‹ Musée des monumens français (volume 2)Chapitre 8 sur 12 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

JStat des arts eu France sous les rois de la première , de la seconde ^ et le commence-^ ment de la troisième races (2).

PREMIÈRE dynastie) — MOMUMENS DU MOYEN AGE. — PREMIER STYLE,

Architecture. — Nous diviserons l'architecture du m(^en âge > en deux styles , comme nous ie ferons de la sculpture; c'est-à-dire, en arcfaitectare romaisedu Bas-Empire, maintenue en France sous le règne de Charlemagzie , et désignée par le nom iX architecture lombarde , en architecture syrienne , vulgairement connue sons le nom d'architecture gothique : genre d'architecture qui a aussi des styles àiSJérens. Spn usage, en France, commença à la suite des croisades , et son emjdoi se maintint jusqu'au règne de François I®"".

Sculpture. — Lç caractère que porte gêné-

(1) Ployez tom. i*', pag. a6 }U8qu'à48y le It'ger aperça que noas avons donné de PHistoire des Arts chez les peuples anciens , comme chez les peuples modernes.

(3) f^ofoi lei monumeos que j'ai fait gnif€r sur le frontispice ci-joint.

41 APERÇU mstOAIQUE

ralement la sculpture chez les peuples qui eiT font usage , est ordinairement assez prononcé pour reconnaître le peuple auquel elle appar* tient , ainsi que Tépoque où elle a été faite» Si Ion admet l'influence du climat sur la configu* ration des hommes , et si on reconnaît les nations aux formes extérieures du corps , on verra bientôt que cette influence , en rejaillissant sur les productions du génie , donne à la scuIpUire un caractère national qui là fait nécessairement distinguer.

Chez quelques nations civilisées , la sculpture a éprouvé des variations dans le style , parce que les déplacemens volontaires ou forcés d'une population quelconque , en changeant ses ha* bitudes et sa manière de voir , la porte natu-^ tellement à imiter ce qu elle a vu chez les autres peuples. Les Egyptiens , forcés par les lois de leur pays à prendre l'état de leur pière, et constamment renfermés dans leurs villes, conservèrent toujours le même style dans les productions des arts ; et nous voyons encore les Chinois , qui ne voyagent point , donner à leurs magots les formes ridicules qu ils avaient adoptées dès l'origine de l'art.

L'art du statuaire n'est que l'imitation de Vhon^me^ et l'observation nous fait connaître que le caractère des nations qui couvrent la

DÎS AàTS DIT DESSm* 45

sutface du globe , se modifie sous différentes formes', variées en raison des positions géographiques , et qu'il se peint par la configu^ ration du corps , et par la physionomie des individus.

^ I*"** — Du style dans les arts du dessin.

Outre cette première considération^ nous dirons : le sculpteur ou le peintre introduira dans son travail le sentiment qui lui appartient; il exprimera sa pensée par un trait fortement prononcé ou faiblement accusé ; par un coloris doux ou vigoureux ; par une touche agréable ou sévère ; il transmettra aux expressions du personnage qu'il aura à peindre ou à sculpter, les affections de son âme, et, par cette ibsion involontaire , il produira une statue ou un tableau qui ne sera pas semblable aux productions des autres artistes, quoiqu'ils aient les uns et les autres copié fidèlement la nature* C'est ainsi que, dans les arts du dessin, la façon de voir varie. Elle varie encore selon les mœurs, les habitudes et les usages des différentes époques pu se trouve l'artiste qui peint ou qui sculpte. Voilà pourquoi les sculptures et les peintures d'un siècle ne ressemblent point à celles du siècle qui les a précédé , comme elles seront différentes de celui qui

44 âPERGCJ HfSTOiaQUE

f accédera* Ces faits, résultant de la nature' de» choses et de la marche ordinaire dans la pra* tique des arts, n importe le motif qui les aura fait naître, doivent se considérer comme les causes principales de ce qu'on appelle stjrle.

La variété que nous remarquons encore dans le style de la sculpture , et en général dans les productions des arts dépendant du dessin , vient souvent de la faveur particulière que le chef de TEtat ou le monarque accordera à un seul artiste. Llnfluence que l'individu préféré prendra dans le monde, sera d'autant plus nuisible aux progrès de Fart , que les artistes , pressés par la nécessité , pour satisfaire à la faveur et au goût du moment, sacrifieront ïeur^moyens personnels , et ils s'empresseront dlmiter la manière du peintre ou du sculpteur qu'un caprice ou qu'une intrigue aura mis en vogue (i). Voilà comment les dîfférens styles s*introduisent dans les arts.

La science dans les arts , fondée sur des règies certaines et sur des mesures données , a nécessairement précédé la beauté qui , pour être sentie , veut un long exercice. Les mesures

(i) yoyez tom. i^, pag. ^\ et suit., et tom. 5> pages \6, as et ia6 jusqu'à i3o, ce que j*ai 4it sur les omises de la décadence des arts en Franc*.

DCS AftTS DU DBSSIir. ifi

données ^ une fois admises ^ le dessin a dû être correct et plus* régulier ; mais il n'ayait pas encore ac<juis la perfection , la grâce et l'harmonie dans les formes qui embellissent Fart et constituent la beauté. > ^

Ces observations nous mènent naturellement à dire que l'invention, comme l'exécution des monumens d'architecture et de sculpture , des premières époques de la monarchie française y se ressentent de l'âpreté des mœurs du temps. Le dessin , la principale partie de la sculpture et de \sL peinture , quoique développé et gran-diose y çs\ incorrect. S'il s'agit d'une figure humaine, les formes extérieures du corps sont arrondies et sans connaissance aucune de Fanatomie. Si le sujet représenté est couvert d'un vêtement ou d'une draperie , au lieu de suivre les mouvemens des membres, comme dans les grands modèles , les plis sont roides , filés sans grâce et sans goût; malgré cette imperfection, la statue, dans son ensemble, présente un caractère de sévérité et de noblesse qui en impose à la multitude , et qui plaît au connaisseur (i). Il est certain que la sculpture,

(i) ployez les statues que j^ai fait graver de Chilpe'rîc et d« Frcdëgondcy de Pancien portail de IVglise ISotre-Dame de Paris, tom. («r, pag. 170 j cçUes de Clovi« ec de Glotiide, de TcgliM

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cultivée et suivie dans ce système de composi* tion et d exécution , se serait perfectionnée si les rois, plus tranquilles sur le trône, eussent conservé les communications amicales et commerciales qu'ils avaient entretenues jusqu'alors avec les empereurs d'Orient ; car c'est à ces communications que nous devons la première introduction des arts en France.

