‹ Musée entomologique illustré (volume 2)Chapitre 8 sur 33 · IÔ · texte numérisé non relu

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jaune au milieu de ce dernier; le pédicule et le tiers de l’abdomen sont jaunes, et le reste de l’abdomen noir; les antennes sont jaunes, ainsi qu’un étroit collier autour du cou.

Dans notre planche X est figuré le Parapison rufipes de l’Inde ; c’est à première vue un insecte assez insignifiant; il est d’un brun foncé recouvert d’un duvet blanchâtre. Mais son nid et ses mœurs sont très-curieux. Ce nid est réprésenté dans le bas de la planche, à gauche, fixé à la tige d’une fleur. Les cellules sont construites en terre gâchée et agglutinée au moyen de la salive de l’insecte , polies et comme doublées à l’intérieur d’une substance soyeuse. Le Parapison femelle dépose dans chacune de ces cellules un œuf, puis il y enfouit une dizaine de petites Araignées d’un vert pâle que la larve trouvera à point au moment de sa naissance. Lorsqu’elle a dévoré toutes ses provisions, la larve se file une enveloppe de soie, dont elle sort peu après à l’état d’insecte parfait.

Des insectes très-semblables quant à la forme aux Pélopées, mais qui en diffèrent par leur labre quadrilobé et leur corps peint de couleurs métalliques, les Chlorions 3 habitent les régions chaudes des deux hémisphères. Ces insectes construisent des nids comme ceux des Pélopées, en terre gâchée et agglutinée, dans laquelle sont percées un plus ou moins grand nombre de cellules. On trouve à LIle Bourbon et à l’Ile de France le Chlorion compressum , entièrement d’un beau vert métallique, avec la base des cuisses d’un roux vif. Cet insecte est très-utile par la guerre acharnée qu’il fait aux Blattes ou Kakerlacs qui infestent nos colonies. Il est singulier de voir avec quelle hardiesse il se jette sur ces insectes, malgré leur grande taille relative. Dès que le Chlorion aperçoit une Blatte, il s’élance sur elle, la saisit avec ses mandibules entre la tète et le corselet, et, se retournant sur lui-mème, il lui enfonce son aiguillon dans l’abdomen. Il s’éloigne alors jusqu’à ce que sa victime ne donne plus signe de vie, puis la traîne jusqu’à son nid; mais presque toujours l’ouverture de celui-ci est trop étroite pour donner passage à la Blatte. Le Chlorion ne se décourage pas pour si peu; il arrache les ailes et les pattes de la Blatte, et entrant lui-même dans le trou à reculons, il tire avec ses mandibules le corps qui s’allonge et se comprime contre les parois du tube.

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Le Chlorion lobatum que nous figurons ici (fig. 148) vient de l’Inde, où il est assez répandu. Son corps brillant et poli est d’un beau vert émeraude variant quelquefois au bleu; les ailes sont d’un jaune clair et brillant. La femelle est beaucoup plus grande que le mâle; c’est elle que nous représentons ici. Elle fait la chasse aux Araignées pour en approvisionner son nid.

La seconde tribu des Sphégiens, celle des Scoliides, se distingue par des antennes épaisses, souvent fusiformes. Les Sapyges , noires tachetées de blanc ( Sapyga punctata ), paraissent vivre en parasites aux dépens d’autres Hyménoptères dans le nid desquels elles déposent leurs œufs.

Les Scolies proprement dites ont les mandibules tridentées, les palpes de trois articles. Ce sont d’assez grands insectes, noirs tachetés de jaune. Le type du genre, la Scolie des jardins ( Scolia hortorum ), longue de 35 à 40 millimètres, est noire, velue, à front jaune; l’abdomen est noir, avec une large bande transversale jaune sur le deuxième et le troisième segment, souvent interrompuej surtout dans la femelle. Cet insecte, répandu dans le midi de l’Europe, vole sur les fleurs, au plein soleil.

La Scolie des jardins paraît nourrir ses larves avec celles de YOryctes nasicornis , gros Coléoptère qui vit dans le tan et le bois pourri; peut-être aussi les approvisionne-t-elle, à leur défaut, avec les larves du Hanneton.

Une autre Scolie ( Scolia bicincta ) nourrit ses larves avec la grande Sauterelle verte. Le Scolia procera que nous figurons ici (fig. 149, voy. p. 164), est le géant du genre. Son corps est noir avec des taches jaunes ; ses ailes d’un noir brillant à reflets métalliques verts. Cette

PiGr. 148. — Chlorion lobatum $.

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belle espèce vient de l’Inde. Elle creuse dans le sable des trous profonds, et alimente ses larves avec de gros Orthoptères.

Les Myytnes habitent les régions chaudes des deux continents ; elles ont les mandibules bidentées, les palpes maxillaires de six articles. Les femelles diffèrent tellement des mâles par l’épaisseur de leur corps, par la brièveté de leurs antennes et les épines des jambes, que plusieurs

F ..Ci. 149. — Scülia procera (voy. page 163).

auteurs en avaient fait un genre distinct sous le nom de Plesie. Nous ne connaissons pas leurs mœurs.

La troisième tribu de la famille des Sphégiens, celle des Mutillides, caractérisée par des antennes filiformes assez épaisses, se compose d’insectes très-remarquables par la différence extrême qui existe entre les mâles et les femelles; ces dernières sont toujours privées d’ailes et ressemblent à de grosses Fourmis; elles ont les antennes courtes et courbées, l’abdomen plus court que dans les mâles. Ceux-ci sont plus petits que les femelles, toujours ailés; leurs antennes sont plus longues, droites; l’abdomen plus allongé.

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On a longtemps ignoré la manière de vivre de ces insectes; on trouve les mâles sur les fleurs, les femelles courant avec rapidité dans les endroits sablonneux, pénétrant dans toutes les fissures du terrain. Leurs jambes fortement armées d’épines avaient fait penser qu’elles creusaient des demeures pour leurs larves, et leur puissant aiguillon devait servir, croyait-on, à engourdir les insectes dont elles nourrissaient celles-ci. Mais on sait aujourd’hui que ces Hyménoptères vivent en parasites dans les nids des Abeilles solitaires. Leurs larves dévorent, non la pâtée mielleuse, mais les propres larves des Abeilles.

