HÉMIPTÈRES. — DEUXIÈME SECTION
HÉTÉROPTÈRES
La deuxième section des Hémiptères, les Hétéroptères, renferme les insectes qui présentent en réalité ce caractère des ailes auquel l’ordre
Fia. 284 à 292. — 1. Schirus dubius. — 2. Tête vue en dessus. — 3- Tête vue eu dessous. — 5. Profil montrant le rostre. — 6. Rostre ou bec. — 7. Antenne. — 8. Patte postérieure. — 9. Ailes.
doit son nom d 'Hémiptères (demi-ailes); leurs ailes supérieures ou élytres sont, en effet, d’une consistance assez solide dans leur moitié antérieure, et tout à fait membraneuses dans leur moitié postérieure
FAMILLE DES NÉPIENS.
(fig. 284); les ailes inférieures sont membraneuses dans toute leur étendue. En outre, leur bec en suçoir naît du front. Ces insectes sont généralement connus sous le nom de Punaises.
On divise cette section en quatre familles : les Népiens ou Hydrocorises (Punaises d’eau), les Réduviens , les Lygéens et les Scutellériens. Ces deux dernières familles forment l’ancien groupe des Géocorises ou Punaises terrestres.
La tête des Hémiptères hétéroptères est en général petite, par rapport à la masse du corps; elle est de forme triangulaire, verticale; les yeux sont saillants, placés aux angles supérieurs (fig. 284, 2); il existe presque toujours deux ocelles (4, a). Au-dessous du chaperon ou prolongement du front se trouve le labre (2, <2), sous lequel prend naissance le rostre ou bec. Celui-ci est composé de la lèvre inférieure, contournée en tube et renfermant les mâchoires et les mandibules transformées et allongées en stylets. Le rostre ou suçoir offre donc l’apparence d’un tube cylindrique, composé de plusieurs articulations (fig. 284, 6). A l’intérieur de ce tube ou gaîne sont quatre soies ou stylets (mâchoires et mandibules) destinés à ouvrir les vaisseaux des végétaux dont ils tirent les sucs pour se nourrir.
Les antennes (fig. 284, 7) varient pour le nombre des articles de quatre à cinq; elles offrent des formes très-variées.
FAMILLE DES NÉPIENS
Cette famille renferme les Hémiptères aquatiques compris par Latreille sous le nom d ' Hydrocorises ou Punaises d’eau. Ce sont des insectes carnassiers, qui habitent les mares et les étangs. Ils ont pour caractères généraux: les antennes insérées sous les yeux, cachées, et au plus de la longueur de la tête; les pieds antérieurs ravisseurs, ayant la cuisse
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
grosse et creusée d’un sillon pour recevoir la jambe; le tarse, au plus de deux articles, et formant avec celle-ci un grand crochet.
La famille des Népiens se divise en trois groupes ou tribus, distinguées entre elles par la forme des pattes.
La première, celle des Notonectides, est caractérisée par une tête très-grosse, des pattes antérieures courtes et simples; les postérieures grandes et aplaties en forme de rames, ciliées sur leurs bords.
Le genre Notonecta, qui donne son nom à la tribu, renferme un petit nombre d’espèces, dont le type est la Notonecte glauque (Notonecta glauca ) [fïg. 293 et PI. XVII]. On la trouve communément dans toutes les
mares et les étangs des environs de Paris, où on la voit nager sur le dos avec agilité, à l’aide de ses pattes postérieures trèslongues et frangées de poils.
Cette espèce est longue de i 5 à 18 millimètres; ses élytres bruns ou bleuâtres sont disposés en toit et restent toujours couverts d’une couche d’air qui les fait paraître argentés sous l’eau.
L’insecte, en brossant ses élytres avec ses pattes postérieures, rassemble soigneusement cet air en une bulle destinée à renouveler sa provision, quand il est empêché de venir respirer à la surface par l’extrémité de son abdomen. Nous empruntons à Y Aquarium de M. Pizzetta quelques détails intéressants sur cet insecte :
«Il ne faut saisir la Notonecte qu’avec précaution, dit-il; car si les doigts la pressent, elle vous rappelle aussitôt à plus de réserve en perçant la peau avec son bec acéré, et cause une douleur égale à celle que fait ressentir la piqûre d’une abeille, mais sans qu’il en résulte toutefois la même inflammation.
«Bien que la Notonecte soit un hôte très-amusant à voir manœuvrer dans un aquarium, il faudra lui consacrer un vase particulier ou tout au
FAMILLE DES NÉPIENS.
moins ne lui donner pour compagnons que des êtres bien cuirassés et à l’abri de son aiguillon ; car c’est une bête dangereuse qui ne se fait nullement scrupule de dévorer les autres insectes, de saigner un têtard ou même d’assassiner un jeune poisson. Elle plonge sous sa victime, remonte en ligne droite sans faire le moindre mouvement, la saisit de ses pattes antérieures propres à la préhension, et lui plonge dans le corps son bec acéré.
