‹ Musée entomologique illustré (volume 2)Chapitre 16 sur 33 · HÉMIPTÈRES. - PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

HÉMIPTÈRES. - PREMIÈRE SECTION

HOMOPTERES

Les insectes qui rentrent dans ce sous-ordre ont, comme l’indique leur nom ( omoios , semblable, et pteron , aile), les quatre ailes semblables, c’està-dire membraneuses et transparentes dans toute leur étendue. Leur prothorax est plus court que les deux autres segments du thorax. Le bec prend naissance à la partie inférieure de la tête.

Cette section comprend quatre familles : les Coccidiens, les Aphidiens^ les Fulgoriens et les Cicadiens.

FAMILLE DES COCCIDIENS

Cette famille est composée d’insectes anomaux et n’offrant guère comme caractères communs que d’avoir des antennes filiformes et des tarses d’un seul article ; en outre, les femelles au moins sont toujours privées d’ailes.

On voit souvent, sur les branches des pêchers et d’autres arbres fruitiers, de petites tubérosités brunes ayant la couleur du café ou de la feuille-morte. Ces espèces de galles sont ovales et ressemblent à un petit bateau renversé, dont la longueur serait de 6 à 7 millimètres sur 3 ou 4 de large, et l’on remarque une petite échancrure à leur extrémité posté- Fm . 23 4 . rieure. Ces tubérosités sont des insectes de la famille des Lecanmmmtls - Coccidiens, et comme ils ressemblent à des galles, on leur a donné le nom de Gallinsectes (fig. 234).

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Vers la fin du mois de mai ou dans les premiers jours de juin, ces galles apparentes ont pris tout leur développement. Dans ce temps, leur ventre et le contour de leur corps sécrète une sorte de coton blanc qui forme un lit mollet à l’insecte, et c’est sur cette couche douillette qu’il se met à pondre un nombre prodigieux de petits œufs rougeâtres, qu’il pousse, au fur et à mesure de leur sortie, sous son ventre. Ces œufs se trouvent donc placés en tas sur le lit de coton. L’insecte meurt aussitôt sa ponte terminée, et la peau de son ventre, collée contre celle de son dos, forme un couvercle qui protège les œufs.

Au bout d'une dizaine de jours, ces derniers éclosent et donnent naissance à un excessivement petit animal, qui sort de dessous sa mère par l’échancrure dont il a été parlé, et s’éloigne de son nid de quelques pas pour y rentrer promptement.

Bientôt toutes ces petites larves quittent définitivement le nid et s’éparpillent sur les feuilles voisines et sur les bourgeons les plus tendres pour y chercher leur vie. Ces petits êtres sont rougeâtres, en forme d’ovale allongé; ils sont pourvus de six pattes; leur tête porte deux antennes, et leur extrémité postérieure deux soies horizontales. Ils prennent leur nourriture par le moyen d’un petit bec effilé qu’ils enfoncent dans l’écorce, et sucent la sève, qui est leur unique aliment.

Les petites larves marchent avec agilité dans leur premier âge, et changent volontiers de place; mais elles deviennent de plus en plus sédentaires en grandissant.

Elles grandissent pendant l’été et une partie de l’automne, et lorsque les feuilles tombent, elles se réfugient sur les branches, où elles se fixent définitivement pour ne plus changer de place. Ce sont les blessures quelles font à l’arbre et la sève qu’elles absorbent qui occasionnent la maladie de langueur qui l’atteint ou qui accélère son dépérissement et sa mort, si la maladie vient d’ailleurs.

Le Gallinsecte s’engourdit pendant l'hiver et se ranime au printemps, dès que la sève monte; il prend de la nourriture et atteint l’âge adulte. Lorsqu on examine toutes ces galles au mois d’avril, on en remarque de plus petites les unes que les autres; de ces petites galles on voit sortir

FAMILLE DES COCCIDIENS.

à reculons un très-petit insecte d’un brun rougeâtre; il a deux fines antennes, l’abdomen terminé par quatre soies, et porte deux ailes d’un blanc sale, bordées antérieurement d’une ligne rouge (les inférieures avortent). Ce petit insecte est le mâle; il est très-actif, se promène sur le dos des femelles immobiles et meurt bientôt.

FIG. 235 et 236. — Lecanium lauri. Fig. 237 et 238. — Ooccus adonidum.

Telle est l’histoire du Gallinsecte ou Cochenille du pêcher (.Lecanium persicæ) [fig. 241 et 242], qui est la plus commune de toutes les espèces de cette famille. On connaît le Gallinsecte de la vigne (Lecanium vitis )

Fig. 239 et 240. — Lecanium hesperidum mâle.

