FAMILLE DES MYRMÉLÉON I ENS
et pointues à leurs deux extrémités; elles sont très-vives et très-souples. Elles vivent à l’air ou sous les feuilles et au milieu des pucerons dont elles font leur nourriture, car elles sont très-carnassières et ne s’épargnent même pas entre elles. On les voit saisir de leurs mandibules aigues les pucerons les plus dodus, les élever en l’air, les sucer en moins d’une minute et rejeter les peaux vides; elles en sacrifient ainsi un nombre considérable dans une seule journée, et Réaumur, qui les a étudiées avec soin, leur a donné le nom de Lions des pucerons. La larve de ïHémérobe
chrysops, espèce qu’a surtout étudiée Réaumur et que nous figurons ici (fig. 56 -b.), a une singulière habitude : celle de se recouvrir des peaux vides de ses victimes comme un sauvage indien se pare des chevelures qu’il a scalpées. Dès qu’elle a sucé un puceron, d’un coup de tête elle jette sa peau sur l’extrémité de son corps et l’y fixe sans autre moyen que les irrégularités ou les poils qui s’y trouvent; une seconde va joindre la première et ainsi de suite; toutes ces peaux tiennent ensemble par le seul entrelacement de leurs parties.
Dans quel but la larve de l’Hémérobe se revêt-elle de cette singulière armure? est-ce pour se déguiser aux yeux de ses trop confiantes victimes, comme le fait la Réduve à masque, ou afin de se dérober elle-même à la. vue et aux attaques de ses propres ennemis, comme nous l’avons vu pratiquer à la larve du Criocère du Lis? ( Coléoptères .) Au milieu de l’abondance où vivent ces larves, elles ont bientôt pris tout leur accroissement; aussi ne vivent-elles sous cet état qu’une quinzaine de jours; passé ce temps, elles se retirent dans quelque feuille desséchée et se mettent, à l’abri d’un de ses plis, à construire leur coque au moyen de la filière qui est située à l’extrémité de leur abdomen;
FIG, 56 à 63. — Hemerobius chrysops.
ORDRE DES NEVROPTÈRES.
elle s’y renferme complètement et l’on est étonné que le corps de la larve puisse tenir dans un si petit objet qui atteint à peine la grosseur d’un petit pois; mais l’insecte qui en sort avec ses grandes ailes, ses longues antennes et son corps menu, est encore plus incompréhensible. La durée du séjour des nymphes dans la coque varie selon la température. Ces nymphes, que nous figurons en c, sont recourbées dans leur cocon et portent leurs ailes et leurs antennes curieusement contournées.
Les femelles fécondées font leur ponte comme tous les autres insectes; mais leurs œufs offrent une singularité remarquable. Ces œufs sont abondamment enduits d’une matière visqueuse, très-extensible, et qui, desséchée à l’air, reste élastique. La femelle, au moment d’en déposer un, appuie sur une feuille l’extrémité de son abdomen et le relève sans lâcher l’œuf; la liqueur collée à la feuille s’allonge et forme un filet délié, au bout duquel se balance l’œuf qu’abandonne la femelle (fig. 56, g - ./.). Ces œufs, portés sur de longues tiges, ressemblent tellement à certaines Mucédinées, que des botanistes les avaient classés comme telles.
Tout ce qui précède se rapporte surtout à
FIG. 64. — Hemerobius chrysops. .
1 Hémérobe aux yeux dorés (Hemerobius chrysops ) [fig. 56 à 64]. Sa tète et son corps sont mélangés de noir et de vert; ses antennes sont fauves^ ses ailes diaphanes, azurées, ont les nervures longitudinales vertes et les transversales noires; les yeux sont dorés dans l’insecte vivant.
L’Hémérobe perle (Hemerobius perla), un peu plus grand que le précédent, mais également commun dans nos environs, .a le corps, les antennes et les nervures des ailes jaunâtres. Les yeux sont couleur d’or dans l’insecte vivant.
Le genre Osmyle, voisin des Hémérobes, en diffère surtout par les trois ocelles qui existent sur le vertex. 11 a pour type une espèce assez répandue en Europe, XOsmylus maculatus, dont la larve se trouve dans la terre humide et monte après les tiges des plantes pour se métamorphoser en
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nymphe. Cette espèce, assez rare aux environs de Paris, est d un jaune brunâtre, avec les ailes diaphanes, d’un blanc irisé tachetées de noir.
La tribu des Panorpides forme un petit groupe assez singulier à raison de la forme de la tête des espèces qui la composent; cette tête est fortement prolongée en une sorte de bec long et grêle. Les antennes sont sétacées, les ailes postérieures arrondies, étroites. Le genre Panorpa , qui donne son nom au groupe, a pour type une espèce commune partout (.Panorpa communis) [fig. 65]. — Elle se tient dans 1 herbe et les broussailles pendant toute la belle saison. Son corps est grêle, porté sur de longues pattes, tacheté de jaune et de noir. Les ailes sont transparentes, maculées de noir, et chevauchent l’une sur l’autre au repos, en recouvrant l’abdomen. Chez le mâle, l’abdomen se recourbe à l’extrémité sur le dos, et son dernier anneau est prolongé en une pince rougeâtre et gonflée, qui offre quelque ressemblance avec la queue relevée du scorpion, d où le nom vulgaire de Mouche-Scorpion , qu’on lui donne parfois; mais il n’y a pas ici, comme chez le scorpion, de poche à venin; c’est un instrument de préhension et non une arme offensive. L’abdomen de la femelle se termine tout différemment: ses anneaux s’effilent en un long tube rétractile propre à la ponte des œufs. Les Panorpes sont des insectes très-carnassiers et très-hardis : ils se jettent sur des papillons et des mouches beaucoup plus gros qu’eux, les percent de leur bec acéré et les emportent sur quelque plante pour les dévorer à leur aise.
La femelle dépose ses œufs dans la terre; ceux-ci sont assez volumineux et éclosent au bout de huit jours. Lalarve se nourrit de débris organiques, et parvient à toute sa croissance au bout d’un mois. Sa couleur est alors d’un gris rougeâtre. La tête a la forme d’un cœur, et est armée de fortes mâchoires; le corps est divisé en douze segments bien distincts, dont chacun porte des verrues garnies d’un bouquet de poils, comme certaines chenilles nocturnes, et sur les, trois derniers segments sont des stylets cylindriques terminés parde longues soies. Cette larve s’enfonce en terre
ORDRE DES NEVROPTÈRES.
plus profondément pour se transformer en nymphe, et en sort à l’état ailé quinze jours après.
Les Borées se distinguent des Panorpes par l’absence d’ocelles et par l’état rudimentaire de leurs ailes. Ce sont des insectes de très-petite taille. Le Borée hyémal (Borœus hyemalis) habite le nord de l'Europe; on en trouve parfois des quantités considérables sur la neige.
FAMILLE DES RAP H I D IENS
FAMILLE DES RAPHIDIENS
Les Névroptères qui font partie de la famille des Raphidiens se distinguent à leurs ailes presque égales, ayant des nervures transversales peu nombreuses; à leur bouche un peu avancée en forme de bec, mais moins que dans les Panorpides. Leurs antennes sont sétacées, leur prothorax très-long et leurs tarses composés de cinq articles.
Cette famille renferme, comme la précédente, des types assez différents entre eux. Leurs larves sont beaucoup plus allongées que celles des Myrméléoniens, et leur genre de vie est bien différent. Nous la divisons en trois tribus distinctes, dont la première, celle des Mantispides, est bien reconnaissable à ses pattes antérieures ravisseuses, à ses jambes trèsrenflées, armées d’épines, et dont les tarses peuvent se replier sur la jambe, de manière à former une pince préhensile. Cette tribu ne comprend qu’un seul genre, Mantispa , dont les espèces, quoique peu nombreuses, sont dispersées dans des régions très-opposées. -Les Mantispes ont la tète large, avec des antennes courtes; le prothorax allongé et plus étroit que la tète, des ailes diaphanes à réseau assez lâche, des pattes antérieures ravisseuses comme celles des Mantiens parmi les Orthoptères, ce qui suffirait à indiquer les appétits carnassiers de ces Névroptères.
Le type du genre est la Mantispe païenne (Mantispa pagana ), qui se trouve dans le midi de la France et quelquefois, mais très-rarement, dans les bois des environs de Paris. Ses métamorphoses, longtemps ignorées, ont été récemment découvertes en Autriche et publiées par M. F. Brauer; elles offrent des détails très-curieux. La Mantispe femelle pond en juillet sur les buissons et les plantes basses de très-nombreux et très-petits œufs roses, d’où sortent de petites larves hexapodes, très-agiles, et qui courent çà et là aussitôt'après leur naissance. Ces petites larves sont parasites et vivent aux dépens des petites araignées renfermées dans les cocons que les Lycoses, les Clubiones et quelques autres araignées errantes
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
déposent dans des trous ou attachent aux tiges des végétaux. Les petites larves de Mantispes grimpent sur ces coques, les déchirent en un point à l’aide de leurs mandibules et entrent dedans. Là, elle attend patiemment 1 éclosion des œufs et égorge les jeunes araignées à mesure qu’elles sortent. Eille grossit ainsi peu à peu au milieu d’une sorte de bouillie formée par les cadavres de ses victimes, puis, parvenue à son entier développement, elle subit une mue qui est une sorte de métamorphose; elle devient boursouflée, n’a plus que des
pattes rudimentaires, grosses et coniques, impropres à la marche, et son abdomen se termine en pointe et se trouve muni de filières anales.
Elle demeure ainsi quelque temps enroulée au milieu des cadavres des petites araignées, continue à y grossir, jusqu’à atteindre 8 ou io millimètres, puis se file un cocon d’un jaune verdâtre dans l’intérieur du sac à œufs de l’araignée. Au bout d’une quinzaine de jours, elle se transforme en nymphe, dont les yeux et les pattes antérieures ravisseuses fig. 66. - Mantiapa grandis. pliées sur le côté indiquent déjà l’in¬
secte parfait. Enfin, elle quitte son cocon, perce celui de l’araignée, et une nouvelle mue la fait sortir à l’état de Mantispe ailée.
Nous figurons ici le Mantispa grandis (fig. 66), le géant du genre, originaire de l’Afrique australe. Son corps est d’un brun pâle, et ses ailes sont transparentes, à l’exception d’une large bande bordant la portion supérieure de l'aile et qui est d’un jaune brun. Ses jambes ravisseuses sont très-robustes.
La tribu des Raphidiides, comme la précédente, ne renferme qu’un genre, Raphidia. Les Raphidies ressemblent aux Mantispes par les ailes et
FAMILLE DES RAPHIDIENS.
par la longueur du prothorax; mais leur tête est plus grande, plus aplatie, et leurs pattes antérieures ne sont pas ravisseuses, mais simplement propres à la marche, comme les autres. L’abdomen des femelles est, en outre, muni d’une longue tarière, un peu recourbée, au moyen de laquelle elles pondent leurs œufs sous les écorces, où leurs petites larves vivent de proie. Ces larves sont allongées, avec la tète trèslarge, aplatie, portant de petites antennes; leur premier anneau thoracique est écailleux et plus long que les suivants. Ces larves sont très-actives et remuent leur corps dans tous les sens comme des serpents. Les nymphes ne sont pas renfermées dans un cocon comme celles des Mantispes ou des Myrméléoniens ; elles ressemblent déjà beaucoup à l’insecte parfait, et leurs ailes sont appliquées sur les parties latérales du corps.
