‹ Musée entomologique illustré (volume 2)Chapitre 7 sur 33 · Vespa vulyaris · texte numérisé non relu

Vespa vulyaris

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

commune dans la construction de l’enveloppe de son nid qui est raboteuse et semble faite de coquilles bivalves posées les unes sur les autres, de manière à ne laisser paraître au dehors que leur extérieur convexe. L’intérieur du guêpier contient douze à quinze gâteaux parallèles disposés horizontalement ou par étages, et garnis chacun inférieurement de plusieurs centaines de cellules hexagonales remplies d’œufs ou de larves. Des chemins sont pratiqués pour la circulation entre ces gâteaux, et aboutissent à deux portes rondes ménagées pour l’entrée et la sortie des Guêpes. Ces planchers de carton qui supportent tant de berceaux, sont solidement soutenus, d’espace en espace, par des colonnes de même matière que le reste du nid; mais massives et toujours d’un plus grand diamètre à leur base et à leur chapiteau que dans leur milieu.

La Guêp)e des arbres (Vespa arborea ), représentée avec son nid dans notre planche XI, habite les bois de nos environs; elle construit son nid avec une matière parfaitement semblable quant à la couleur et à la consistance; mais au lieu de le placer en terre, elle le suspend entre les branches des arbustes. Ce guêpier, qui n’est jamais très-étendu, est entouré de nombreux feuillets, ce qui, joint à sa forme sphéroïdalej lui donne l’aspect d’un chou ou d’une énorme rose grise.

Dans notre planche IX est représentée la Guêpe commune et au-dessus le Vespa crabro, la plus grander de nos espèces, et celle dont la piqûre est la plus redoutablé. Le Vespa crabro, vulgairement connu sous le nom de Frélon, place son nid dans les cavités des vieux arbres, et emploie pour le construire d’autres matériaux que les précédentes : au lieu de bois mort, il se sert d’écorce d’arbres vivants, et le papier qu’il

Fia. 128 et 129. — Frêne et aune écorcés par les Frelons (voy. page 143).

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fabrique est plus épais, plus grossier et plus fragile; ce nid, qui est beaucoup plus petit que celui du Vespa vulgaris , est également recouvert de plusieurs enveloppes, mais elles sont séparées les unes des autres par des intervalles de 12 à i 5 millimètres et ressemblent à de grandes écailles. Des passages pratiqués dans leurs parois conduisent dans l’intérieur du nid. Les Frétons font souvent des dégâts assez considérables

Fig. 130 et 131. —

Vespa cincta-

en dépouillant les arbres de leur écorce, surtout les frênes et les aunes (fig. 128 et 129, voy. p. 142).

Dans notre planche XII est représentée une magnifique espèce étrangère^ la Guêpe Mandarine (Vespa Mandarinia ) de la Chine et du Japon. Ses couleurs sont celles de notre Guêpe commune, mais plus brillantes, et les ailes sont d’un jaune clair plus foncé à la base. Nos figures i 3 o et 1 3 1 représentent le Vespa cincta, également asiatique et répandu dans presque toute l’Inde. Il est d’un brun foncé avec une large bande jaune brillant, marquée de deux points noirs.

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La tribu des Polistides comprend des Vespiens à corps élancé, à abdomen aminci à sa base en pédicule; leur chaperon a son bord antérieur angulaire. Le genre Polistes est le plus nombreux en espèces et le mieux connu. Ces insectes font des nids moins parfaits que ceux des vraies Guêpes, en ce qu’ils n’ont jamais d’enveloppes; les gâteaux sont à nu. On trouve pendant toute la belle saison, sur les genêts et d’autres arbustes, la Poliste française [Polistes gallica) [fig. 1 32 ]. Dès les premiers beaux jours, la femelle suspend à une tige un simple gâteau porté par un

FIG. 132. — Polistes gallica.

pédicule et contenant un petit nombre de cellules, comme on le voit dans la figure ; dans chacune d’elles elle pond un œuf, et élève les larves qui en sortent et qui, devenues insectes parfaits, aident la mère et agrandissent le nid en y ajoutant des cellules ; quelquefois aussi, mais plus rarement, elles superposent un second gâteau au premier. Depuis le moment où l’œuf a été déposé dans sa cellule, une vingtaine de jours suffisent pour que l’insecte ait accompli toute son évolution.