Les Mutilles proprement dites ont l’abdomen ovoïde dans les deux sexes; le corselet cubique; leur tête est large, leurs antennes peu coudées, souvent contournées. Assez nombreuses en espèces, les Mutilles sont répandues dans les parties chaudes des deux hémisphères ; elles sont en général agréablement variées de rouge et de jaune. Nous citerons parmi elles la Mutille européenne [Mutilla europœa). Elle est d’un noir bleu; le mâle a le premier segment thoracique noir, les autres d’un rouge sanguin; les trois premiers anneaux de l’abdomen sont bordés de blanc soyeux; les ailes sont enfumées. Chez la femelle, tout le thorax est en dessus d’un rouge de sang. Nous avons figuré dans notre planche VIII le mâle et la femelle de cette espèce.

Le Mutilla cerbera dont nous représentons ici la femelle (fig. i 5 o), est noir et blanc; son corps est couvert d’un poil court assez épais. Cette espèce vit à Bahia; la piqûre de son aiguillon est très-douloureuse.

Les Thymies sont des Mutilles à antennes droites dans les mâles, contournées dans les femelles; à mandibules bidentées dans les deux sexes. Dans le Thynnus australis de la Nouvelle-Hollande, les deux sexes

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diffèrent tellement l’un de l’autre, que quelques naturalistes en avaient fait non-seulement des espèces et des genres différents, mais les avaient même placés dans des familles distinctes. Le mâle ressemble en effet, d’une manière frappante, à une grosse Guêpe ou à un Frélon, et la femelle rappelle une énorme Fourmi rousse.

Fig. 151 et 152. — Scleroderma cylindricum, ffiâle et femelle.

Les Scleroderma forment le passage des Sphégiens aux Formiciens par les Mutilles. Ce sont des insectes de petite taille, dont les téguments sont d’une dureté extrême; c’est ce qu’indique leur nom générique. Le Scleroderma cylindricum d’Albanie, dont nous figurons ici les deux sexes (fig. 1 5 1 et i 52 ), n’a que 2 millimètres, le mâle, et 3 1/2 millimètres, la femelle ; leur couleur est brun rouge foncé. Ces insectes vivent en parasites sur les chenilles et les chrysalides des Papillons de nuit.

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Cette famille comprend un très-grand nombre d’espèces, dont les mœurs et les instincts sont au moins aussi admirables que ceux des Abeilles et des Termites. Elles offrent pour caractères généraux : une tête triangulaire à mandibules fortes; à mâchoires et lèvre inférieure au moins aussi courtes que les mandibules; à antennes toujours coudées;

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Fig. 153 à 155. — Fourmis mâle, femelle et neutre (voy. page 168).

des pattes assez grêles et longues; l’abdomen ovale, attaché par un pédicule étroit.

Ces insectes, très-nombreux partout, sont répandus dans toutes les parties du monde. On les divise en trois tribus, dont les mœurs et les métamorphoses sont analogues. Ce sont les Myrmicides, qui ont deux nœuds au pédicule de l’abdomen et un aiguillon chez les femelles et les neutres; les Ponérides, qui n’ont qu’un nœud au pédicule et un aiguillon chez les femelles et les neutres ; enfin, les Formicides, qui n’ont qu’un nœud au pédicule et pas d’aiguillon. Dans les deux premières tribus, les

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larves ne filent pas de cocon pour se changer en nymphe. Nous donnerons ici le tableau général des mœurs des Fourmis de notre pays, celles qui ont été le mieux étudiées.

Nous avons vu combien sont industrieux les Termites, les Guêpes, les Abeilles, les Osmies; mais les Fourmis les surpassent encore et donnent des preuves d’un raisonnement qui dénote chez elles plus que de l’instinct.

Les sociétés des Fourmis se composent de mâles et de femelles ailés (fig. 1 53 et 154, voy. p. 167), et de neutres aptères (fig. 1 55 , voy. p. 167), qui, outre ces caractères tirés des ailes et des organes génitaux, se distinguent ordinairement entre eux par la taille. Les femelles sont beaucoup plus fortes'que les deux autres sortes d’individus. Les ouvrières sont d’un tiers et quelquefois de moitié plus petites; les mâles tiennent en général le milieu entre les deux. Mais, dans la plupart des espèces, on observe, outre les neutres ordinaires qui forment la masse de la population et qui ne s’occupent que des travaux de l’habitation, d’autres individus beaucoup plus grands et pourvus de mandibules plus allongées et plus robustes ; ceux-ci sont chargés de défendre l’habitation en cas d’attaque, et n’en sortent que pour aller à la rencontre de l’ennemi qui se présente et le combattre.

La forme et la nature des habitations de nos Fourmis indigènes varient presque autant que les espèces ; les unes creusent dans la terre des cavités dans lesquelles elles établissent des étages superposés, soutenus par des piliers irréguliers et communiquant entre eux par des passages qui se croisent dans tous les sens ; le tout est quelquefois surmonté d’autres étages construits avec des bûchettes, des brins d’herbe, de paille et autres objets semblables, et qui finissent par former un dôme arrondi plus ou moins élevé ; d’autres pratiquent dans le bois carié des vieux troncs d’arbres des demeures analogues ; il en est qui se contentent de galeries creusées dans le sein de la terre sous une pierre. Les espaces vides qu’on observe entre chaque étage dans ces demeures souterraines sont destinés au séjour des larves, que les neutres sont presque sans cesse occupés à transporter d’un étage à l’autre pour les maintenir dans la température qui leur convient ; mais ils ne sont pas des magasins comme le

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croyaient les anciens. Les Fourmis de nos pays passent en effet l'hiver dans l’engourdissement, et pendant la belle saison leur nourriture consiste en insectes, chenilles de petite taille, débris d’animaux de toutes sortes auxquels elles joignent des substances végétales sucrées; cependant nous verrons plus loin que certaines Fourmis des pays chauds qui ne s’engourdissent pas, font des provisions. Les Fourmis ont surtout un goût tout particulier pour la liqueur miellée que sécrètent les pucerons, et non contentes d’aller la recueillir sur les arbres où ces insectes font leur séjour, elles les emportent quelquefois eux-mêmes dans leurs demeures pour les avoir toujours à leur disposition, et les gardent soigneusement, comme nous faisons de nos bestiaux.