Le type du genre est la Raphidia aphiopsis (fig. 67), que l’on trouve, mais rarement, aux environs de Paris. Son corps est noir; ses ailes
FIG. 67. — Raphidia aphiopsis.
blanches, entièrement diaphanes, ont une tache
noire vers leur extrémité; l’abdomen est noir avec plusieurs lignes longitudinales jaunes.
Les Semblides forment la troisième et dernière tribu de la famille des Raphidiens; elle se distingue des deux précédentes par la tête et le prothorax courts, les pattes simples et l’absence de tarière chez les femelles. Leurs antennes sont longues , filiformes et composées d’un grand nombre d’articles.
Le genre Corydalis est des plus remarquables. Nous figurons ci-après le Corydalis armata (fig. 68, voy. p. 98), qui habite l’Amérique du Sud (Colombie), et dont l’envergure des ailes atteint 14 centimètres. C’est la plus grande espèce connue jusqu’à ce jour. L'individu représenté ici est un mâle, et le principal caractère de ce sexe réside dans la conformation des mandibules, qui sont tellement développées, longues, aiguës, qu’on croirait voir un fourmi-lion gigantesque qui aurait conservé ses armes de larve. Chez la femelle, ces mandibules sont robustes mais courtes, et il y a
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
autant de différence entre les deux sexes qu’entre ceux du Lucane cerf-volant et de sa femelle.
Le genre Semblis a pour type le Semblis de la boue (Semblis lutaria ), très-commun dans notre pays. Les pêcheurs à la ligne, qui s’en servent comme amorce, le nomment voilette. Il est d’un brun enfumé, à ailes réticulées de noir ; les postérieures très-larges, recouvertes au repos
Fig. 68. — Corydalis armata ç? (voy. page 97).
par les antérieures en forme de toit; le mâle est d’environ un tiers plus petit que la femelle. Celle-ci pond sur les feuilles, les roseaux, les pierres placées au bord des eaux, des œufs allongés, quelle dispose les uns à côté des autres. Au sortir de l’œuf, la jeune larve se rend à l’eau. Cette larve a une tête écailleuse, pourvue d’yeux et d’antennes courtes, de quatre articles, dont le dernier en soie, des mandibules arquées munies de dents au côté interne. Leur abdomen
FAMILLE DES RAP H I DI ENS
porte à 1*extérieur des organes respiratoires consistant en filets articulés disposés des deux côtés au nombre de deux sur chaque anneau. Au moment de se transformer en nymphes,, ces larves sortent de l’eau et vont le plus habituellement subir leur transformation au pied des arbres; là, elles se creusent dans la terre une cavité ovalaire et y restent logées tant qu’elles demeurent sous la forme de nymphe. L’insecte parfait sort de la nymphe en laissant sa dépouille tout à fait intacte; il vit à peine quelques jours.
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
FAMILLE DES PHRYGANIENS
La famille des Phryganiens, dont quelques auteurs ont fait un ordre à part sous le nom de Trichoptères, comprend des insectes qui rentrent par leurs caractères généraux dans l’ordre des Névroptères. Leurs ailes membraneuses sont presque égales, offrant des nervures branchues sans réticulations transversales; leurs mandibules sont rudimentaires et leur bouche impropre à la mastication.
Les Phryganiens ont de grands rapports avec certains Lépidoptères de la famille des Phaléniens; ils ont, en général, des couleurs grisâtres assez sombres, des antennes longues et filiformes, et, comme les Psychés, ils ne prennent aucune nourriture à leur état d’insecte parfait. Ils forment en réalité le passage entre les Névroptères et les Lépidoptères, auxquels nous avons consacré un volume particulier.
Les Phryganiens sont répandus sur tous les points du globe, mais ils sont surtout nombreux en Europe. On les rencontre particulièrement dans les endroits marécageux, au bord des eaux. Ils volent le soir en grande quantité pendant les beaux jours d’été. Leurs larves sont aquatiques; elles ont une tête écailleuse, les trois premiers anneaux du corps également cornés, les autres extrêmement mous et le dernier constamment muni de deux crochets. Les parties latérales des anneaux de l’abdomen sont garnis d’organes respiratoires, dont la forme et la disposition varient suivant les genres et les espèces. Ces larves, ayant la plus grande partie de leur corps d’une consistance très-molle, seraient trop facilement la proie des nombreux insectes et reptiles carnassiers qui habitent les eaux, si la nature 11e leur avait donné une industrie propre à les protéger: elles se construisent, en effet, des étuis ou fourreaux soyeux recouverts de corps étrangers, tels que des fragments de bois, de feuilles, de petites pierres, de petits coquillages, etc. Chaque espèce
FAMILLE DES PHRYGANIENS.
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emploie toujours les mêmes matériaux, à moins qu’elle ne s’en trouve privée et ne soit obligée d’avoir recours à d’autres.
La forme de ces fourreaux varie beaucoup selon les divers matériaux dont ils sont construits ; les brins d’herbes, les morceaux de bois, les pierres et les coquillages disposés et entrelacés de différentes manières, donnent à ces étuis les formes les plus irrégulières et les plus variées. Ces larves, en général, sortent la tête et le corselet de leur étui et le traînent après elles en marchant, ce qui leur a fait donner le nom vulgaire de charrées; mais il en est quelques-unes, cependant, qui se construisent seulement des abris immobiles. Ces larves, très-communes dans toutes les eaux stagnantes ou peu courantes, peuvent être facilement recueillies et mises dans un aquarium, où l’on aura le spectacle de leurs curieux travaux. Elles sont omnivores et se contentent parfaitement des feuilles de saule; la seule condition pour les conserver est de ne pas laisser corrompre l’eau dans laquelle on les conserve.
Quoique très-nombreux en espèces, les Phryganiens se ressemblent beaucoup; les entomologistes en ont fait cependant plusieurs genres, basés principalement sur la forme des palpes ou des nervures des ailes. Dans les Phryganes proprement dites (Phryganea), les palpes maxillaires sont plus longues que les labiales, de quatre articles, et les ailes sont pourvues de nervures transversales; dans les Sericostoma, ces palpes n’ont que trois articles et les ailes sont dépourvues de nervures transversales ; les Hydropsychés ont les palpes maxillaires simples dans les deux sexes, les ailes sans nervures transversales, les jambes antérieures munies d’éperons; les Mystacides ont des palpes maxillaires très-longues et poilues, de cinq articles; leurs ailes sont pourvues de nervures transversales; enfin, les Hydroptiles , les plus petits des Phryganiens, ont les palpes de cinq articles, hérissées, et des ailes étroites.
Le genre Phrygane ( Phryganea ) renferme les espèces les plus remarquables; la Phryganea grandis , figurée dans notre PI. IV, peut être considérée comme le type du genre; elle est assez commune en France et dans nos environs. Son corps, ses ailes et ses antennes sont couverts d’un duvet très-serré, plus long sur les nervures. Nous empruntons au
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
livre intéressant de M. Pizzetta, Y Aquarium, la description des procédés mis en œuvre par la larve de cette espèce pour construire son fourreau.
« Il est fort intéressant de voir ces larves fabriquer leur étui; il faut donc les mettre à part dans un vase en verre, rempli d’eau limpide, qu’on aura toujours soin de laisser ouvert et à l’abri delà grande chaleur. Pour faire sortir une larve de son étui, il faut employer certaines précautions; car si on la tirait par la tête, elle se cramponnerait si fortement avec ses crochets abdominaux qu’on ne la retirerait pas entière. Le meilleur moyen est de la pousser par derrière avec une pointe émoussée ou une tète d’épingle; elle avance ainsi peu à peu et finit par sortir. Si l’on met une larve ainsi sortie à côté de son étui, elle cherchera à y rentrer; mais si on enlève celui-ci et qu’on lui donne les matériaux nécessaires, on la verra s’en fabriquer un autre.
« Prenons, par exemple, celle-ci, qui habite un étui de pierres(fig. 69, a). Après s’être promenée par tout le vase, comme pour reconnaître le terrain et choisir un endroit propre à confectionner son étui, la larve choisit deux ou trois petites pierres plates et en fait une voûte mince, soutenue par des fils de soie, au-dessous de laquelle elle se loge. Ce premier point accompli, on la voit successivement prendre une pierre avec les pattes et la présenter comme le ferait un maçon, cherchant à ce qu’elle rencontre exactement l’intervalle et à ce que la surface soit lisse à l’intérieur; elle l’attache alors par des fils de soie aux pierres voisines. Elle fait la même chose pour chaque pierre, en se tournant toujours en dedans de son ouvrage, dont elle sort le moins possible, et seulement autant qu’il le faut pour saisir les pierres qui lui conviennent. Elle met cinq à six heures à faire son étui, quelle tapisse entièrement de soie à l’intérieur.
« Si la larve se sert d’autres matériaux, coquilles, bois, feuilles, la fabrication de l’étui est la même, mais d’autant moins longue que les matériaux ont plus de surface. Elle commence toujours par la partie postérieure, et avance ensuite peu à peu. Arrivée au moment de sa transformation en nymphe, la larve s’enferme dans son étui et le bouche; elle sait que la mollesse de ses téguments et son impossibilité de fuir la livreraient sans défense à ses ennemis. Cette clôture de l’étui se fait aux deux
FAMILLE DES PHRYGANIENS.
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soie, qui ferme l’étui sans empêcher l’eau étui de pierres le ferment souvent avec
bouts par une grille ou tamis de de passer. Celles qui font leur une seule pierre plate.»
Nous figurons ici plusieurs spécimens de fourreaux (fig. 69 à 72 : en b est celui de la Phrygane rhombique, composé de petites bûchettes de bois disposées transversalement; en d est celui de la Phryganea lunaris, composé de brins d’herbes et de nervures de feuilles savamment enchevêtrées ;
FIG. 69 à. 72. — Fourreaux de Phryganes.)
en c est représenté l’étui de la Phryganea fusca, fabriquée de petites coquilles agglutinées par de la matière soyeuse.
Fig. 73 et 74. — Phryganea fusca.
La Phrygane brune ( Phryganea fusca) [fig. 73 et 74], de moitié plus petite que la Phr. grandis , est d’un brun clair, avec des taches et les nervures des ailes plus foncées. Elle construit son fourreau soit avec de petites
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
pierres, soit avec de petites coquilles, et elle choisit de préférence celles des planorbes qui sont rondes et plates.
Nous avons dit que, pour se transformer en nymphe, la larve ferme son étui aux deux extrémités, mais avec des fils de soie un peu lâches pour laisser passer l’eau. Ces grilles sont souvent fortifiées de brins d’herbes, de petites pierres, de bûchettes de bois, etc. Au bout de quinze
Fig. 75 à 83. — 1. Perla marginata (page 72). — 2. Limnephüus bicolor. a. lèvre, b. mâchoire et palpes. c. lèvre de la femelle, e. pince anale du mâle. — 3. Phryganea minor. — 4. Leptocerus ochraceus.