La Poliste de Tasmanie (.Polistes Tasmaniensis) que nous figurons ciaprès (fig. 1 33 , voy. p. Î45), est la plus brillante du genre; son thorax est

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marron, son abdomen couleur de Son nid, comme on le voit dans 1 clochettes. Ces nids sont d’ailleurs de formes très-variables, suivant les espèces • nous en donnons ici quelques exemples. La figure 1 35 , à droite, représente le nid suspendu du Polistes aterrima; ce sont des espèces de cornets suspendus les uns au bout des autres- l’insecte est tout noir. Celui (fig. 134) à gauche est composé de trois corps en forme de gousses, réunis par une seule tige qui les suspend à une branche d’arbre. Sous cette enveloppe, les

rouille et ses ailes d’un brun pâle.

1 figure, ressemble à un bouquet de

Fi G. 133. — Polistes tasmaniensis (voy. page 144).

cellules, au lieu d’ètre placées côte à

côte, sont placées sur une ligne droite alternativement, chacune d’elles dépassant de moitié la précédente. On ne sait à quelle espèce appartient

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ce nid qui vient du Brésil. Le genre Apoïca , très-voisin des Polistes, n’en diffère que par la forme campanulée du second segment de l’abdomen.

L Apoica pallida du Brésil, ainsi nommé de la couleur d’un brun jaunâtre pâle de son corps, construit un nid fort curieux, représenté avec son auteur dans notre figure i 36 .

Au même groupe appartient le Mischocyttarns labiatus du Brésil; il est brun, couvert d’un léger duvet gris. Son nid, que nous figurons ici avec son constructeur (fig. 137), affecte une forme toute différente de celles que nous avons vues jusqu’ici. Il est fait d’un papier très-fort et paraît formé de trois parties distinctes. A la partie inférieure sont placées les cellules, dont l’ouverture regarde le sol, puis au-dessus de chaque cellule se trouve un auvent qui les protège contre la pluie ; enfin vient la tige par laquelle tout le nid est suspendu à quelque branche. Cette tige est très-longue et aussi solide qu’une soie de la même grosseur.

UIcaria ferruginea, que nous représentons ici avec son nid (fig. 1 38 , voy. p. 147), est voisin des Polistes. Cet insecte est noir avec une large bande couleur de rouille au centre de l’abdomen. Le nid de flcaria est encore de forme singulière; il ressemble à deux flûtes de Pan accolées l’une à l’autre et suspendues par un lien fixé à la base du premier tube. Ce petit Vespien vient de l’Inde.

La troisième tribu des Vespiens, celle des Epiponides, comprend de petites Guêpes des régions tropicales, à corps court et ramassé, à abdomen peu ou point pédonculé, à mandibules quadridentées. Des deux genres que comprend ce groupe, le premier, Epipone, ne renferme que quelques espèces,

FlG 137. — Mïschocyttarus labiatus.

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dont les constructions nous sont inconnues. Le second, Chartergus , nous offre plusieurs espèces américaines très-intéressantes. L’une d’elles, la Guêpe cartonnière [Chartergus nidulans ), fort répandue à Cayenne, est noire avec une ligne sur le corselet, une sur l’écusson et le bord postérieur de chaque anneau de l’abdomen jaunes. Les nids que construit cette petite Guêpe sont très-remarquables ; leur forme se rapproche de celle des Guêpes proprement dites, c’est-à-dire elles sont complètement enfermées sous une enveloppe. Celleci, aussi bien que les gâteaux, est formée d’une sorte de carton tellement analogue à celui que fabriquent les cartonniers, que le meilleur ouvrier s’y tromperait lui-même. Ces nids, quelquefois fort grands, renferment jusqu’à huit et dix gâteaux, et il n’existe aucun espace pour circuler le long des parois du nid; il est complètement fermé de tous côtés et n’a qu’une ouverture en dessous pour le passage des petites Guêpes. Ces nids, qui ont la forme d’un sac, sont suspendus aux branches des arbres.