Ces fourmilières, dont nous admirons souvent la grandeur, n’ont eu que d’humbles commencements. L’union des mâles et des femelles a lieu au milieu de l’été, en août; vers cette époque, des milliers d’individus des deux sexes quittent l'habitation, surtout à la chute du jour; leur réunion paraît comme un nuage qui s’élèverait et s’abaisserait avec lenteur. Les mâles meurent bientôt; les femelles ne reviennent plus pour la plupart à la fourmilière ; les autres y sont ramenées par les neutres, qui en retiennent ainsi autant qu’ils en peuvent saisir. Les femelles ne pondent qu’au printemps suivant, et la fourmilière passe ainsi tout l’hiver sans œufs ni larves.

Les femelles qui se sont échappées s’établissent seules dans quelque cavité du sol et y pondent leurs œufs, qui n’éclosent qu’au retour de la belle saison. Jusque-là, et tant que des neutres ne sont pas sortis de ces œufs, elles remplissent les fonctions d’ouvrières, creusant les premières galeries de l’habitation, soignant et nourrissant les jeunes larves. Cellesci, si elles sont des ouvrières, aussitôt après leur dernière transformation, aident leur mère et ne lui laissent bientôt plus rien à faire. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’aussitôt quelles sont devenues fécondes, ces femelles se débarrassent elles-mêmes de leurs ailes en les tordant à l’aide de leurs pattes jusqu’à ce qu’elles tombent (fig. 1 56 , voy. p. 170). Comme elles pondent un immense nombre d’œufs, la société s’accroît avec d’autant plus de rapidité que les métamorphoses s’accomplissent très-

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rapidement dans cette famille; il ne s’écoule guère que vingt-trois jours entre la ponte de l’œuf et l’apparition de l’insecte parfait. La fourmilière ainsi établie dès les premiers beaux jours du printemps, est encore médiocrement élevée au milieu de l’été, époque où les femelles la quittent en majeure partie pour aller en fonder de nouvelles; mais elle s’accroît chaque année et finit par acquérir avec le temps des dimensions considérables. Les Fourmis n’abandonnent le lieu où elles se sont établies que

Fig. 156. — Fourmis femelles s’arrachant les ailes (voy. page 169).

lorsqu elles y ont été trop souvent tourmentées, ou que quelques accidents l’ont rendu inhabitable.

Trois occupations principales absorbent tous les moments des neutres, qui composent la partie laborieuse de la communauté : agrandir ou réparer l’habitation, soigner les nymphes et faire des excursions au dehors afin de chercher tant des matériaux que des vivres pour elles-mêmes ainsi que pour les mâles et les femelles aux besoins desquels elles sont chargées de pourvoir. Ces dernières sont aussi l’objet de soins et de respects particuliers dès qu’elles deviennent mères. Les neutres, non-

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seulement les nourrissent, mais tes entourent, les nettoient et les caressent en leur passant leur languette sur le corps, et leur épargnant jusqu’à la peine de marcher en les portant à l’aide de leurs mandibules. Les larves sont soignées non moins assidûment, depuis le moment de leur naissance jusqu’à celui de leur transformation en insectes parfaits. Les neutres les transportent sans cesse d’un étage à l’autre de l’habitation, suivant le degré de température : elles les nourrissent en leur dégorgeant dans la bouche la miellée j si la fourmilière est attaquée, leur premier soin est de les mettre en sûreté en les emportant loin des atteintes de l’ennemi. Dans beaucoup d’espèces, ces larves, en se transformant en nymphes, s’enveloppent d’une coque soyeuse dont elles seraient incapables de sortir lorsqu’elles sont arrivées à leur dernier état; ce sont les neutres qui leur rendent encore ce service en déchirant cette coque avec leurs mandibules.

La nature et la forme des constructions des Fourmis varient selon l’instinct particulier et les habitudes des espèces. La Fourmi brune ( Formica brunnea ), par exemple, construit en terre des bâtisses extrêmement délicates et cependant très-solides, en forme de dôme. Ce dôme, qui s’élève à 25 centimètres et plus au-dessus du sol, est en terre gâchée, assez lisse, et forme une croûte dure. Si l’on enlève ce dôme extérieur, on voit qu’il recouvre tous les étages situés au-dessus du sol et que tous ces étages se recouvrent l’un l’autre par tranches concentriques. Chaque étage a de 12 à i 5 millimètres de hauteur, et les murs et les cloisons en sont d’un grain si fin que la surface en paraît polie. On y voit des salles nombreuses communiquant entre elles par de nombreuses galeries qui se croisent en tous sens, comme un labyrinthe, et l’on remarque au centre de chaque étage une salle plus grande que les autres et dont la voûte est supportée par de petites colonnes et par des arcs-boutants d’un travail merveilleux. On compte souvent sept ou huit étages supérieurs au niveau du sol, et dont le plus bas au rez-de-chaussée communique avec les étages souterrains. Au-dessous du niveau du sol se trouvent autant d’étages creusés dans la terre et dont les matériaux ont servi pour les constructions extérieures. Ces étages souterrains sont plus spacieux que les supé-

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rieurs ; c’est là que sont placées la nourrisserie et les chambres aux provisions. Une telle disposition procure aux Fourmis, suivant les besoins, des températures très-variées. Ainsi quand un soleil trop ardent rend les appartements supérieurs plus chauds qu’elles ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la fourmilière, et lorsque les étages inférieurs deviennent à leur tour inhabitables pendant les pluies, les Fourmis transportent tout ce qui les intéresse dans les étages les plus élevés.

Rien n’est plus intéressant que de voir travailler les Fourmis; elles attendent pour cela que la rosée ou une petite pluie ait humecté le sol. Toutes alors se mettent en mouvement. Chaque ouvrière façonne avec ses mâchoires de petites pelotes de terre, quelle applique ensuite sur le mur en construction et étale avec ses pattes antérieures. Dans cette opération, ses mâchoires lui servent de ciseaux,, ses pattes de truelle, ses antennes de compas. Le soleil donnera à la maçonnerie la cohésion convenable. Tous les travaux sont réglés entre les Fourmis ouvrières, et il faut bien qu’elles puissent s’entendre pour faire coïncider exactement les parties d’une même construction, car chaque Fourmi travaille à une portion distincte. Ce qui prouve d’ailleurs leur intelligence, c’est que leurs constructions ne se ressemblent pas toutes et ne sont pas toujours tracées sur un plan uniforme; elles sont, au contraire, admirablement appropriées à la nature du terrain qu’elles ont choisi.