à vingt jours, ces nymphes rompent la grille et sortent du fourreau. Elles gagnent, en nageant sur le dos, quelque plante aquatique, sur laquelle elles montent; puis, quelques instants après leur sortie de Peau, leur peau se boursoufle comme une vessie pleine d’air, se déchire sur le dos et donne passage à l’insecte parfait, qui étend ses ailes, les sèche à l’air et s’envole.
Une fort jolie espèce de Phrygane, que l’on voit parfois voler le soir
FAMILLE DES PHRYGANIENS.
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en grand nombre au-dessus des ruisseaux et des étangs, est la petite Phrygane (. Phryganea minor) [fig. 75 ( 3 ), voy. p. 104]. — La couleur du corps est d’un brun jaunâtre, avec le dessus de la tête et le thorax couverts d’un duvet jaune; les ailes supérieures sont d’un brun pâle avec des taches et une bande oblique d’un beau brun foncé; les ailes inférieures sont transparentes et irisées; les antennes, d’un brun clair, sont annelées de brun foncé. Une autre espèce, le Limnephilus bicolore est représenté fig. 75 (2), (voy. p. 104). Ce petit genre diffère des Phryganes propres par les ailes plus étroites, coupées plus carrément au bout; leurs jambes intermédiaires sont, en outre, pourvues d’un seul éperon, tandis que les Phryganes en ont deux. Sur la même planche est représenté (fig. y 5 (4), voy. p. 104) le Leptocerus ochraceus, qui appartient au groupe des Mistacides. Cet insecte est surtout remarquable par la longueur excessive de ses antennes.
Il y a de petites espèces très-analogues à l’état adulte, mais dont les larves offrent certaines différences. Ce sont les Hydropsychés. Il est de ces larves qui ont des branchies en touffes et, en outre, au bout de l’abdomen, deux longs pédicules à crochets, entre lesquels sortent quatre tubes rétractiles communiquant avec les trachées. D’autres, les Rhyacophiles, n’ont pas de branchies du tout, et portent à l’extrémité de l’abdomen deux tubes pour respirer l’air au dehors. Toutes ces larves se font des abris momentanés et fixes, dont elles sortent à volonté. Cet abri consiste le plus habituellement en une calotte ou réseau de fils de soie collés à une pierre plate, à une souche, à une plante immergée. D’autres enfin se font des tuyaux en terre durcie appliquée par un côté contre une pierre, et circulent dedans.
Le type du genre Rhyacophile ( Rhyacophila vulgaris) est long de 14 millimètres, et son envergure est du double. Il a le corps fauve, les antennes courtes et minces; les ailes supérieures diaphanes, à nervures fauves, avec une grande quantité de points bruns; les ailes inférieures n’ont pas de taches. La larve de cette espèce se tient dans les ruisseaux sous les pierres; sa tête est jaune avec trois taches noires, son corselet jaune et son abdomen varié de vert et de pourpre; le dernier segment de
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ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
l’abdomen est terminé par quatre crochets dentelés en dessous. Cette espèce se trouve assez communément en France et en Suisse dans le milieu de l’été.
Les Hydroptiles sont de très-petits Phryganiens à antennes courtes et filiformes, à palpes maxillaires de 5 articles ; leurs ailes sont terminées en pointe, très-velues, ayant leurs nervures peu distinctes. Ces insectes volent surtout le soir.
L ’Hydroptila pulchricornis n’a que 3 millimètres de longueur; son corps est noir, ses ailes grisâtres tachetées de blanc. Ce joli petit insecte n’est pas rare aux environs de Paris.
FiG. 84. — Termite lucifuge, femelle et soldats grossis.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
L’ordre des Hyménoptères est certainement l’un des plus intéressants, tant à cause des différents genres d’industrie qu’offrent les insectes qui le composent, que par l’intérêt dont ils peuvent être pour l’homme, puisqu’ils renferment les insectes qui nous donnent la cire, le miel, la noix de galle, etc.
Les caractères rigoureux auxquels on reconnaît les insectes de cet ordre sont : quatre ailes nues, simplement veinées, dont les inférieures toujours beaucoup plus courtes ; des mandibules, des mâchoires et une lèvre susceptibles d’un grand allongement, modifiées de manière à former une trompe; une tarière ou un aiguillon dans les femelles.
Dans la méthode, la place que doivent occuper ces insectes a souvent varié, selon la valeur des organes que l’on a voulu prendre pour base. Si l’on adopte les ailes pour caractère principal, comme l’ont fait beaucoup d’entomologistes, les Hyménoptères devront être placés entre les Névroptères et les Lépidoptères; mais si l’on considère les organes buccaux et le canal alimentaire, bien plus importants à notre avis, ces insectes doivent être intermédiaires entre les insectes broyeurs et les insectes suceurs, c est-à-dire être placés entre les Névroptères et les Hémiptères.
Les Hyménoptères ont la tête globuleuse, verticale ; les yeux à réseaux globuleux, ordinairement plus développés dans les mâles; ils ont en outre, pour la plupart, trois ocelles placés en triangle sur le vertex ; leurs antennes varient de forme suivant les genres et même suivant les sexes; leur bouche se compose d’un labre incliné, de deux mandibules cornées, de deux mâchoires et d’une lèvre étroite souvent allongée en manière de trompe, d’une languette rétractile souvent très-longue, trifide, plumeuse; les palpes maxillaires sont le plus souvent de six articles et les labiales de quatre ; les pattes ont toutes des tarses de cinq articles et terminés par deux crochets; les ailes sont transparentes, veinées longitudinalement, croisées l’une sur l’autre dans le repos,, et unies, lorsqu’elles sont étendues, par une rangée de petits crochets fixés au bord antérieur des secondes ; les nervures, en s’anastomosant entre elles,forment des cellules dont la forme et la grandeur ont servi au classement des Hyménoptères. L abdomen tient au thorax par un étranglement formé par le second segment abdominal; il est formé de cinq à neuf segments, et muni à son extrémité soit d’une tarière, soit d’un aiguillon; l’un et l’autre sont composés de trois pièces principales : la tarière ou l’aiguillon proprement dit, et deux pièces qui l’enveloppent, formant une gaîne; la pièce principale est toujours dentelée. Les tarières sont extérieures > dépassant le corps ou logées dans une rainure inférieure de l’abdomen ; les aiguillons sont toujours internes et portent à leur base des glandes venimeuses sur lesquelles agit l’aiguillon pour faire sortir la liqueur par l’effet même de la piqûre.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Les Hyménoptères sont des insectes terrestres, vivant à l’état parfait sur les fleurs; c’est parmi eux que l’on trouve les mœurs les plus curieuses, les instincts les plus extraordinaires, appliqués surtout à la construction du nid et à la conservation des petits. Mais ces insectes,, si bien doués à l’état adulte, sont au contraire très-peu avancés en sortant de l’œuf; la majeure partie des larves est privée de pattes et demeure pendant toute sa vie dans le berceau où la mère est venue pondre son œuf. Rien ne varie plus d’ailleurs que la première demeure et l’alimentation propre au jeune insecte; un instinct admirable guide la mère, qui place ses œufs dans les conditions les plus favorables à leur développement et à l’approvisionnement des larves qui doivent en sortir. Les unes sont nourries de miel, les autres de matières végétales, d’autres encore de proie vivante.
Tous ces insectes subissent des métamorphoses complètes, c’est-à-dire qu’ils demeurent, pendant leur état de nymphe, incapables de se mouvoir et de prendre aucune nourriture.
Sous le rapport de la classification, les Hyménoptères sont généralement divisés en deux grandes sections : les Porte-aiguillon et les Térébrans, suivant que les femelles sont armées d’un aiguillon ou d’une tarière. La première de ces sections comprend sept familles : les Apiens, les Vespiens, les Eumêniens , les Crabroniens , les Sphégiens, les Formiciens et les Chrysidiens. La seconde section, celle des Térébrans, comprend six familles : celles des Chalcidiens, des Proctotrupiens, des Ichneumoniens, des Cynipsiens , des Siriciens et des Tenthrédiniens . Nous allons passer successivement en revue toutes ces familles.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES
La première famille des Hyménoptères, celle des Apiens ou MelLifères , a pour types l’Abeille et le Bourdon. Tous les insectes qui la composent savent fabriquer cette pâtée sucrée et parfumée qu’on appelle miel j et dont ils nourrissent leurs larves. Ils ont pour caractères communs : mâchoires et lèvres ordinairement fort longues, constituant une trompe; lèvre inférieure plus ou moins linéaire avec l’extrémité soyeuse. Pattes postérieures le plus souvent conformées pour récolter le pollen des étamines, le premier article des tarses très-grand, en forme de palette carrée ou de triangle. Ailes étendues pendant le repos.
La famille des Apiens se divise en plusieurs groupes ou tribus fondées sur la forme des jambes postérieures et de la langue. La première de toutes, celle des Apides, qui renferme les Abeilles et les Bourdons, offre pour caractères distinctifs des pattes postérieures ayant les jambes élargies et le premier article des tarses dilaté à l’angle externe de sa base ; la langue cylindrique presque aussi longue que le corps.
Les Abeilles proprement dites (Apis) ont les jambes postérieures inermes; le premier article des tarses quadrangulaire, avec son angle supérieur proéminent. Ce genre comprend une dizaine d’espèces trèsanalogues entre elles par la taille et les habitudes.
Celle qui vit en France et dans tout le nord de l’Europe, qui a été l’objet des études de Réaumur et de Huber, est l’Abeille mellifique (Apis mellifica ), que nous figurons ici avec tous ses détails. Elle est de couleur brune à duvet plus clair, avec l’abdomen d’un brun uniforme.
Celle dont parlent les anciens, et que l’on élève encore en Italie, en Grèce et dans une partie de l’Orient, est l’Abeille ligurienne (Apis ligustica). Elle ressemble beaucoup à notre espèce commune, mais en diffère surtout par son corps brunâtre, avec les trois premiers anneaux de l’abdomen ferrugineux et bordés de noir.
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Les Abeilles sont connues de toute antiquité. La Bible en fait mention et elles y sont désignées en hébreu sous le nom de Déborah. Les Grecs les nommaient Melissa, et, ne connaissant pas le sucre, le miel était pour eux d’autant plus précieux; aussi avaient-ils divinisé celui du mont Hymette et du mont Ida; mais ils avaient sur leur organisation et sur leur histoire beaucoup d’idées fausses. Ce n’est en réalité que depuis les observations admirables de Réaumur et de Huber que l’histoire des Abeilles est sérieusement connue. Ce dernier surtout a passé un grand nombre d’années à étudier les Abeilles, et ses découvertes ont fondé la véritable histoire de ces insectes , découvertes d’autant plus merveilleuses que Huber était aveugle. Il observait les faits par les yeux d’un domestique dévoué et en tirait les déductions qui ont donné le jour à l’un des ouvrages les plus importants sur les mœurs des insectes.