Une autre espèce de ce genre, le Chartergus brasiliensis, que les habitants nomment Lecheguana , récolte souvent son miel sur des plantes vénéneuses et occasionne des empoisonnements chez les personnes qui le mangent.

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FAMILLE DES EUMÉNIENS

Les Euméniens ont encore de grands rapports avec les Vespiens, surtout par la disposition de leurs ailes; mais leurs caractères naturels et surtout leurs mœurs, les en distinguent bien nettement. Us ont le corps oblong, assez allongé ; des antennes composées de treize articles dans les mâles et de douze dans les femelles; leurs mandibules, beaucoup plus longues que larges, sont rapprochées en avant en forme de bec et dentées ; leur languette est étroite et allongée ; leurs ailes sont repliées dans le sens de leur longueur, comme chez les Guêpes.

Les Euméniens vivent solitaires; il n’existe pas chez eux d’individus neutres, et la femelle seule pourvoit au soin de sa progéniture. Les insectes parfaits vivent sur les fleurs dont ils pompent le miel ; mais ils ne sont nullement organisés pour le récolter, non plus que le pollen, et ne sauraient en approvisionner leurs larves. Celles-ci sont carnassières et vivent de proie vivante ; mais, ce qu’il y a de singulier, outre cette différence de régime entre l’insecte parfait et sa larve, c’est que celle-ci est privée de pieds et incapable de se mouvoir. Comment fera-t-elle donc pour se procurer cette proie sans laquelle elle ne peut vivre ? C’est la mère qui la lui procurera. En effet, cette mère industrieuse, qui ne vit que du nectar des fleurs, va faire la guerre aux insectes pour assurer l’existence de sa progéniture. En général l’Euménien s’attaque à une espèce particulière pour en approvisionner son nid. La femelle pique de son aiguillon ses victimes et les emporte dans son nid. L’insecte ainsi blessé ne meurt pas de la blessure, il demeure plongé dans un état anesthésique qui, tout en le rendant incapable de se mouvoir et de se défendre, lui conserve sa fraîcheur et sa souplesse. Les larves qui éclosent auprès de ces provisions péniblement amassées par leur mère, trouvent à leur portée une nourriture convenable, en quantité suffisante pour toute la durée de leur existence de larve. Et cette pauvre mère qui, guidée par un instinct admi-

famille des euméniens.

rable, a assuré 1 existence de ses petits par des moyens si opposés à sa propre manière de vivre, ne verra même jamais ses enfants; car elle aura cessé de vivre lorsque ceux-ci viendront à éclore.

On divise la famille des Euméniens en deux tribus distinctes : les Euménides et les Odynérides.

Dans la première sont les Eumenes proprement dits, bien reconnaissables à leur abdomen, dont le premier anneau ressemble à une clochette. Leur livrée est à peu près celle des Guêpes, mais leur corps est bien plus allongé. L’espèce la plus répandue de ce genre, en France, est l’Eumène étranglé (.Eumenes mandata ]), long de 12 à i5 millimètres, noir, avec des taches et le bord des segments abdominaux jaunes. Cette espèce fait son nid sur les graminées et surtout sur les bruyères ; il consiste en une petite boule sphérique, de terre trèsfine, dans laquelle la mère ne dépose qu’un seul œuf avec la pâture nécessaire à sa larve. Elle construit plusieurs nids de la même espèce.

Dans notre planche X est représentée une belle espèce de l’Inde,

r 7 Fr G. 139. — Synctgris comuta.

l’Eumène affamé [Eumenes esuriens );

au-dessous de l’insecte est représenté le nid, qu’il approvisionne avec de petites chenilles arpenteuses. Les Synagris diffèrent des Eumenes par leur lèvre terminée par quatre lanières, tandis quelle est trilobée chez ces derniers. Les Synagris sont tous exotiques. L’un des plus remarquables est le Synagris comuta (fig. i 3 g), de l’Afrique australe. Sa couleur générale est noire avec le tour du corselet, les ailes et les mandibules d’un brun jaunâtre. Ces dernières sont dune taille énorme, en forme de faulx et portent à la base une trèsforte dent.