Ces prodiges d’architecture ne sont-ils pas faits pour nous confondre, lorsque nous considérons l’être infime qui les a produits ? Que sont en réalité, toutes proportions gardées, ces temples hindous, ces pyramides d’Égypte, ces cathédrales tant vantées et que les hommes ont mis des siècles à bâtir, lorsqu’on les compare aux constructions cyclopéennes que les Fourmis bâtissent en quinze jours?

Les Fourmis les plus communes de nos bois (Formica ru/a) [PI. VIII] construisent à la surface du sol de vastes demeures qui nécessitent une quantité prodigieuse de matériaux. Au dehors, il s’annonce par ce large dôme que vous avez si souvent vu s’élevant au-dessus du sol, comme un amas de morceaux de bois, de fétus de paille, de brins de feuilles accumulés sans ordre (hg. 157). Mais, en réalité, ce formidable

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Fig. 157. — Nid du Formica ru/a.

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enchevêtrement de bûchettes est parfaitement disposé, de manière à former à l’intérieur des chambres et des galeries qui permettent une circulation facile dans toutes les parties de l’édifice. Disposés avec un art admirable, ces morceaux de bois se trouvent étayés les uns par les autres ; les premiers sont enfoncés dans la terre. Aussi la construction dans son ensemble offre-t-elle une remarquable solidité. Ces fourmilières ont plusieurs ouvertures que les habitants ferment à la chute du jour et dans les temps de pluie, au moyen de bûchettes entre-croisées.

D’autres, moins habiles, s’établissent sous une large pierre qui servira de toiture et creusent au-dessous, dans la terre, des galeries (Formica cunicularia)-, ce sont les mineuses. Mais, de toutes les Fourmis, celles qui font les plus admirables travaux, sont les Fourmis fuligineuses : elles sculptent avec une délicatesse merveilleuse, et dans les bois les plus durs, une multitude d’étages horizontaux, communiquant les uns avec les autres, et dont les planchers, aussi minces que du papier, sont soutenus tantôt par des cloisons, tantôt par des rangées parallèles de petites colonnes (fig. 1 58 ). Toutes les parties de l’édifice sont polies et recouvertes d’un enduit qui leur donne la couleur du vieux chêne. Mais il est impossible de décrire tout ce dédale de salles, de loges, de galeries, toutes les cloisons, les colonnades, les arcades de cette merveilleuse cité, chef-d’œuvre de sculpture par la légèreté et la délicatesse du travail, et qui ne témoigne pas moins de la patience que de l’intelligence de l’insecte qui l’exécuta.

Toutes les espèces de Fourmis ne sont pas également habiles dans l’art de bâtir ; il en est même dont les instincts et l’organisation sont incompa-

PiG. 158.

Fragment du nid du Formica fuliginosa.

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tibles avec tout travail. Telles sont les Fourmis rousses (Formica rufescens) auxquelles leurs mœurs belliqueuses ont fait donner aussi le nom & Amazones. Incapables de bâtir ou d’élever leurs petits, n’ayant que des armes ou des instincts guerriers, elles s’adressent à des espèces plus industrieuses, quelles réduisent en esclavage et obligent à travailler pour elles. Elles partent en corps, envahissent une fourmilière voisine dont elles enlèvent les larves et les nymphes après un combat meurtrier (fig. i 5 q).

FIG. 159. — Fourmis rousses et noires-eendrces.

Jamais elles n’enlèvent les Fourmis adultes; car celles-ci'ne se soumettraient pas à la vie d’ilotes et prendraient la fuite ; tandis que les larves des Fourmis étrangères n’ayant pas encore reçu de leurs parents l’éducation et le goût de la liberté, élevées dans cette république Spartiate, sont facilement dressées à l’esclavage dans lequel elles se croient nées. Aussi les Amazones s’adressent-elles toujours aux races dont l’humeur est pacifique et les instincts domestiques. Ce sont surtout les Fourmis des prés, les Noires-eendrées, comme les appelle Huber (Formica nigro-cinerea),

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qui sont en butte à leurs invasions. Ces larves et ces nymphes élevées par les ouvrières esclaves, et, comme elles, ne connaissant pas d’autre patrie, développeront leurs facultés instinctives et se livreront aux mêmes travaux. Ce sont ces noires-cendrées seules qui travaillent, bâtissent, vont aux provisions, tandis que les rousses, peuple de soldats, n’ont d’autre occupation et d’autre talent que celui de la guerre. Malgré la différence des conditions, une harmonie constante ne cesse de régner entre les deux espèces.

La Fourmi sanguine , qui est d’un rouge vif, a des habitudes semblables à celles de la Fourmi rousse; elle va enlever les larves et les nymphes de la Fourmi mineuse (Formica cunicularia) pour se faire servir par elles.

Les Fourmis nous offrent de nombreuses preuves de discernement, de jugement, dans une foule de cas ; on ne saurait nier leur intelligence. On les voit en toute occasion se communiquer leurs idées au moyen de leurs antennes et peut-être par une mimique dont nous ne pouvons pénétrer le secret. Comment en pourrait-il être autrement pour travailler de concert à leurs vastes constructions ou pour combiner leurs expéditions lointaines? Lorsque le moindre danger menace la cité, celles qui en sont témoins vont aussitôt jeter l’alarme et prévenir tous les habitants logés dans les étages inférieurs, et on les voit aussitôt accourir en foule pour participer à la défense commune. Si une Fourmi étrangère vient à pénétrer dans la fourmilière, on la chasse aussitôt, comme un espion. Si les habitants de deux fourmilières trop rapprochées viennent à se gêner dans leurs opérations, des combats ont lieu avec un ordre et un ensemble admirables. Les Fourmis se battent avec un acharnement singulier, et leurs combats sont souvent très-meurtriers. Lorsqu’une Fourmi a été blessée, celles qui la rencontrent s’empressent de lui porter secours et de la rapporter au domicile commun. A chaque instant nous voyons la raison, l’intelligence apparaître dans les divers actes qu’exécutent les Fourmis.

Nos fourmis indigènes se nourrissent de matières fluides animales ou végétales ; elles attaquent de petites larves, des vermisseaux, dont elles hument les parties liquides, et se montrent particulièrement avides de

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substances sucrées; elles lèchent le miel sur les fleurs, sucent le jus des fruits; l’on sait combien elles recherchent le sucre et les confitures. Ce n’est pas pour elles seules; douées de la faculté de dégorger les substances que contient leur estomac, elles puisent une énorme quantité de nourriture afin d’alimenter les compagnes retenues au logis par le travail, et surtout les larves.