De toutes les sociétés que forment les animaux, celle des Abeilles est la plus parfaite, non-seulement par sa durée, mais encore par la complication des travaux qu’exécutent les individus qui la composent 3 travaux dont la perfection étonne même l’esprit humain.
La société des Abeilles est composée de trois sortes d’individus : les mâles, les femelles et les neutres ou ouvrières. Les femelles (fig. 87 à 97, 1 9, voy. p. 114), toujours en très-petit nombre — il n’en existe ordinairement qu’une dans chaque ruche — sont plus grandes que les mâles et les neutres; leur tête est presque triangulaire; leurs tarses sont dépourvus de brosses; leur abdomen, très-allongé, conique, est muni d’un aiguillon. On nomme cette femelle reine ou mère-abeille . — Les mâles des Abeilles (fig. 87 à 97, 2 voy. p. 114), que les éducateurs appellent ordinairement Faux-Bourdons, sont plus courts, plus ramassés et plus gros que les ouvrières. Leur tête est plus arrondie, ce qui est dû au grand développement des yeux ; les tarses ont leur premier article allongé.
Les neutres ou ouvrières (fig. 87 à 97, 3 9, voy. p. 114) sont d’une taille un peu moins grande. Leur abdomen est armé d’un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse. Leurs pattes postérieures sont conformées pour exécuter les travaux de récolte et de construction. Ainsi, le premier article du tarse, qui a reçu le nom de pièce carrée, s’articule avec la jambe par son
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angle supérieur, de manière à se replier sur elle et à former une sorte de petite pince (fig. 87 à 97/); en outre sa face interne est garnie de plusieurs rangées de poils raides qui l’ont fait nommer la brosse. La jambe a la forme d’une palette triangulaire et elle est creusée à sa face externe d’une petite cavité qui a reçu le nom de corbeille. La brosse sert à récolter le pollen des fleurs sur les étamines; la corbeille sert à l’emporter.
Fig. 8? à 97. — 1. Abeille femelle ou Reine. — 2. Abeille mâle ou Faux-Bourdon. — 3. Abeille neutre ou Ouvrière, a. Antenne de femelle. — 6. Patte postérieure de mâle. — e. Langue de mâle. — d. Antenne de mâle. — e. Mandibule de mâle.
/. Patte postérieure de neutre. — g. Patte postérieure de femelle. — h. Aiguillon et vésicule à venin.
L’Abeille provient d’une larve sans pattes, qui éclôt d’un œuf pondu par la reine ou mère-abeille, comme nous le verrons plus loin. Cette larve, molle, apathique, qui reste tout le temps renfermée dans sa cellule, est formée de treize à quinze segments, à l’extrémité desquels on voit d’un côté la tête, de couleur plus foncée, munie d’une petite lèvre, de mandibules courtes et d’une lèvre inférieure dont la langue porte une
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filière et deux palpes fort courtes. A l’autre extrémité du corps est l’anus, et, sur les côtés, il y a autant de stigmates que de jonctions d’anneaux.
Ce ver change plusieurs fois de peau, et, après sa dernière mue, se file un cocon soyeux pour y subir sa transformation en nymphe. L’insecte parfait éclôt sept ou huit jours après cette métamorphose, et il perce luimême le cocon et le couvercle de sa cellule de cire. Toutes ses parties, molles d’abord, acquièrent de la consistance et prennent leur couleur.
Aux époques d’éclosion, le nombre des individus devient ordinairement si considérable,, qu’ils ne peuvent plus être tous contenus dans la ruche. C’est alors qu’ont lieu ces émigrations qu’on désigne sous le nom d 'essaims, et dont l’époque varie habituellement entre la mi-mai et la mijuin. C’est toujours la naissance d’une femelle qui détermine une émigration , car deux reines ne sauraient vivre en bonne harmonie dans la même ruche.
L’essaim a ordinairement pour chef la femelle de l’année précédente, et se compose en grande partie de neutres qui ont passé l’hiver avec elle. Après avoir volé quelque temps sans se disperser, l’essaim, qui suit tous les mouvements de la reine, s’abat sur le lieu que celle-ci a choisi pour se reposer; ces individus s’accrochent les uns aux autres, et forment ainsi une grappe pendante d’une longueur souvent démesurée.
Partout où l’homme a réduit ces insectes en une sorte de domesticité, on profite de ce moment pour les faire entrer en masse dans une ruche préparée à l’avance pour les recevoir; mais quand l’essaim est sauvage, quelques neutres se détachent pour aller à la recherche d’un domicile convenable, qui consiste ordinairement en quelque cavité dans un tronc d’arbre, une fente de rocher ou tout autre endroit analogue. Quand il est trouvé., l’essaim conduit par la reine en prend aussitôt possession, et les travaux des neutres commencent sans retard. Les premiers consistent à boucher exactement tous les orifices., toutes les crevasses de leur nouveau domicile, en n’y laissant qu’une ouverture d’un faible diamètre pour l’entrée et la sortie. Elles se servent pour cela de propolis, matière résineuse qu’elles recueillent sur les bourgeons naissants de certains
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arbres, notamment le saule, le peuplier, et quelles emploient sans lui faire subir aucune préparation.
Ceci terminé, la récolte de la cire commence, ainsi que la construction des rayons, dont elle est l’unique matière. Ces rayons sont placés non horizontalement comme ceux des Bourdons, mais perpendiculairement, et se composent de cellules adossées par leur fond, légèrement hexagonales , et disposées de façon que leur base est formée de trois pièces rhomboïdales à peu près d’égale grandeur, de sorte que le fond d’une cellule d’un des côtés du rayon repose sur des portions de base de trois cellules du côté opposé (fig. 98) ; disposition qu’on a démontré mathématiquement être, conjointement avec la forme hexagonale, la plus propre à économiser l’espace et la matière. Toutes les cellules ne sont pas d’égale grandeur et varient à cet égard suivant leur destination; les plus nombreuses, destinées à recevoir les provisions de pollen et de miel, ainsi qu’à l’éducation des larves de neutres, sont les plus petites. D’autres, exactement de la même forme, mais de 2 millimètres environ plus fortes en diamètre, sont destinées aux larves des mâles. Enfin, après avoir terminé celles-ci, les neutres en construisent
Fig. 98. .
ceiiuies renfermant du couvain, quatre ou cinq, qui n’ont rien de fixe dans leur position, pour recevoir les larves de femelles. Ces dernières ont la forme d’un dé à coudre, et il entre dans leur construction près de i 5 o fois autant de cire que dans les cellules ordinaires; elles diffèrent encore de celles-ci en ce que leur ouverture n’est pas horizontale, mais perpendiculaire et dirigée en bas ; elle est plus étroite que le fond, et les neutres l’agrandissent, ainsi que la cellule entière, au fur et à mesure que la larve qui y est contenue acquiert une plus grande taille. Le nombre des rayons dépend de la grandeur de l’habitation ; ils sont parallèles et séparés les uns des autres par un intervalle de 12 à i 5 millimètres environ, de sorte que les Abeilles circulent librement entre elles. Celui qui occupe le centre de l’habitation est le premier construit.
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Aussitôt qu’un certain nombre de cellules ordinaires sont terminées, quelques-uns des neutres y déposent du miel, tandis que les autres sont occupés à en bâtir de nouvelles. Ceux qui apportent de la cire à cet effet ne recueillent pas de miel, et réciproquement. Chaque cellule, après avoir été remplie de cette substance, est fermée hermétiquement avec un mince couvercle de cire. Les Abeilles, en effet, le réservent pour la mauvaise saison et n’y touchent pas tant qu’il y a des fleurs. La nourriture des neutres, ainsi que celle de leurs larves, consiste en pollen, dont elles font aussi provision dans quelques cellules, en y mêlant quelquefois un peu de miel.
La reine ne prend aucune part à ces divers travaux et ne quitte jamais la ruche, où les neutres l’entourent de leurs soins ; ils l’accompagnent en grand nombre partout où elle va, et la nourrissent en lui présentant au bout de leur trompe le miel qu’ils viennent de recueillir dans la campagne. Son unique charge est de pourvoir à la population de la ruche, et elle s’en acquitte en conscience. Ce qui se passe à cet égard dans la ruche, varie d’ailleurs suivant que la nouvelle colonie a eu pour reine une ancienne femelle ou une femelle de l’année.
Dans le premier cas, la femelle commence à pondre dans les cellules ordinaires, dès qu’il y en a un certain nombre de terminées, des œufs de neutres; puis, quelque temps après, des œufs de mâles, et elle finit par déposer dans les cellules royales quatre ou cinq œufs de reine. Le développement de ces œufs a lieu très-rapidement, ainsi que la transformation des larves en nymphes et de celles-ci en insectes parfaits. L’évolution complète d’une ouvrière a lieu en vingt jours, à dater de l’instant où l’œuf a été pondu ; celle d’un mâle en vingt-quatre jours, et enfin celle d’une femelle en seize jours.
Quand la femelle a ainsi pondu tous ses œufs, elle meurt, et la ruche reste sans reine jusqu’à ce que les larves des jeunes femelles soient transformées : les neutres supportent patiemment cet interrègne sans interrompre leurs travaux. La première transformée de ces jeunes femelles se hâte de tuer les autres en les perçant de son aiguillon dans les cellules où elles sont renfermées ; si plusieurs éclosent à la fois, elles se battent
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à outrance jusqu’à ce qu’il n’en survive qu’une seule. Mais il peut arriver aussi que l’ancienne reine ne laisse aucune héritière ; c’est ce qui a lieu lorsque les larves de jeunes femelles se transforment de son vivant en insectes parfaits; elle les massacre alors sans que les neutres s’y opposent. Il arrive dans ce cas l’une de ces deux conséquences : ou la société privée de chef cesse tout travail et se dissout, ou elle a recours au moyen suivant pour se procurer une nouvelle reine. Les neutres prennent une larve d’un jour dans une cellule ordinaire, la transportent dans une cellule royale et lui donnent pour aliment la pâtée particulière réservée pour les seules larves de femelle. D’ouvrière qu’elle eût été, la larve, ainsi élevée, devient femelle et hérite de tous les droits de la reine précédente. La nouvelle reine, quelle que soit son origine, sort de la ruche en plein jour, par un temps chaud et serein, suivie de tous les mâles qui lui font cortège, et elle célèbre ses noces. A son retour, elle devient l’objet des plus grands soins; les ouvrières l’entourent, la caressent avec leurs antennes et lui offrent à l’envi du miel. Quarante-six heures après sa rentrée, elle commence sa ponte, qui ne consiste jusqu’à l’hiver qu’en œufs de neutres; elle l’interrompt pendant toute la mauvaise saison et ne la reprend qu’en avril. Ses premiers œufs sont encore des œufs de neutres, après quoi elle en produit dans les premiers jours de mai plusieurs de femelles. Lorsque celles-ci sont arrivées à l’état parfait, les ouvrières les empêchent de sortir des cellules où elles sont renfermées, afin que leur mère ne les massacre pas. Dès que celle-ci s’aperçoit de leur existence , elle entre dans une grande agitation et parcourt la ruche dans tous les sens. Enfin, ne pouvant atteindre ses rivales, elle se détermine à quitter l’habitation et en sort accompagnée d’une foule de vieilles ouvrières. C’est ainsi que se produit le premier essaim. Le vide qu’il occasionne dans la ruche est comblé par les neutres qui éclosent en grand nombre chaque jour. Il ne reste qu’une nouvelle reine dans la ruche, qui se trouve presqu’entièrement composée d’individus de l’année. Quant aux mâles, les ouvrières les laissent en paix jusque vers la fin d’août, bien que leurs services soient inutiles; mais à l’époque en question, elles tombent sur eux et en font un massacre général qui dure ordinairement trois jours.