La seconde tribu des Euméniens, celle des Odynérid es, a pour caractères : l’abdomen à peine pédiculé, la lèvre trilobée avec le lobe du milieu plus grand et bifide; les palpes maxillaires longues. Les Odynères

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sont les plus nombreux et les plus répandus du groupe. Ils ressemblent à de petites Guêpes noires ceinturées de jaune. Réaumur, et après lui Audouin et Léon Dufour, ont fait des observations pleines d’intérêt sur les Odynères.

L’espèce dont parle Réaumur sous le nom de Guêpe solitaire , est l’Odynère à pattes épineuses ( Odynerus spinosus) suivant Audouin, et l’Odynère des murailles ( Odynerus murarius) , de Latreille. Il est noir, avec les antennes et le front jaunes, deux taches sur le devant du corselet et quatre bandes sur l’abdomen, également jaunes. Cet Odynère, qui n’est pas rare aux environs de Paris, creuse dans le sable ou dans les vieilles murailles un trou cylindrique, qu’il prolonge au dehors, en y adaptant un petit tuyau construit en guillochis avec la terre qu’il retire de sa galerie souterraine. Ce tuyau est sans doute destiné à garantir son nid de l’invasion des insectes étrangers. Quand ce nid est terminé, il y dépose un œuf; mais avant d’en maçonner l’entrée, il était nécessaire de pourvoir à la nourriture de la larve qui doit prendre tout son accroissement dans cette retraite et y subir toutes ses transformations. L’Odynère s en va donc chercher une petite chenille verte sans pattes qui, dans le repos, se tient roulée sur elle-même; il la saisit, la force à s’étendre le long de son corps, afin qu’elle puisse entrer plus facilement dans son trou, et vient la déposer au fond de sa cellule, où la chenille se roule d elle-même en anneau. L’Odynère en entasse ainsi dix à douze, toutes disposées en forme annulaire, puis il ferme l’ouverture du trou avec les matériaux de l’échafaudage qu’il avait construit à l’entrée. La larve de l’Odynère éclôt, mange une première chenille, puis une seconde, et ainsi successivement jusqu’à la dernière. Alors elle a atteint tout son développement, et se file un cocon pour s’y transformer en nymphe, et ce n’est qu’au printemps suivant qu’elle perce le plafond de sa demeure et prend son essor à l’état d’insecte parfait.

Une autre espèce d’Odynère, Y Odynerus rubicola , placée par quelques auteurs dans le genre Oplopus , construit son nid dans une tige de ronce sèche; elle le divise en loges, au moyen de terre sableuse pétrie, et

FAMILLE DES EUMÉNIENS.

dépose dans chacune d’elles un œuf avec de petites chenilles de Pyrales. La larve passe l’hiver engourdie dans sa cellule et se métamorphose au printemps suivant.

Le Rhynchium nitidulum 3 figuré dans notre planche X, est un Odynère de l’Inde; il établit son nid dans les branches du bambou.

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FAMILLE DES CRABRONIENS

Comme les Euméniens qui les précèdent et les Sphégiens qui les suivent, les Crabroniens vivent à l’état d’insecte parfait sur les fleurs, comme c’est le cas de presque tous les Hyménoptères; mais leurs larves ne vivent que de proie vivante. Cette proie leur est apportée par les mères, qui creusent dans la terre ou dans le Fois, comme nous l’avons vu précédemment, une demeure pour leur progéniture.

Les Crabroniens sont des Hyménoptères de moyenne taille, reconnaissables à leur tête large et carrée et à leurs jambes plus ou moins ciliées ou épineuses. En outre, leur labre est peu saillant, leurs mâchoires et leur lèvre courtes ne constituent pas de trompe; leurs antennes sont droites, leurs pattes robustes.

La famille des Crabroniens se divise en trois tribus ; les Crabronides , les Larrides et les Bembécides , basées sur la forme du labre et des mandibules.