FlG. 241 et 242. — Lecanium persicæ.

[fig. 234], qui nuit beaucoup aux vieux ceps; le Gallinsecte de l’oranger (Lecanium hesperidum) [fig. 239 et 240], qui attaque aussi les citronniers et les myrtes.

Les Lecanium coryli, ilicis , tiliœ,fagi (fig. 243 à 245, voy. p. 234), vivent sur le coudrier, le houx, le tilleul, le hêtre.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Le genre Coccus ou Cochenille renferme de nombreuses espèces. C’est le Coccus adonidum (fig. 237 et 238 , voy. p. 233 ), qui vit sur les plantes

FlG. 215, — Lecanium fa//!.

des serres chaudes, café, canna, bananier, cactus, etc.; son corps est elliptique, d’un jaune rosé, farineux de toutes parts.

Fia. 246 et 247. — Lecanium rom.

Fig. 248 et 249. — Coccus citri.

Mais la plus remarquable du genre est la Cochenille du nopal (Coccus cacti ), qui fournit, comme on sait, la belle couleur cramoisie connue sous

FAMILLE DES COCCIDIENS.

le nom de cochenille. La Cochenille du nopal (fig. 2Doet 25 1), saupoudrée de points blancs, s élève sur le cactus nopal abondant au Mexique, où on l’employait déjà à la teinture avant l’invasion européenne. Les Espagnols prirent d’abord pour une graine les femelles desséchées qu’ils apportèrent en Europe; de là le nom de graine d'écarlate sous lequel on les désignait. On récolte les femelles avant la ponte, en les raclant avec

FIG-. 250 et 251. — Cochenille du Nopal, mâle et femelle,

un couteau de bois, et on les fait périr à la chaleur d’une étuve. On a soin de laisser sur la plante quelques-unes de celles-ci pour la reproduction.

La Cochenille du nopal a été introduite aux Antilles, en Andalousie, en Algérie, où les essais ont été heureux, mais où cette éducation se répand peu par ignorance des soins à y apporter. Cette Cochenille donne le meilleur carmin „ ne passant pas à l’air comme les rouges d’aniline.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

La Cochenille sylvestre , couverte d’un duvet qui la rend peu délicate et bien moins sensible aux pluies, se récolte au Mexique à Tétât sauvage, et donne une couleur moins vive. On employait autrefois la Cochenille du chêne vert du midi de l’Europe et la Cochenille de Pologne pour obtenir des rouges violacés.

Aux Indes orientales, la Cochenille laque, qui vit sur les figuiers, s’entoure d’une abondante sécrétion de gomme laque.

FAMILLE DES AP H I D 1 ENS

FAMILLE DES APHIDIENS

Ainsi nommée du mot Aphis , qui veut dire Puceron, parce que ce genre en compose la plus grande partie, la famille des Aphidiens renferme, comme la précédente, des insectes qui offrent des caractères et des mœurs tout à fait insolites ; les seuls caractères communs aux diverses tribus qui composent cette famille est d’avoir les antennes filiformes et les tarses de deux articles terminés par deux crochets.

La première tribu, celle des Aleurodides, est formée du seul genre ÂleurodeSj caractérisé par des ailes de consistance opaque, les supérieures offrant une seule nervure des antennes filiformes de six articles. La seule espèce du genre, 1 ’Aleurodes chelidonii , vit sur la chélidoine ou grande éclaire. C’est un petit insecte long de i 1/2 à 2 millimètres, au corps jaunâtre ou rosé, recouvert d’une pubescence cotonneuse d’un blanc de neige. Ses ailes supérieures portent chacune une tache élargie et un point d’un brun noirâtre.

La tribu des Aphidiides se distingue à ses quatre ailes diaphanes parcourues par plusieurs nervures ; à ses antennes filiformes de cinq à sept articles, à ses pattes simples. Elle a pour représentant principal le genre Puceron (Aphis).

Toutes les espèces composant ce genre se nourrissent de la sève des végétaux; c’est avec leur bec quelles pompent les sucs. Ce bec est toujours enfoncé dans le tissu des végétaux, soit sur les racines, les tiges ou les feuilles ; quelques espèces vivent même dans l’intérieur des feuilles, et leur présence y occasionne des boursouflures, des excroissances, qui sont remplies de ces petits animaux et souvent d’une liqueur sucrée assez abondante. Cette espèce de miel est produite par deux prolongements que l’on observe à l’extrémité de l’abdomen d’un très-grand nombre d’espèces; ce sont des tuyaux creux par où passe cette liqueur, qui est la sève élaborée dans le corps des Pucerons. La maladie de

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

certains arbres, désignée sous le nom de miellat, est produite par ces animaux. Les Fourmis sont très-friandes de ce suc sucré, et on les voit presque continuellement le lécher au moment où il sort du Puceron.

