et des rapports qu ils ont eus , se sont réciproquement com* muniqués leurs inventions dans les arts; et nous reconnaîtrons même que souvent les pçu* pies vainqueurs se sont assujétb aux arts des peuples vaincus*
Il n'en est pas de l'architecture comme des autres beaux-arts. La peinture et la sculpture ont pour principe et pour objet l'imitation : l'architecture^ fille du besoin, n'a point de type dans la nature. Cest un art créé tout entier par les hommes.
On verra l'architecture; a dit Coûdorcet>
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puiser dans la science d'équilibre et dans la théorie des fluides^ les moyens de donner aux Toutes des formes plus commodes et moins dispendieuses, sans craindre d'altérer la solidité des constructions; d'opposer, à Teffet des eaux ^ une résistance plus sûrement calculée , d'en diriger le cours, de les employer en canaux avec plus d'habilité et plui de succès»
L'antiquité la plus reculée offre des exemples de la réunion de la sculpture à l'ârchiteclure , dans l'invention des Hermès ou de têtes placées sur des colonnes. Ensuite, ditWinckelmann {histoire de VArt, tome I**, page 7), on y marqua la différence du sexe et , enfin, Dédale, suivant l'opinion la plus générale, sépara en deux la moitié inférieure de ces colonnes et en forma les j;imbes d'une statue. Nous allons examiner chacun des arts du dessin en particulier. {Voyez, tome I*^ page 143, ce que nous avons dit sur l'origine de l'architecture ).
Les Francs ont peu construit, et, comme
nous l'avons déjà fait connaître, les monu-
mens des arts que nous possédons des temps
^ antérieurs à la monarchie , sont dus à la ma»
gnificence des Romains.
Peinture. -^ L'origine de la peinture se perd dan3 la nuit des temps. Si on place la peinture
parmi les choses d'agrément ^ puisque cet ar^ n a aucun rapport avec ce qui est nécessaire aux besoins de la vie , il sera naturel de penser quun homme mieux organisé que les autres a treuvé du charme à posséder l'imitation des merveilles de la nature^ comme cdUe des objets qui plaisent ou qui frappent l'imagination. Nous pourrions proposer différentes versions sur l'origine de la peinture; nous pourrions reproduire la fable que les Grecs nous ont transmise sur ce sujet; mais nous abandonnons ces suppositions peu satisfaisantes ; nous nous arrêterons à la vérité et nous dirons : roriglne de la peinture appartient au culte que l'homme doit à la divinité. Ainsi , selon nous^ l'homme du preniier âge, pour rendre d'une manière visible les impressions dont il était frappé à la vue des merveilles qui l'environnaient^ aura essayé de les peindre avant de pouvoir les décrire; il aura imité les formes et le coloris de chaque chose pour en ex{Hrimer sa pensée, comme il a gesticulé avant d'articuler un seul mot. Pour rendre hommage à un Dieu créateur, il a peint ou taillé une image à laquelle il a donné, cependant, les formes humaines^ parce qu'il n'en connaissait pas de plus belles; il s'est agenouillé devant son propre ouvrage et il l'a porté sur lui comme un préservatif
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contre toute espèce de maléfice. Voilà Ion-»
gine des idoles, des fétiches et des amuleltes^
La peinture nous émeut parce qu'elIcT parle à 1 ame et qu'elle frappe les sens. Elle trompe par la magie des couleurs ; elle séduit par Feffet et par la puissance du peintre qui figure sur le hois, sur le mur ou sur la toile les êtres animés comme les objets inanimés. Enfin , la peinture agit fortement sur nous, lorsqu'à Faide d'un génie supérieur ou d'une main habile , elle reproduit à nos yeux les person-* liages les plus chers, quand ils sont éloigné» de nous ou quand ils ne sont plus. On ne connak point de peintures des premier»
Francs.
Sculpture. -^ Pour modeler, il suffit d'avoir la simple idée d'une i^hose, a dit l'abbé Winc-» kelmann, dans son histoire de l'Art, et pour dessiner, il faut avoir une infinité d'autre» connaissances; il est certain que l'homme, avant d'être un sculpteur parfait, a commencé par fabriquer des modèles en terre , qu'il a fait sécher au soleil ou dans un four, ou par tailler une matière tendre, avec le secours d'un ins-' trument tranchant, comme on voit les enfans tirer une figure d'un marron qu'ils sculptent avec la ][>ointe d'un canif, ou donner une forme huitaine à une petite masse de cire
fifiS IKTS DU DESSIN. ZCf
qu'ils pétrîsseat sous leurs doigts : c'est ainsi que les sauvages^ sans avoir aucune notion de Tart du dessin^ sculptent eux-mêmes leurs fétiches. Si la sculpture présente^ dans le principe, moins de difficultés que la peinture pour l'imitation d'un homme, d'un animal ou dune plante, il n'en est pas moins vrai que le sculpteur n'arrive à la perfection de l'art, que par une étude sérieuse de la nature et par une suite d'observations longuement méditées.
La sculpture des Francs est informe et grossière^ elle a quelque chose de rude et de sau«vage ; et si on connaît des bas-reliels ou des figures de leur religion , qui présentent quelques perfections, il n'y a aucun doute qu'ils sont l'ouvrage des sculpteurs grecs qui avaient suivi les armées romaines dans les Gaules.
§ I*'. — L'origine des arts est par-tout la même. Chez les £gjptiens, chez les Grecs,, comme chez les peuples modernes , la sculpture a commencé par une extrême simplicité ; et les auteurs nous font connaître qu'avant les premiers essais dans l'art de façonner la pierre^ le marbre ou les métaux , on a élevé , ea l'honneur des dieux . des colonnes brutes et des cubes , selon l'ancienne coutume des Arabes ; et que ce ne hit que long-temps aprè$
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cette première invention y que l'on imagina de placer une masse ronde au dessus de ces mo* numens, pour figurer une tête; et, qu'ensuite> on traça , vers le milieu de ces colonnes » un signe particulier pour désigner le sexe de la divinité à laquelle on avait érigé le monument : telles étaient les trente pierres élevées en Arcadie, dont parle Pausanias. Suivant QEth1ius> auteur fort ancien , la statue de Junon , à Samos, n était qu'un morceau de bois brut, qui fut , dans la suite , façonné en statue*
Que de siècles se sont écoulés entre l'exécujtion de ces essais de Tart^ construits par la dévotion des anciens arabes ^ et l'érection des monumens les plus imposans et les plus somptueux de l'Egypte et de la Grèce ! U serait trop long de retracer ici les divers degrés par lesquels les arts ont successivement passé chez les peuples de l'antiquité , avant d'arriver à 1 état de perfection où ils étaient dans la Grèce sous. le gouvernement de Périclès; les rappeler serait fatiguer nos lecteurs par des répétitions hors de la matière que nous ti^aitons , et si nous avons hasardé un seul trait relatif aux jH^emiers essais de l'art chez les anciens peu* pies de FAsie, c'est parce qu'il nous a paru nécessaire à Texamen que nous allons faire de la sculpture et de l'architecture , sous les rois
DES ARTS DU DESSIN; Ut
Ae France de la première , de la seconde et de la troisièttie races (i)«