La première tribu, celle des Crabronides, dont le labre est caché et les mandibules unies sans échancrure, renferme des genres nombreux; elle a pour type le genre Crabro assez riche en espèces, dont plusieurs offrent des habitudes pleines d’intérêt. Le Crabro à grosse tête ( Crabro cephalotes) creuse des cellules dans le bois pourri à l’aide de ses mandibules, et en rejette à mesure les parcelles avec ses pattes postérieures. Dans chaque cellule il dépose un œuf qu’il approvisionne de Diptères. Les Crabro ont les antennes coudées, fusiformes dans les mâles et filiformes chez les femelles. Leurs larves (PI. VIII,/,) sont apodes.

Dans la planche VIII est représenté le Crabro quadrimaculatus , l’un des plus communs. Il est noir tacheté de jaune; le ventre porte quatre bandes jaunes interrompues au milieu, d’où son nom de quadrimaculatus.

Le Crabro subterraneus (fig. 140, voy. p. 1 53 ) est du midi de l’Europe; il est noir tacheté de jaune.

famille des crabroniens.

Dans le genre Tripoxylon , les antennes sont en massue et les mandibules bidentées. Le Tripoxylon rejector est figuré dans notre planche X et au-dessus de lui ses cellules allongées, qu’il approvisionne de petites araignées vertes- puis il dépose un œuf dans chacune d’elles et en ferme l’ouverture.

Les Diodontes et les Pemphredon qui creusent des tubes dans le bois pourri, apportent à leur nid une quantité considérable de Pucerons qu’ils vont chercher sur les plantes en les saisissant avec leurs mandibules.

Les Mellines ont des antennes presque filiformes et des mandibules tridentées (PI. VIII, c. d. e.). Le Melline des champs (Mellinus arvensis ), représenté dans notre planche VIII, est noir varié de jaune, avec les pattes de la même couleur. Cet Hyménoptère creuse son nid dans les terrains sablonneux, et les approvisionne avec des Diptères de diverses espèces. La larve se nourrit de ces insectes, et lorsqu’arrive le moment de sa transformation en nymphe, elle se construit une coque soyeuse qu’elle consolide avec les débris de ses victimes.

Les Cerceris se reconnaissent à leurs antennes renflées en massue et aux premiers segments de l’abdomen qui sont étranglés. On en connaît plusieurs espèces habitant la France et la plus grande partie de l’Europe. L’une d’elles, le Cerceris des sables ( Cerceris arenaria), creuse son nid dans les terrains sablonneux, et offre cette particularité singulière, qu'au lieu de choisir pour la nourriture de ses larves, comme font les autres Crabronides, des insectes à téguments mous tels que les Chenilles ^ les Diptères,, les Araignées, il recherche les Coléoptères les plus durs et principalement des Charançons. Il faut croire cependant qu’il choisit de préférence ceux qui sont nouvellement éclos et dont les téguments n’ont pas encore eu le temps de se solidifier. Le Cerceris arvensis , représenté dans notre planche VIII, est comme ses congénères, noir varié de jaune. Comme l’espèce précédente, il approvisionne ses larves avec des

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Charançons, entre autres les Otiorhynchus , dont l’enveloppe cornée est si dure qu’on a de la peine à la percer avec une épingle.

Les Philanthes à antennes brusquement terminées en massue, à mandibules unidentées, à abdomen contracté à la base, nous offrent un exemple de témérité singulière. Le Philanthe apivore (Philanthus apivorus ) rôde autour des ruches, et, malgré sa taille plus petite et le redoutable aiguillon de son adversaire, il fond sur le dos de l’abeille occupée à butiner dans quelque fleur, la saisit avec ses mandibules p>ar le cou, et lui enfonce son aiguillon dans l’abdomen, avant qu’elle ait eu le temps de se mettre en défense. Puis il l’emporte engourdie dans son nid pour servir de pâture à ses larves. Il est curieux de voir le Philanthe emportant cet insecte plus gros que lui, et s’efforçant de le faire entrer dans son trou, en le tirant à lui à reculons. Parfois, malgré tous ses efforts, il ne peut en venir à bout; il sort alors, lui coupe les pattes et les ailes, et fait entrer son corps mutilé en le comprimant comme à la filière. La larve du Philanthe, repue d’abeilles, se file un curieux cocon en forme de fiole allongée, dans lequel elle se transforme en nymphe, puis en insecte parfait. Le nid du Philanthe consiste en une galerie presque horizontale de 20 à 25 centimètres de profondeur, qu’il creuse avec ses mandibules dans les talus des chemins sablonneux. Le Philanthe apivore est noir tacheté de jaune ; son abdomen, de cette dernière couleur, porte une tache triangulaire noire sur chaque anneau.