Qui ne connaît la charmante fable de La Fontaine, la Cigale et la Fourmi , dans laquelle le fabuliste représente cette dernière comme un modèle de prévoyance? et combien de fois lui a-t-on reproché de s’être trompé sur ce point! Les Fourmis de nos climats n’amassent point; elles ne prennent pas soin d’emplir leurs greniers en vue de la mauvaise saison. En effet, elles ne mangent pas de graines et n’ont nullement besoin de provisions pour l’hiver, pas plus que la Cigale; car, comme le Loir et la Marmotte, elles s’engourdissent dès les premiers froids. Et cependant le bon La Fontaine a raison. 11 a emprunté le sujet à Ésope, qui habitait la Grèce; Salomon et Elien ont parlé des greniers des Fourmis, et c’est une croyance universelle dans tout l’Orient. Il existe, en effet, dans les pays chauds et jusque sur le littoral de la Méditerranée, des espèces qui ne s’engourdissent pas l’hiver et qui se comportent tout autrement que les Fourmis du Nord. Elles récoltent les graines des plantes et les entassent dans des greniers souterrains qui ont parfois une grande étendue. Mais, avant de les emmagasiner, elles ont soin de les dépouiller de leurs enveloppes et de leurs capsules, parties sans usage et qui ne feraient qu’embarrasser. Le sol de ces magasins est toujours cimenté avec soin et garni d’un revêtement de petits cailloux, ce qui prouve que les Fourmis savent parfaitement que, pour être conservées, les substances alimentaires doivent être mises à l’abri de l’humidité, et ce qu'il y a de plus étonnant, c’est qu’elles ont soin de manger d’abord le germe des graines pour les empêcher de se développer sous l’influence de la chaleur et de l’humidité. Ces Fourmis, que M. Mogridge a observées près de Menton et qu’il appelle Moissonneuses, sont les Atta barbara et structor.

Les Fourmis sont donc aussi admirables que les Abeilles dans leurs instincts et leurs travaux; mais, tandis que ces dernières sont utiles à

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l’homme et constituent pour lui un bien précieux, les Fourmis au contraire lui sont un fléau; car non-seulement elles ne produisent, rien qui puisse servir à son industrie, mais elles lui nuisent souvent en creusant le sol, en envahissant les maisons et les offices, en perforant les poutres et les arbres. Elles sont incommodes par l’odeur quelles répandent et par la morsure quelles font sentir quand elles s’introduisent jusque dans nos vêtements. Certaines grosses Fourmis des régions tropicales, dont nous parlerons plus loin, sont même un danger pour l’homme, qui est obligé de leur céder la place.

La première tribu de la famille des Formiciens, celle des Myrmicides, caractérisée par le premier segment de l’abdomen qui forme deux nœuds, et par la présence d’un aiguillon chez les femelles, comprend plusieurs genres. Celui des Attes est facilement reconnaissable à la grosseur énorme de la tête; il renferme plusieurs espèces européennes dont le type est l’Atte maçonne (Atta structor ); elle construit des nids dans le sable, et forme avec les matériaux quelle en retire une sorte de couvercle à l’entrée. Cette espèce, ainsi que Y Atta bar bar a (fig. 160), habitent le midi de la France ne. i6o. - Aua, bariara. et font des approvisionnements de grains.

Nous en avons parlé plus haut.

Les Œcodomes diffèrent des Attes par leur tête ou leur corselet épineux. L espèce la plus connue, l’Œcodome céphalote (Œcodoma cephalotes ) de l’Amérique méridionale (fig. 161, voy. p. 17g), a des habitudes fort curieuses. C’est une grosse Fourmi de 16 à 20 millimètres, d’un brun marron ou noirâtre, avec une grosse tête luisante, divisée, et armée postérieurement de deux épines; le corselet porte six tubercules. Cette grosse Fourmi coupe les feuilles des arbres et les emporte pour construire son nid. Voici ce qu’en rapporte un voyageur français, M. Lund: ce J’avais toujours regardé comme exagérés, dit ce naturaliste, les récits que font les voyageurs du tort que cer-

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taines Fourmis font aux arbres en les dépouillant de leurs feuilles; mais voici un fait dont j ai été moi-même témoin. Passant un jour près d’un arbre presque isolé, je fus surpris de voir, par un temps calme, des feuilles qui tombaient comme de la pluie. Ce qui augmenta mon étonnement, c’est que les feuilles détachées avaient leur couleur naturelle et que l’arbre semblait jouir de toute sa vigueur.

«Je m’approchai pour trouver l’explication de ce phénomène, et je vis qu’à peu près sur chaque pétiole était postée une Fourmi qui travaillait de toute sa force. Le pétiole était bientôt coupé et la feuille tombait par terre. Une autre scène se passait au pied de l’arbre. La terre était couverte de Fourmis occupées à découper les feuilles, à mesure qu’elles tombaient, et les morceaux étaient sur-le-champ transportés dans le nid.

En moins d’une heure le grand oeuvre s’accomplit sous mes yeux, et l’arbre resta entièrement dépouillé. »

Lorsque les bandes reviennent de la cueillette on croirait une multitude de feuilles animées en marche.

FIG. 161. — Œcodoma cephalotes (voy. page 178).

Ces fourmis commettent souvent de

grands dégâts en s’attaquant aux plantations de caféiers et d’orangers.

Les feuilles découpées en pièces rondes sont employées à la construction d’énormes dômes qui protègent les souterrains. Ces couches de feuilles interposées entre des couches de terre rendent leurs voûtes imperméables même aux pluies torrentielles des régions tropicales. Leurs souterrains s’étendent sous le sol à des distances souvent considérables ; le directeur du Jardin botanique de Para en détruisit un qui n’avait pas moins de 65 mètres de longueur. Non-seulement les Œcodomes ravagent les plantations, mais elles pénètrent de nuit dans les habitations pour enlever le manioc et autres provisions de bouche.