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Ces massacres peuvent paraître cruels ; mais dans cette république sévère j la loi suprême est la conservation et le bien-être de tout le corps social; du moment qu’un membre devient inutile, il n’obéit plus à la loi, il devient nuisible, il faut le supprimer. Ne concourant en rien aux travaux de la communauté, et passant leur vie à butiner sur les fleurs pour leur propre compte, il n’est pas juste que ces fainéants profitent pendant l’hiver des provisions qu’ils n’ont pas amassées.
Pendant l’hiver tous les travaux cessent dans les sociétés des Abeilles; dès les premiers froids, ils commencent à languir. On ne voit plus sortir de la ruche que quelques ouvrières qui errent aux environs sans s’en éloigner beaucoup; les autres restent dans l’habitation, pressées les unes contre les autres, et ont perdu une partie de leur activité sans toutefois s’engourdir complètement. Les Abeilles passent ainsi l’hiver, se nourrissant avec modération du miel contenu dans leurs cellules, jusqu’à ce que le printemps les rappelle à leurs occupations ordinaires.
Lorsque la tiède haleine des zéphyrs printaniers fait épanouir les corolles odorantes de milliers de fleurs dans les prairies et dans les bois, au fond de chaque calice des glandes particulières exsudent une liqueur sucrée que l’on nomme nectar. C’est avec ce sirop parfumé que l’Abeille fabrique son miel, et c’est pour recueillir ces gouttes de nectar qu’elle plonge au fond des corolles sa langue en forme détrompé (fig. 87 à 97 c, v. p. 114). L’Abeille voit à grande distance, et son odorat subtil la guide vers les fleurs préférées. Elle récolte également le pollen en se roulant dans l’intérieur des fleurs. Son mouvement fait détacher le pollen qui, en s’échappant des anthères, vient s’attacher aux poils dont son corps est couvert, et à l’aide des brosses qui garnissent les tarses de ses jambes postérieures, elle se nettoie et rassemble cette poussière jaune en deux petites boulettes quelle place dans la corbeille ou cavité de chaque jambe. Ce pollen,, mêlé en diverses proportions au miel, forme la pâtée dont les ouvrières nourrissent leurs larves.
Pendant longtemps on avait pensé que la cire dont sont formées les alvéoles était due au pollen récolté par les ouvrières ; mais on sait aujourd’hui que la cire est sécrétée par lamelles minces entre les arceaux
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inférieurs des anneaux de l’abdomen. Huber confirma cette découverte, due à un paysan de Lusace, et constata même que les Abeilles nourries exclusivement de pollen ne sécrétaient pas de cire, tandis que celles qui mangeaient des matières sucrées en fournissaient.
Outre l’Abeille commune et l’Abeille ligurienne dont nous avons déjà parlé, on élève en Égypte l’Abeille à bandes {Apis fasciata ) que l’on voit souvent représentée sur les monuments égyptiens. A l’île de France et à Bourbon on trouve Y Abeille unicolore qui fournit un miel vert très-estimé ; au Bengale vit Y Abeille indienne , au Sénégal Y Abeille d’Adanson, au cap de Bonne-Espérance Y Abeille du cap, etc.
Les ’Mélipones ont les jambes postérieures munies d’une espèce de peigne à l’angle interne ; le premier article des tarses inerme; l’abdomen convexe en dessus. Les Mélipones, propres à l’Amérique , où elles remplaçaient notre Abeille, sont plus petites, de formes plus ramassées., leur corps est plus velu, leurs pattes postérieures plus longues. Elles sont dépourvues d’aiguillon et font leurs gâteaux dans les creux d’arbres. La cire dont ils sont faits est brune. Tout autour des gâteaux à alvéoles hexagonales, qui servent au couvain, sont de grands pots arrondis où s’amasse le miel. Celui-ci est moins doux, mais plus odorant, plus coloré et plus fluide. La Mélipone à quatre bandes {Melipona quadrifasciata ) du Brésil (fîg. 99) est d’un brun roussâtre, avec une bande jaune sur chacun des quatre premiers segments de l’abdomen.
Les Trigones sont de très-petits Apiens, de formes raccourcies, à abdomen triangulaire, caréné en dessous. Nous figurons ici le Trigona ruficrus (fig. 100, v. p. 121), également du Brésil; il est d’un noir brillant, à l’exception des cuisses postérieures, qui sont rouges. Les Trigones ont les mêmes mœurs que les Mélipones; comme elles, elles sont privées
FIG, 99. — Melipona quadrifasciata.
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d’aiguillons ; on en connaît plusieurs espèces, dont quelques-unes des Indes et de l’Australie. Les indigènes de ce dernier pays sont très-friands de leur miel fortement parfumé. Pour découvrir les nids cachés dans les creux d’arbres, ils suivent de l’œil une de ces Abeilles au sortir de quelque fleur, ou même, pour mieux la distinguer, ils lui attachent un petit plumet de coton, et la suivent ainsi jusqu’à son trou.
Les Bourdons (Bombus), bien reconnaissables à leur corps gros et velu, ont pour caractères : les jambes postérieures biépineuses à l’extrémité; le premier article des tarses dilaté à l’angle externe de la base.
Les Bourdons comptent des espèces nombreuses, surtout en Europe ; ils offrent dans leur organisation beaucoup de ressemblance avec les Abeilles. On trouve chez eux trois sortes d’individus : des mâles, des femelles et des neutres ou ouvrières; et ces dernières ont, comme chez les Abeilles, les pattes postérieures conformées pour la récolte du pollen.
Les Bourdons forment des sociétés assez nombreuses et construisent des demeures spacieuses où ils élèvent leur progéniture; mais ces sociétés sont annuelles et tous leurs membres meurent à la fin de l’automne, à l’exception de quelques femelles fécondes, qui vont passer l’hiver engourdies dans quelque trou et commenceront au printemps le logement de leur nombreuse postérité.
Dès les premiers beaux jours de mars, ces femelles se réveillent et se mettent aussitôt en quête d’un endroit convenable pour y établir leur nid. Elles profitent de quelque cavité naturelle ou de quelque trou de mulot, le nettoient le mieux possible, en lissent les parois, et le font communiquer au dehors au moyen d’une longue et étroite galerie, afin d’en rendre l’accès plus difficile aux ennemis.
Ces travaux terminés, la femelle forme avec du pollen une ou plusieurs
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masses arrondies dans lesquelles elle dépose des œufs, d’où sortent bientôt de jeunes larves 3 qui se trouvent ainsi au milieu de la nourriture qui leur convient. A mesure qu’elles la consomment à l’intérieur, la femelle en ajoute de nouvelle à l’extérieur de la boule, qui finit par devenir irrégulière et prendre l’apparence d’une truffe. Le moment de la transformation venu, ces larves, qui sont toutes des larves d’ouvrières, s’enveloppent dans une coque de soie de forme ovale, chacune accolant la sienne à celle de sa voisine, ce qui finit par former de véritables rayons irréguliers, composés de cellules, lorsqu’elles ont enlevé en sortant l’extrémité de ces coques (fig. ioi). On trouve dans chaque nid plusieurs de ces rayons placés sans beaucoup de régularité les uns sur les autres. Aussitôt après leur naissance,, les ouvrières aident la femelle dans ses travaux ; elles agrandissent le nid et nourrissent de pollen les jeunes larves qui ne sont pas encore transformées. Quelque temps après, la femelle pond des œufs de femelles et de mâles, quelle dépose dans les anciennes coques d’où sont sortis les neutres.
Coques de Bourdons des mousses. Ces premiers individus sont inferieurs pour la taille à d’autres qui doivent paraître plus tard. Les neutres les nourrissent, tant qu’ils sont à l’état de larves, uniquement avec du miel et déposent le surplus de leur récolte dans les coques restées inoccupées. Vers la même époque on trouve dans les nids des espèces de godets construits avec la même cire qui forme la voûte intérieure du nid, et qui sont également remplis de miel. Après leur naissance, les femelles,- qui vivent entre elles en bonne intelligence^ aident les neutres dans leurs travaux. En août il naît d’autres femelles de plus grande taille, qui sont destinées à propager l’espèce l’année suivante, et lorsqu’arrivent les froids, la colonie se dissipe. Les femelles de petite taille ainsi que les neutres périssent; celles de grande taille se cachent dans le nid même où elles se sont préparé à cet effet des cellules en mousse, et s’y engourdissent pour y passer l’hiver; au premier prin-
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temps, elles se réveillent,, comme nous l’avons vu, et vont fonder une société nouvelle.
Chaque nid peut avoir de i 5 o à 200 individus; c’est à l’automne que la réunion atteint son chiffre le plus élevé ; mais aux premiers froids tout périt, sauf les quelques femelles fécondes dont nous avons parlé.
Les espèces les plus répandues dans notre pays sont : le Bourdon des mousses, le Bourdon des pierres, le Bourdon des bois, le Bourdon souterrain, le Bourdon des jardins, qui tous ont des mœurs analogues.
Fig. 102. — Nid du Bourdon des mousses.
Le Bourdon des mousses (Bombus muscorum ) [PL VI] offre quelques particularités intéressantes. Son nid, qui a souvent 5 o à 60 centimètres de profondeur, est recouvert d’un dôme de mousse cardée mêlée de terre (fig. 102), et la manière dont ils s’y prennent pour carder cette mousse est des plus curieuses : plusieurs Bourdons se mettent à la suite (fig. io 3 , voy. p. 124), le premier détache la mousse qui doit être travaillée et la pousse à celui qui est derrière lui ; le second l’éparpille avec ses pattes, puis la ramasse en une petite pelote, qu’il pousse de ses pattes de devant à celles de derrière et l’envoie à un troisième placé derrière lui, et la
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mousse, cardée et poussée ainsi de Bourdon à Bourdon, arrive dans l’état voulu à sa destination.
FIG. 103. — Bourdons cardant la mousse (voy. page 123).
Le Bourdon des pierres (Bombus lapidarius ), dont nous figurons ici les
Fio. 104 à 110. - 1 — 1. Anihidium manicatum. — a. Langue d 'Anthidium. — c. Mandibule A? Anthidium. — 2. Bombus lapidarius femelle. — 3. Bombus lapidarius neutre. — 4. Bombus lapidarius mâle. — b. Langue de Bombus.
trois sortes d’individus (fig. 104 (2), 104 ( 3 ) et 104(4), ne se construit pas de nid et vit sous les pierres. La femelle et l’ouvrière sont noires, avec
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l’extrémité de l’abdomen d’un rouge brique vif; le mâle porte en outre trois bandes jaunâtres, deux aux deux extrémités du corselet, et l’autre à la base de l’abdomen. Cette espèce, moins industrieuse que les autres, ne se creuse pas de nid et vit sous les pierres.