«Avant d’être édifié sur ses penchants meurtriers, j’avais introduit plusieurs Notonectes dans un aquarium où se trouvaient quelques Cyprins et Vérons, craignant plus, en vérité, pour l’insecte que pour les poissons. Bientôt j’eus à constater une grande mortalité parmi ces derniers; l’eau était limpide, les plantes florissantes, et je ne savais à quoi attribuer ces décès. Pendant que je contemplais d’un air morne ces pauvres êtres qui flottaient le ventre en l’air, je vis une Notonecte se cramponner sur la tête d’un des Vérons survivants. Celui-ci se secoua comme un beau diable, et parvint à se débarrasser de son hôte incommode; mais au bout de quelques instants, je le vis chanceler, se débattre un moment, puis enfin se renverser sur le flanc et mourir. J’observai dès lors avec soin, et plusieurs fois je vis se renouveler ces attaques suivies du même résultat. Je n’ai pas besoin de dire si j’éliminai promptement ces meurtriers. »
Les Corises ( Corixa ) se distinguent par leurs tarses antérieurs qui n’ont qu’un seul article. Dans notre planche XVIII est figuré le Corixa Geoffroyi.
Une espèce de ce genre, le Corixa femorata 3 se trouve en quantité considérable dans les lacs voisins de Mexico, où 1 on recueille ses œufs fixés sur les herbes et les joncs, pour en faire des gâteaux que 1 on vend sous le nom de haulté . Ces gâteaux ont un goût prononcé de poisson. Il paraît que les Mexicains faisaient usage de ce mets avant la conquête.
La tribu des N épides a pour caractères : une tête médiocre; des pattes antérieures ravisseuses, conformées en pince au moyen de la jambe et du tarse se repliant sur la cuisse; des pattes postérieures très-grêles. Ces insectes ont le corps déprimé, mais de forme différente, suivant les genres. Tous vivent dans l’eau et sont carnassiers sous tous leurs états.
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
Les Nèpes proprement dites sont des insectes à corps plat, terminé par deux longs filets raides qui forment, en se réunissant, un tuyau creux servant à respirer l’air à ia surface. Leur tête est petite, rétrécie en arrière, et porte un rostre court, mais très-robuste. Leur forme large et aplatie leur donne l’apparence d’une Punaise qui a longtemps jeûné. Leurs pattes postérieures filiformes, et non plus aplaties en rames et ciliées comme chez les Notonectes, en font d’assez mauvais nageurselles marchent au fond de l’eau ou bien se poussent par secousses pour atteindre leur proie, qu’elles saisissent à laide de leurs longs bras
FIG. 294. — Ranatra asiatica (voy. page 265).
terminés en pinces. Ces insectes volent bien, et sortent souvent des mares, surtout le soir.
Le type du genre est la Nèpe cendrée (.Nepa cinerea ) figurée dans notre planche XVII. Ses pattes antérieures, toujours ouvertes comme des pinces, et sa longue queue, rappellent vaguement les formes générales du Scorpion. Aussi lui donne-t-on vulgairement le nom de Scorpion d’eau.
Les Nèpes au corps allongé, linéaire, aux tarses antérieurs dépourvus de crochets, forment le genre Ranâtre. Quoique munis de longues pattes, ces Hémiptères nagent et marchent très-lentement, et suppléent par la ruse à l’agilité qui leur manque. Fixées sur quelque feuille ou quelque
FAMILLE DES NÉPIENS.
brin d’herbe, elles attendent, les pattes antérieures levées, que quelque proie vienne passer à leur portée. Le type du genre est la Ranàtre linéaire (. Ranatra linearis ) [PI. XVII]. Nous figurons ici une belle espèce des Indes, le Ranatra asiatica (fig. 294, voy. p. 264).
C’est à cette tribu qu’appartiennent les Bélostomes. Ce sont les plus grands Hémiptères connus. Leur corps est aplati, de forme naviculaire,
FlG. 295. — Belostoma grandis.
et atteint parfois 7 à 10 centimètres. Ce sont de terribles Punaises, dont le bec très-robuste doit faire de douloureuses piqûres ; aussi les redoutet-on beaucoup dans les pays qu’ils habitent.
Le Belostoma grandis, que nous figurons ici plus petit que nature (fig. 295), habite les eaux dormantes du Brésil. Son corps, d’un brun noir tirant un peu sur le verdâtre, est tacheté de jaune. On en connaît d’autres espèces de l’Afrique et de l’Inde, très-voisines de la précédente.