Monlfaucon et les antiquaires qui ont parlé des monumensdu moyen âge, en les divisant en deux classes / les distinguent par les noms de Mérovingiens et de Carlovingiens. Cette division , si on la reporte uniquement à l'exécution pu à l'art statuaire, n'est pas exacte; car les pièces sculptées qui nous restent des temps de la première et delà seconde races de nos rois, non-seulement sont en petit noikibreu mais elles ont entr'elles une ressemblance si parfaite dans le style , dans les formes comme dans l'exécution , que ce n'est qu'à l'aide des. connaissances de l'art et d'un examen sévère,, qu'on |>eut les distinguer. Il n'en est pas ainsi des monumens de la troisième race , à dater du r^pie de Philippe-Auguste , que nous ran* geons dans la classe des monumens du second

lYotre-Dame de Corbeil, tom, 5, pag. 217 et fahr, Ce4 deux fCa^ mes «ont maintenant à Saint-DenU^

DBS ARTS DU DESSIIT. 4?

Btyle, tandis que nous plaçons au nombre du premier tous ceux qui ont été faits antérieurement.

§ D. — Règne de Clovis et des autres rois de la première et de la deuxième races.

Monumens et arts industriels. «— Le sort de la France ; encore incertain sous les rois qui la gouvernaient » demeura lpng*temps sans lois^ sans arts et^ par conséquent, dans la barbarie, lorsque Clovis I*' fonda la monar* cbie en la délivrant du joug des Romains, L'introduction, dans toute la France, du christianisme, que Clovis avait embrassé, fut favorable aux arts et fournit aux artistes Foccasion de faire valoir leur^ talens. Les anciens temples furent détruits, les idoles des faux dieux Renversées, et on éleva ^ au dieu du premier roi chrétien , des églises j on lui érigea des autela et on sculpta son image. L'église Notre-Dame-^des^Champs remplaça le temple de Mercure; celle Saint^Vincent y aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés , celui dlsis; et les démolitions du temple de Mars « qui occupait la butte Montmartre, servirent à la construction d'une chapelle en Thonneur de saint Denis et des autres martyrs ses compagnons.

Cloyis y suivant de la Marre et quelquçs au«

leurs 9 occupait à Paris un palais qu'il fit cons* truire près l'église Sainte-Generièye, dont il avait jeté les premières fondations^ en exécution d'un vœu qu'il avait fait lorsqu'il alla combattre Alaric, roi des Visigoths, qu'il tua de sa main. Qovis, étant mort en Sii^ avant d'avoir achevé la construction de son église, la reine Clotilde, sa fanme , la fit terminer ; elle l'enrichit de donations conâdérâbles et d'or nemens magnifiques; saint Rémi, qui avait baptisé le roi , en fit la dédicace sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul. Le roi, qui avait fixé le siège principal de s<mi empire à Paris , fut inhumé dan$ la sacristie de l'église, ainsi que la reine Clotilde, comme le rapporte Grégoire de Tours (i).

Divers fragmens ^architecture. (Planche 224.) Les $tatuet de Glovis et de la reine Clotilde , du

(1} La tombe de Clovis fut oro^e de son effigie ce d'ane inscription. ycye% ton. a, pag. 4> i»aî« TcglUc Sainte-Genevière ayant été brûlée par les Normands en SSy , Tcglise et le tom- Leaa furent rétablis par le roî Robert. F^oyez tom. i«% p. i83, la tombe de CIoyî» qoe j'ai fait graver.

Le temple de Saint-Jeao, de Poitiers, l'ancien cicoae 4e Sois* •ons , Péglise souterraine de Saint-Mcdard , même viHe , LAtis par Clotaire , et les mines an vieux palais méroyingien de Beauvais , sont plus qoe suffisons pour faire comaUre ce qn'étaît Tarcbitecinre français sons les rois de la première race. Vonfe% lea planches 6 et 8 de mon grand Axhm^ des Monumens de la France^

Le Roi Clovia et la Reme Clobldi'

DBS ARTS DIT DESSIff* 49

poitall de révise de GorbeQ ; ceUe de Frédégonde et de €bîIpërio(i)9 du portail de la calkédrale de Paris , mises au nombre des sculptures mérovingiennes) par Hontfaucon.9 et que nous avons fait graver (tome I**, page 170; et tome Y , page s 17 et suivantes) , ont u» caractère vraiment oriental , et elles montrent un genre de sculpture qui confirme ce que nous avons avancé sur l'emploi d'ouvriers grecs, sous les rois de la première et delà seconde races. Enfin, les sculp-* turesy les peintures arabesques, les dorures ou les mosaïques employées à la décoration des anciennes églises de Saint'-Denis et de Saiht-Germain-des-Prés, dont parle Grégoire de Tours et Félibien; le trône f sans dossier, de nos premiers rois, dont la forme est celle d^une chaise curule , fondue en bronze ciselé et doré, connu sous le .nom de fauteuil du rai Da^ gobert , déposé à la bibliothèque du Roi , et gravé f tome P% page 167, sont des preuves non équivoques de ce que nous avançons.

Les faces d'autels et de sarcophages , les chapiteaux, le vase , la mosaïque et la statue de Glovis , qfue nous avons fait graver sur cette planche, sont des autorité» de plus qu\ servent à confirmer notre opinion.

Les chapiteaux en marbre , tirés de l'église souter*^ rjsiae die Sainte-Geneviève , déposés aujourd'hui 4 Saint-Denis, saos être absolument le chapiteau grec^

(i) Oa remarquera que Gbilperiç est figure tenant un viplon k la main , comme les Grecs représentaient leur Apollon musagète, pour exprimer, sans doute, que le roi s'occupait particulièrement de la musique , et en méoioire des hymnes «t d«i ehanM

$0 APERÇU HISTOniQUS

n'en sont pas moios d'an bon goût et bien exécutés. Les crosses d*évéques et les croix processionnelles , dessinées au côté opposé de la statue de Clovis, donnent aussi ridée des formes que Pon employait alors à la fabrication de ces sortes d'instrumens. Glovis, considéré comme le fondateur des églises, fut représenté sur chacun des portails, la couronne sur la tète, et tenant un livre à la main, comme on le voit ici. La statue de Childebert, du portail de Saint'-Germain-des-Prés, en sa r|ualilé de fondateur, portait aussi un livre. Dans d^autres circonstances , on a figuré TégUse elle-même dans la main du roi , ainsi qu'on le voit à la statue du tombeau de Childebert, gravée tome F', page i5y.