Les Pucerons vivent presque tous en société; ils marchent trèslentement et restent immobiles pendant la plus grande partie de leur vie, uniquement occupés à sucer les sucs végétaux. Chaque société offre, au printemps et en été, des individus toujours privés d’ailes, et d’autres dont les ailes doivent se développer. Tous ces individus sont des femelles qui produisent des petits vivants sans union préalable. Les mâles ne paraissent qu’à la fin de la belle saison ou en automne; il y en a d’ailés et , r d’aptères. Ils se rapprochent des femelles , qui pondent des œufs sur les branches, et ces œufs, après avoir passé tout l’hiver, donnent au printemps suivant des femelles d’où sortiront neuf générations successives de Pucerons toujours femelles, sans présence de mâles. Ceux-ci, comme nous l’avons dit, ne paraissent qu’une fois et à l’arrière-saison.

Rien n’est curieux comme d’observer la reproduction des Pucerons qui se trouvent rassemblés en quantité considérable sur la plupart des rosiers (fig. 253 ). On les voit là réunis par milliers autour des jeunes tiges et du pédoncule des fleurs, serrés les uns contre les autres comme les moutons dans la plaine un jour d’orage. Aucun ne bouge, tous ont leur petit bec pointu enfoncé dans l’épiderme de la tige, suçant à l’envi et se gorgeant des sucs du rosier. On remarque que ceux qui occupent les premiers rangs, c’est-à-dire le haut de la branche, sont les plus gros, et que les autres sont de plus en plus petits. A certains moments on voit sortir de l’abdomen des plus gros, à la file et toujours à reculons, quinze à vingt petits, semblables à leur mère, à la taille près. Cette bonne mère

FIG. 252, — Puceron Rosier très-grossi.

Fig. 253. — Tige de Rosier couverte de Pucerons.

FAMILLE DES APHIDIENS.

Gigogne, sans même se retourner pour voir ses enfants, continue à sucer sa branche, et les petits, sans s’inquiéter autrement de leur mère, passent sur le dos des autres Pucerons pour aller à leur tour enfoncer leur petit bec dans la peau du rosier. Quelques jours à peine après leur naissance, les jeunes Pucerons produisent à leur tour des petits vivants, et comme chaque Puceron produit en moyenne, de mai à fin septembre, une centaine de petits, on peut facilement imaginer l’innombrable quantité de Pucerons auxquels une seule mère peut donner naissance en une saison. Il y a onze ou douze générations par an, et le i^SrïïL». calcul nous donne déjà à la sixième génération, c’est-àdire au bout de trois mois à peine, dix milliards de Pucerons! Avec une pareille fécondité il ne resterait bientôt plus de rosiers ni d’autres plantes sur la terre entière, si la Providence n’y avait pourvu en leur suscitant une foule d’ennemis - les Coccinelles, les Syrphes, les Ichneumons et surtout les larves des Hémérobes, connues sous le nom de Lion des pucerons (fig. 25 q), en font une immense destruction. Nous avons

figuré dans le frontispice du chapitre les ennemis des Pucerons (fig. 233 , voy.

On en connaît plusieurs centaines d’espèces 3 la plus répandue est celle du rosier, Aphis rosœ (fig. 252), entièrement vert clair et l’abdomen muni de deux longues cornes tubuleuses par où s’écoule la liqueur sucrée.

Le Puceron du pêcher ( Aphis jpersicœ) [fig. 255 J est d’un vert foncé tacheté de noir, avec les antennes de même couleur; ces dernières plus longues que le corps; l’abdomen est muni de deux cornes allongées. Les jeunes sont jaunes, verts ou pourprés, suivant leur âge. Cette espèce nuit beaucoup au pêcher, dont elle fait, par sa succion, crisper et boursoufler les feuilles, ce que les jardiniers attribuent e plus souvent aux vents roux ou à la lune rousse.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Le Puceron du groseillier x Aphis grossulariœ) [fig. 256 ] vit sur cet arbuste, dont il déforme les feuilles et les tiges; il est verdâtre, avec les tarses bruns.