Les Écitones ne sont pas moins remarquables; longues, minces, avec

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une large tète plate armée d’énormes mandibules tranchantes et pointues, de grandes pattes grêles, ces Fourmis de l’Amérique méridionale sont pourvues d’un redoutable aiguillon; elles mordent et elles piquent. Éminemment carnassières, les Écitones chassent en troupes innombrables, semant la terreur parmi tous les êtres vivants. Elles grimpent sur les arbres, visitant toutes les feuilles, toutes les crevasses du tronc, et tuent impitoyablement toutes les Araignées, toutes les larves et chenilles quelles découvrent et qui ne peuvent leur échapper. Les Indiens les évitent avec soin, et l’on cite des voyageurs qui, ayant commis l’imprudence de s’endormir au pied d’un arbre, ont été assaillis et dévorés par

ces terribles insectes. L’Écitone

Fig. 162. — Eciton hamata.

légionnaire (Eciton legionis ) habite les lieux découverts. L 'Eciton hamata , représentée dans notre figure 162, fréquente particulièrement les forêts. Cette espèce, à laquelle ses longues mandibules recourbées et aiguës comme un hameçon ont valu son nom, attaque tous les petits animaux, même les Guêpes, qui cherchent en vain à se défendre.

Certaines Écitones sont aveugles et ne font pas d’excursions à découvert; elles construisent des galeries et des tunnels pour atteindre les nids qu’elles pourront dévaster (fig. 1 63 , voy. p. 181).

Le genre Myrmica, à palpes maxillaires très-longues, à mandibules triangulaires, comprend plusieurs espèces indigènes. La plus commune en France est la Fourmi rouge (Myrmica rubra) ; elle est rougeâtre avec le premier nœud muni d’une seule épine en dessous. Cette Fourmi établit son nid dans la terre, sous des pierres ou des détritus. Une très-petite espèce de ce genre (Myrmica domestica ) habite les maisons à Londres et à Brighton, où elle est un véritable fléau, pénétrant dans les endroits les mieux clos et dévastant tout ce qui est à sa portée.

FAMILLE DES FORMICIENS.

Les Formiciens de la seconde tribu, celle Ponérides, se distinguent par le premier segment de l’abdomen formant un seul nœud; les femelles

Fig-. 163. — Écitones construisant leurs galeries (voy. page 180).

sont, comme chez les Myrmicides, pourvues d’un aiguillon redoutable. La plupart de ces Fourmis, dont quelques-unes sont gigantesques, habitent surtout les régions tropicales. Telles sont celles du genre Componotus. L’espèce la plus remarquable et à laquelle sa grande taille a fait donner le nom de Gigas , est répandue dans l’Inde et à Bornéo.

Comme le montrent nos figures ci-jointes, cette Fourmi, dont la taille atteint celle de nos Guêpes, est réellement un animal redoutable.

Le mâle (fig. 164) est beaucoup moins grand que la femelle (fig. 1 65 , voy. p. 182); tous deux Pm 164 . ao^onom 9 igm,m*. sont pourvus d’ailes et ont le thorax noir et

l’abdomen brun. Ce dernier est terminé chez la femelle par un aiguillon redoutable. La figure 166, (voy. p. 182) représente le neutre ou soldat; celui-ci est un peu moins gros que la femelle, mais sa tête est énorme,

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

carrée et armée de formidables mâchoires, larges, plates et dentées comme une scie. Ces énormes Fourmis grimpent le long des arbres

PXG. 165. — Gomponotus gigas, femelle (voy. page 181).

Le Ponera grandis (fig. 167, voy.

de la famille; il habite l’Amérique méridionale, où il est assez répandu.

Cette espèce paraît vivre, comme la précédente, en petites sociétés de cinq ou six individus sans grande industrie; leur nid consiste en une excavation creusée sous une pierre.

Les femelles et les neutres sont armés d’un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse.

Le curieux nid que nous représentons ici de grandeur naturelle (fig. 168, voy. p. 1 83 ) est l’ouvrage < laquelle les entomologistes anglais de Polyrachis textor. Ce nid, fait de

ou courent sur les chemins en quête d’une proie qui ne leur échappe guère; les plus grosses Araignées, les Vers, les Mollusques et même les petits Reptiles succombent sous leurs terribles morsures.

Les Ponères sont des Fourmis américaines pour la plupart; on en connaît une espèce en France, longue de 5 millimètres et d’un brun foncé et luisant. Cette espèce (Ponera contracta) vit sous les pierres réunie en petites sociétés de huit à dix individus; pendant le jour elle ne sort pas de sa retraite, p. 1 83 ) est encore un des géants

fig. 166. — Gomponolus gtgas, neutre (voy. page 181).

,’une petite Fourmi de Malacca, à donnent le nom peu harmonieux fibres végétales, semble être tissé

FAMILLE DES FORMICIENS.

en crin, et sa texture est assez lâche pour que l’on puisse voir ses habitants au travers. La Fourmi est noire.

La troisième et dernière tribu, celle des Formicides, comprend les espèces dont le premier segment de l’abdomen forme un seul nœud, et qui sont privées d’aiguillon.

Le genre Polyergus a pour caractère :

les mandibules étroites, arquées, terminées en pointe crochue. Le type du genre est le Polyergue roussâtre (.Polyergus rufescens ), cette singulière Fourmi amazone qui, impropre à bâtir et à élever ses petits, enlève les larves et les nymphes d’espèces plus industrieuses et les réduit en esclavage §V B pour les obliger à travailler pour elle. (™ y . P . m*.

Nous en avons déjà parlé avec détails.

Le genre Formica ou les Fourmis proprement dites sont les plus nombreuses, les plus répandues et les mieux connues de la famille; c’est

à elles que se rapportent les faits généraux que nous avons relatés au commencement de cet article.

Nous avons donné des détails sur les divers modes de construction employés par ces admirables petits êtres. Les plus habiles d’entre eux sont: la Fourmi rousse (Formica rufa ), une des plus communes du genre; nous l’avons figurée à la

FIG. 168. — Polyrachis textor (voy. page 182).

page 167 sous ses trois conditions.

