‹ Musée des monumens françaisChapitre 9 sur 23 · DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME

A la mémoire étemelle Diane de Poitiers j dnchesse de Valentinois ,

Epouse

De Louis de Bréwi ,

Séne'chal de Tformandie,

Louable par sa pie'té et sa parfaite religion ,

Et qui a fondé ce saint temple.

Les Glles rcconnaiftiia«it«« dn leur mère chérie ,

Louise , femme de Tillustre prince Claude de Lorraine , duc

d^Aumale, Et Françoise , femme de Robert de Lamarck , Vaillant duc de

Bouillon, Dans leur extrême douleur ont fait élever ce monument.

§ I®^. Dans le quinzième siècle , la peinture en émail fut pratiquée avec succès , et les tableaux que nous possédons de ce temps-là sont plus ou moins précieux ., en raison des sujets quîls représentent; ils se font remarquer par un dessin d'un excellent goût , et par des compositions beaucoup mieux raisonnées que celles qui se faisaient dans les siècles précédens. Les peintres en émail ne présentent^ dans leurs travaux, d'autre variété que. celle d'avoir trouvé le moyen d^emplojer l'or et de le fixer avec les couleurs , pour enrichir les vétemens de broderies j mais sous le règne de François I*',

44 AP£RCU HISTORIQUE .

cet art si éclatant par son exécution ^ a sui^ comme tous les autres art3 dépendant du d( sin y Timpulsion générale donnée par leur ai guste protecteur. Ce genre de peinture fi donc porté à une grande perfection dans h seizième siècle; et^ la quantité de tableau^ d objets en émail que le roi fit établir par h fabrique de Limoges ^ qu'il institua ^ et dont il donna la direction à Léonard y connu sous \{ nom de Léonard le Limousin y est considérable. ( Voyez tome IV, pages i8i et suivantes, ce que nous avons dît de cette manufacture eC de son directeur, le plus habile émailleur de son temps. )

Peintures en émail qui décorent le tombeau de Diane de Poitiers. (Planche 279. )

Cotte planche se compose dQ plusieurs tableaux àe la iabrique de Limoges; ils décorent le tombean de Diaae de Poitiers. Les figures 1 , 9 , 3 «t 4 , sont peintes en camaïeux bleus rehaussés d*or, d'après les dessins de Raphaël. Le premier , représente la Pénifeirce ; le second , la Pentecôte ; le troisième , Jésus portant sa croix; et le quatrième, Dieu apparaissant aux apôtres La i^ure 5 et les deux anges qui Tac^ eompagnenl , sont ccMnposés et dessinés par Primatice 9 erdovnateur des bàtimens et manufactures du .^nU ^François I**, vètu de ses habits royaux^ est figuré à genoux devant son pile-dieu. Cette gravure> soignée j,

fjjjMÈM

la'

0£S A ATS BU DESSIN. 4$

ett de M. Monûsl, "architecte , connu par son bel ouvrage des antif uitës d'Herculanum.

Ces peinture^ agréables se font généralement remarquer par la richesse des couleurs , par la pureté du dessin , par la grâce et la variété des altitudes données aux figitres , et surtout par certaines draperies formées d'un morceau de clincan vert, violet, rouge, ou couleur d'or, recouvert d'un émail clair , léger et transparent comme du veire. Ceci imite parfaitement les étoiTcs changeantes* Léonard , à Taide de ce procédé ^ imitait les pierres précieuses et les riches broderies avec perfection; ce dont on pourra se rendre compte en examinant les 'beaux plateaux de cette fabrique, qui sont exposés au musée du Roi (i).

Henri II et Diane de Poitiers , peinture en émail tirée du cabinet de V auteur. ( Plan* che 280.)

Peu satisfait de la première gravure que nous avons donnée de ce tableau, nous la reproduisons ici de la grandeur de Toriginal et diaprés un calque : die est

(i ) Je possède dans mon cabinet quelques tableaux précieux de la fabrique de Limoges ^ mais M. Daval , qiiai Malaquais , av «oin de celle des Petits* Angustins , en a une très-grande quantité dans son magasin ; il est bon de les consulter pour connaître la perfection de cette fabrique célèbre.

46 APERÇU HISTOAIQlfS

due au talent de M. Imbart, arehiteote {F oyez tome lY pages 8 et g 9 la description de ce tableau). Avant de décrire* une autre gravure , nous examinerons quel fut Part de peindre en ^ail sous le règne de Louis XIY et dans la suite.

Sous le règne de Louis XIV y Jean Petitot y genevois , fut généralement connu comme célèbre peintre de portraits en émail. £n effet ^ il porta cet art au plus haut degré de perfection y et Ton jugera aisément de son rare talent par la belle suite de portraits des personnages de la cour qui sont au musée du Roi.

