‹ Musée des monumens françaisChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DIX-SEPTIÈHE SIÈCLE»

Si les lumières du seizième siècle prépal'èreat eo France les progrès de la xaisoa et des lettres pour les siècles suivons ^ il n'en fu

56 ÂFERCC BISTORIQUB

pas ainsi des arts dépendant du dessin ; car on peut dire qu'ils périrent avec le règne des Valois. Les arts, prolégés par François P^ , et les rois ses fils et petits-fils , s'épurèrent et parurent avec éclat; mai^, semblables à un météore dont la lumière éblouissante disparait aussitôt que l'aliment qui lui est propre cesse de l'entretenir , les arls perdirent lout-à-coup le caractère et la perfection que Léonard de Vinci avait indiqués aux peintres , aux sculpteurs , comme aux architectes. Les guerres intérieures des règnes suivans leur furent défavorables ; ils dégénérèrent , ou changea de système et de style (i).

Louis XIV, si remarquable par son amour pour les lettres et les arts , secondé dans ses vues par Colbert , institua des académies , * éleva des manufactures , et répandit , avec tme profusion digne de la piaje^é royale , des récompenses honorables et des pensions (s).

Le dix-septième siècle a vu naître des sculpteurs habiles , des architectes d'un mérite distingué , et deux peintres d'histoire dignes de

(t) Tom. I*', pag. 39 et suivanies.

(3) P'^oyez tom. V, pag. i3 et aaiTanteti ec €pit î*ai dit dm

DBS ARTS DU DESSm« ' 5f

figurer auprès des plus grands maîtres , Nico-^ las Poussin et Eustache Lesueur. Avant d'aller plus loin , nous ajouterons un mot à ce que nous avons dit du stjle, tome Vll^ pages j^i et 90.

§ I«'. Ce qu'on appelle st/le est essentiellement nécessaire dans les productions des artsj il est toujours dépendant du sujet que larliste traite, je veux dire , qu*il tire son essence du sujet mêv^; qu'en conséquence, il sera se-»

vère, terrible ou gracieux, suivant la circons* tance. L'antiquité nous en offre ries exemples dans les statues de Laocoon et de Niobée, dans celles d'Adonis, de Vénus ^ de Flore, comme dans celle du général athénien Châ-»

brias, connue sous le nom de Gladiateur y qui ee voit au Musée du Roi.

Le style se compose de l'expression , de la grâce, de la beauté ou de la perfection; il consiste dans la pureté des formes, dans le choix des expressions, dans la précision des attitudes , dans le caractère des draperies ; enfin , le style n'est que la réunion complète de toutes les parties , je puis donc le considé^ rer comme le verbe ou le langage , à laide duquel le peintre ou le statuaire se fait entendre dans ses ouvrages. Les usages des na-» tions direrses et leur position locale seront

58 AFBEÇU HISTORIQUI

•éverement consultés par Tartiste pour déter^mîtter le style dont il doit se servir dans là feprésentation da sujet qu'il traite. Je le répète^ le style est l'éloquence de la peinture ; chaque peintre a un style qui lui appartient; V École d'Athènes , de Raphaël ; le Jugement dentier y de Michel-Ange; saint Paul a Éphèse^ de Lesueur ; VExtrême^Onction , de Poussin , et en général toutes les productions de ce der* nier seront présentées aux étudians^mme des modèles de style , après les statues et les basreliefs antîquf^s.

Le style , dans les arts dépendant du dessin , était r^ipanage des artistes grecs ^ parce qu'ils avaient continuellement sous les yeux des hommes et des femmes nus qui se faisaient remarquer par l'élégance et la perfec* tion des formes. On se naturalise, pour ainsi dire , avec les choses que l'on voit sans cesse , avec les personnes avec lesquelles on vit ; l'homme du monde se perfectionne par la bonne compagnie ; et, certes , .Racine n'aurait pas épuré la langue, si, comme Vadé^ iln'a* yait connu que la société des halles. D'ailleurs , les sculpteurs grecs soumis aux règles prescrites par le beau idéal de l'art , et scrupuleux imitateurs de la nature , donnaient à leurs statues un mouvement si vrai , une ex«

f»ES ARTS DU -DBSfilK. 5^

{pression tellement sentie , qu'en voyant k Té=- «ultat de leur travail y on est ému sans dFort ^ on reste immobile ^ on pense et on admire, {j'art est caché par l'art même , et on '{yeut dire, avec beaucoup de raison , des scolptéim et des peintres grecs , ce qu'Eglé disait de son portrait que Ligdamon , inspiré par Tamour >> avait peint en secrej pour obtenir sa main qui ikait le prix d un chef-d'œuvre en peinture :

li*art ne se montrait pas, c^est la nature mème^ La nature embellie, et par de doux accords 9 {i*âme était sur la toile aussi bleu que Fè corps. (YoLTAiBE, Mélanges de Poésies.)