La mosaïque , en pierre creusée , dessinée par différens mastics coloriés, placée en forme de frise 9 montre un excellent goût ; elle a aussi des rapports de style avec les autres pièces de la gravure.

Le devant d'autel et le sarcophage en marbre , que l'on a copiés dans les ruines de Saint-Denis , sont or» nés de pampres, de raisins, des lettres grecques aipha et omegUi suivant un usage adopté par les premiers chrétiens.

Dans. tous les temps le vin entra dans les cérémonies sacrées, par les offrandes et les libations qu'on en faisait. On l'honorait également chez les Juifs comme chez les Gentils ; et on se rappellera de la vigne d*or qui ornait le temple que le roi Hérode avait fait bâtir. Les chrétiens ne l'ont pas moins respectée dans les premiers temps de leur institution ; c'est ainsi que l*on voit figurer des ceps de vigne et des pampres en iteliefs sur le portail de nos anciennes égUse-s, comme sur les tombeaux des saints martyrs et des évéques.

t)ÊS AATS tV 0£S$ï]f. Si

la vigne signifiait le Seigneur, et Jésus-^Christ Im« même se compara à la vigne sacrée des saints mys^ lères : Je suis une vraie vigne , disait-il à ses disti-'

pies ; je suis une vigne , et vous en êtes ie bois

Mon père fetranehera tout bois qui ne portera poirit de frUtt en fnoL Souvent à ces attributs on ajoutait du blé > pour désigner FEucharistie $ ou la commU" nion sous ies deux espèces. Cet emblème sacré exprimait, si c'était un tombeau, que le défunt était mort dans la communion de l'église ; et cela n^a pas besoin d'explication , si c'était un devant d'autel.

D'après ce que nous avons dit > nous diviserons les nionumens dits , du moyen âge , en deux classes; c'est-à-dire en premier et en second style. Le premier qui, à Texamenj!

fait voir des particularités et des variétt;s que n'a pas l'autre, et désigné par Montfaucon

sous le nomi de Mérovingien, et Carlovingien, comprendra depuis le règne de Clovis j usqu'au onzième siècle inclusivement. Le second style, à dater du douzième siècle, se prolonge jusqu'au quatorzième inclusivement; car ce ne fut que vers l'an ladb, sous la régence de Blanche, mère de saint Louis, que les artistes ^ en général, abandonnèrent dans leur travail le goût et la manière des Grecs modernes; qu'ils adoptèrent des formes plus arrondies, plus coulantes , et qu'ils mirent moins de sévé-

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rite dans la peinture, dans la sculpture^ comme dans rorféirerie.

Ces variétés , dans le style et dans l'exécution des monumens mérovingiens et Carlovin* giens, sont faciles à reconnaître, i* par les figures de Clovis,de Clotilde^deChilpéricetde Frédégonde ; 3® par celles qui faisaient l'ornement des tombeaux de Clovis et de Cbildebert; les unes et les autres sont gravées , tome V, page 217^ et tome l®**, pages 170 et i85. Toutes appartiennent au même stjle, mais nous considérons les premières comme les plus anciennes^ parce que les secondes ont été refaites, selon les apparences , dans le onzième siècle. Ce seul rapprochement peut servir de démonstration .

Nous nous sommes appesantis sur des mor numens qui, en apparence, ne présentent d'autre intérêt que celui de l'antiquité et les rapports qu'ils ont avec l'histoire ; mais nous avons dû le faire parce qu'ils sont devenus fc^t rares, et qu'en montrcfht la richesse des costumes du temps où ils ont été faits , ils fixent le premier style de nos monumens du moye^i âge, et, enfin, parce qu'ils sont encore aujourd'hui un motif d'observation pour les amateurs des arts , et de discussion pour une classe d'hommes qui, en se présentant comme des

DES ARTS DU DESSlBf. 55 j

érudits , affectent de récuser les documens qiie Mont faucon nous a laissés sur ces monumens poar leur en substituer de nouveaux. Ils disent que la France, ayant été dévastée plusieurs fois par les hommes du Nord , il n'existe plus de monumens du moyen âge que Ton puisse citer avant le onzième siècle; et ils voient dans les statues que l'on a particulièrement caractérisées par lé Nimhe{i), comme dans celles qui ne Tout pas, le même style ^ le même goût et le même art. Cette opinion, bonne jusquà un certain point, n'est pas complète-' ment admissible ; et sans être entièrement de l'avis de Montfaucon ^ dont le jugement sur les monumens des arts peut être en défaut , nous nous en rapporterons néanmoins à ce qu'il a dît sur les choses qu'il était à même d'approfondir plus qu om autre.

Les dévastations exercées en France par les Normands sont incontestables; mais ce n'est pas une raison pour en conclure que tous les monumens dont la France était couverte avant les ineuriions de ces barbares ont disparu. Et

(i) Voye» toiii. V, pag. a 18, ce <jue j'ai dit du nimbe qui 8e voit derrière la tête des statues des rois , des reines et des{frinces dé la première et de la deuxième races.

pourquoi des statues et même des bas-reliefs en pierre n'auraient-ils pas échappé au désastre général^ quand nous possédons quelques pièces précieuses en métal ^ dont on ne peut contester lauthenticité ? N avons-nous pas conservé la majeure partie de nos monumens pendant les destructions révolutionnaires ?

D'ailleurs , nous ayons remarqué que les statues ornées du nimbe ^ qui, sur les portails des églises , se trouvent mêlées avec celles qui ne l'ont pas y sont d'une pierre qui dilïere de celle des autres par la qualité et la couleur; elles sont généralement couvertes d'une espèce de glacis semblable à un poli qui est l'ouvrage du temps.

