‹ Musée entomologique illustré (volume 2)Chapitre 14 sur 33 · FAMILLE DES TENTH RÉDINIENS · texte numérisé non relu

FAMILLE DES TENTH RÉDINIENS

FAMILLE DES TENTHRÉDINIENS.

La dernière famille des Hyménoptères, celle des Tenthrédiniens, comprend des insectes à corps court et parallèle, à abdomen non pédicule, mais uni au thorax sur toute sa largeur. La tarière des femelles est écailleuse, logée entre deux autres lames qui lui servent d’étui, dentelée en scie pour inciser les végétaux où elles déposent leurs œufs ; cette conformation leur a fait donner le nom de mouches à scie.

Dans cette famille les larves ont un aspect tout nouveau; elles doivent résider sur les végétaux qu’elles ravagent, et ont des pattes multiples pour se déplacer. Ces larves ressemblent beaucoup aux chenilles par leur forme et leurs couleurs ; mais leurs pattes membraneuses ou mamelons sont en nombre plus considérable que chez les chenilles ; de dix au plus chez ces dernières, elles sont au nombre de quatorze à seize chez les Hyménoptères. On donne à ces larves le nom de fausses chenilles, qui leur convient très-bien. La plupart, si on les touche, relèvent la partie postérieure de leur corps d’un air menaçant ou se roulent en spirale; elles laissent souvent suinter un liquide d’odeur désagréable. Pour se métamorphoser en nymphe, elles se filent une coque soyeuse, soit dans la terre, soit sur les plantes où elles ont vécu. Elles y deviennent nymphes et nullement chrysalides comme on pourrait le croire d’après leur ressemblance avec les chenilles; mais elles ont cela de commun avec ces dernières, qu’elles restent souvent enfermées dans leurs coques fort longtemps, et y passent même quelquefois l’hiver.

La famille des Tenthrédiniens se divise en plusieurs tribus. La première, celle des Cèphides, se distingue par un corps grêle et comprimé, une tarière à peine saillante, de longues antennes ordinairement épaissies à l’extrémité.

Les Cèphes ont les antennes épaissies à l’extrémité, de vingt et un articles. Leurs larves sont molles, avec six pattes écailleuses, mais pas de

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fausses pattes membraneuses. Ces larves vivent à l’intérieur de certaines tiges et causent parfois des dégâts assez considérables. Tel est le Cephus pygmœus (fig. 2i3), petit insecte noir, à anneaux jaunes sur l’abdomen. La femelle insère au mois de mai un œuf dans une tige de blé ou de seigle, qu elle a percée au moyen de sa tarière; la larve qui en sort (fig. 214) se nourrit de la moelle de la tige, et parvenue au terme de sa croissance, peu de jours avant la moisson, elle descend vers la terre pour s’y transformer en nymphe ; mais auparavant, pour assurer sa sortie sous la forme ailée au printemps suivant, elle coupe circulairement la paille en dedans, un peu au-dessus du sol. Les épis attaqués par le Cephus se reconnaissent aisément: ils sont blanchâtres et droits, et s’élèvent au-dessus des

FIG. 213. — Cephus pygmœus.

autres, qui sont encore verts et se courbent sous le poids des grains, tandis que les premiers sont entièrement vides.

En outre, la coupure circulaire, opérée par la larve au bas de la tige, fait que celle-ci se brise au pied lorsqu’il fait du vent. Le champ présente alors le meme aspect que s’il avait été traversé dans tous les sens par des animaux.

La seconde tribu, celle des Tenthrédides, se compose de toutes les espèces à corps épais, à antennes plus courtes que le corps. Cette tribu, beaucoup plus considérable que la précédente, se subdivise en quatre groupes distincts.