Malgré leur immobilité et leur apparente inertie, les Pucerons ailés émigrent vers la fin de la saison et vont pondre leurs œufs parfois à d’assez grandes distances; c’est ce que l’on a constaté pour le Puceron du pêcher, pour le Puceron lanigère et pour le Phylloxéra, dont nous parlerons bientôt.

Avant 1812, on ne connaissait pas le Puceron lanigère en France; venu de l’Angleterre, qui le tenait de l’Amérique du Nord, il se propagea rapidement dans toute la Normandie et la Picardie, et a souvent compromis la récolte des pommes à cidre. Le Puceron lanigère (.Aphis laniger ) [fig. 257] est long de 2 1/2 millimètres, d’un brun rougeâtre, recouvert en dessus d’une sécrétion blanche cotonneuse, .qui le fait ressembler à un petit flocon de neige, lorsqu’il se laisse emporter par le vent. Ses antennes sont courtes, d’un jaune pâle, et sa trompe s’étend jusqu’aux pattes postérieures; celles-ci sont jaunâtres.

L’abdomen ne porte pas de cornes tubuleuses. Il a des ailes dans l’arrièresaison et émigre souvent au loin. Cet insecte s’établit, par familles plus ou moins nombreuses, sur les branches,

FiG. 257. — Puceron lanigère.

sur le tronc et sur les racines des

pommiers. Il y produit, par ses piqûres et par l'afflux de la sève qu’il attire, des loupes, des nodosités galeuses, des déformations plus ou moins considérables, qui entraînent la langueur et quelquefois la mort de l’arbre, et qui empêchent la production des fruits.

FAMILLE DES AP H I DI ENS

FlCt. 258. — A phi s mali.

Une autre espèce, le Puceron du pommier (Aphis mali) [fig. 258 ], vit également sur cet arbre, mais y cause moins de dégâts que Y Aphis laniger .

Le Puceron du tilleul (Aphis tilice ), dont nous figurons ici un couple mâle et femelle (fig. 259 et 260), abîme ces arbres sur les promenades publiques de Paris.

On détruit les Pucerons sur les arbres envahis au moyen d’aspersions ou de lavages avec de l’eau de lessive, de l’eau de chaux, une infusion de tabac, des huiles lourdes de goudron, etc.

Là où il se trouve des feuilles cloquées, il faut les enlever ainsi que les bourgeons malades.

Une espèce de Puceron dont on a fait un genre particulier ( Phylloxéra ), caractérisé par des antennes courtes, renflées en forme d’oreilles ou de feuilles, jouit depuis quelque temps d’une triste célébrité. Le Phylloxéra est très-voisin des Pucerons, dont il rappelle les formes j au moins à l’état adulte, et offre à peu près les mêmes habitudes et la même puissance de reproduction. C’est aux racines souterraines de la vigne que s’attaque ce petit insecte, et c’est là surtout ce qui le rend si redoutable.

Dans la plupart des cas de maladies des végétaux produites par des insectes, on voit la cause du mal sur les feuilles, les fruits, les tiges, et., cette cause anéantie, la plante bien soignée reprend sa vigueur : mais ici il n’en est plus ainsi : la cause du

Fig. 259 et 260 — Aphis tilice.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

mal reste longtemps cachée sous terre dans les racines, et lorsque ce mal devient apparent au dehors, il est sans remède. Les vignes attaquées par le Phylloxéra ne donnent d’abord aucun signe de malaise ; mais bientôt les feuilles rougissent, puis jaunissent et se dessèchent, les raisins subissent un arrêt de développement et se rident sans mûrir. Lorsqu’il en est arrivé là, le cep ne tarde pas à périr. Si l’on arrache un de ces ceps malades, on trouve ses radicelles couvertes de nodosités ou de renflements (fig. 261), et sur ces nodosités on remarque une plus ou moins grande quantité de petits insectes qui ressemblent à une poussière jaunâtre grenue; ce sont des Phylloxéra. Si l’on examine l’insecte de plus près, à l’aide d’une loupe, on distingue une sorte de petit Pou, d’un brun jaunâtre, à corps ovoïde partagé en segments par des sillons transversaux, dont les premiers portent en dessus six tubercules chacun, et les suivants quatre seulement. La tête est large, elle porte deux yeux bruns à facettes, deux antennes courtes et grosses, composées de trois articles, et se termine en avant par une trompe ou long bec droit articulé qui rappelle le suçoir des Punaises. Il n’a pas d’ailes et porte six pattes courtes. L’insecte est fixé sur la racine, dans la substance de laquelle son bec, enfoncé d’un bon tiers, suce perpétuellement les sucs quelle

Fia. 2G2. A

Phylloxéra femelle. l'enferme, et c’est l’afflux de la sève, Fl °' 2ti3 ‘ PWo^va femelle

" vu en dessous.

provoqué par cette succion incessante, qui cause les nodosités que l’on voit parsemées sur les radicelles (fig. 262 à 264).