Nous avons représenté dans notre planche VI le Bourdon des bois (.Bombus lucorum) avec son nid; on y voit les cellules, placées irrégulièrement et faites d’une cire grossière et brune. La couleur du Bourdon est
Fia. 111. Bombus cajanensis. — Fig. 112. Bombus eximius. '
noire avec le devant du thorax et le second anneau de Tabdomen jaune; les trois derniers anneaux sont blancs.
Parmi les espèces étrangères, également fort nombreuses, nous citerons les Bombus cajanensis et Bombus eximius , que nous figurons ici. Le premier à gauche (fig. m) est, comme son nom l’indique, natif de Cayenne; il est noir avec des bandes d’un jaune brillant. L’énorme Bourdon qui s’élève à droite (fig. 112), Bombus eximius , habite le Bengale. Il
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est couvert d’un long poil touffu d’un aspect velouté, et les segments de l’abdomen sont frangés de longs poils châtains.
La tribu des Psithyrides se distingue de celle des Apides par des pattes postérieures simples, sans dilatation ni poils propres à retenir le pollen ; leur langue est cylindrique, aussi longue que le corps.
Les Psithyres , que l’on a pendant longtemps confondus avec les Bourdons, auxquels ils ressemblent beaucoup par leur corps velu et par la disposition de leurs couleurs, n’ont pas les pattes disposées de manière à récolter le pollen ; aussi ne construisent-ils pas d’habitation et n’existe-t-il chez eux que deux sortes d’individus, des mâles et des femelles. Incapables de nourrir et d’abriter leurs larves, ces Psithyres, grâce à leur livrée pareille, pénètrent dans les nids des Bourdons et y pondent leurs œufs; semblables en cela aux coucous, qui déposent les leurs dans les nids d’autres oiseaux, et dont les petits avides et gloutons prennent une partie de la nourriture apportée par les pauvres parents et affament même souvent les enfants légitimes.
Les Bourdons confondent les larves étrangères avec les leurs, les entourent des mêmes soins et de la même sollicitude. Ces larves y subissent leurs métamorphoses et s’envolent à l’état d’insectes parfaits pour opérer comme l’a fait leur mère.
Quelques entomologistes donnent aux Psithyres le nom générique à’Apathus. Nous figurons dans notre planche VI YApathus vestalis, qui vit dans le nid du Bourdon des jardins, dont il porte la livrée. Le Psithyre des rochers (Apathus rupestris ) pond dans le nid du Bourdon des pierres, auquel il ressemble beaucoup.
La tribu des Anthophorides a pour caractères: les jambes postérieures dilatées en forme de palette,, et le premier article des tarses offrant aussi une palette en dessus et une brosse en dessous ; la langue toujours plus longue que la moitié du corps.
Chez les insectes qui composent ce groupe, il n’existe jamais que deux sortes d’individus, des mâles et des femelles. On ne trouve plus ici ces admirables sociétés, modèles d’ordre et de prévoyance. La femelle vit solitaire et construit elle-même un nid divisé en cellules ; mais elle ne
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sécrète pas de cire. Dans chaque cellule elle pond un seul œuf, et la larve apode qui en sort se nourrit du miel et du pollen qu’y a déposés la mère. Celle-ci, dès qu elle a pourvu à la sûreté et à l’alimentation de sa progéniture, meurt sans la voir éclore.
Les Anthophores proprement dits ont encore, comme les Abeilles et les Bourdons, les pattes postérieures élargies et munies de brosses, de façon à pouvoir récolter le pollen ; leurs mandibules sont étroites et pointues , leurs antennes courtes et filiformes. Les Anthophores sont des insectes printaniers, qui volent avec beaucoup de rapidité, ne s’arrêtant que peu sur chaque fleur. Les femelles établissent leur nid dans les terrains coupés à pic ou dans les vieux murs, se servant pour cela des trous qu’elles y trouvent et qu’avec de la terre elles savent rétrécir à la grandeur qu’elles désirent; avec la même terre elles fabriquent de petites cellules en forme de dés à coudre, très-lisses, qu’elles remplissent de pâtée et où elles déposent un œuf; il existe quelquefois deux de ces cellules l’une au-dessus de l’autre ; le nid est ensuite fermé avec de la terre.
Le type du genre, l’Anthophore des murs (. Anthophoraparietina ), est noir, avec une bande roussâtre ou grisâtre sur le milieu de l’abdomen; les tarses sont garnis de poils roussâtres. Cette espèce construit sur les murs des tuyaux cylindriques formés de petits grains de sable agglutinés. On la trouve assez communément aux environs de Paris. — Les Anthophores abondent dans les ravins arides de la Provence exposés au brûlant soleil du Midi ; on les y rencontre souvent en quantité telle, qu’on croirait à la présence d’une ruche; mais, en réalité, ces insectes ne sont que des voisins indifférents qui ne s’occupent point les uns des autres, à moins que l’un d’eux ne tente de s’emparer du trou d’une de ses compagnes, ce qui donne alors lieu à de furieux combats. Ce qu’il y a de plus singulier, c est qu un Hyménoptère parasite, le Melecte , qui vit à ses dépens^ et dont nous parlerons plus loin ( Nomadides ), vient impunément pondre ses œufs dans son nid, sans que l’Anthophore paraisse s’en émouvoir.
Les Euglosses , remarquables par leur trompe, aussi longue que tout leur corps, et par leurs jambes postérieures très-dilatées, en forme de palette creuse, sont parées des plus brillantes couleurs. Ces insectes habi-
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tent l’Amérique méridionale. L ’Euglossa Romandi, figurée dans notre planche VII, où elle est représentée plongeant sa longue trompe dans la corolle d’une passiflore, est un très-bel insecte ; son abdomen est d’un beau vert brillant changeant en pourpre à la base; le thorax est pourpre et la tête verte à reflets dorés.
Sur la même planche, et insérant sa trompe dans la fleur de passiflore, est un insecte du même groupe, également remarquable, le Chrysantheda fronlalis. Son corps est d’un vert brillant, finement ponctué, et ses ailes sont brunes avec des reflets bleus bien accusés. Cet insecte est parasite et pond ses œufs dans le nid de la grande Xylocope qui vole au-dessus (PI. VII).
Les Eucères sont remarquables par la longueur de leurs antennes, qui, surtout dans les mâles, dépassent parfois celle du corps tout entier. Dans notre planche VI est figurée XEucera longicornis. Elle est noire, couverte d’un duvet brun en dessus et gris cendré en dessous. Cet insecte n’est pas rare en France; ses habitudes sont exactement les mêmes que celles des Anthophores.
Les Xylocopes ou Abeilles charpentières de Réaumur ont les jambes postérieures garnies de longs poils en dessus et en dessous ; ils ont en outre les mandibules élargies à l’extrémité, sillonnées, fortement dentées et propres à couper le bois. Ce sont des insectes de la taille de nos gros Bourdons et parfois même beaucoup plus grands.
Le type du genre, la Xylocope violette ( Xylocopa violacea ), est la seule espèce européenne; on la reconnaît à son gros corps d’un noir violacé,et à ses ailes noirâtres, sans transparence. Sa tête et son corselet sont trèsvelus. Cet insecte n’est pas rare aux environs de Paris. On le voit butiner au printemps sur les fleurs des arbres fruitiers. La femelle creuse des galeries dans le bois pourri, dans le sens des fibres, et divise ces galeries en cellules, au moyen de petites séparations, comme on le voit ici (fig. ii 3 , voy. p. 129). Dans chaque cellule, elle dépose une provision de miel et de pollen, exactement calculée pour chaque larve, et y pond un œuf; puis, elle ferme la cellule par un plafond de sciure de bois humectée d’une salive gluante. Sur ce plafond, elle dépose un nouveau
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
tas de pâtée et un nouvel œuf, et ferme la cellule, et ainsi de suite jusqu’à ce que sa ponte soit achevée.
Le percement de ces galeries est pour la Xylocope un travail herculéen, car elles ont parfois jusqu’à 3 o centimètres et plus de longueur; ces galeries sont perpendiculaires et obliquent un peu, de manière que le fond se rapproche de la superficie du bois. Le premier œuf pondu a été déposé au fond de la galerie, et les cellules superposées de bas en haut. C’est donc l’œuf placé le plus profondément qui éclôt le premier, et comme, pour sortir de sa cellule et remonter vers l’orifice supérieur, il aurait dû traverser toutes les autres cellules et massacrer ses sœurs, sa tête se trouve tournée vers le fond de la cellule, et lorsque l’insecte parfait est éclos, il cherche naturellement à sortir de ce côté, et c’est pour cela que la mère a rapproché le fond de sa galerie de la superficie du bois. La Xylocope nouvellement née perce donc la mince paroi qui la sépare du monde et prend son vol, après avoir ainsi frayé la route à ses sœurs, qui se transforment successivement suivant l’ordre de la ponte.
On trouve des Xylocopes dans toutes les parties du monde, mais surtout dans les régions chaudes. Dans notre planche VII est représenté le Xylocopa morio du Brésil, d’un beau noir brillant, avec les ailes brunes, et dans la figure ci-après le Xylocopa nigrita (fig. 114 et ii 5 , voy. p. i 3 o) de l’Afrique australe. Dans cette espèce, les deux sexes ont des couleurs différentes : le mâle (à gauche) est couvert de poils jaune orange, et ses ailes sont transparentes; la femelle est noire, garnie d’un poil grisâtre.
On a fait les genres Centris et Epicharis de quelques Xylocopes de l’Amérique équatoriale dont les mandibules sont quadridentées ou tridentées, tandis qu’elles ne sont qu’unidentées dans les vraies Xylocopes. Dans notre planche VII est représenté le Centris demi dans, bel Hyménoptère brésilien. Son corps est d’un beau noir velouté ; le thorax est
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couvert d’un poil épais, de couleur orange, et les ailes sont brunes, à reflets bleus. Ses mœurs nous sont inconnues; mais sa structure générale et la grande ressemblance qu’il offre avec nos Xylocopes font présumer que leurs habitudes sont analogues.
La tribu des Andrénides comprend des Apiens qui ressemblent beaucoup à ceux des tribus précédentes par l’aspect et la structure générale;
FIG. 114. — Xylocopa nigrita — FIG. 115. — Xylocopa nigrita Ç (voy. page 129).
mais ils s’en distinguent par leur languette ou lèvre inférieure dont le lobe intermédiaire, en forme de cœur lancéolé, est plus court que leur tête. Ils ont, en outre, les jambes postérieures munies de longs poils propres à récolter le pollen, avec des espaces lisses sur les hanches, à la base des cuisses et sur les côtés du corps.