Les Naucores ont le corps ovalaire, nullement acuminé en avant, comme dans les genres précédents; leur tête est large, arrondie à sa
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partie antérieure. Les antennes, de quatre articles, ont le troisième beaucoup plus long que le dernier, ce qui distingue facilement ce genre de tous les précédents, qui ont toujours le dernier article plus long que les autres.
Le Naucore cimicoïde, commun dans presque toute l’Europe, notamment aux environs de Paris, est long de io à 12 millimètres, d’un vert pâle, parsemé de points noirs et de taches brunes.
FAMILLE DES RÉDUVIENS.
FAMILLE DES RÉDUVIENS
Les insectes compris dans cette famille sont caractérisés principalement par une tête rétrécie à son insertion; des antennes toujours libres, longues et grêles; un écusson petit. Us sont presque tous carnassiers, et leur bec est plus acéré et plus robuste que dans la plupart des Hémiptères. Les Réduviens sont répandus dans toutes les parties du monde, mais plus particulièrement dans les pays chauds.
Nous les diviserons en trois groupes ou tribus : les Hydrométrides , les Réduviides et les Cimicides.
La tribu des Hydrométrides offre pour caractères : un corps allongé, étroit, toujours couvert d’un duvet très-court; des antennes cylindriques, assez longues, composées de quatre articles ; les pattes antérieures plus courtes que les autres et dépourvues d’épines propres à retenir leur proie.
Ces insectes, quoique aquatiques, ne s’enfoncent jamais sous l’eau, mais marchent et courent à la surface liquide comme ils le feraient sur un terrain solide, et même avec plus d’agilité, car ils semblent glisser sur les eaux comme des patineurs sur la glace. Cela est dû au poil trèscourt et très-serré qui couvre leur corps et le dessous de leurs tarses, et leur permet de courir sur l’eau sans se mouiller.
Les Gerris, au corps allongé, étroit, un peu déprimé, à antennes aussi longues que la moitié du corps, au corselet long, s’élargissant de la partie antérieure à la partie postérieure, aux longues pattes postérieures, sont ces insectes que l’on désigne vulgairement sous le nom d 'Araignées d’eau , et que l’on voit par milliers, pendant toute la belle saison, glisser rapidement à la surface des bassins et des étangs. Le Gerris des lacs (Gerris
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
lacustris) [fig. 296, voy. p. 267] est long de 8 à 10 millimètres, d’un brun foncé; l’abdomen roussâtre avec trois lignes d’un noir brillant. Cette espèce a des élytres et des ailes ; mais il en est une, le Gerris optera, du double plus grande que la précédente, qui est constamment privée des organes du vol.
Les Hydromètres ont le corps encore plus allongé, filiforme, dune ténuité extrême; la tête cylindrique allongée; les antennes de quatre articles, dont les deux derniers fort grêles et plus longs que les autres. Le type du genre est l’Hydromètre des étangs ( Hydrometra stagnorum ), que l’on trouve courant sur les eaux stagnantes de presque toute l’Europe. Dans notre planche XVIII sont représentés les Hydrometra argentata et gibjpifera. Tous ces insectes vivent de proie qu’ils saisissent au moyen de leurs pattes antérieures.
La tribu des Réduviides comprend des Hémiptères au corps allongé, à tête fortement rétrécie vers sa partie postérieure; à bec court, épais, fortement recourbé; à antennes longues et grêles, composées de quatre articles, dont les deux premiers plus longs et plus gros que les autres; les pattes sont longues et minces.
Les Réduviides sont des insectes très-carnassiers, doués d’une grande agilité. Ils ont des formes très-variées, des couleurs le plus souvent sombres, mais quelquefois très-vives.
Les Réduves proprement dites (. Reduvius) ont la tête ovalaire, les yeux saillants, les antennes à premier article épais. Leur corselet est triangulaire, très-distinctement bilobé, les élytres de la longueur de l’abdomen au moins.
Le type du genre, la Réduve masquée (Reduvius per sonatus), fréquente les maisons habitées, où elle fait la chasse aux Punaises, aux Mouches et aux Araignées. Elle doit son nom à la curieuse habitude qu’a sa larve de s’envelopper dépoussiéré, de flocons, de toiles d’araignée, de façon à céler sa présence. Cachée sous ce déguisement, elle s’avance doucement, par petits soubresauts, vers les insectes qu’elle convoite. Devenue plus agile à l’état parfait, lorsqu’elle a pris des ailes, la Réduve abandonne ce déguisement. Elle est alors d’un brun noirâtre obscur,
FAMILLE DES RÉDU VIENS
avec les pattes roussâtres, et telle que nous la représentons dans notre planche XVIII.