Fia. 2G1. — Radicelles de Vigne attaquées par le Phylloxéra

FAMILLE DES APHIDIENS.

La génération des Phylloxéra est comparable à celle des Pucerons, à cela près qu’au lieu d’étre vivipare, comme la femelle du Puceron, celle du Phylloxéra est toujours ovipare. Des premières femelles écloses au printemps sortent, sans l’intervention du mâle, plusieurs générations successives de femelles, toutes fécondes

tissu des racines tendres, et

Phylloxéra vu de côté et suçant, la sève. SÊ Cn devoir de SUCer Fio. 265.

„ • a Phylloxéra jeune.

la seve; puis, en meme temps,

elles pondent autoui d elles une grande quantité d’œufs d’un beau jaune

soufre, d où sortent au bout de huit jours des femelles aptères, et ainsi

de suite pendant toute la belle saison, jusqu’au mois de septembre,

époque à laquelle paraissent enfin des mâles et

des femelles ailées. Ceux-ci s’accouplent, et les

femelles fécondées 11e pondent qu’un seul œuf,

quelles déposent sous l’écorce ou dans les fentes

des ceps pour y passer l’hiver, et qui sera la

souche des générations femelles de l’année sui-

vante. Ces femelles ailées (fig. 266), un peu plus

grandes que les femelles aptères, volent très-bien;

leurs ailes sont grandes, transparentes, irisées, f v 1 A

avec de fortes nervures brunes; elles s’en servent / . rf \

parfaitement pour aller au loin propager leur race, [:: / , yidÊ \ /

et c est ainsi que l’on voit tout à coup se déclarer / ar

le mal sur des points éloignés du centre d’infection.

La fécondité prodigieuse de ces insectes explique la progression effrayante de la maladie ; on évalue en effet à huit ou dix le nombre des générations de l’année, et comme chaque femelle pond au moins trente œufs^, nous voyons que chaque œuf, déposé à 1 automne, renferme le germe de plusieurs milliards d’individus

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

qui écloront dans le courant de l’année suivante. —Que le Phylloxéra ait été introduit en France avec les cépages américains, qu’il soit la cause ou simplement l’effet de la maladie des vignes, c’est ce que nous n’examinerons pas ici ; de volumineux mémoires ont été écrits pour ou contre ces opinions. Ce qu’il importe d’étudier, ce sont les moyens de se préserver ou de se débarrasser de ce pernicieux petit être qui menace aujourd’hui d’une ruine complète les plus beaux vignobles de France.

Il y a une douzaine d’années que, pour la première fois, le Phylloxéra manifesta sa présence sur un point du département du Gard, à Roquemaure. L’année suivante ce point commençait à faire tache, et le département de Vaucluse se trouvait envahi en même temps que celui des Bouches-du-Rhône. Un an après, les divers foyers disséminés se trouvaient réunis. En 1868, la tache débordait dans la Drôme. Puis, successivement la maladie, après avoir constamment gagné du terrain, s’étend aujourd’hui jusqu’au département du Rhône, en irradiant à droite et à gauche dans les départements de l’Hérault, du Var et de l’Ardèche.

Parmi les nombreux moyens proposés pour la destruction du Phylloxéra, il en est trois dont les expériences, faites sur tous les points, ont démontré l’efficacité réelle; ce sont : la submersion, qui noie le Puceron, l’ensablement, qui l’étouffe, et l’empoisonnement du sol. Il paraît établi par l’expérience que le remède le plus efficace est la submersion des vignes. M. Faucon a rendu un grand service à la viticulture en démontrant pratiquement qu’une vigne, même quand elle est très-malade, peut être guérie et reconstituée, si on peut l’inonder pendant l’hiver et durant un mois au moins. Malheureusement toutes les vignes ne peuvent être inondées, soit à cause de l’élévation du sol, soit par suite de l’éloignement de l’eau. Là où l’on ne peut employer l’eau, on a eu l’idée de la remplacer par du sable ; on a remarqué, en effet, que les vignes plantées sur terrain sablonneux ne sont pas attaquées par le Phylloxéra } et que plus le terrain est composé de sable pur, mieux le Puceron est écarté. On a donc proposé d’ensabler les vignes, procédé qui consiste à mettre au pied de chaque souche malade 80 à 100 litres de sable de rivière; mais c’est là un moyen coûteux qu’on ne peut employer partout et qui