Le mérite de Petitot ne saurait être contesté , puisque ses portraits se vendent encore plus de cent louis ^ prix de commerce»

Sous le règne de Louis XV, M. Séguin s'est acquis une grande réputation dans Fart de peindre le portrait en émail ; mais M. Augustin , qui s'en occupe constamment depuis plusieurs années , a relevé d'ime manière briUante un art qui^ avant lui» était abandonné à des peintres médiocres. M. Augustin a peint avec succès les portraits de S. A. R. Monseigneur le duc d'Angouléme et de Madame. Celui de M. le baron Denon ^ qu'il a fait de grand for^ mat; est d'une beauté parfaite. M. Constantin y doat nous avons admiré les peintures sur

BBS AKTS DIT DESSIIf. Iq

porcdaine> a également produit des émaux qui ont mérité les applaudissemcns des connaisseurs.

Dans tous les temps il y a eu en France des femmes célèbres dans les lettres^ dans les sciences et dans les arts; mais aujourd'hui^ dans le nombre de nos femmes aimables , il en est qui s'occupent particulièrement de Tart de peindre y et l'on voit dans les galeries de nos amateurs les plus distingués y des productions de mesdames MoDgez ^ Lorimier, Lescot, Mayer, Godefroy, Jacotot et Chavassieux , qui fixent l'attention des étrangers y et qui rivalisent avec les tableaux de nos peintres les plus habiles. Parmi les dames que je viens de nommer , mademoiselle Chavassieux a consacré son ta- ^ lent à la peinture en émail j et madame Jaquotôt y à reproduire sur la porcelaine les portraits de nos grands hommes, ainsi que les plus beaux l^ableaux du musée du Koi; et, chacune dans son genre, montre des taleiis au dessus des éloges.

M. le chevalier Sommariva, si connu par son excessif amour pour les arts , a chargé mademoiselle Chavassieux de peindre sur émail les plus beaux morceaux de sa riche galerie , dont il ouvre les portes aux artistes et aux ama«

tears tous les vendredis, rue Basse-du-Rem-

part , n^ 4*

Outre les tableaux des grands-maîtres que renferme cette galerie , on y voit des chefsd'oeuvre de MM. Gérard , Girodet , Guérin ^ Prudhon , Boisfremont , Drolling , de madame Mongez , etc. ; et M. le chevalier Sommariva , chaque année , se plaît à en aug* menter le nombre. Parmi les nombreuses réductions en émail de mademoiselle Ghavassieux y il en est d'une grande dimension , et Ton cite avec plaisir , de cette main délicate , les copies du Bélisaire^ de Gérard; du por^ trait en pied de M. Sommariva^ par Prudhon ; Cupidon et Phsyché y d'après Je même peintre; une tête de Jésus^Christ ^ d'après le Titien; le Repos de la Vierge en Egypte , d'après Pezaro ; Vénus et Ascagne , par Broisfremon t , et la Mort d^Ahel^ par Drolling : l'imitation de ce tableau est parfaite^ tant pour la pureté du dessin que pour la beauté du coloris ; elle a peint pour elle , sur une plaque d'émail de cinq pouces, les portraits du roi Louis XVI et de Marie- Antoinette son épouse, et ceux de madame Elisabeth et de Louis X VIL En examinant les belles copies de mademoiselle Chavassieux^ on se rappelle ^ non sans

DBS IrRTS DU DESSIK. 4^

eprotiver une douce émotion , ce que le Roi dit avec sa grâce et sa bonté ordinaires , à ma3ame Jaquotot> en voyant dans la galerie du Louvre , à 1 exposition publique des productions de la manufacture de Sevrés, la réduction qu elle avait faite , sur porcelaine , de la belle Jardinière , de l^^à^hàèl i Madame , dit le Monarque, si Raphaël res^enait ^ Userait jalouùc de votre talent.

£nfin , il serait à désirer que la peinture ea émail fût encouragée par le Gouvernement, comme les antres arts dépendant du dessin , non-seulement parce que ce genre de peinture a l'avantage d'éterniser le portrait d'un personnage célèbre, ou d'une personne aimée, mais encore parce qu'il est peut - être une branche importante du commerce, comme le prouvent les nombreuses productions qui sont sorties des fabriques de Genève.