La Réduve entre souvent dans les maisons, le soir, attirée par la lumière. Elle n’est pas nuisible et nous délivre au contraire des insectes incommodes ou dégoûtants qui sont malgré nous nos hôtes. Il faut cependant se bien garder de la saisir, ou ne le faire qu’avec précaution, car elle pique avec son bec imprégné d’un venin, et produit plus de douleur qu’une Guêpe.
Une des plus belles espèces du genre est la Réduve agréable ( Redit vius amœnus) de Java. Elle est d’un beau rouge de corail, avec des taches d’un noir bleu luisant.
Les Ploiaria P. vagabunda) ont les mêmes habitudes que les Réduves, et habitent également les maisons.
Les Pirates ( P . stridulus) vivent aussi de proie, mais la recherchent sur les plantes.
Le genre Coranus est caractérisé par l’étranglement très-marqué du cou, la longueur du premier article des antennes double de celle des autres, et la brièveté des ailes, qui ne dépassent pas le troisième anneau de l’abdomen. Dans notre planche XVIII est figuré le Coranus subapterus , que l’on trouve dans les lieux secs et sablonneux, sous les bruyères et les ajoncs. Il est d’un noir grisâtre, revêtu d’un court duvet jaunâtre; ses ocelles sont rouges et ses antennes d’un brun pâle.
La tribu des Ci mi ci des est caractérisée par un corps fortement déprimé et ordinairement arrondi, par une tête pointue s’avançant entre les antennes, et dont le bec ou suçoir est inséré dans une cavité dont les bords sont saillants. Les Cimicides sont en général des insectes de petite taille, répandus dans toutes les parties du monde. Leurs habitudes varient suivant les espèces; les uns, comme la Punaise des lits, sucent le sang; d’autres attaquent les insectes vivants; d’autres enfin sucent la sève des végétaux.
Le genre Cimex, qui ne comprend aujourd’hui qu’une seule espèce, la plus connue, la plus répandue et la plus redoutée, j’ai nommé la Punaise des lits, offre pour caractères: un corps excessivement déprimé,
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
à peine plus long que large, ayant une forme tout à fait arrondie; des antennes sétacées, fort grêles, terminées en une longue soie ; le corselet fort court, extrêmement échancré ; l’écusson triangulaire, large à sa base. Les élytres sont tout à fait rudimentaires, réduits à de simples moignons, et les ailes entièrement nulles; les pattes peu longues et fort minces. Fabricius donnait à ce genre le nom d 'Acanthia, mais le nom de Linné a prévalu.
La seule espèce de ce genre, avons-nous dit, est la Punaise des lits (Cimex lectularius ), représentée dans notre planche XVIÎI. Cet insecte n’est que trop connu par ses piqûres et par l’odeur infecte qu’il répand. Quelques auteurs ont prétendu que cet insecte nous venait d’Amérique, comme tant d’autres choses bonnes ou mauvaises ; et suivant eux, ce ne serait qu’après l'effroyable incendie de Londres, en 1666, qu’il aurait été introduit dans des bois de construction venus d’Amérique, et il se serait de là répandu au loin. Mais pour qui connaît les anciens , cette opinion est complètement fausse ; car déjà Pline, Dioscoride et Martial en font mention dans leurs écrits. Nec toga nec focus est nec tutus cimice lectus (ni vêtement, ni foyer, ni lit n’est à l’abri de la Punaise), dit le poète satyrique en se plaignant de cette odieuse créature, qui, grâce à l’aplatissement de son corps, s’introduit impunément partout. Comme la Punaise des lits ne vole pas, on pourrait s’étonner quelle ait pu se répandre dans le monde entier, si l’on ne savait qu’un seul homme qui, sans le savoir, en apporte quelque part une famille dans un des plis de son habit, peut en peupler toute une maison et même toute une ville; cependant elle est inconnue dans l’extrême Nord et l’extrême Midi; c’est le centre de l’Europe qui en est infecté, et Lyon est connu, en France, comme leur quartier général.
La Punaise se blottit pendant le jour dans les interstices des boiseries, sous les papiers de tenture, et échappe ainsi à toutes les investigations ; mais elle sort à la nuit de sa retraite pour se gorger de notre sang. Cette ignoble créature ne manque pas toutefois d’une certaine intelligence ; car si, pour éviter ses atteintes, on couche dans un hamac ou dans un lit dont les pieds sont isolés du parquet, elle sait parfaitement gagner le
FAMILLE DES RÉDUVIENS.
plafond au-dessus du dormeur et se laisser tomber verticalement sur le lit.