L'art du statuaire dont il nous reste à parler, est reconnaissable au goût du dessin et au genre de draperies qui forme l'ensemble de la statue. Pour l'œil habitué savoir les monumens, il y a, dans les plus anciennes figures, une expression sévère dans la composition et une pureté de travail qui n'existe pas dans les autres^ quoi qu'il y ait une sorte d'analogie dans le style. On pourrait donc attribuer l'imperfection des dernières aux destructions réitérées des Normands, ainsi qu'à la perte de cette tradition antique que nos premiers

sculpteurs tenaient des Grecà dont ils avaient été les disciples» Nous sommes autorisés à parler ainsi ^ d'après les. correspondances inti>lues qui existaient entre Clovls et Ânastase empereur d'Orient. Le Roi de France, en rendant les communications [^us faciles entre les deux peuples, contribua singulièrement aux progrès des arts. Quelques statuaires et des ouvriers fondeurs^ ciseleurs et orfèvres passèrent en France, où ils laissèrent des ou^ vrages^ et enseignèrent les principes du bon

goût qui avaient été méconnus jusqu'alors. '

Deuxième dynastie et GOMMEisfCSMENT de la TROISIÈME, (C'est-à-dire que la série des monumens que nous allons décrire comprendra les neuvième, dixième et onzième siècles )•

Après le règne de Clavis II,. les arts., les lettres et les sciences restèrent dans Tinaction la plus absolue. La France^ tourmentée par l'amr bition des maires du palais et gouvernée par des princes incapables , cruels , voluptueux ou indolens, aurait infailliblement succombé sous la barbarie des Sarrazins et sous le fer des Saxons, sans la valeur de. Charles MarteK

56 APEAGU HISTORIQTJS

^i se mît à la tête des armées» Alors panfl la secte ennemie des images (i). Nous passons à l'examen des moDumens.

Architecture. — L'architecture , comme toife les arts du dessin, est soumise aux lois qui •règlent la destinée des empires. Les évènemens politiques détruisent ou élèvent les arts ; €t l'architecture > liée aux besoins de la vie et aux usages domestiques^ éprouve, plus que les autres arts, des variations sensibles, en raison des changemens qui s opèrent pendant la révolution des siècles. (Tome II, pages 5^ 4f 5 et 6). Nous avons fait connaître les changemens qui se sont opérés dans rarchitecture TOUS le règne de Charlemagne, par Tamélioration des formes lombardes que l'on rectifia d'après le style et les proportions grecques. L'architecture lombarde nous présente des plans vastes et assez régulièrement distribués ; ées élévations sont simples, composées de grandes lignes , de parlies lisses et de cintres parfaits dans sa construction. Cette architecture est remarquable aussi par la pureté et la profusion des ornemens, plus parliculière- *— —— ^11— ■— i-^»^^ 1^— ■— — ^— — I ■— ^—i»

(i) yoyez lom. !•', pag. 3i, les supplices qae l'on filc'prou- Tcr aux peintre», pour Ie« empdcber de peiodr^w.

B^S ARTS DU DBSSlBr. 5j

ment employés aux façades des édifices» Le portail de l'église de Cluny, ceux de Saint-Trophimc à Arles , et de SainjirEtienne de Beauvais en fournissent des exemples > et pour connaître les décorations extérieures, nous indiquerons ce qui reste de la basilique d'Aix-la-Chapelle, les bas côtés de Saint-Germain-des-Prés et l'église souterraine de Saint-Denis , que nous avons fait graver planche 225.

En 794 • on essaya de rétablir en France le culte des images , condamné à Constantinople par les empereurs d'Orient, également proscrit par le second concile de Nicée et si cruellement mis à exécution par les iconoclastts.

Suivant l'esprit philosophique de Fantii^uité , t)ieu ne pouvait être représenté sous une forme humaine. Les Juifs ne reconnaissaient qu'un seul Dieu qu'ils désignent comme un esprit immuable , parfait et présent par-tout ; jamais ils ne le représentent sous des formes humaines , comme font les peuples idolâtres ; ils croyent que c'est profaner la majesté de Dieu de lui donner la forme d'un homme ou de toute autre créature. Saint Augustin a dit : eeux (fui, les premiers, accouiumèrent les hommes aux images des Dieux, ôtèrent la crainte que Von doit avoir d^euœ, et ils introduisirent une grande etr&ur.

s® APERÇU HISTORIQUE

Charlemagne ne voulut prendre aucune part à Knnovation que les actes des conciles pouvaient inlroduire dans le culte de ses États; il en résulta^ néanmoins, une grande inaction parmi les artistes. De là, la grande quantité de sculptures dont qn ornait le portail des églises ; de là , l'invention d un chapiteau dont Tusage cessa par lemploi de Tarchitecture ^ improprement appelée gothique. Les chapiteaux au lieu d'être composés de feuilles d'acanthe ou de toute autre plante, suivant Fusage des anciens, sont formés par des bas-reliefs cylindriques, qui représentent assez ordinairem%nt la vie du fondateur ou celle du patron auqu^ on a dédié 1 église où on les voit.

( Fbjez les chapiteaux de leglise souterraine de Saint-Denis que nous avons fait graver tomç I«', page 217, et tome V, page 224).

Le portail de 1 église de Chartres, bâti un siècle après, est une preuve que larchitecture et la sculpture se sont maintenues dans un état de perfection par Tamélioration que ces arts avaient reçue sous le règnede Charlemagne.

(Planche 226.) Pue perspective de V ancienne

église de Saint^Denis.

L'origine de Téçlise royale de Saînt-Denis, que noi»

DES ARTS DU DESSIlf. Sg

devons à la piété et à la munificenee de nos rois , Aate des premiers temps de la monarchie (i).

L'église Saint-Denis, appelée la seconde église 9 tombait en ruines, lorsque Dagobert, après la mort de Glotaire son père , fit les dépenses convenables pour en construire une nouvelle : c'est ce que disent Dou- ;

blet et Félibien , qui oiit donné une histoire com- ]

plète de cette illustre abbaye. On conçoit difficUement, à moins de ravages considérables 9 comment un édifice de la nature de la seconde église , aurait pu tomber en ruines, au bout de cent quarante ans, si elle avait été construite en pierres ; c'est ce qu'ils ne disent pas. Il y a tout lieu de croire qu'elle était en bois , conune la plupart des églises , sous les rois de la première race. Nous sommes autorisés à parler ainsi , d'après l'espèce de fable que Doublet et Tabbé le Bœuf rapportent sur le motif de la fondation de l'abbaye de Saint-Denis, par Dagobert (a).