Diane de Poitiers sous la figure de la déesse de la chasse ^ par Jean Goujon p d'après le dessin de Primatice ^ tiré du cabinet de . V auteur 4 (Planche 281*)

ï'onfaine en màrbfe blanc qui décorait le parterm du parc d*Ânet, sur laquelle Jean Goujon a représenté la duchesse de Yalentinoîs sous les traits de Diane 9 déesse de la chasse. Celte gravure, de VL. Imbart , a été Caito d'après le dessin que Primatice « présenté

5o ii^EACU HISTORIQtJK

au roi Henri II , avant d*en confier Texécution a« sculpteur. ( Voyez tome IV9 pages 85 et 86 , ce que nous avons dit de ce bel ouvrage. )

Dans roriginCy l'espèce de vaisseau qui porte la statue colossale de la déesse 9 était supporté par quatre lévriers de bronze qui ont été fondus ; le tout placé sur un support en marbre blanc , orné de petites arcades décorées de tètes de lion aussi de bronse {Voyez Touvrage d'Androuet du Cerceau). Ces dé* tailA ont été rétablis 5 comme on le voit ici, dans la restauration que nous avons tdXi faire de ce groupe au Musée.

'Autre bas - relief représentant le même perr sonnage caressant un Jeune cerf. ( Plai^*

che 282. )

Ce beau bas-relief, sculpté en marbré grec, par Jean Goujon , fait partie de ma collection. Quoiqu'il soit d'un fini ^très-précieux et d'une rare beauté, il m'a paru être, en quelque sorte, Tesquisse ou la pre* mière disposition du groupe précédent. . La pose de Diane est à peu près la même ; elle a plus de grâce et moins d'énergie ; le cerf a l'expression de l'amour et regarde attentivement sa maîtresse. Les chiens sont près de la déesse qui s'appuie sur un dogue.

Pour mieux faire connaître, la protecliga éclatante de François 1^', eu faveur des arts ,. il conviendrait de décrire les nombreux monumens élevés par ses ordres dans toute la France ; il suflira , sans doute , de rappeler que ce rcfl ,. aussi instruit qu'il était brave ^ reche»^

bES A 1(19 1)U Ii£S3TX' ^1

ckaiit la société des hommes de lettres et celle' des artistes > eut l'avantage de perfectionù^^ le$ arts , en appelant auprès de sa^ personnsf Léonard de Vinci et Primatice^ Il établit desf écoles, des manufactures, et fit moulef les plus belles statues de Fantiquité. L'instruction dans les arts du dessin , comme dans les sciences exactes > développe le génie; elle donne naisf sance à la pferfection et chasse la barbarie^ Dans la peinture comme dans la sculpture, la grâce et la souplesse des formes > rempla' cèrent la sécheresse et la dureté des contours p la noblesse et le bon goût firent oublier les inventions gauches et maladroites dont le^ monumens des arts étaient empreints sous le règne de Louis XIL Avant d'aller plus loin / nous ferons connaître ce que Ton doit enlen^ dre par la grâce et le goût dans les arts du dessin.

Ce je ne sais quoi, qu'on appelkf grâce ^ n'il lieu dans un sujet, on dans un objet quel<« conque , que par la perfection qui existe dan^ chaque partie dont se compose le corps ou l'objet qui les réunit ; et que, par une combi-* naison parfaite et harmonieuse entre les parties^ et le corps , on en trouve des exemples dans les hommes et d^ns les femmes , même i^ns^

5a APERÇU HISTORIQUJr

les animaux y ainsi que dans les statues antiques ^t les grands maîtres des lemps modernes.

Il j a plus de grâce dans la Vénus de Médîcis que dans la Diane. Les peintures de Raphaël ont généralement plus de grâce que celles de Léonard de Vinci et de Michel-Ange. Il en est de la grâce comme du génie , qui n'a lieu que lorsqu'il y a concordance parfaire entre le sujet qui aura été choisi et son exécution sur le marbre ou sur la toile, par le sculpteur ou le pein* tre. En conséquence, la qualité dont il s'agit,^ pour qu'elle prenne le caractère de ce que nous appelons grâce ^ il faut qu'elle s'identifie, en quelque sorte, avec Tinvenlion, le style et le coloris convenables au sujet ; autrement ,• elle n'existera pas. L'Apollon du belvédère et la Diane chasseresse nous montrent dans des sujets opposés, *soit comme personnages, soit comme formes, des modèles de la grâce, parce que l'un et l'autre, aussi bien que la Vénus de Médicis , sont des ouvrages parfaits, et que, chacun dans son invention^ a l'attitude , le caractère , l'expression , les formes , et nous osons le dire , le coloris qui leur appartiennent , voilà ce qui constitue la grâce.

Le goût , le compagnon fidèle de l'harmo- Bie et de la grâce, n'existe que par elles, et

I^SAATS DU DBSSI5. 55

n'existe pas sans elles; il est le résultat de la perfection de nos sens et de la rectitude dô nos idées/ La grâce , fille de l'harmo'nîe , anime la sculpture ; elle l'échauffé et lui donna ce charme agaçant que l'on préfère à la beauté froide, La noblesse dans la sculpture et dan9 la peinture consiste dans l'attitude et dans le port des personnages représentés , aussi bieu 4jue dans le choix des formes dont ils se com^ posent.