Les Andrénides vivent tous solitairement et n’ont que deux sortes d’individus, des mâles et des femelles. Ces dernières ramassent avec les poils de leurs pattes postérieures le pollen des étamines et en composent avec
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
un peu de miel une pâtée pour nourrir leurs larves. Elles creusent dans les terrains argileux, ou dans le mortier des murailles, des trous profonds pour y placer le berceau de leur progéniture^ où elles déposent avec la pâtée mielleuse un œuf, et ferment ensuite l’ouverture avec de la terre 3 mais on remarque cependant des différences importantes dans les habitudes, suivant les genres et les espèces.
Les Dasypodes ont le premier article des tarses postérieurs long, garni de très-longs poils; leur langue est assez longue et linéaire; leurs antennes assez longues, arquées dans les mâles, un peu renflées dans les femelles. L’espèce la plus commune, le Dasypode à pieds hérissés Dasypoda hirtipes ), planche IX, est très-répandue dans la plus grande partie de l’Europe. Cette espèce est couverte d’une pubescence grisâtre trèsserrée, ayant l’abdomen de cette couleur chez le mâle, avec de longs poils au bord de chaque segment ; il est noir chez la femelle, avec quatre lignes transversales blanches et les pattes postérieures couvertes de poils roussâtres. Elle butine de préférence sur les plantes chicoracées, et creuse dans les chemins des trous profonds.
Une autre espèce, le Dasypoda plumipes , que nous représentons fig. 116, se trouve
en Europe; il a le corps noir, le thorax couvert d’un poil soyeux couleur d’or; ses jambes sont également frangées de longs poils jaunes.
Les Andrènes proprement dites ont le premier article des tarses postérieurs court, dépourvu de longs poils; la langue courte, dilatée à l’extrémité; les antennes assez longues dans les deux sexes. Ce genre renferme un assez grand nombre d’espèces, la plupart indigènes. Leurs femelles creusent des trous dans un sol exposé au midi et enlèvent la terre à l’aide de leurs pattes ; elles déposent ensuite un œuf dans ces trous après l’avoir approvisionné d’une pâtée composée de pollen et de miel, et le rebouchent avec soin en y rejetant une partie de la terre qu’elles en avaient tirée. On connaît deux ou trois espèces de ce genre aux environs de Paris ; la plus commune, et celle qui lui sert de type, est l’Andrène des murs (Andrena
FIG. 116. — Dasypoda plumipes.
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Flessœ ) [fig. 117]. Elle est d’un noir bleuâtre, couverte de poils d’un blanc grisâtre; les ailes sont noirâtres.
Nous figurons dans notre planche XI les Andrena nitida et trimmerana. La première est d’un noir brillant et poli sur le ventre, avec le thorax couvert d’un duvet jaune. Les ailes sont légèrement enfumées à leur extrémité et leurs nervures sont couleur de rouille. La seconde est également noire, mais son thorax et ses jambes sont garnis d’un poil roux assez épais sur le dos. Les antennes de la femelle sont plus longues que dans les autres espèces. La planche XI représente au-dessous de l’insecte son nid et sa larve. Cet insecte est souvent attaqué par le Stylops Melittœ , petit insecte figuré au haut de la planche. Au-dessus de Y Andrena nitida, l’on y voit figuré le Cilissa hœmor rhoidalis , genre très-voisin des Andrènes. Il est noir, couvert d’un duvet jaune pâle ; les 5 ° et 6 e segments de l’abdomen sont couverts d’un duvet jaune d’or.
Dans les Halictes , les antennes des mâles sont beaucoup plus longues que celles des femelles; leurs ocelles sont disposés en ligne courbe, et leurs mandibules unidentées. L ’Halictus rubicundus, figuré dans notre planche IX, est noir, couvert d’un duvet brun rouge, avec les segments de l’abdomen bordés de blanc. Sur la même planche sont représentés au trait, en d la tête du mâle et en e son abdomen. Les Halictes font en terre des trous profonds, à plusieurs cellules latérales, comme celui de l 'Andrena trimmerana, représenté en bas de la planche XI.
Les Colletés ont le premier article des tarses postérieurs assez long^ dépourvu de longs poils; leur langue est courte, trilobée. Ces Apiens tapissent les parois de leur trou avec une liqueur visqueuse qu’elles étalent en se servant de leur languette comme d’un pinceau, et cette même matière leur sert à construire de petites cellules en forme de dé à coudre qui contiennent chacune un œuf et de la pâtée mielleuse, et sont empilées les unes sur les autres.
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La tribu des Osmiides renferme des insectes nidifiants, comme les précédents, mais qui en diffèrent essentiellement par la manière dont ils récoltent le pollen. Tandis que tous les autres Apiens recueillent ce pollen sur les jambes et le premier article de leurs tarses postérieurs, ceux-ci Tentassent à l’aide des brosses de leurs pattes sous l’abdomen, où il se trouve retenu par des poils étagés dont il est garni en dessous. Ce caractère suffit pour distinguer les Osmiides de tous les autres Hyménoptères.
Cette tribu renferme plusieurs genres : les Osmies proprement dites ont des palpes maxillaires de quatre articles,, les mandibules très-fortes, bidentées, carénées; l’abdomen des femelles est presque ovoïde, convexe en dessus, garni en dessous d’une brosse soyeuse. Les espèces de ce genre ont des mœurs fort remarquables. L’une d’elles, l’Osmie du pavot (Osmia papaveris), nous offre une industrie admirable, décrite avec détail par Réaumur, dans son immortel ouvrage. Cette Osmie, à laquelle il donne si justement le nom d'Abeille tapissière , est longue d’environ 8 millimètres, noire, hérissée de poils d’un gris roussâtre.
Elle creuse dans la terre un trou perpendiculaire
FIG. 118. — Nid de VOsmia papaveris.
de 20 à 25 millimètres de profondeur, cylindrique,
bien évasé et un peu ventru au fond, ressemblant à une fiole trèsallongée (fig. 118).
Lorsque l’Abeille a achevé de lui donner les proportions convenables, elle songe à le tapisser. Dans cette vue, elle va couper avec beaucoup d’adresse, sur les fleurs du coquelicot, des pièces de forme ovale qu’elle saisit entre ses pattes et va porter à son trou. Là elle les applique sur les parois et les étend avec un art admirable, ayant soin de les faire déborder son trou. Elle applique au moins deux couches de pétales Tune sur l’autre, et les pièces qu’elle découpe avec ses mâchoires sont d’une régularité que pourrait à peine atteindre le tailleur armé de ses ciseaux. Après que la tapisserie a été tendue, l’Abeille remplit le nid de pâtée jusqu’à un
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quart environ de sa hauteur, et y dépose un œuf; puis, elle replie soigneusement les parties de la tapisserie qui dépassent l’orifice du nid, comme lorsqu’on replie sur lui-même un cornet de papier à moitié plein, et recouvre le tout de terre avec tant d’adresse, qu’on ne retrouve aucune trace du trou ni de la tapisserie. On trouve cette espèce aux environs de Paris.
L’Osmie rousse (Osmia rufa) [PI. IX] est noire, très-velue, couverte de poils roux; sur son chaperon s’élèvent deux petites cornes pointues. Cette Osmie construit son nid dans la cavité de quelque pierre ou d’un mur, à l’abri de la pluie. Elle enduit de terre les parois de la cavité, de manière à n’y laisser qu’un trou bien circulaire. Elle remplit à moitié ce trou de pâtée, y pond un œuf, puis le bouche avec de la terre.
Quelques espèces d’Osmies, entre autres Y Osmia helicicola et Y Osmiabicolor (fi g. 119), mettent à profit les coquilles vides des colimaçons, celles surtout des Hélix adspersa et nemoralis, pour y construire leurs nids.
La première divise la coquille au moyen de cloisons papyracées en une dizaine de loges qui contiennent chacune de la pâtée et un œuf; mais la dernière (O. bicolor ) ne paraît pondre que dans la dernière loge du fond. Les Mégachiles, très-voisines des Osmies, en diffèrent en ce que leurs palpes maxillaires n’ont que deux articles et que leurs mandibules sont quadridentées; leur labre ^ en carré long, est très-développé, d’où leur nom qui signifie grande lèvre. Les matériaux qu’emploient les Mégachiles varient suivant les espèces; ainsi la Mégachile des murs {M. mur aria), que Réaumur nommait Y Abeille maçonne , travaille avec du mortier. Elle choisit, pour bâtir son nid, un trou ou un angle dans un mur exposé au midi. Ce nid est formé de sable et de terre finement gâchée, et liés ensemble au moyen d’une liqueur visqueuse qu’elle dégorge. Elle n’a pour outils dans cette opération que ses mandibules, qui font l’office de truelle. Elle étend sur l’endroit qu’elle a choisi une première couche circulaire du mortier ainsi préparé ; puis, sur ce fondement, elle dresse, les
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unes à côté des autres, cinq ou six petites cellules d’environ 2 centimètres de hauteur et présentant la forme d’un dé à coudre. Avant de fermer chaque loge, elle y place un œuf ainsi que la pâture nécessaire à la larve. Quand la dernière cellule est achevée, elle étend, par dessus toutes ces petites constructions, une couche d’une matière si solide, qu’on ne peut la briser qu’avec des instruments de fer.
Ces nids sont assez communs aux environs de Paris, sur les murs en moellons bien exposés au midi- mais il faut bien les connaître pour les distinguer, car on les prendrait volontiers pour une plaque de terre desséchée, et aucune ouverture extérieure ne vient déceler cette demeure. Parfois, la Mégachile des murs creuse un trou dans l’espace compris entre deux briques, y construit ses cellules et referme l’entrée avec de la terre; c’est un nid de cette sorte que nous représentons ici (fig. 120).
La Mégachile du rosier (Megachile centuncularis) [PI. IX], que Réaumur nomme la coupeuse de feuilles du rosier, est noire, couverte d’un duvet gris fauve; son abdomen est garni en dessous de poils d’un rouge cannelle, avec de petites taches blanches sur les côtés. Elle creuse, le plus souvent dans un sentier battu, ou bien quelquefois dans un vieux mur, un trou de 4 à 5 centimètres de profondeur, dans lequel elle construit plusieurs cellules en forme de dé à coudre
Fr G. 121 et 122. z
et faites de feuilles de rosier proprement jointes ensemble (fig. 121 et 122), et de façon que le fond de l’un des dés s’insère dans l’ouverture du précédent, comme on voit chez le marchand les dés entrés les uns dans les autres (fig. 123 , voy. p. 1 36 ). Pour faire les pièces de sa tapisserie, elle coupe avec ses mandibules une pièce ronde dans une feuille (fig. 124 et 125 , voy. p. 1 36 ), et cela avec autant de promptitude que nous pourrions le faire avec des ciseaux,
O.RDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
et avec beaucoup plus de régularité, car on les dirait tracés au compas. Elle emporte cette pièce et l’arrange dans son nid avec une propreté et une habileté incroyables; et, sans employer aucune matière liante, elle parvient à courber ces parcelles de feuilles les unes dans les autres avec une exactitude admirable, de manière à former le dé, les feuilles s’appliquant contre les parois de la galerie, par suite de leur élasticité propre. Elle remplit alors la cellule, terminée d’une pâte miellée qui, recueillie sur les fleurs du chardon, conserve une jolie teinte rosée, puis elle y dépose un œuf. Elle ferme alors la cellule avec trois petites pièces rondes qui doivent former le fond du dé suivant, et elle procède ainsi jusqu’au bout de la galerie. On rencontre trèsfréquemment cette Mégachile dans les jardins des environs de Paris. On trouve communément en France la Mégachile des poiriers (Megachile pyrina ), et la Mégachile à ceinture ( Mega chile cincta ) qui emploie les feuilles de la bourdaine.