(i) Sainte Gene?iève , morte à Paris en 509, passa pour être la première qui ait fait Mtir une chapelle sur le tombeau de saint Denis. Le lieu où ëtait ce tombeau est appelé, par Fauteur de la Vie de sainte GeneTiire , CatholiacencU viens , et par d'autres CatuUcum , devenu depuis yille et abbaye , sons If nom de Saint-Denis. D'autres auteurs ont prétendu que l'ancien nom CatuUcum donné à la ville de Saint -Denis , lui venait d'nnt femme nommée Catulle , qui avait recueiUi les restes des saints martyrs , sur lesquels elle avait fait construire une espèce de tombeau en forme de cbapelle. ^ Ployez tom. 1*', pag. 9i5. }

(3) Ds disent qn*un jour le jeune prince , encore à la cour du roî Qotaire, son père, et sous la conduite de Sadragésile, due d'Aquitaine, son gouverneur , étant à la cbaiie dans une forêt voisine de Saint-Denis , poursuivant ui| cerf qu'il avait forcé pendant plusieurs jours , et qu^eoûn , l'ayant siis aux abQÎs ,

6b jlPERÇtJ filSTORIQUE

Li confttruetkm de Téglise 9 par Dagobert y ne se fil pas précisémenl à la place de rancienne 9 mais sur un terraîu beaucoup plus spacieux, que le roi fit acheter y et qui se trouvait à milie pas environ. A cette construction il ajouta celle d'une abbaye 9 qu'il dota considérablement 5 consme le prouvent les chartes de sa fondation. L'édifice entièrement terminé 9 Dagobert partit solennellement de son palais de Cliehy, pour en faire la dédicace. Il la consacra à la sépulture des rois de France, ety depuis, cette basilique n*a pas cessé de sei^vir de mausolée à la famille royale. Par une fa-

Dieu permit que ranimai se r<ffagiât dans la chapelle des saints martyrs^ que le jeune Dagobert, les princes, les seignenrs, et

tous ceux qui formaient le cortège de la chasse , Youlant entrai dans la chapelle pour y tuer lé cerf, ils en furent TÎTcment repotrsscs par une puissance inyisihle , de telle sorte qoe l'animal fut sauvé de la main des chasseurs. Dagobert, frappé d'étoniie* ment , comprit que Dieu avait une détérenr.e toute particulière pour les reliques de saint Denis et de ses compagnons j il promit , à Tinstant m^me , de bfttir une église da moment oii il serait roî, pour les placer plus honorablement.

Je rapporte ceci, ponr faire remarquer que Doublet et Pabbé le Boeuf s'accordent à dire que le cerf, poursuivi par Dagobert , se réfugia dans une chapelle. 11 n'y avait donc pas encore d'é* gfise ? Ainsi , J6 pense que Félibien , dans son histoire de saint Denis , a substitué le mot église à celui de chapelle.

Doublet ajouté que Dagobert ayant à( se plaindre de la conduite de Sadragé.>ile , il le fit châtier rigoureusement , et que luimême, craignant le ressentiment de son père, auquel Sadragésile se plaignit amèrement de l'affront que lui avait fait son élève, se sauva auprès des reliques des saints martyre , dansla même chapelle où il avait poursuivi le cerf, et oii il resta juàqu'à ce qnt' la colère de son père fût entièrement appaisée , et qu'en reconnaissance il renouvela ton rœu.

PBS ART$ DU DBSSm . 6l

V0Or particulière,, le r^i Ofnlooiia que Laudragéflile ou Landry 9 frère de la reine Nauthilde, sa femme» mort nfers l'an 65 1 » fut enterré ^^n» son église; car il 1^ nommait ainai.

Par les démolitîons qui se sont suocédées^ et les différentes constructions que Téglîse Saint-Denis a éprouvées , il est impossible d*avoirune idée de. ce qu'elle pouvait être lors de sa fondation par Dagobert ; il n'en «este ni plan» ni élévation ; il est seulement certain qu'il y avait alors des architectes et des constructeurs.

On parle de sculptures magnifiques et de statuâ$ que Dagobert ûl faire pour TembeUissement de Téglisp ée Saint-Denis» et quoique ]$ont£aucon en ait publié plusieurs , il ne regarde d'autheptique que celle où 1^ roi» enveloppé de sa chiamyiU, est figuré assis sur son trône. {Voyez tome V j Uonarchiù franc,) U fidt mention aussi de deux bustes dorés, qui ornaient le premier tombeau qu'on lui avait élevé. Celui qui existe maintenant e%% du temps de l'abbé Suger « <Mi en parlera plus tard.

On lit encore, dans VHistêire de Vabhayede Sainh Denis 9 que le roi Pépin fit reconstruite entièrement Péglise » qui ne fut terminée que sous le règne de Gharlemagne , qui assista à la bénédictioq qu'en fit l'abbé Fulrad, dans le courant de septeaibre ^jS^ C'est ce qui reste aujourd'hui de rancieune ^^Uae bâtie par Pépin et Charlemagne» dont on voit ici la gravure.

Cette partie » entièrement rebâtie sous les deu^ prmces que Ton vient de nommer» comprend le ea» veau seulement ; les grandes galeries* qui tournent autour » les gros piliers » l^s voûtes circvdaire9 et le^

^!l APERÇU HISTORIQUE

cbâpite&ut kculptésy dalenl du règne de Tabbë Soger# DtBpuis Henri lY , cette crypte sei^ait de sépulture à la &biiUe royale des Bourbons» et on en avait bouclié Tarcade du/ond, qui communiquait avec la galerie extérieure : elle fut ouverte en ly^, pour en extraire les cercueils de plomb qu*elle contenait^ Ils étaient rangés en ordre, tels qu'on les a figurés ici; on les a seulement enrichis des statues des rois et de quelques bas-reliefs qui sont dans TégUse, pour orner le detoin et le rendre plus agréable à Tœil^ Aujourd'hui que cette église souterraine est restituée à son antique et auguste usage, l'arcade est fermée (i)«

On remarquera que cette crypte est décorée de pe^ tites arcades en plein cintre, selon le goût des Ro-*mains du Bas-Empire , soutenues par des colonnes dont les chapiteaux, ornés de bas-reliefs , représentent des sujets pris dans là vie de Pépin et de Charlemagne» D'autres chapiteaux de la même crypte représentent des.charriots chargés dA bagages, dos chars avec leurs conducteurs, et en général tout ce qui comporte un voyage royal. Les saints mystères de la messe et les évsmgélistes y sont aussi figurés. Ce» chapiteaux, que nous avons fait graver (tome I*', page 217; et tome y, page aa49 planche 207 its), sont d'autant plus intéressans qu'ils font voir les costumes, les iisageset le style de Farehitecture de ces temps reculés^

(1) On trouTera h la fia du tome VIII la relation de ce qni 8*ett passe lors de la réintégration, dans Pintertenr de réglîse^des os* ^mens des rois qae Ton a?ait extraits de leurs cercueils » en octobre 1793.

yojez, tom. II I & procèt'Vcrbal des exhufnations faites à Saini'Denis^

rïU% ARTS Î>V DESSÎÏT. 65

«l remploi que l'on en faisait pour les habitatloii^ particulières 9 puisqu^on y voit des maisons , des églises et des espèces de châteaux. On en voit encore quelques-uns dans les galeries environnantes ; elles sont libres, et on peut les consulter.