FAMILLE DES APHIDIENS.

rend en outre le terrain impropre à toute autre espèce de culture pour l’avenir. Reste rempoisonnement du sol et par conséquent des insectes; ce procédé est celui dont l’usage est le plus général, car si tous les vignobles ne peuvent, par leur situation, être ensablés ni surtout submergés, partout on peut pratiquer l’empoisonnement du sol. Un nombre infini de substances ont été recommandées pour l’application de ce dernier système; c’est le sulfhydrate d’ammoniaque et le sulfure de carbone qui donnent dans la pratique les meilleurs résultats. Les gaz qui s’en dégagent tuent Pi o. 267. sûrement le Phylloxéra, et la potasse et le soufre, résidus de la décomposition, forment un excellent engrais pour la plante.

Les Psylles se distinguent des Pucerons par leurs antennes de cinq articles seulement et par l’absence de cornes tubuleuses ou de tout autre appendice à l’extrémité de l'abdomen. Leurs pattes sont courtes et solides, les ailes existent ordinairement. Le Kermès employé en teinture n’appartient pas à ce genre, bien qu’il en porte le nom; c’est une Cochenille 0 Coccus ilicis) que l’on récolte dans le midi de l’Europe, et dont nous avons parlé plus haut. Les anciens Kermès rentrent presque tous aujourd’hui dans le genre Lecanium , parmi les Coccidiens. Il est fâcheux toutefois que l’on n’ait pas conservé ce nom aux espèces qui le portaient autrefois; ces changements continuels ne servent qu’à embrouiller la nomenclature. Les principales espèces du genre Psylla actuel sont : le Psylla bursaria , qui se trouve sur les peupliers, le Psylla buxi , qui vit sur le buis, et le Psylla ficus , commun sur le figuier.

La tribu des Psyllides, fondée sur le genre Psylla , se distingue par ses quatre ailes diaphanes, parcourues par plusieurs nervures. Antennes filiformes, de dix articles; pattes t»y. propres au saut.

Les Psylles ( Psylla ) sont de très-petits insectes qui ont à peu près la forme des Pucerons; aussi leur donne-t-on souvent le nom de faux Pucerons. Ils sont cependant moins nuisibles que ces derniers, parce

Fig. 268. — Psylla pin femelle (voy. page 216).

Fig 260.

l've de Psylla

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

qu’ils sont moins nombreux et déforment moins les feuilles. Le Psylle du poirier (.Psylla piri) [fig. 267 et 268, voy. p. 245], long de 2 1/2 millimètres, est d’un brun ferrugineux, tacheté de rouge, avec les pattes noires et les ailes transparentes. La femelle pond en mai ses œufs sur les feuilles et les larves (fig. 269, voy. p. 245) qui en sortent piquent les feuilles en les suçant. Les Psylles sont au contraire des Pucerons trèsagiles ; ils marchent et volent parfaitement, et sautent même au besoin; car leurs pattes postérieures sont conformées pour cela.

Le Psylle de l’olivier (Psylla oleœ) (fig. 270) fait beaucoup de tort à cet arbre, à l’état de larve ; il s’attaque à la fleur, la flétrit et fait avorter le fruit.

Fia. 270. — Psylla de l’Olivier très-gi'ossi.

FAMILLE DES FULGORIENS

Les Fulgoriens sont des insectes de moyenne ou de grande taille, qui vivent sur les végétaux dont ils sucent la sève, mais sans y demeurer fixés comme les Coccidiens ou les Aphidiens. Leurs formes générales rappellent celles des Cigales. Ils ont pour caractères des antennes insérées au-dessus des yeux, très-courtes, de trois articles; des tarses de trois articles; les ailes enveloppant les parties latérales de l’abdomen, et celui-ci dépourvu d’appareil pour le chant. Ils sont répandus dans toutes les parties du monde ; mais ce n’est que dans les contrées chaudes que

l’on trouve ces belles espèces aux formes bizarres et aux couleurs brillantes.

La famille des Fulgoriens comprend trois tribus distinctes: celle des Cercopides, celle des Membracides et enfin celle des Fulgorides, qui donne son

nom à la famille.