Le premier comprend les Lydas et les Lophÿres, à antennes longues, sétacées et multiarticulées. Les Lyda , qui constituent le principal genre, ont les antennes grêles et sétacées. Leurs larves sont dépourvues de pattes membraneuses, aussi marchent-elles lentement; elles s’aident, comme certaines chenilles, pour descendre d’une feuille sur une autre, en se laissant suspendre au bout d’un fil. Ces larves habitent en société sur divers arbres, dont elles dévorent les feuilles. On connaît plusieurs espèces de Lyda, dont quelques-unes sont fort nuisibles. De ce nombre est la Mouche à scie du poirier (Lyda pirï ), qui cause parfois de graves dégâts sur ces arbres fruitiers. Ses larves ou fausses chenilles, d’un jaune d’ocre, vivent en groupes sous un nid de soie très-clair qui enveloppe le

bouquet de feuilles quelles veulent manger (fig. 2 i5). Quand elles l’ont dévoré, elles se transportent auprès d un autre bouquet de feuilles et l’enveloppent d’une nouvelle toile pour le ronger à leur aise. Lorsqu’elles ont ainsi atteint leur entier accroissement, elles se laissent glisser à terre au ,

nous figurons ici (fig. 216) est noir^ ^

Une autre espèce, le Lyda hortensis, représentée dans notre planche XIII, a des mœurs analogues. Elle est d’un noir bleu brillant, avec le ventre

oran ge.

Le Lyda inanita vit sur le tremble. wm 316 . ^ „ KU dl! %iam Les Lophyres ont des antennes multi-

articulées en panaches, à double rangée dans les mâles et en dents de scie chez les femelles (PL XIV, d. e).

Le type du genre est le Lophyre du pin (. Lophyrus pini), figuré dans notre planche XIV. Le mâle est entièrement noir; la femelle a le corps jaunâtre, tacheté de noir. Les larves de cette espèce vivent parfois rassemblées en grand nombre sur les pins, et y occasionnent des dégâts considérables. Selon un auteur allemand, ces larves et quelques ( ) autres du même genre (L. p inas tri , juniperi ) ont détruit

e n Franconie, il y a quelques années, plusieurs milliers d’acres plantés de pins. Les larves de Lophyres (b) dévorent les jeunes pousses de ces arbres, et elles se filent une coque soyeuse sur l’arbre même (c) ; jamais elles ne

FlG. 216. — Lydapiri.

s’enfoncent en terre.

Le genre Cladius renferme quelques espèces indigènes, dont le type est le Cladius difformis , petit Hyménoptère noir, avec les pattes blanchâtres. La larve de cet insecte est d’un vert pâle, légèrement poilue, avec

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la tête ferrugineuse; ses pattes membraneuses sont au nombre de quatorze. Ces larves vivent sur les rosiers et s’y construisent, entre les branches ou dans les plis des feuilles, des cocons pour s’y métamorphoser en nymphe. Celle-ci ressemble beaucoup à la larve, mais on n’y reconnaît plus de pattes. L’insecte parfait éclôt environ quinze jours après la transformation en nymphe, c’est-à-dire dans le mois de juillet. Les mâles ont les antennes pectinëes.

Les Nemates ( Nematus ) sont très-répandus dans notre pays. Leurs antennes sont simples, de neuf articles; leurs mandibules sont échangées. Les larves de ces Hyménoptères vivent sur les feuilles des arbres et causent parfois des dégâts considérables. Tel est le Nemate du groseillier (Nematus grossulariœ) [fig. 217], un des plus communs, dont les larves fourmillent dans certaines années sur les groseilliers, au point de les dépouiller complètement de leurs feuilles, ce qui fait avorter les fruits. Ces larves (fig. 218) sont glabres et portent vingt-deux pattes; elles sont d’une couleur verdâtre claire, avec des séries transversales de tubercules.

L’insecte parfait a la tête et le corselet noirs; l’abdomen jaune, avec l’extrémité noire; ses ailes sont transparentes et irisées. La femelle dépose ses œufs tout le long des nervures des feuilles, comme les grains d’un chapelet, et au bout d’une huitaine de jours les petites larves éclosent et se mettent à ronger les feuilles. Chaque femelle dépose sur un gro- wa 218.- Larve de xm* seillier une soixantaine d’œufs, et chaque larve qui en sort consomme trois ou quatre feuilles avant de se transformer en nymphe.