La Punaise pond ses œufs dans les encoignures. Leur coque est couverte d’une espèce de villosité destinée à faciliter leur adhérence contre les corps et les tissus où ils sont déposés. L’œuf, comme c’est le cas habituel chez les Hémiptères, a un couvercle que la petite Punaise pousse pour sortir. Ces larves, d’abord blanchâtres, ne tardent pas à se teindre en rouge par le sang qu’elles absorbent. On a souvent rencontré des Punaises dans les nids des hirondelles et dans les poulaillers.
La Punaise des lits se multiplie en prodigieuse quantité, surtout dans les maisons malpropres, et on a employé beaucoup de moyens pour les détruire, mais la plupart sont inefficaces et plusieurs dangereux. La benzine, la térébenthine, l’essence minérale, l’huile de pétrole les tuent sûrement ; mais ces liquides répandent une odeur fort désagréable et sont très-inflammables. Le pyrèthre les tient à distance,, et si l’on en saupoudre les draps, on sera à l’abri de leur atteinte ; mais ce moyen n’en débarrasse pas la maison. On fw. m
J r (voy. page 27ÿ).
ne peut atteindre ce dernier but qu’en employant l’acide sulfureux, et voici comment: sur un réchaud placé au milieu de la chambre, on met un vase contenant du soufre, après avoir hermétiquement bouché tous les endroits accessibles à l’air, et ce n’est que le lendemain, lorsque la vapeur de soufre s’est exhalée et a dégagé tout l’acide sulfureux, que toutes les Punaises ont succombé.
Les Arades ( Aradus) ont le corps déprimé; le bec grêle, plus long que la tête; les antennes cylindriques, et des élytres recouvrant entièrement l’abdomen. L’Arade du bouleau (Aradus betulœ), commun dans toute l’Europe, est le type du genre. Il vit sous les écorces, où il recherche d’autres insectes.
Dans le genre Phymata, les antennes, plus longues que la tête, ont
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
leur dernier article en massue. Ces Hémiptères vivent d’insectes qu’ils poursuivent sur les végétaux.
Les Tingis, au contraire, vivent sur les végétaux dont ils sucent la sève. Ils ont le corps aplati, les élytres réticulés et le dernier article des antennes en bouton. Une espèce de ce genre, le Tingis pki, est très-nuisible aux poiriers; les jardiniers le connaissent sous le nom de Tigre. Ce Tigre, que nous figurons d’autre part (fig. 297, voy. p. 271), n’a que 2 millimètres de longueur et 3 1/2 millimètres d’envergure; il est cependant très-nuisible malgré sa petite taille; il s’établit en colonie sous les feuilles, qu’il pique et crible de petites pustules noires. Les fumigations et les aspersions ne font pas grand effet sur lui ; le meilleur moyen d’en débarrasser les arbres est encore de couper les feuilles attaquées et de les brûler. On détruit ainsi une grande quantité d’œufs et de larves.
FAMILLE DES LYGÉENS.
FAMILLE DES LYGÉENS
La famille des Lygéens comprend une longue suite de genres dont toutes les espèces sont essentiellement phytophages. Ces insectes ont le bec plus court que les Réduviens ; leurs pattes sont simples et propres à la course. On les rencontre sur les plantes dont ils se nourrissent, et sur lesquelles ils déposent leurs œufs par paquets.
On divise les Lygéens en trois groupes ou tribus, qui se distinguent les unes des autres par le point d’insertion des antennes et par la présence ou l’absence d’appendices entre les crochets des tarses. Ce sont les Coréides , les Lygœides et les Capsides.
Les Coréides ont les antennes insérées à la partie antérieure de la tète, sur la meme ligne que les yeux ; leurs tarses ont deux appendices entre leurs crochets. Cette tribu comprend un assez grand nombre d’espèces, dont quelques-unes atteignent une taille assez grande et sont ornées de couleurs brillantes. Ces Hémiptères sont répandus dans toutes les parties du monde.
Dans le genre Stenocephalus la tête est prolongée en pointe, et le dernier article des antennes est plus long que les autres; les pattes sont simples; les jambes droites.
Le Sténocephale agile (St. agilis ), figuré dans notre planche XV, doit son nom à l’activité remarquable qu’il déploie soit en marchant, soit en volant, et cela pendant les plus chaudes journées de l’été. Sa couleur est le brun pâle, avec une petite tache rouge sur chaque épaule; ses antennes et ses pattes sont jaunes, avec une tache noire à chaque joint.
Les Anisoscelis ont la tète un peu avancée; les pattes longues, les cuisses postérieures ordinairement aplaties et épineuses, les jambes foliacées. Nous figurons dans notre planche XX Y Anisoscelis (Diactor) bilineatus. Ce singulier insecte a les jambes postérieures dilatées en une large feuille. Sa couleur est un rouge brun foncé, avec deux raies jaunes sur le
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
PlG. 298. — Pachylis r/igas.
thorax et la tête. Les membranes foliacées des jambes postérieures sont
rougeâtres et portent deux taches jaunes. Cette espèce nous vient d’Amérique.