Elle construit dans les endroits sa¬

blonneux, avec toutes sortes de débris et de fragments de bois, un nid représenté à la page 173. La Fourmi brune (Formica brunnea ), l’une des plus petites et des plus industrieuses de nos Fourmis communes, construit

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

de vastes fourmilières à étages nombreux et d'un fini merveilleux. La Fourmi charpentière (.Formica fuliginosa)

I sculpte dans le tronc des arbres les plus

durs dévastés nids d’une délicatesse extrême

On voit fréquemment les Fourmis courir sur les arbres et les arbustes, et parfois en grand nombre; mais c’est pour y chercher

Il existe entre certaines

les Pucerons des rapports bien plus singuliers encore. Les Fourmis jaunes (j Formica flava) [fig. 169 et 170], par exemple, sortent rarement de leur demeure, ne visitent guère les arbres ou les fruits, et ne font pas la chasse aux vermis-

manquent pas de nourrirons qui la leur fournissent presque exclusivement. Les Fourmis jaunes ne se contentent pas de sucer le tube des Pucerons quelles rencontrent; elles font mieux, elles les enlèvent et les transportent dans le voisinage de leur cité, sur des plantes basses, où elles les parquent, comme nous faisons des troupeaux, en élevant autour d’eux une enceinte pour les empêcher de fuir ou de s’égarer. Ces bergers d’un nouveau genre ne perdent jamais

Fig. 169.

Formica flava, femelle.

FIG. 170

Formica flava, neutre.

FlG. 171. — Pin excavé par le Formica ligniperda.

FAMILLE DES FORMICIENS.

de vue leurs petits bestiaux; elles en prennent le plus grand soin et vont aux différentes heures du jour leur demander le lait miellé dont elles sont si friandes. C’est leur bétail; ce sont leurs vaches et leurs chèvres.

Fig. 172. — Coupe d’un tronc de pin excavé par le Formica ligniperda.

Une espèce de Fourmi, le Formica ligniperda , cause parfois de grands dégâts dans les pins et les sapins, dont il ronge le tronc et entraîne parfois la mort. On voit ici un spécimen de leur travail (fig. 171 et 172).

Le Formica gracilescens , très-agile, poilu, à longues pattes grêles, a depuis quelques années envahi les serres du Jardin des plantes de Paris. Il vient de la Guyane et a détruit toutes les espèces françaises.

Une Fourmi très-singulière habite le Mexique : c’est le Myrmecocystus mexicanus, connu au Mexique sous le nom de Hormiga mielera , c’est-à-dire « Fourmi à miel». En effet, cette Fourmi fait du miel et l’emmagasine d’une manière tout à fait singulière.

Nous voyons les Abeilles, les Bourdons, les Osmies et autres fabricants de miel renfermer cette précieuse substance dans des cellules pour la conserver; mais nos Fourmis mexicaines la conservent dans leur propre corps. Certaines ouvrières se nourrissent

Fig. 173. — Myrmecocystus mexicanus (voy. page 186).

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

exclusivement du nectar des fleurs, et la matière sucrée s’accumule dans leur ventre au point de le distendre comme une vessie gonflée (fig. 173^ voy. p. 1 85 ) ; c’est la membrane élastique qui relie les segments de l’abdomen entre eux qui s’étend ainsi, et les segments cornés y restent marqués ' en noir comme des chevrons. On vend au Mexique ces Fourmis à la mesure^ et on en exprime le miel en pressant le ventre entre les doigts.

FAMILLE DES CH RYSI DIENS

FAMILLE DES CHRYSIDIENS

Les Chrysidiens sont de jolis petits Hyménoptères, remarquables par l’éclat de leurs couleurs, qui leur a fait donner le nom de Guêpes dorées. La forme générale de leur corps rappelle en effet, en petit, celle des Guêpes; mais leurs téguments très-durs et très-polis, verts, bleus, pourpres ou dorés, le disputent en éclat aux pierres précieuses.

Les insectes compris dans cette famille sont de petite taille et d’égale largeur partout; leur tête inclinée porte des antennes de treize articles, coudées, filiformes, et toujours en mouvement; les mandibules sont arquées et pointues. L’abdomen, attaché au thorax par un pédicule trèscourt, est généralement plat et voûté en dessous, très-bombé en dessus ; les derniers anneaux peuvent s’engaîner les uns dans les autres, ou s’allonger comme les tubes d’une lorgnette; il est terminé chez les femelles par un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse.

Les Chrysidiens, bien que peu nombreux en genres et en espèces, sont répandus dans les diverses parties du monde; on les rencontre pendant toute la belle saison, voltigeant de fleur en fleur, et ils brillent au soleil comme des pierres précieuses. Mais si leur extérieur est séduisant, il n’en est pas de même de leurs habitudes, qui sont perverses ; car ils jouent dans la classe des insectes le même rôle que le Coucou dans celle des oiseaux. Dépourvus de l’industrie nécessaire pour préparer uij asile à leur postérité, ils s’approprient par la ruse les nids que d’autres plus habiles ont construits. Ces parasites effrontés épient le moment où une femelle quitte sa cellule commencée, s’y introduisent et déposent au milieu des provisions qu’elle renferme un œuf à côté de celui du légitime propriétaire. La larve qui en sort dévore les vivres destinés à sa compagne et la réduit à mourir de faim ; ou bien elle s’attaque à celle-ci même, se cramponne sur son dos et la suce, mais lentement, de manière à ne pas lui faire perdre promptement la vie. Ce n’est que lorsqu’elle-

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

même a pris tout son accroissement, qui est rapide, qu’elle achève sa victime. Cependant ces parasites n’exercent, pas toujours leur industrie impunément^ quelquefois ils ont affaire à plus forte partie qu’eux et portent la peine de leur audace. Lepelletier de Saint-Fargeau, l’historien des Hyménoptères, en rapporte l’exemple suivant : « L 'Hédychre royal place ordinairement ses œufs dans le nid de XOsmie maçonne. J’ai observé une femelle de cet Hédychre qui, après être entrée la tête la première dans une cellule presque achevée de cette Osmie, en était ressortie et commençait à y introduire la partie postérieure de son corps, en marchant en arrière, dans l’intention d’y déposer un œuf, lorsque l’Osmie arriva, portant une provision de pollen et de miel; elle se jeta aussitôt sur l’Hédychre en produisant un bourdonnement de colère. L’Hédychre surprise se contracta aussitôt en boule et si parfaitement que ses ailes seules dépassaient. L’Osmie cherchait vainement à la saisir avec ses mandibules, mais celles-ci n’avaient aucune prise sur un corps aussi lisse et glissaient sans pouvoir la blesser. Ce que voyant, l’Osmie lui coupa les quatre ailes au ras du corselet et la laissa tomber à terre. Elle visita ensuite sa cellule avec une sorte d’inquiétude, puis, après avoir déposé sa charge, elle retourna aux champs. Alors, l’Hédychre, qui n’avait pas bougé jusque-là, se remit sur ses pieds, monta vivement le long du mur directement au nid d’où il avait été précipité, et fut pondre son œuf dans la cellule de l’Osmie, en ayant soin de le cacher sous la pâtée afin qu’il ne pût être aperçu par l’Osmie. »