Le Nemate du saule (Nematus capreœ ), long de 7 à 8 millimètres, est jaune, avec le dessus du corps noir. Sa larve est verte, tachetée de

Fig. 217. — Nematus yrosmlana

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noir. Cette espèce vit sur le saule marceau, dont elle dévore les feuilles nouvelles et fait ainsi périr les jeunes arbustes.

Le Nemate septentrional, dont quelques auteurs font un sous-genre (Crœsus septentrionalis) à cause de la forme dilatée de l’extrémité des tibias et du premier article des tarses, a les antennes de la longueur du corps. Il est noir, avec le milieu de l’abdomen fauve, ainsi que les jambes. Cette espèce, figurée dans notre planche XIV, vit à l’état de larve (a) sur le saule, dont elle ronge les feuilles. Cette larve est verte, avec de grandes taches jaunes; elle recourbe l’extrémité de son corps jusqu’au-dessus de sa tête lorsqu’on l’inquiète. Au moment de sa transformation elle file une coque noire.

On trouve d’autres Nemates sur divers arbres, qui en souffrent beaucoup, car en peu de temps ils les dépouillent de toutes leurs feuilles.

Les Dolères ont le corps plus grêle et plus élancé que les autres Tenthrédiniens; leurs antennes sont plus longues et plus grêles.

Le Dolerus grossulariœ (fig. 219) est noir, à ailes transparentes et irisées. Il dépose ses œufs sur les branches des groseilliers, et les larves qui en sortent rongent les feuilles et les dépouillent parfois de toute leur verdure, ce qui fait avorter les fruits.

Les vraies Tenthrèdes ont le corps plus épais, les antennes de neuf articles. Leurs larves ont dix pattes membraneuses, en tout seize. Ces larves sont souvent rassemblées en grand nombre sur certains ar- (Toy. page 222). bres, q U ’ e q es dépouillent de leurs feuilles.

L’une d’elles, appartenant au sous-genre Allantus, la Tenthrède de la scrophulaire ( Tenthredo scrophularia 3 ) , figurée dans notre planche XIV, vit sur la plante dont elle porte le nom. Elle est noire, avec les anneaux de l’abdomen, à l’exception du second et du troisième, ayant le bord

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postérieur jaune. La larve de cette espèce (c) ne construit pas de cocon régulier, comme le font la plupart des Tenthrédides, mais seulement une cellule terreuse au pied de la scrophulaire.

La Tenthrède à une bande ( Tenthredo {onatus ), figurée dans notre planche XIV, est moins commune que la précédente ; on la trouve rarement aux environs de Paris.

- Elle est noire, avec le chaperon, les angles antérieurs du

FIG. 222. — Tenthredo thorax, lecusson, les jambes et une large bande sur l’ab-

fulvicornis. , , . .

domen d un jaune clair.

La Tenthrède des rosiers ( Tenthredo rosarum) , figurée d’autre part (fig. 220 et 221, voy. p. 221), est d’un jaune ferrugineux, avec la tête, les antennes et le thorax d’un brun noir. La femelle dépose ses œufs dans l’écorce du rosier, et il en sort, au bout de huit jours, de petites fausses chenilles jaunes, marquées de points noirs, qui se mettent à dévorer les feuilles et les jeunes pousses, et y causent parfois de grands dégâts.

La Tenthrède à cornes fauves ( Tenthredo fulvicornis ), représentée figure 222, est noire, à antennes jaunes. La femelle dépose ses œufs dans les fleurs en boutons, et la larve (fig. 223, a) se nourrit au sein du fruit naissant, qui n’atteint pas son développement et tombe (fig. 224, b). La larve est alors arrivée à toute sa croissance, et elle sort du fruit pour se transformer dans le sol.

Les Selandria ont le corps court, assez large; les antennes, de neuf articles, sont un peu renflées à l’extrémité. Une espèce assez commune dans les jardins fruitiers, le Selandria œthiops (fig. 225), vit sur le poirier, où sa larve cause parfois de grands dommages. Cette larve est noirâtre, renflée à la partie antérieure et enduite d’une humeur visqueuse. Bien qu’elle soit pourvue de vingt pattes, elle est très-paresseuse et semble collée cà la feuille sur laquelle elle se tient. Ces habitudes et sa viscosité lui ont fait

Fig. 223 et 224. — a■ Larve «lu Tenthredo fulvicom is, — h. Fruit attaqué par la Larve.