Le genre Pachylis comprend des espèces américaines, présentant pour caractères : la tête courte; les pattes postérieures à cuisses renflées et épineuses, à jambes comprimées. Le troisième article des antennes est dilaté en feuillet.
Nous figurons ici (fig. 298 et 299) le Pachylis gigas et sa larve. Cet Hémiptère remarquable est originaire du Mexique. Toutes les parties claires des figures sont d’un beau rouge cramoisi, et les parties foncées sont d’un noir velouté.
Les ailes seules sont d’un vert velouté, rayées de jaune brillant.
La figure 3 oo (voy. p. 275) représente un Coréide voisin, le Petascelis remises de l’Afrique australe; ses noms générique et spécifique font allusion à la forme de ses jambes postérieures élargies et aplaties en forme de rames. Le corselet de cet insecte est brun bordé de jaune, et parcouru dans son milieu par une ligne de la même COUleUr. Les ailes sont d un brun fig. 299. — Larve de Tachylis gigas.
chocolat, plus foncées à l’extrémité.
Dans le genre Metapodius, dont notre figure 3 oi (voy. p. 276) repré-
FAMILLE DES LYGÉENS.
sente une belle espèce, propre au Brésil, les jambes postérieures sont encore élargies et aplaties en forme de rames, et les cuisses sont fortement renflées et épineuses. La couleur de cet insecte est un brun rouge acajou; les pattes postérieures portent une ligne rouge. Celles-ci ont la cuisse ronde et la jambe aplatie, toutes deux garnies de fortes épines au côté interne.
Le genre Corée ( Coreus ) renferme des espèces nombreuses, caracté-
Fig. 300. — Petascelis remipes (voy, page 274 .
risées par leur tète courte, par leurs antennes à premier article long et à dernier article ovalaire. La Corée bordée (Coreus marginatus) est trèscommune sur les plantes, où elle pond ses œufs dorés. Elle est longue de i 5 millimètres, d’un brun obscur en dessus, livide en dessous; antennes ayant les deux premiers articles rougeâtres et le dernier noir ; élytres bruns, sans taches.
La Corée à cornes velues (Coreus hirticornis ), figurée dans notre planche XIX, a le corps et surtout les antennes hérissés de poils raides ; le
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
corselet a ses bords armés de fortes épines. Cette espèce se trouve dans toute l’Europe méridionale.
O11 a fait des Corées à ventre plus large que les élytres, le genre Verlusia.
Dans notre planche XIX est figuré le Verlusia rhombea. Il est d’un brun jaunâtre couvert en dessus de petits points; ses pattes sont jaunes Cette espèce n’est pas rare sur les feuilles des arbres en automne.
Certaines Corées étrangères sont remarquables par des appendices
bizarres. Telle est, par exemple, la Phyllomorphe de Madagascar , qui ressemble à une feuille déchiquetée.
Les Coréides du genre Neides ont le corps d’une extrême ténuité et assez allongé ; la tête s’avance en pointe entre les antennes, et ces dernières, extrêmement grêles et longues, forment un coude trèsprononcé après leur second article, qui est renflé à son extrémité; le dernier article, comparativement court, forme une sorte de massue; les ailes., sont linéaires et couvrent entièrement l’abdomen. Nous figurons dans notre planche XIX le Neides depressus, remarquable par la longueur et la gracilité de ses membres, qui rappellent ceux des Hydromètres. Sa couleur est d’un brun jaunâtre, avec l’abdomen noir.
Les Rhyparochromus ont le corps de forme ovale; la tète petite, non prolongée; les antennes moyennes, à premier article plus court; les pattes sont plutôt courtes et robustes. Le Rhyparochromus dilatatus, figuré dans notre planche XIX ( 4 ), est noir, recouvert d’un fin duvet jaune. Il n’est pas rare en France, et se trouve sous la mousse.
Fig. 301. — Melapodius latipes (voy. page 274).
( l ) Voir la note page 279,
FAMILLE DES LYGÉENS.
Sur la même planche est représenté F Henestaris laticeps, insecte assez commun dans le midi de la France. Il est dun jaune docre nuagé de brun. Il est surtout remarquable par la largeur de la tête, qui est plus large que le corps.
La tribu des Lygæides est caractérisée par des antennes insérées au-dessous des yeux, à dernier article fusiforme, et par les tarses sans appendice entre les crochets.