Cette église souterraine est semblable à toutes les cryptes des premières dynasties 5 et nous en avons vu plusieurs. La voûte est circulaire y assez élevée ; les arcades qui la composent sont basses 5 formées par des cintres parfaitement circulaires ; ceci est important ; parce que, à l'époque des croisades, les cinhres dis-» parurent et furent remplacés par la forme ogive. Parmi les colonnes , il s'en trouve de précieuses en marbre antique. Ceux qui faisaient le commerce de l'Orient , les apportaient dans leurs vaisseaux au lieu de lest. Les chapiteaux ne sont d*aucun ordre , mais formés par des bas -reliefs historiques , comme on vient de le voir. Cette crypte , que l'on a vu pendant

phisÎAiirs auuiîe», â. repoi^uc de la révolUtiou, ue se

voit plus depuis qu'elle a été rendue à sa première destination.

Suivant l'ancien plan , que nous avons vérifié sur le terrain même , il y a toute apparence que la galerie circulaire existait du temps de Charlemagne. Mais Fabbé Suger , ayant fait construire au dessus le chevet de son- église, en l'établissant sur le même plan, aura été. forcé de détruire les petites colonnaifes qui exis* talent, et dont il reste encore quelques parties, pour y substituer des piliers assez forts pour supporter l'édifice supérieur; ainsi cette galerie serait une restauration de l'abbé Suger, faite sur ce qui existait; c'està-dire , qu'O n'y a eu de refait que ce qui était néces-

64 jLPBAeU AlSTORIQVS

iaire peur supporter Tédifice tupériour ; d^ailleort f kt sept chapelles circulaires qui eusteni dans cette galerie 9 se répètent dans la partie supérieure : elles avaient été consacrées à des saints particulièreaient affectés à Téglise par son auguste fondateur; donc que l*on a respecté Tancien plan » et que l'on a bâti dessus Taucienne construction » en ménageant ce qui exis« tait déjà.

(Planches 226, 227, 228. )

Les chapiteaux dont on voit ici la gravure , couronnent les piliers de la grande galerie qui tourne autour de la crypte ; quelques-uns nous paraissent dater du temps de la première construction, notamment 'celui qui est au bas de la planche aa4 ; il est en marbre grec , et posé sur une colonne de marbre antique ; la forme simple de sa composition , et le genre du tra* yail, nous autorisent à parler ainsi. Quant aux autres^ ils pourrai^t bien avoir été faits dans le onzième siècle f ce qui indiquerait que Tabbé Suger aurait fait restaurer cette galerie en même temps qu'il fit construire l'église qui est au dessus 9 et que l'on nonune chevet (i).

Peinture. — Après une lutte de près d'un siècle et demi, entre les empereurs et les arts, ceux-ci durent nécessairement s'anéantir, et la secte, amateur d'images, a dû finir par n'en plus posséder que de très-mauvaises. La pein-

(1) Foyez à la fin du tome VIII la suite de l'HUloire de VÉ glise Saint-Denis.

C'/ta^Ueauay de l^/t^e ^oater-raùif dp X''J)enù' J\/"j

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DIS ARTS DU DESSnr.

tare ne fit aucun progrès sous le règne de Gfaar^ lemagoe^ et comme nous rayons déjà re^' marqué , le cuite des images était proscrit (i). Les princes et les seigneurs^ peu instruits, ne connaissant que la puissance du glaive } incapables d'apprécier les jouissances que les arts procurent à la société, ils ne faisaient point travailler les artistes. Les monastères servirent d*asile aux Muses: semblables au musée que Ptolémée Philadelphe avait consacré en Egypte , les cénobites français y cuU tivaient les lettres , les sciences et les arts.

Ainsi, nos arts commis, pour ainsi dire, à la garde des religieux, se ronservèrent et se cultivèrent dans le silence des cloîtres pen* dant les guerres, les troubles civils et les irruptions des barbares qui désolèrent la France à plusieurs époques. Ces hommes pieux, fraternellement réunis, se livraient non-seulement à la pratique de la peinture et de la sculpture , mais encore ils s'occupaient des sciences exactes , et Ton vit sortir des mo* nastèrès des architectes d'autant plus habiles qu'ils étaient bons géomètres (2). Ce fut donc

(i) Voyez tom. II, pag^^ifi ce que j'ai dit de la pjroecrîptioii des images.

(a) Kofez tom. Il, pag. 18, les noms de plasienrs archUeCtei liabiles sortis des cloîtres.

66 AFBl&GU HISTORIQtJX

dans des asiles consacrés à la piété , que Ion entretint l'activité des arts dépendant du dessin. On y sculptait des bijoux ^ des reliquaires , soit en ivoire , en métal , en bois ou en buisy et Ton y peignait des miniatures dont on enrichissait les manuscrits des saj^ans. Ces miniatures sont délicatement peintes, mais elles pèchent par le dessin et elles sont ass^z ordinairement mal composées.

Les miniatures commencèrent à devenir belles vers la £n du quatorzième siècle; elles ont été portées à la perfection de i4So à 1490; celles du seizième siècle sont mieux dessinées ; elles montrent plus d'intelligence dans Tart de composer; il j a plus d entente dans le coloris; mais le fini n'en est pas aussi précieux.

La belle coupole de l'abbaye de Gunj, dont les figures colossales représentent Jésus-€hrisl assis sur le trône céleste , tenant dans ses mains le livre sacré des évangiles , et placé au milieu des emblèmes de l'apocalypse, que nous avons fait graver, tome II, page 10, est une preuve que la |)einture à la fresque était pratiquée en France avec succès dans le neuvième siècle.

Ces peintures, nobles par le grandiose du style , belles par la richesse du coloris et les rehaussés d'or^ que nous Rivons vus et dessinés

ayant la destruction de l'édifice, étaient d'une conservation parfaite, les couleurs étaient ei -* core aussi fraîches que si elles sortaient du pinceau de Tartiste (i). Le réfectoire de Tahbaye était aussi décoré de peintures de la même main; elles représentaient les fondateurs du monastère^ les histoires de l'ancien et du nouveau testament et le jugement dernier.