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donner le nom de larve limace. Cette espèce ronge les feuilles du poirier, et lorsqu’elle est nombreuse, elle le dépouille de toute sa verdure, arrête ainsi sa végétation et empêche les fruits de se développer.

FiG. 226. — Athalia centifolice.

Fig. 227.'— Larve à’Athalia centifolue.

La Selandrie à poitrine noire ( Selandria melanosterna) , qui n’est pas rare en France, est de couleur jaunâtre, avec la tête, les antennes et la poitrine noires. La larve de cet Hyménoptère vit sur les peupliers; elle est d’un jaune verdâtre, avec des séries de points noirs, et tout son corps est couvert de poils blancs.

Les Athalies ont les antennes un peu en massue ou pectinées dans les mâles; leur corps est court et aplati. Quelques-unes causent des dégâts assez considérables; tel estl’Athalie de la rose à cent feuilles {Athalia centifoliœ ) [fîg. 226], dont les larves font souvent le désespoir des jardiniers (fig. 227).

FIG. 228. — Athalia spinarum. FiG. 229. — Larve <VAtKalia spinarim (voy. page 224).

Une autre espèce, encore plus nuisible, est Y Athalia spinarum ou Mouche du navet, le fameux Turnip-fly des Anglais, que nous représentons dans notre planche XIV et ci-dessus, figure 228. La tête et les antennes sont noires; le thorax est jaune à la partie supérieure, noir sur les côtés et

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en arrière; l’abdomen est jaune, et les ailes sont transparentes et irisées • les pattes sont jaunes, tachetées de noir. La femelle dépose ses œufs sur la lace inférieure des feuilles, et les larves qui en sortent dévorent cellesci et n’en laissent que les nervures. Cette espèce se multiplie souvent au point de détruire complètement la récolte. La larve (fig. 229, v. p. 223) est d’un gris noir plombé; elle a vingt pattes et est complètement nue. Lorsqu’elle a atteint tout son développement, elle.se creuse dans le sol une petite cellule ovale, polie en dedans, et s’y métamorphose en nymphe pour ne devenir insecte parfait qu’au printemps suivant.

Les Hylolomes sont bien reconnaissables à leurs antennes de trois articles, dont le dernier en massue allongée, cylindrique; leurs mandibules sont échancrées, leurs quatre jambes postérieures munies dans leur milieu d’une épine. Leurs larves ont dix-huit pattes. Ce caractère des antennes est très-remarquable chez les Hylotomes ; les deux premiers articles sont très-courts ; le troisième ou dernier forme à lui seul toute 1 antenne, qui atteint en longueur l’extrémité du corselet (PI. XIV, d)- cet article est nu dans les femelles, velu dans les mâles. Le corselet est globuleux et l’abdomen ovalaire.

Le type du genre est l’Hylotome du rosier ( Hylotoma rosœ) , figuré dans notre planche XIV. Il est d’un fauve rougeâtre clair, avec la tête, les antennes, le thorax noirs; les tarses sont annelés de noir. La larve est en dessus couleur de feuille-morte, parsemée de petits tubercules noirs, de chacun desquels sort un poil ; les côtés et le dessus sont vert pâle. Lorsqu’elle ronge la feuille sur laquelle elle est placée, elle la tient embrassée à l’aide de ses six pattes antérieures et contourne le reste de son corps en l’air en forme d’S. Lorsqu’elle se dispose à se transformer en nymphe, cette larve descend en terre et se forme une double coque rougeâtre à l’extérieur et blanche à l’intérieur. Cette espèce est commune aux environs de Paris.

Les Schiiocères diffèrent très-peu des Hylotomes; mais leurs antennes sont fourchues dans les mâles. Le Schi^ocerus pallipes, représenté dans notre planche XIV, montre bien ce caractère singulier; les antennes sont non-seulement pectinées, mais doubles, les deux branches prenant nais-

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