Les espèces du genre Astate se distinguent à leurs antennes grêles, filiformes, à leurs mandibules arquées, bidentées, à leurs jambes épaisses. Ces insectes font leurs nids, comme les précédents, dans les chemins sablonneux et les approvisionnent avec des larves et des nymphes de Punaises des bois. A la planche VIII est représenté XAstata boops mâle; en g ., planche VIII, on voit la tête de la femelle.

La seconde tribu, celle des Larrides, est caractérisée par un labre toujours caché et des mandibules offrant à leur base, au côté interne, une profonde échancrure. Les représentants de ce groupe ne sont pas nombreux: ce sont des insectes de petite taille, de couleur noire enfumée, variée de jaune. Ils sont principalement répandus en Europe et dans le nord de l’Afrique. Leurs mœurs sont analogues à celles des autres Crabroniens.

FAMILLE DES CRABRONIENS

La troisième et dernière tribu de la famille des Crabroniens est celle des Bembécides. Ces insectes,, en général propres aux régions chaudes du globe, sont dune assez grande taille, et ont un corps robuste, de couleur noire tachetée de jaune. Ils ont pour caractères le labre triangulaire, visible; les mandibules pointues, unidentées au côté interne. Leurs habitudes se rapprochent beaucoup de celles des précédents; les femelles creusent des trous dans le sable pour y déposer leurs œufs, et les remplissent d’insectes pour servir à la subsistance de leurs larves.

Ces Crabroniens sont extrêmement agiles et volent rapidement de fleur en fleur, en faisant entendre un bourdonnement aigu. Quelques-uns exhalent une odeur de rose très-prononcée.

Le Bembex à bec (Bembex rostrata) [fig. 141], type du genre Bembex, est noir avec cinq bandes sinuées d’un jaune citron; les pattes sont de même couleur. On trouve cette espèce aux environs de Paris. Elle creuse des trous profonds dans les terrains sablonneux exposés au plein midi, et y entasse une quantité de petits Diptères, surtout des Syrphides; puis elle y dépose ses œufs et ferme l’entrée du nid.

Une autre espèce, le Bembex à larges tarses (Bembex tarsata ), du midi de l’Europe, nourrit ses larves avec des Diptères du genre Bombylius.

Les Sti^es ont, au contraire des Bembex, le labre et les mâchoires courts et ne formant pas la trompe. Quelques espèces se rencontrent dans la France méridionale et l’Espagne; elles vivent dans les terrains sablonneux.

FIG. 142. — Stims speciosus 0 * (voy. page 156).

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Les Sti^es, dont le nom tiré du grec signifie pointe, faisant allusion à l’acuité du dard dont ils sont armés^ ressemblent beaucoup à de grosses Guêpes, comme le montre la figure ci-contre (fig. 142, voy. p. 155) # Ce bel insecte est le Sti^us speciosus, de l’Amérique du Nord, où on le désigne sous le nom de Guêpe mineuse, par suite de son habitude de creuser dans la terre des trous profonds. Ces trous sont destinés à recevoir leurs œufs et la nourriture appropriée aux larves qui en sortiront. C’est avec des Gryllons que le Stizus américain approvisionne son nid; la piqûre de son aiguillon les plonge dans une sorte d’anesthésie qui les livre sans défense aux petites larves. La figure représente le mâle; la femelle est beaucoup plus grosse.

FAMILLE DES SPHÉGIENS

FAMILLE DES SPHÉGIENS

Les insectes de la famille des Sphégiens, qui doit son nom au genre Sphex, ont des mœurs analogues à celles des Crabroniens, c’est-à-dire que, vivant eux-mêmes sur les fleurs, ils produisent des larves carnassières pour lesquelles ils sont obligés d’amasser des provisions en quantité suffisante pour conduire ces larves jusqu’au moment de leur transformation en nymphe. Toutefois le lieu choisi pour la construction du nid, sa structure, et la nature des aliments qui y sont déposés, varient à l’infini.