Ista domus refectorii habetur gloriosa in picturis, etc* , lit-on dans la chronique de Cluny . (Voyez biblioth. de Clunj ^ années i6'4o et 1662). Ces -beaux ouvrages rappellent les peintures dont Guillaume, évéque du Mans, orna ùné de ses chapelles, et dout on a dît qu elles paraissaient vivantes et qu elles faisaient illusion* Suivant le témoignage de l'abbé Suger, dans la description qu'il donne de l'ab* baye de Saint-Denis, les peintres les plus célèbres de ce temps là seraient Français ou Lorrains, et non pas Grecs comme on pourrait le supposer, car il ne le dit pas. Cependant

(i^ Voyez tome II, |)ag. ^4 ^' "^*^' > c® î"® i'*** ^*' ^^ cette anti^e abbaye , et les démarches que fai faites poar conserver aox arcs cette riche et belle conpole. Voyez également ce qae IMillin ea a dit depuis moi. Magas, encycl, ^ octobre i^it, pag. 36p et 363 , et M. Ém<^ric David , Discours sur la Peintura moderne i Musée franc,, par Robillard^ pag, Sg,

68 APERÇU HISTOEIQtJB

nous les considéroos comme des élèves d'artiste > grec , qui seraient venus en France sous les règn s pré édens, ]iarce que leurs productions ont le style , le goût et le coloris de Técc^e grecque.

Zodiaque , min 'attire de la bible de Charles^ le-Chauve.(J^\diXxéit 229. )

La lettre D^ que nous avons fait graver d*après une miniature de la Bible de Charles^le^Chauve, conser^ vée à la bibliothèque du Roi, à qui les chanoines de Tours y suivant Montiaucon^en firent hommage , date de 869. Cette lettre est majuscule du mot Domintts i elle se compose d^uu Aodîa«|u« ci icufeimo^ daus son intérieur 5 deux figures placées dans un cercle , dont une représente Apollon sur son char« et Fautre Diane, également sur un char. Les signes du zodiaque, groupés avec des arabe^ues qui forment le corps de la lettre, sont : le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion , la Balance , le Scorpion , le Sagittaire , la Capricorne, le Verseau et le Bélier.

Ce zodiaque est remarquable par la place qu'occupent le signe des Poîssônset celui de la Vierge , au lieu de se trouver à leur case, on les voit dans Tintérieur du D» Près du ohard'ApoUon on a peint deux poissons,' pour exprimer, sans doute , qu'à Tépoqueoù le tableau a été fait , le soleil , à Téquinoxe du printemps , prenait son domicile dans ce isigne ; et pour désigner son le*« ver, on lui a mis dans la main un flambeau. Au dessous, on a figuré Diane, ou la déesse de la nuit, dans un char tiré par des taureaux ; elle tient aussi un

flambeau 9 que Ton peut considérer comme le symbole de sa lumière. Diane remplace le signe de la Vierge-

En tête de cette bible curieuse on voit une grande miniature 9 qui représente le roi assis sur son trône ; il tend la main droite au chanoine qui lui présente le livre (i) ; de Taulre f il tient son sceptre , q ?i a la forme d*une iuuta (s). Le dossier du trône est drapé , décoré et brodé à la manière antique , ainsi que le coussin et les autres parties du siège royal. La cou* ronne du roi est d^un dessin singulier , il indique néanmoins qu'elle est fermée ; la tunique longue , à manches, et la chlamyde dont il est couvert , sont ornées d'une riche broderie (5). Le jet des draperies est assez lemarquable. Sa riche chaussure a quelque rapport avec le campagus des andens (4)*

— ^T— — ^— ^W— ^— i»^ii— ^i^h— ^fa— ^l»~^-ill ■ ■ ■ ■ I 1 1— — »~^

{i) Voyei Monarchie franq. , par Monlfaucon , lom. 1*'. (a) La hasta, uu le javeloi lumalu ^ «fcaic en asage dans les <vanlet.

(3) Si l'on ooDinlte le maonscrit, on verra que le nuuiteaii du roi f qni est retenu sur Tcpaulc droite par un ruban passe dans une «graffe, parait être de drap d*or ; îl est orne d^une broderie ■•agc y dont le fond est d'or. Latnniqne est d'un rouge fonce, et les chaussures d'un rouge clair avec des rayures en or.

La couronne est d'or j le sceptre est rouge avec des filets noirs,

L« trône et le marcbe-pied sont en bois gris, cbarge's d'omC' mens rouges qui se dessinent sur des fonds d'or. Le coussin suc lequel le roi est assis est TÎolet ; le dossier du troue est dçcore' dt? raies noires et de trèfles en or , rehausses de rouge pour lc> détacher du fond ; la draperie du dossier est d'une couleur orange .

(4) Le campagus était une espèce de (cmelle h rebord qtû couvrait le talon, et il était fixé par des courroies qui sV-lc*< TaioQt jusqu'au milieu de la jambe, ^n se croisant pliiàieur« o'i'

Sculpture. — Avant d'arriver au douzième Siècle, époque à lacjuelie la scupture française éprouva un certain degré d'avancement, nous fixerons l'attention de nos lecteurs sur diverses pièces précieuses faites -en ivoire^ sur des chapiteaux et des bas-Rliefs curieux, comme sur des émaux et des vitraux des neuvièmey dixième et onzième siècles.

La matière la plus ordinairement employée par les sculpteurs français^ est la pierre tendre ou dure que l'on tirait de nos carrières ; ils se sont également servi dû bois, du buis > de l'ivoire, et ils ont aussi jeté quelques moi*ceaux en fonte. Cependant, tout porte à croire que l'on a sculpté le bois avant la pierre ou le marbre; parre que, dans un travail de ce genre-là , on préfère toujours l'emploi des matières qui sont sous la main , aux autres ;• d'ailleurs , le bois présentait naturellement plus de facilité au sculpteur. Le marbre ne fut employé , en France , à l'art statuaire^ que ver^ la fin du treizième siècle.

Les Français, à l'imitation des anciens . ont sculpté le bois , le buis et l'ivoire avec succès.

comme oa le Yoit aix ftataes des empereurs romaîns, da |niiitf« dtt Koi ; d'o$ ieoatenrs ^ui «ont aux Tuileries , eu.