Le genre Pyrrhocoris a la tète très-avancée ; le corselet rebordé latéralement. Le type de ce genre, le Pyrrhocoris apterus , représenté dans notre planche XIX, est des plus communs dans toute l’Europe; c’est cette Punaise, bariolée de noir et de vermillon, que l’on rencontre si fréquemment rassemblée en sociétés nombreuses au pied des arbres et au bas des murs exposés au midi. Cette espèce n’a jamais que des moignons d’élytres. Ces Punaises ne dégagent pas de mauvaise odeur; elles sucent la sève des végétaux, les fruits tombés, les insectes morts. Elles se cachent pendant l’hiver sous les pierres et les écorces, et s’y engourdissent.
Les espèces du genre Lygée ont la tète triangulaire; le thorax plat, deux fois plus large en arrière qu’en avant; leurs ocelles sont très-distincts et leurs antennes à articles courts. La couleur rouge, relevée par des taches noires, domine chez la plupart des espèces. Les Lygées vivent sur les plantes, réunies souvent en si grande quantité, qu’elles forment une masse rouge. Tels sont les Lygœus militaris et Lygœus equestris, trèscommuns dans le Midi.
Ce dernier, long de 8 à 10 millimètres, a la tète, les antennes, les pattes et le bord antérieur du prothorax gris; les élytres, le corselet, l’abdomen, une grande tache sur la tête rouge cinabre; deux points noirs sur le corselet, en arrière de la bande grise; écusson noir; deux points noirs en arrière de l’écusson et quatre plus loin. Cette espèce est également commune aux environs de Paris.
Nous représentons ici (fig. 302 , voy. p. 278) une magnifique espèce du Bengale, le Lygœus grandis des anciens auteurs, dont on fait aujourd’hui un genre particulier sous le nom de Macrocheraia . Il atteint
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
jusqu’à 5 centimètres de longueur. Il est d’un rouge cinabre tacheté de noir.
La tribu des Capsides a pour caractères généraux : les antennes insé-
F ICI. 302. — Macrocheraia grandis (voy. page-277).
rées au-dessous des yeux, à dernier article très-grêle; l’abdomen présentant chez les femelles une tarière quelquefois très-saillante. Les Capsides se rencontrent généralement dans les lieux humides, sur les plantes qui les nourrissent. Us sont agiles, mais de petite taille, et ornés le plus souvent de couleurs vives et variées.
Les espèces du genre Miris ont le corps très-allongé ; la tête prolongée en pointe entre les antennes ; ces dernières fort longues., à dernier article très-grêle. Le Miris virens est vert, avec l’extrémité des antennes et les tarses fauves. Il est commun dans toute l’Europe.
Le Miris errant (Miris erraticus ), long de 8 à 10 millimètres, est d’un vert pré, avec quatre lignes noires sur le corselet et trois sur la tête.
F IG. 303. - Phytocoris Upundata. Le mâle a le dessus de la tête, du corselet et des
élytres noir. Cette espèce est commune partout.
Le genre Phytocoris a la tète courte, arrondie; les antennes grêles, le corps oblong. Le Phytocoris du tilleul (Phytocoris tiliœ ), figuré dans
FAMILLE DES LYGÉENS.
notre planche XIX (*-), est verdâtre, avec trois bandes brunes. Le phytocoris à deux points (.Phytocoris bipunctata) [fig. 3o3] est vert, avec deux points sur le prothorax; les élytres, plus pâles, ont un point jaune à l’extrémité. Cette espèce se trouve dans le nord de l’Europe.
FUf. 301 à 311. - ]. Systellonotus triguttatus mâle. — 2. Systellonotus triguttatus femelle. — 3. Orthoceghalus hirtus. — «.Tête
iVOrthocephalus. — b. Tarse postérieur. — c. Aile.
Un fort curieux Capside est le Systellonotus triguttatus (fig. 304, 1 et'2), remarquable par la forme de l’abdomen étranglé à sa base, comme le montre la figure de la femelle, fort différente d ailleurs du mâle, puisqu’elle est sans ailes et d’un brun jaunâtre uniforme. Le mâle est d’un brun rougeâtre, couvert d’un fin duvet jaunâtre.
(*) Par suite d’une méprise du graveur, le Phytocoris tilice porte le nom de Rhyparochromus dilatatus, et réciproquement.
ORDRE DES HÉMIPTÈRES
Sur chaque élytre sont trois bandes diagonales blanches. Cet insecte est assez rare, surtout la femelle, que l’on prendrait à première vue pour une Fourmi.
La figure 304 ( 3 ) représente YOrthocephalus hirtus, retiré du genre Phytocoris 3 dont il faisait autrefois partie, et avec lequel il offre des différences assez marquées dans la forme et le port de sa tète droite’ la longueur du second article des antennes (%. 295 (3), a), det insecte est noir, couvert d écaillés d’un jaune doré, du milieu desquelles s’élèvent des poils noirs. Les cuisses sont noires et les jambes d’un jaune rougeâtre.