L'exécution de la sculpture grecque est si bien en harmonie dans toutes les parties morales et matérielles de Fart, que les statues du les bas-reliefs antiques nous paraissent avoir été jetés au moule ou taillés d'un seul coup de ciseau. Tout sculpteur grec est uii Prométhée ou un Pygmalion ; ils avaient tous un tel art pour saisir les caractères de la nature et les passions de l'âme , qu'on lit dans les proverbes de Quintilien : que, sur les masques qu'ils fabriquaient pour les acteurs, tragiques -et comiques ^ on distinguait les caractères et les passions des hommes de toutes les classes de la société, chacun dans le style et le genre qui lui était propre. Voilà ce que j'appelle

60 A»aÇtT HX5T0RIQUB

convenance dans le stjle; enfin , il esl reconnu que les arts du dessin ont aussi leur éloquence comme iVrt du discours.

£nfin, le dix - septième siècle ne présenta qu'un seul et unique stjle.

§ II. La terre qui vit naître Malberbes et Corneille eut l'avantage de donner le jour à riicolas Poussin ; il est né/iux Andeljs, petite ville de Normandie. Son père , qui avait oom* battu avec quelques succès sous les drapeaux de Henri IV, destinait son fils à I art militaire, et lui enseignait lui-même la tactique et les mathématiques ; le vieillard , dans son fils , voyait rajeunir ses lauriers, lof sque la destinée de Poussin lui frayait une route opposée , et lui préparait dans l'avenir une autre gloire (i)*.

Nous l'avons dit dans les précédens volumes, et nous le répétons , Charles Lebrun , revêtu du titre de premier peintre du roi , devint le maître absolu des artistes de son temps. Les peintres, les sculpteurs^ les architectes comme les graveurs s'attachèrent à la fortune de Lebrun; et plus courtisans qu'artistes, on les vit ^'abaissef jusqu'à faire le sacrifice de leur génie et de leurs moyens personnels pour imiter les

(0 ^9f^^ *om. I**", pag. 4o î topa. V, pag. 17 et iuÎTanles^ »% t% 46 f et ^ue î'ai dit dt liicolat Poucfiiiji

0B» AftTS DV DBSSIl». 6i

compositions et la manière du premier pela»

tre. On aura bientôt la confirmation de cette mérité ; si on examine scrupuleusement les pein« iures ^ les sculptures et les ornemens qui dé- <x)rent le château de Versailles , dont lexécu* tioii est due à plus de deux cents artistes ^ dans des genres différens. ( Voyez tome V, pages 17 et suivantes y ce que nous ayons dit de Charles Lebrun et de ses ouvrages. )

Nous ne partageons point l'opinion de ceux qui veulent trouver Je même génie, le même goût, le même style et le même coloris dans Fensemble, dans les accessoires comme dans toutes les parties d'un château aussi considÉ-» rable que l'est celui de Versailles, On con* viendra^ toute prévention à part, que cette uniformité va jusqu'à la satiété; il faut de l'ac* cord, de l'harmonie sans doute ^ mais ici c'est la fadeur qui déplaît ; elle provoque l'ennui. (Jn palais ne doit pas porter un uniforme, encore moins une livrée.

La conception générale d'un palais quelconque , la désignation des places que doivent remplir les peintures, les sculptures, ou tout autre ornement y cette distribution générale , BOUS en convenons , appartient.à l'architecte ; mais voir les pièces décorées de même, et juS"* qu'au parc et les statues qui ont la même al<*

fy APBBCU ÛSTORIQCA

lure/ct qui sont composées, dessinées ou mù^ ddiées par la même main , cela est fatigant à Toir. On aurait obtenu une variété plus agréa*' bie^ aîi au Heu d'employer le même peintre pour concevoir et diriger la totalité des tra* vaux , on eût donné à chacun des hommes les plus célèbres du temps , une salle ou une galerie à peindre et à décorer , l'art y aurait gagné autant que le goût aurait élé satisfait ; alors , on aurait eu une galerie de Lebrun , un salon par Mignard , un autre par Lesueur ^ puis d'autres par Lahyre ^ Lafosse , Michel Corneille , etc. ^ etc. , ce qui aurait fait du château de Versailles un Mmœwn* du dix-^ septième siècle, digne de la grandeur de Louis Xjy ; espérons que de semblables erreurs* ne se renouvelleront pas.

Tombeau du cardinal Mazarin^ (Planche 286.)

Nous trouvons la confirmation de ce que nouir avons dit sur la docilité des artistes les plus célèbres du dix - septième siècle à laire le sacrifice de leurs propres moyens en copiant les compositions et les dessins de Charles Lebrun 9 dans Texécution en marbre et en bronze ^ par Goyzevox , du mausolée du cardinal Uazarin que nous avons décrit et gravé , tome V, pages 84 et suivantes. Nous le reproduisonâ ici dans une dimension plus grande pour mettre nos lecteurs à même d*apprécîer la vérité de notre j»g6*;

Page 1