La tribu des Cercopides se distingue

par un front gros et court, et par l’écusson pio m Boulon Js r,o. sa. toujours à découvert. Elle comprend, ■«

Typhlocyba rosce. L < r Typhlocyba.

outre le genre Cercopis, auquel elle emprunte son nom, un assez grand nombre de genres. La plupart des

espèces habitent l’Amérique et sont de petite taille.

Le genre Typhlocyba vient en tête de la tribu; il sert de trait d union entre les Psyllides et les Cercopides. Ce sont de petits insectes à tête inclinée, à jambes postérieures longues et épineuses, à ailes dépassant beaucoup l’abdomen. Les espèces de ce genre, assez communes dans notre pays, vivent spécialement sur diverses plantes dont elles sucent la sève. Nous figurons ici le Typhlocyba rosœ (fig. 271 et 272), qui cause

souvent des dégâts sur les rosiers.

ORDRE DES HEMIPTERES.

Le genre Ledra est reconnaissable à sa tête large, formant en avant un demi-cercle foliacé, au rostre court, joignant intimement la poitrine.

Le type du genre est le Ledra à oreilles (Ledra aurita ), que nous figurons avec sa larve dans notre planche XV. Cet insecte, que l’on trouve aux environs de Paris, vit sur le chêne. Il est d’un vert grisâtre marbré de jaune, avec quelques nervures plus brunes. Son corselet élevé porte sur les côtés deux appendices foliacés demi-circulaires, avançant un peu du côté de la tête, légèrement dentelés sur les bords; les élytres sont disposés en toit, arrondis à leur extrémité.

Le genre Penthimia se distingue par des jambes postérieures trèslongues, arquées, ciliées et épineuses. Le type du genre (Penthimia atra) est un petit insecte noir, varié de rouge; il est nuisible à la vigne.

Les Aphrophores sont de curieux insectes dont les larves produisent, comme mode de protection, à l’aisselle des feuilles ou des branches quelles habitent, une écume blanche au sein de laquelle elles se cachent. Ces amas d’écume, communs surtout sur les saules et les jeunes peupliers , sont connus des paysans sous le nom d 'écume printanière et de crachat de coucou; ils renferment parfois une grande quantité de larves, plus souvent une seule. La larve suce la sève de la plante et bientôt rejette par l’anus une bulle d’air entourée d’une pellicule liquide quelle fait glisser au-dessous de son corps ; les bulles successives entourent la larve d’une mousse qui -la cache aux yeux de ses ennemis et préserve son corps délicat de l’ardeur du soleil. La larve se transforme en nymphe, puis en insecte parfait à l’abri sous cette écume. La femelle pond ses œufs à l’automne dans de petites entailles faites à l’aide de sa tarière sur les branches. Le type du genre est l’Aphrophore écumeuse ( Aphro phora spumaria ), à laquelle se rapportent les détails qui précèdent. Elle est longue de 12 millimètres, d’un gris jaunâtre, avec deux bandes transversales blanches sur les élytres.

Le genre Cercopis des auteurs (Triepphora Am. et Serv.) a pour caractères génériques : tête triangulaire plus étroite que le corselet ; ocelles placés dans une cavité entre les yeux; jambes postérieures épineuses. On en connaît plusieurs espèces; l’une des plus remarquables

FAMILLE DES FULGORIENS.

de celles de France est la Cercope ensanglantée ( Triepphora sanguinolente?), figurée dans notre planche XV, et que l’on trouve assez fréquemment dans les lieux ombragés des environs de Paris. Elle est d’un noir brillant, avec trois taches d’un rouge de sang sur les élytres. Cette petite Cigale rouge, comme on l’appelle vulgairement, saute assez vivement lorsqu’on veut la saisir.

Une autre espèce, répandue dans presque toute l’Europe, AhL et que représente notre figure 273, est le Cercopis bifasciata.

Elle est d’un jaune grisâtre, sans taches, avec les élytres bruns I tachetés de gris jaunâtre. Cette espèce varie à l’infini.

. . Fia. 273.

Les Tettigomes , qui ont de nombreux représentants en emopuwa .«■ Amérique, sont des Hémiptères allongés, de forme élégante et de couleurs très-variées. Le type du genre est assez commun dans le midi de la France : c’est la Tettigonie verte ( Tettigonia riridis), à corps vert-tacheté de jaune et de noir.

La tribu des Membracides se distingue par des antennes très-petites, insérées en avant des yeux; entre ceux-ci sontdeuxocelles. Leur corselet est dilaté de manière à couvrir le corps, et affecte souvent des formes bizarres. La plupart de ces insectes singuliers appartiennent au continent américain.