Le genre Capsus, qui a donné son nom à la tribu, comprenait autrefois tous les genres précédents et plusieurs autres. 11 se trouve très-réduit aujourd’hui et ne renferme plus qu’un petit nombre d’espèces, parmi lesquelles nous citerons les Capsus trifasciatus, elatus, laniarius , dans lesquels le rouge et le noir dominent.
Le Capsus trifasciatus, long de 7 à 8 millimètres, est noir, avec les bords du thorax, l’écusson et les élytres rouges; ces derniers portent trois bandes transversales noires; les antennes et les pattes sont noires, les jambes annelées de rouge. Cette espèce se trouve dans toute l’Europe.
FAMILLE DES SCUTELLÉRIENS.
FAMILLE DES SCUTELLÉRIENS
Les Hémiptères de la famille des Scutellériens se distinguent surtout par la grandeur de leur écusson, qui recouvre les élytres en partie ou même en totalité; leurs antennes sont longues et toujours libres, ordinairement de cinq articles; leur corps est large et épais, leurs pattes courtes et grcles.
Les Scutellériens sont souvent très-remarquables par la vivacité de leurs couleurs, qui ont parfois un éclat métallique. Ces insectes sont répandus dans toutes les régions du globe, mais surtout dans les pays chauds, où vivent les espèces aux plus riches parures.
Tous, sont phytophages, et vivent des sucs végétaux qu’ils pompent en enfonçant leur bec dans le parenchyme des feuilles ou dans le tissu des jeunes branches.
On divise la famille des Scutellériens en trois groupes ou tribus, basés sur la forme de l’écusson. Ce sont les Pentatomides, les Cydnides et les Scutellérides .
La tribu des Pentatomides se distingue par l’écusson triangulaire, ne couvrant pas tout le corps, et par les pattes énormes.
Dans le genre Oncomeris la tête est petite; les antennes simples, épaisses, surtout le troisième article; l’abdomen présente une pointe à sa base. Nous figurons dans notre planche XX Y Oncomeris flavicornis de l’Australie. Ce bel insecte est noir, avec les ailes bleues à reflets cuivreux.
Le genre Edessa est américain; ses espèces ont la tête très-petite, triangulaire; l’abdomen porte des épines latérales. Nous représentons ici (fig. 3 12) Y Edessa cornuta, de Para; son corselet, armé de deux longues
FiG. 312. — Edessa cornuta.
282 ORDRE DES HÉMIPTÈRES
pointes recourbées, est brun verdâtre, son écusson jaune, et la partie supérieure du corps azurée.
Notre planche XX représente deux espèces de Pentatomides très-remarquables : le Pygoplatys landfer, de Bornéo, qui rappelle ÏEdessa cor nuta par son corselet prolongé latéralement en pointes, et le Balader acuticosta , qui présente aussi les angles supérieurs de son corselet prolongés en pointes, mais recourbés en haut en Fig. 313. — Pentatoma oleracea. crochet. Les Pentatomes proprement dites (Pentatoma) comprennent un très-grand nombre d’espèces. Ce sont surtout ces Hémiptères qui sont connus sous le nom de Punaises des bois. Leurs caractères distinctifs sont : d’avoir le corps court, ovale et arrondi, l’écusson ne recouvrant pas tout l’abdomen • celui-ci nautique; les antennes filiformes, de cinq articles. Les Pentatomes répandent pour la plupart une odeur forte et très-désagréable, qui se communique aux objets que l’insecte a touchés. Les femelles déposent leurs œufs par plaques sur les feuilles et les tiges des végétaux; ces œufs sont parfois agréablement colorés. Parmi les espèces qui se trouvent aux environs de Paris, nous citerons la Pentatome des potagers ( Pentatoma oleracea ) [fig. 3 i 3 ], que l’on trouve communément dans les jardins et les champs, sur les choux et diverses plantes crucifères. Cette espèce est fort nuisible et commet parfois de grands dégâts sur les choux, quelle infecte de son odeur. Ses piqûres nombreuses sur les feuilles, dont elle suce la sève, fait jaunir et dessécher la plante sur pied.
La Pentatome dissemblable (Pentatoma dissimilis) fréquente également les jardins ; elle est fig. su. - pentatoma tùè*m longue de io à 12 millimètres, d’un vert obscur,
couvert de points enfoncés noirs; les antennes, les pattes et le ventre sont d’un jaune rougeâtre; les ailes sont enfumées. Cette espèce est figurée dans notre planche XV.
La Pentatome des baies (Pentatoma baccaruni) [fig. 314] est pubescente,