Tout ce que nous avons dit de la grâce et du goût est applicable au grand talent dd Jean Goujon ; en effet, aucun sculpteur n'a senti aussi bien que lui les règles de l'optique ; il savait modeler un corps peu saillant et mé-» ' plut y de façon à lui donner la rondeur suffisante par la manière d'y fixer la lumière ou de la faire seulement glisser sur les formes pour obtenir dés demi-tons, selon l'effet qu'il voulait produire ; nous en avons un exemple dans les bas-reliefs qu'il a sculptés à la fontaine des Innocens et au vieux Louvre (i).

Plat en faïence représentant une Bacchanale.

— Saucières en faïence entaillée, du cabi'»

net de l'auteur. (Planches 285 et 284.)

Les trois pièces figurées, ici ont été tirées de la fa-^

(1) Tom« UI, pagf fyjf )\ï fait caniiatut lai travaos da Jaas

^4 APERÇU aiSTO&IQUa

brique de Bernard Palîssy, hjdraulicien du roi Henri II, qni )ul avait accordé toute «a protection. On voii d*abord un plat en faïence, représentant l'Automne, pi| répoque de la vendange* Sacchus, enfant, est représenté couché dans une cor})eilie remplie de raisin , qu^il foule par le poids de son corps ; d'autres petits ^nfans lui dopnent à boire et le couvrent de fruits.

Sur 1^ planche suivante se dessinent deux saucières; |a première représente l'Abondance sous la 6gure d*ail^ flpn^me nue et couchée ; d'une main elle tient p—— ' " • i *' M i l I ■ — ^— — ^^— — .^

Goojon 'j fai donne la gravure da mausolée que fai élevé & sa ^cmoire au Musée des Monumens français, et j'ai dit qu'il fol ^né sur 90d échafaod d'an coup d'arquebuse , eo travaillant ai| Louvre y le a4 ^^^^ ^^7^ i îl était calviaistc.' On lit, Vie des famepx Sculpteurs , p^r Dargenville , article Jean Goujon , tom. II , pag. ii4 : c Le jour de la Saint-Barlhelcmy , époque ^u massacre des huguenots, en iS^a, il s'avisa de monter à l'échafaud , malgré les avis de la reine , pour retoucher quelque phose & la fontaine des Innocens qui était achevée depuis longtemps , et il fut tué d'un coup de carabine. »

Dans le Dictionnaire des jirts de Peinture ^ Sculpture et prayure , par MM, l'Évesque et Watelct , article Jean Goujon, OM lit ce qui suit : <c On ne peut douter que cet artiste , qui paratt nourri de la belle antiquité , ait fait le voyage d'Italie. U ^'tait calviniste, et le jour de la Saint-Barthélémy, en 1572 (34 août ) , il fut tué sur son échafkud d'un coup de carabine. »

Comfne on n'est pas certain du lieu oh fut tué Jean Goujon , j'ai indiqué le Louure , parce qu'il est probable que ce grand sculpteur, se sentant le désir de travailler, préféra monter sur ri'chafand du {^ouvre , auquel on travaillait encore h l'époque de l'événement aS^rcux qui fut cause de sa mort , plutôt que d^aller rue aux Fers pour y retoucher ses ouvrages delà Fontaine des Innocens. Cette Tersion est d'autant pins rraisem- Liable, qae les historiens s'accordent à dire qne la reine TOulnt s.vr<?(er son xèle et l'empêcher de travailler.

Armures Ju'

DB5 ÂATS DU DBSSIIf. 55

la corne remplie de fruits qu^on lui donne pour atbut y et de l'autre un vase duquel le vin coule en si grande quantité 5 qu'elle s'en trouve toute baignée ; la seconde représente Bacchus et Gérés se tenant au corps ; Bacchus tient à la main un Cep de vigne chargé de fruits, et Gérés une gerbe de blé. Ces tableaux charmans ^ rehaussés des plus vives couleurs , sont repoussas en velief avec - beaucoup d'art et de délicatesse. (Foj^ez tome III 9 pages ia3 et suivantes, ce que nous avons* dit de cet homme célèbre et de ses ouvrages.

Casques et cuirasses repousses en fer ^ tirés du cabinet de Vanfpjn*^ (Planche 285.)

Dans plusieurs articles détaillés tome III, pages 81 et 8a; tome IV» pages 13,2, 137 et suivantes; tome Y, pages 6 et 235, nous avons fait connaître l'art aveo lequel on repoussait le fer et on fabriquait les armes dans le seizième siècle. Cette planche se compose de cuirasses , de casques et de boucliers de la plus grande lieaulé. Les cqpipositions qui y sont figurées soat agréables et d'un dessin élégant. ^

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