Les Sphégiens sont souvent de très-grande taille, surtout ceux des régions tropicales, et c’est parmi eux que l’on trouve les plus forts Hyménoptères. La plupart sont d’une couleur bleu violacé, plus ou moins noirâtre et brillante, souvent tachetés de blanc ou de rouge. Les femelles sont toujours armées d’un redoutable aiguillon.

La famille des Sphégiens est caractérisée par une tête large • un labre toujours saillant • des mâchoires et une lèvre assez courtes ; des antennes longues, contournées dans les femelles ; des pattes propres à fouir, à jambes et tarses fortement ciliés ; les postérieures beaucoup plus longues que les autres. — On y distingue trois tribus : les Sphégides, les Scoliides et les Mutillides, caractérisées par la forme de leurs antennes.

La première tribu, celle des Sphégides, porte des antennes longues, filiformes ou sétacées. Les Pompiles , à mandibules bidentées, pratiquent des trous dans le vieux bois ou profitent d’ouvertures déjà toutes faites; quelques-uns creusent leur nid dans le sable. Ils approvisionnent leurs larves avec des Araignées, et ne redoutent pas de les aller chercher jusque sur leur toile, même les plus grosses ; mais le plus souvent ils s’adressent aux Araignées errantes qui ne filent pas de toile. Rien n’est curieux comme d’assister à ce duel entre le Pompile et l’Araignée. Dès que le premier a aperçu la toile, il vient se poser dessus; l’Araignée,avertie par

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l’ébranlement des fils et espérant une proie, sort de sa retraite; mais elle s’arrête bientôt en reconnaissant qu’elle a affaire à un redoutable adversaire. Elle prend peur et veut fuir; mais le Pompile ne lui en laisse pas le temps. Il fond sur elle et la perce de son terrible aiguillon ; l’Araignée, engourdie par le venin, tombe sur sa toile, et son vainqueur l’emporte dans son nid. Arrivé là, il pose sa proie sur le bord et, d’un coup de tête, la pousse au fond du trou, où il a déposé un œuf. Six à huit Araignées, suivant leur grosseur, complètent sa provision. Il bouche ensuite l’entrée de l’habitation.

On connaît un assez grand nombre de Pompiles européens ; les plus répandus dans nos pays, pendant toute la belle saison, sont le Pompile varié ( Pompilus variegatus ), noir, avec les ailes diaphanes offrant deux bandes transversales noirâtres; le Pompile des chemins (Pompilus viatiam \ également noir, avec les trois premiers anneaux de l’abdomen roux et les ailes brunes avec l’extrémité noire. Dans notre planche VIII est représenté le Pompilus fuscus. C’est une femelle, comme le montrent ses antennes recourbées en anneau; elles sont simplement arquées dans le mâle. En a, sont la mâchoire et la palpe maxillaire, en 6, la lèvre et les palpes labiales. Son corps est d’un noir brillant avec les trois premiers segments de l’abdomen roux; les ailes sont enfumées. Cette espèce approvisionne son nid avec de grosses Araignées du genre Epeire, auxquelles elle coupe la tête et les pattes pour donner à ses larves leur énorme abdomen gonflé de sucs.

Fig. 143. — Pompilus atrox.

Le.Pompilus atrox, que nous représentons ici (fig. 143), est une des plus belles espèces du genre ; il habite l’Amérique du Nord. Il est d’un noir brillant avec une large tache orange vers la base de l’abdomen, en dessus. Nous ne connaissons pas ses habitudes, qui doivent être analogues à celles des autres Pompiles.

Les Pepsis sont les géants de la famille; ils habitent l’Amérique méri-

FAMILLE DES SP HÉGIENS

dionale, où leur piqûre est très-redoutée. Dans notre planche XII est représentée l’une des plus grandes espèces du genre, le Pepsis héros du Brésil. Il est d’un bleu presque noir, d’un lustre velouté, les ailes sont brunes et luisantes.

Le Pepsis elevcita, que nous figurons ici (fig. 144), est d’un noir velouté, à reflets verts; ses antennes sont jaunes dans leur dernière moitié.