DES ARTS DU DESSIlf. Jl

La partie supérieure du bâton pastoral de labbé Morard, mort en 990, et mentionnée à l'article tombeau de Vahhé Morard ^ tome I*% page 162 ; la crosse également en ivoire et lé tau ou canne en buis et en ivoire^ dont le travail et la richesse de la compo^tion sont su* périeurs à tout ce que Ion peut Toir dans ce genre de sculpture^ sont des preuves convaincantes de ce que nous avançons; voyez les planches 25o et 25i.

Crotse en ivoire. ( Planche 25o. )

Cette crofte » de la collection des antiquités françaises , de n. le chevalier de Saint-Moryt , était celle de Yves de Chartres , abbé de Saint-Quentin , et fon-» dateur des canonicats réguliers de Beauviiîs , vers le onzième siècle. Elle est d*uQ seul morceau dU voire» de cinq pouces de haut sur quatre et demi de large ^ Ggurée sur deux faces, et sa courbure sur troi» faces y ce qui montre le monument dans toutes set parties.

Ce bâton ixwiiiuut augurai, d'un goÂt sévère, d^un travail précieux et même recherché » se courbe en volute dans sa partie supérieure , qui se termine par un dragon allé. Une espèce de sphinx,, à tète d'homme,, sert de soutien à la volute , et se lie à un grand oi<* seau qui se noue au col d'un autre oiseau placé dans la volute. Le travail de ce morceau est d'une grande perfection pour Tépoque où il a été fait; il est curieux par son ancienneté et par les costumes qui y ^oai

y2 AKEÇU KIST6RIQUB

figurés ; écoutons ce qu'en a dit Cambrî , dons U description qu'il a donpée du département de TOîseï dont il était préfet ( tome 11^ page ao8 ]•* Yves de Chartres , debout , sans, barbe ( i ) » couvert d'une dabnatique sans ouvertures pour passer les bras, inai% qu'on relevait pour leur donner du Jeu 9 porte bne mitre formant un croissant; de la main gauche il tient le iituus augurai ; de la droite, il donne la bénédiction. Près de l'évéque est un aoclyte» tenant un rouleau à la main ; un autre acolyte est à genoux; on voit derrière lui un sous-diacre portant le livre des évangiles 9 dont la couverture est ornée de perles et d'une croix grecque. Trois dames à cintres pleins couvrent le saint et ses assesseurs : on remarque , au s<Hnmet des deux parties latérales de ces dômes , deux oiseaux à longues pattes 9 qui pourraient bien être des cigognes > emblème de la piété filiale. Des mascaronsi de la gueule desquels sortent des festons, des feui^ lages et des grappes de raisin , sont entremêlés di^ crocodilleSf d'hommes et de femmes nues ». de Ijnzi d'oiseaux, d'animaux fantastiques , qui s'enlacent dans le feuillage et tournent avec les voluta .

Tau ou béquille en buis. ( Tiré du cabinet de l'auteur). (Planche aSi.)

Un lion , debout sur ses quatre pattes, sert do poi* gnée à cette espèce de canne faite à l'usage d'un vieillard. L'animal est posé sur une espèce de socle^ dans lequel sont incrustés plusieurs petits médaillons en

(1} Les prêtres de Tcglise romaine, à cette epoqae^ ne pot* taiem pa« la barbe. Voytz loin, IV , paj. 71 ; 71 ei 73.

H, aSj

Pa^.y,

ivoire. Plus bas, on voit le pape, «accompa^é de trois évéques y à* genoux , sculptég e» relief et ea ivoire > placés sous quatre petits portails d'église dé^ béatement oavragés : le tout est posé sur une base circulaire 9 ornée de dix masques^ composés dans le tfjle antique , pris dans la même masse ; et chargéo des inscriptions suivantes ^ également sculptées en relief, telles qu'elles sont figurées sur la gravure. Dans la partie supérieure on lit : Lex Dei vcra e$t amne matignum; et dans la partie inférieure : Per crucis hoc signutn fugiM. De petites incrustations en verre de couleur 5 placées avec beaucoup d'adresse, et comme autant de pierres précieuses, augmentant prodigieusement la richesse de ce petit monument.

La canne ou la partie infi&rieure du tau, égalànent en buis, cannelée dans toute sa longueur, et terminée par un ornement en ivoire, quoique d'un goût fort simple , est aussi soignée que la partie supérieure.

Chapiteaux du dixième siècle.

(Planche a33. )

Les chapiteaux du dixième siècle, que Pon voit ici, et dont la composition singulière mérite d'être remarquée , décoraient la nef de l'abbaye de saint Austremoine, à Issoire en Auvergne. Ces chapiteaux, en pierre de volvic, et d'un travail fort grossier, placés dans l'église à la suite d'autres cliapîteaux représentant un zodiaque, nous font voir, comme les an^ elens mythologues auraient pu le faire , i" la fin d'une période annuelle , le déluge ou la dégradation de la nature sous le signe du verseau , lorsque le serpent d'Ophiucns introduit le mal dans le monde, et an-

yi AWRÇD HISTORIQUE

ttODce le dtécroissement de la lumière; a* le sëfoorÂit ioleil dans les signea inférieurs , ou le solstice d'bi ver et la naissance du soleil nouveau ^ représenté par un enfant nouveau-né f sortant du sein de la nature ; 3* le Paradis^ ou le séjour des âmes bienheureuses f qui sont figurées au milieu des palmes qu'elles ont acquises par une bonne conduite pendant la vie.

Chapiteaux de Sainte-Geneviès^e ^ (Planche 233.)

L^égliie Sainte-Geneviève 9 fondée par Clovis, après avoir été pillée et brûlée plusieurs fois par les Normands » fut rétablie vers Tan ggo* Cette restauration est due aux soins du roi Robert , ainsi qu'il est rapporté dans un obituaire. Les chapiteaux que nou» avons retirés de la nef de Sainte-Geneviève > que nous avons fait graver , fit que Ton a vus pendant plusieurs années au Musée des monumens français > datent de la restauration de l'église ; c*est-à-dire , du lègne de Koliert y célèbre par sa piété > sa douceur, et le bien qu'il faisait aux églises.

Ces chapiteaux, dans leur ensemble, représentent un zodiaque. Le premier , de forme circulaire > est composé de deux faces , dont les sujets sont tellement semblables aux images que nous présente le ciel, qu'on peut les considérer comme une espèce d'almanach , car on y voit la peinture complète de l'année* D*abord, nous voyons, dans le premier, les deux solstices et les deux équiaoxes exprimés allégoriquement. Dans le se- «ond^ nous voyons les douze divisions de l'année, ou les

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