Le genre Centrote est caractérisé par un prothorax cornu, prolongé postérieurement en une //Y pointe étroite, mais laissant l’écusson visible.

* \ fjtÈflSX On en connaît une espèce assez commune en

\ IwSafl France, c’est le Centrotus cornu tus (fig. 274),

Y ' > que nous figurons ici, et que Geoffroy, le vieil

historien des insectes des environs de Paris,

Fig. 274 et 275. — Centre*lus comutus.

appelait le Petit diable cornu. C’est un petit insecte d’un brun noirâtre, ayant à la partie antérieure du corselet deux cornes aiguës et trigones avec une partie postérieure très-rétrécie, ondulée et bossue dans le milieu atteignant l’abdomen.

Dans les Darnis d’Amérique, le prothorax n’offre aucune dilatation, mais il est arrondi et se prolonge jusqu’à l’extrémité de l’abdomen, qu’il emboîte de tous les côtés; les pattes ne sont pas foliacées.

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Les Heteronotus ont ie prothorax en forme de bulle vésiculeuse terminée par trois épines ; leurs élytres offrent des nervures fourchues, parallèles.

L’espèce que nous figurons ici (fig. 276) est des plus singulières; c’est Y Heteronotus armatus de l’Amazone. Sa couleur est un jaune rougeâtre tacheté de noir. Comme on peut le voir, son nom d’ armatus lui a été donné en raison de l’appareil formidable d’épines dont est armé son corps.

Les Bocydium ont le prothorax sans prolongement postérieur, ayant au bord antérieur un petit tube portant plusieurs vésicules arrondies, et en arrière une longue épine.

Nous donnons ici la figure grossie d'une des formes les plus étranges du monde des insectes : c’est le Portegrelots ( Bocydium tintinnabulai'iferum) [fig. 277]. Ce curieux insecte, qui se trouve au Brésil, est de la grosseur d’une mouche ordinaire; il est brun avec le corselet noir.

L Hypsauchenia Westwoodii, des Philippines, est non moins singulier; son thorax, élevé en cône et prolongé en pointe en arrière, se partage en fourche au sommet. Notre figure 278 (voy. p. 25 1) le représente au double de sa taille ordinaire.

La tribu des Fui.gorides renferme les plus grandes et les plus belles

espèces de la famille. Elle offre p>our caractères des antennes de trois articles insérées sous les yeux; deux ocelles au-dessus; le corselet nulle-

FAMILLE DES F U LGORIENS.

ment prolongé et les pattes propres

du genre Fulgore est le célèbre

au saut. — Toutes les Fulgorides sont exotiques, à l’exception d’une seule espèce, de fort petite taille, toute verte, à front prolongé et strié de cinq lignes longitudinales.

Ce Fulgore d'Europe a été pris plusieurs fois sur les noyers ; mais il ne peut être comparé aux magnifiques espèces de l’Amérique et de l’Inde. Celles-ci sont remarquables par leur tête vésiculeuse, tantôt gonflée et massive, tantôt offrant un prolongement grêle et recourbé. La plus grande espèce Fulgore porte-lanterne (Fulgora

FIG. 279. — Fulgora laternaria.

laternaria) [fig. 279] de la Guyane, que nous figurons ici. Longue

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

de 8 à 9 centimètres, large de 12 à i3, elle est d’un jaune verdâtre moucheté de noir et de blanc, avec un grand œil jaune entouré de noir et ayant une pupille de meme couleur portant deux taches blanches. La tète a 25 millimètres de long; elle est globuleuse, oblongue, fortement bossue en dessus, munie en dessous de quatre rangs d’épines courtes. M" e Sibylle Mérian rapporte, dans son magnifique ouvrage sur les insectes de Surinam, que ces insectes répandent une forte lueur phos-

FlG. 280. — Fidgora candelaria.

phorescente par leur tète, et qu’un seul lui suffisait pour lire la Galette de Leyde, dont les caractères étaient très-petits. Depuis, on a révoqué en doute la phosphorescence de la tète des Fulgores ; mais il se peut que cette propriété n’existe que dans un des sexes et à certaines époques.

En Chine, une espèce plus petite, le Fulgore porte-chandelle (Fulgora candelaria ), est souvent représentée dans les peintures de ce pays (fig. 280). Elle a la tète, le corps et les ailes inférieures orangés; les élytres verts, avec trois bandes orangées et plusieurs taches rondes de même couleur.

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