Près des Pepsis se placent les Mygnimia , également de grande taille.

Fig. 144. — Pepsis elevata.

L’espèce que nous figurons ici, le Mygnimia avicula (fig. 145, voy. p. 160), habite Java. Il est en entier d’un noir mat, parsemé d’un léger semis blanc, comme la gelée blanche. Les ailes sont également noires, les supérieures portant à leur extrémité une large tache blanche satinée.

L’on n’a pas encore observé les mœurs de ces insectes; mais selon toute probabilité elles se rapprochent de celles des autres genres de la famille.

Le genre Sphex se distingue par des mandibules larges, arquées et

bidentées; leur prothorax rétréci forme une sorte de cou distinct du

métathorax, et leur abdomen est attaché au corselet par un pédicule très-long. Les Sphex sont nombreux en espèces, surtout exotiques. Ils creusent dans les terrains sablonneux un trou assez profond, dans lequel ils déposent un œuf, et qu’ils approvisionnent avec divers insectes suivant les espèces. Le Sphex à ailes jaunes (Sphex flavipennis) y dépose des Grillons engourdis par sonaiguillon; le Sphex albisecta approvisionne

PXG. 145. — Mygnimia avicula, (voy. prge 159). Sa n * C hée aVeC deS CriqUetS;

le Sphex bleu s’attaque aux Araignées. Avant de déposer sa victime dans le nid, le Sphex la pose sur le bord et descend dans son trou plusieurs fois de suite', pour s’assurer sans doute qu’il ne s’y est pas caché quelqu’ennemi • puis il y tire sa proie à reculons et bouche le nid. La larve qui sort de l’œuf dévore sa victime réduite à l’impuissance, puis se file un cocon enduit d’un vernis violacé, et y devient nymphe; elle sort au bout d’une vingtaine de jours à l’état de Sphex, prend son essor, butine sur les fleurs et bientôt fait son nid,

. , PxG. 146. — Sphex argentata.

si c est une femelle. Nous figurons

ici le Sphex argenté (Sphex argentata ) [fig. 146], ainsi nommé de la large

FAMILLE DES SP HÉGIENS

bande argentée qui entoure le milieu de son abdomen; cette bande est due au duvet très-fin qui le couvre, et qui parfois, comme dans la figure ci-jointe, s’étend sur le métathorax. Le reste du corps est noir avec les ailes transparentes. Ce bel insecte se trouve sur le continent et dans l’Archipel indien.

Les Ammophiles , très-voisins des Sphex, s’en distinguent par leurs mandibules plus longues, arquées et tridentées. Le type du genre, l’Ammophile des sables (. Ammophila sabulosa) [fig. 147], est noir, avec un large anneau roux sur l’abdomen. Cette espèce, répandue dans nos environs pendant tout l’été, creuse avec ses pattes, dans la terre, au bord des chemins, des trous assez profonds, dans lesquels elle dépose une grosse chenille qu’elle a engourdie en la piquant de son aiguillon. Elle pond un œuf auprès et ferme l’entrée du trou avec des grains de sable ou de petits cailloux. L’Ammophile des sables attaque toujours les grosses chenilles des Papillons de nuit, bien quelles pèsent souvent deux fois autant que lui; mais il en vient toujours à bout à force de courage et de persévérance.

Les Pelopées ont les mandibules arquées et faiblement unidentées; la plupart des espèces habitent les parties chaudes du globe; mais on en connaît quelques-unes en Europe. Le Pélopée tourneur ( Pelopœus spirifex), noir, à pédicule jaune, celui-ci très-long, est assez fréquent dans le midi de la France, mais très-rare aux environs de Paris. Il construit sous les pierres, avec du sable et de la terre, agglutinés par cette salive particulière que presque tous les insectes nidifiants ont la propriété de sécréter par la bouche, un nid assez grossier renfermant cinq ou six cellules verticales. La mère approvisionne ces cellules avec des Araignées quelle a piquées de son aiguillon.

Nous figurons dans notre planche XII le Pelopœus lœtus , espèce australienne dont le nid est représenté au-dessus d’elle, appliqué contre un tronc d’arbre. Cet insecte a la tête et le corselet noirs, avec une tache

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