UAnthidium manicatum, représenté (fig. 104) à la page 124, est noir, tacheté de jaune; sa tête est aussi large que son thorax, avec trois o'cehes placés sur le front en triangle;-le ventre, un peu courbé, est muni dans la femelle d’une touffe de poils en brosse, et terminé dans le mâle par cinq épines. L’Anthidie creuse dans le tronc pourri des saules, ou utilise la galerie vide de la chenille du Cossus. Lorsque l’excavation est préparée, elle recueille sur les plantes, telles que les lychnis, les silénés, le duvet qui les recouvre pour en garnir son nid et en fabriquer, à l’aide de la salive gommeuse quelle sécrète, une cellule en forme de cocon. Elle remplit à moitié cette cellule de pollen et de miel, puis y dépose un œuf d’où sort la larve à laquelle sont destinées ces provisions. Celle-ci, lorsqu’elle a atteint tout son développement, se file un cocon de
FIG. 123 (voy. page 135).
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soie d’où elle sort au milieu de l’été à l’état d’insecte parfait. Cet insecte est assez répandu en France. Une autre espèce, qui habite le midi de la France et l’Algérie, 1 'Anthidie tachetée, fait son nid dans les coquilles vides des colimaçons, comme le font quelques Osmies.
La dernière tribu des Apiens, celle des Nomadides , renferme des espèces dont la manière de vivre est bien différente de celle des tribus précédentes. Celles-là ne construisent plus de nids pour abriter leurs petits. Les organes propres à la récolte du pollen leur manquent’ leurs pattes simples, dépourvues de palettes et de poils, ne leur permettent plus de recueillir des provisions, et elles ne nourrissent pas leurs larves. Ne pouvant pas construire de demeures ni préparer de nourriture pour une progéniture incapable de se mouvoir, et qui cependant ne peut vivre que de pollen et de miel, elles vivent en parasites aux dépens des provisions amassées par de plus industrieuses quelles. Tels sont les Cœlyoxis , Hyménoptères velus qui ont beaucoup de l'aspect des Mégachiles, aux dépens desquelles ils vivent la plupart. Le Cœlyoxis
Fig. 126. — Nomada sex/asciata.
simplex, dont nous figurons dans notre
planche IX le mâle et la femelle, est- surtout remarquable par la différence de forme qui existe entre les deux sexes. Dans la femelle, l’abdomen est étroit, terminé en pointe; dans le mâle, au contraire, l’abdomen est large, tronqué à l’extrémité, et fortement denté, comme le montre la figure. Chez ce dernier, la tête est aussi beaucoup plus large et le corselet plus globuleux.
Les Nomades proprement dits sont de petits Hyménoptères à antennes coudées, à palpes maxillaires de six articles. Elles ont générale nent le corps glabre et ressemblent beaucoup, par la disposition de leurs couleurs noires ou ferrugineuses mélangées de jaune, à de petites guêpes. Ces petits Apiens s’introduisent dans les nids des Andrènes et autres Abeilles solitaires pour y déposer leurs œufs; les larves qui en sortent dévorent la provision de miel des propriétaires légitimes du nid, qui meurent affamés.
La Nomade ruficorne ( Nomada ruficornis) , figurée dans notre
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planche XI, se trouve dans les environs de Paris. La Nomade à six bandes (Nomada sexfasciata ), figurée ci-devant (fig. 126, voy. p. 137), est noire avec l’écaille des ailes et six bandes sur l’abdomen de couleur jaune. Cette espèce se trouve en Suisse.
Les Mélectes sont des Apiens velus, noirâtres, tachetés de blanc. Comme les précédents, ils sont dépourvus des instruments propres à construire leur nid et à récolter le pollen, et ils vivent en parasites aux dépens des Anthophores auxquels ils ressemblent. Ces Mélectes déposent leurs œufs dans le nid des Apiens constructeurs, et leurs larveSj qui éclosent les premières, se nourrissent de la pâtée mielleuse déposée par l’Anthophore, et affament ainsi les petits de celle-ci, qui, lorsqu’ils naissent, ne trouvent plus rien à manger. Dans notre planche IX est figuré le Melecta armata .
FAMILLE DES VESPIENS
FAMILLE DES VESPIENS
La famille des Vespiens comprend des insectes sociaux où l’on trouve les trois sortes d’individus. Leur corps dépourvu de poils indique que ces insectes ne peuvent plus récolter le pollen des fleurs ; ils ne sécrètent pas de cire et construisent leurs nids avec des fibres végétales qu’ils coupent et mettent en œuvre à l’aide de leurs fortes mandibules. Les Vespiens ne conservent pas leurs ailes supérieures étalées au repos, comme les Apiens ; ils les plient en deux dans le sens de leur longueur, de sorte quelles paraissent alors très-étroites, et ne les étendent que pour voler. Leurs antennes sont coudées ; leurs pattes postérieures simples avec les jambes pourvues de deux épines à l’extrémité. Les femelles et les neutres sont toujours armés d’un aiguillon.
Comme chez les Abeilles et les Bourdons, leurs sociétés sont composées de mâles, de femelles et de neutres; mais ces sociétés sont annuelles comme celles des Bourdons, c’est-à-dire que quelques femelles, échappées aux rigueurs de la saison, passent l’hiver engourdies dans quelque retraite, et s’éveillent au printemps pour édifier leur nid, pondre leurs œufs et élever leurs larves.
Les Vespiens, connus généralement sous le nom de guêpes, s’attaquent surtout aux fruits et aux matières sucrées; ils se nourrissent d’ailleurs de toute espèce de sucs végétaux ou animaux.
La famille des Vespiens se divise en trois groupes ou tribus fondés sur la forme du corps et l'attache de l’abdomen. Ce sont les Vespides, les Polistides et les Epiponides. La première, celle des Vespides, à corps épais, à abdomen sessile, à chaperon ayant son bord antérieur tronqué, ne comprend que le genre Guêpe proprement dit ( Vespa ). Ce genre renferme un grand nombre d’espèces répandues dans toutes les parties du monde, mais plus particulièrement dans les pays chauds. Toutes sont d’une assez grande taille et offrent des couleurs jaunes ou ferrugineuses sur un fond noir.
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Les sociétés des Guêpes ne durent dans nos pays que depuis le printemps jusqu’aux premiers froids. Les individus qui les composent sont tous ailés et se ressemblent sous le rapport des couleurs. Les femelles sont seulement plus grandes que les mâles et les neutres, et ceux-ci à peu près égaux entre eux. Les mâles seuls sont dépourvus d’aiguillon. Les Guêpes construisent des nids très-remarquables, dont un petit nombre sont souterrains ou placés dans des creux d’arbres • les autres sont établis en plein air; mais, quelles que soient leurs habitudes et leur industrie à cet égard, l’origine de leurs sociétés est la même pour toutes les espèces. Ces sociétés doivent leur naissance à des femelles fécondées l’année précédente, qui ont échappé dans quelque retraite aux rigueurs de l’hiver. Elles se mettent isolément à l’ouvrage et jettent les fondements d’un nid en construisant quelques cellules dans chacune desquelles elles déposent un œuf d’où, au bout de quelques jours, sort une larve. La mère ne trouvant pas de fleurs à cette époque, qui correspond aux premiers jours du printemps, nourrit d’abord ces larves avec les sucs d’autres insectes, surtout d’Hyménoptères et de Diptères, qu’elle mâche et réduit en une sorte de bouillie. Les premiers insectes parfaits qui naissent sont des neutres, qui se mettent aussitôt à aider leur mère en construisant de nouvelles cellules; celle-ci finit même par ne plus travailler ni sortir du nid, où elle continue de pondre, tant dans les cellules nouvellement faites que dans celles qui ont déjà servi de berceau à d’autres larves. Pendant ce temps les neutres la nourrissent en lui dégorgeant la nourriture qu’ils ont recueillie sur les fleurs. Vers la fin de l’été, il naît des femelles et des mâles, qui ne s’accouplent qu’au commencement de l’automne. Les mâles meurent bientôt, et quand les premiers froids se font sentir, les femelles se réfugient sous quelque abri pour y passer l’hiver. Vers la même époque, en octobre, les neutres, comme pris d’un accès de fureur, font un massacre général de toutes les larves qui existent encore dans le nid; puis, bientôt après, ils se dispersent et ne tardent pas à périr de froid et de faim. La société est alors anéantie, et les femelles fécondées, qui se sont cachées pour hiverner, en sont les seuls débris.
Les nids que construisent nos Guêpes indigènes sont formés d’une
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sorte de papier grossier, mais flexible, et qu’on peut chiffonner sans le rompre. Les matériaux qu’elles emploient à cet effet consistent en parcelles de bois sec et à demi décomposé, quelles réduisent en pâte à l’aide de leurs vigoureuses mandibules, en y ajoutant une liqueur visqueuse; après quoi elles l’étalent en lames minces, quelles polissent en passant dessus leur languette à plusieurs reprises. Ces nids, du reste, varient pour la forme autant que les espèces.
La Guêpe vulgaire (Vespa vulgaris) [fig. 127] que tout le monde connaît, construit un nid que l’on nomme guêpier. Ce guêpier est construit sous terre, à la profondeur d’environ 16 centimètres, communiquant à la surface du sol par un chemin rarement creusé en ligne droite. La forme du nid est ordinairement celle d’une boule de 3 à 4 décimètres de large. 11 est entièrement composé de parcelles de vieux bois que les Guêpes détachent à l’aide de leurs mandibules, quelles humectent ensuite et pétrissent pour les convertir en une pâte semblable à du carton et imperméable à l’eau.
Chaque ouvrière revient des champs chargée d’une petite boulette de cette pâte molle, quelle porte entre ses mâchoires; elle va aussitôt l’appliquer à la partie du nid qui est en construction. Dans cette opération, elle marche à reculons, et à chaque pas quelle fait, elle étale une portion de la petite boule ligneuse sans la détacher du reste quelle tient entre ses deux premières pattes. Après l’avoir ainsi étendue en une lame mince et entièrement appliquée, elle passe et repasse sur son ouvrage sa langue enduite d’une liqueur gommeuse qui lui donne un beau poli. Le guêpier se compose de deux parties principales : de l’enveloppe et des gâteaux qu’elle renferme. L’enveloppe a souvent plus de 2 centimètres d’épaisseur. Elle n’est point massive, mais composée de douze à quinze couches qui laissent des vides entre elles, et dont chacune est aussi mince qu’une feuille de papier.
L’expérience démontre qu’une surface bosselée offre, toutes choses égales d’ailleurs, une bien plus grande résistance qu’une surface simplement unie. Ce principe a été appliqué avec beaucoup d’art par la Guêpe