La famille des Chrysidiens, peu nombreuse en genres, ne comprend qu’un seul groupe, celui des Chrysidides, dont le type est le genre Chrysis qui lui donne son nom. Il a pour caractères : des palpes maxillaires de cinq articles, un peu plus longues que les labiales, qui n’ont que trois articles ; les mandibules unidentées. La Chrysis dorée (Chrysis ignita ), très-répandue dans notre pays, est représentée dans notre planche VIII. Elle est d’un beau bleu mêlé de vert avec l’abdomen rouge doré, terminé par quatre dents distinctes. Cette espèce dépose ses œufs dans les nids de divers Crabroniens, tels que les Philanthes et les Cerceris.

Les Hédychres , dont nous avons parlé plus haut, ont les palpes maxil-

FAMILLE DES CHRYSIDIENS.

laires beaucoup plus longues que les labiales • leurs mandibules sont tridentées.

Les Euchrées ont les palpes maxillaires et les labiales de la même longueur; leurs mandibules sont unidentées. L’Euchrée pourpre ( Euchrœa purpurata) est d’un vert doré avec l’abdomen violet pourpre. Elle se trouve en Europe, mais n’y est pas

commune. FiG. 174. — Stilbum, splendidum.

Les Stilbes se distinguent des Euchrées par leur métathorax prolongé en épine. Nous figurons ici le Stilbum splendidum (fig. 174), le plus grand de la famille. Il est entièrement d’un beau vert bleuâtre et habite les Indes orientales.

FAMILLE DES CHALCIDIENS

Cette famille est la première de la section des Térébrans. Dans les familles précédentes ou Porte-aiguillon , nous avons presque toujours vu les femelles armées d’un aiguillon venimeux, leur servant soit d’arme défensive, soit pour engourdir une proie dont elles approvisionnent leur nid pour la nourriture de leurs larves. Dans les familles d’Hyménoptères qui vont suivre, les larves sont carnassières ou vivent des sucs végétaux; mais, dans le premier cas, les femelles déposent leurs œufs sous la peau même de divers insectes, larves ou chenilles, et les petites larves qui en sortent les rongent lentement ; dans le second, les femelles déposent leurs œufs dans les tissus végétaux et déterminent par là un afflux de sève qui sert à l’alimentation des larves. Dans l’un et l’autre cas, les femelles n’ont plus un aiguillon venimeux, mais simplement une tarière ou tube destiné à percer la peau des victimes et à pondre l’œuf dans la plaie.

Les Chalcidiens offrent donc cette organisation. Ils ont en outre le corps oblong, plus ou moins épais; les mâchoires assez longues, les palpes maxillaires très-courtes; les antennes coudées, de douze ou treize articles. Leurs ailes n’ont le plus souvent qu’une seule nervure bifurquée.

Les larves des Chalcidiens sont carnassières, comme celles des familles précédentes, mais non de la même manière; celles-ci, en effet, trouvent à leur portée une proie vivante qui y a été déposée par les soins de leur mère, ou elles ont été introduites à l’état d’œuf dans les nids d’autres espèces plus industrieuses, dont elles dévorent les provisions. Les femelles des Chalcidiens déposent leurs œufs dans le corps même d’une chenille ou d’une larve, qui continue néanmoins à exister assez longtemps pour que la larve de l’Hyménoptère prenne tout son accroissement. Elle existe ainsi renfermant en elle-même des germes de mort.

Comment l’insecte peut-il vivre en étant ainsi rongé chaque jour ? La larve de 1 Hyménoptère n’attaque d’abord aucun des organes nécessaires

FAMILLE DES CHALCIDIENS

à la vie de l’insecte qu’elle dévore ; elle ne s’attaque qu’au tissu graisseux qui entoure le canal intestinal. C’est seulement à l’époque de sa métamorphose en nymphe, lorsqu’elle sent quelle n’aura plus besoin de nourriture, quelle immole ordinairement sa victime. Elle s’en prend alors à tous ses organes, et ne laisse souvent que la peau, dans laquelle elle subit sa transformation. Quelquefois il n’existe qu’une seule larve dans le corps d’un insecte ainsi attaqué; mais dans des cas nombreux on trouve une assez grande quantité d’individus, ce que permet leur petite taille.

Tous ces Hyménoptères carnassiers rendent d’éminents services à l’agriculture en détruisant chaque année un grand nombre de chenilles et de larves phytophages. Mais il arrive un moment où ces insectes carnassiers prédominent et finissent par anéantir presque en entier la race des insectes herbivores ; alors ils périssent à leur tour faute de pâture, et les insectes nuisibles reparaissent en abondance au bout de peu de générations. C’est ce qui explique comment les ravages de nos arbres forestiers, de nos vergers, de nos vignes, de nos céréales ne se produisent que par intermittences.

Les Chalcidiens constituent une famille nombreuse en espèces; mais toutes sont d’une taille fort exiguë.

Les Chalcis proprement dits sont les plus grandes espèces de la famille ; ils ont l’abdomen distinctement pétiolé, ovoïde, conique, à tarière droite; les cuisses postérieures très-renflées, les tibias arqués, les antennes plus ou moins renflées à l’extrémité. Les Chalcis déposent leurs œufs dans le corps de diverses chenilles; c’est ainsi que la Chalcide petite (Chalcis minuta) vit aux dépens de la chenille de la Pyrale de la vigne et en détruit chaque année un grand nombre. Le type du genre est la Chalcide à pieds en massue, Chalcis clavipes, longue de 7 à 8 millimètres, entièrement noire avec les fémurs postérieurs et les tarses jaunes. Cette espèce, qu’on peut regarder comme le type du genre, se trouve communément dans les endroits aquatiques.

Une Chalcide du Midi, dont on a fait le genre Chirocère , a des antennes en éventail.

Les Eurytomes , aux antennes poilues., sont de petite taille, de couleur

noire et brillante. Ils vivent dans le corps des larves d’autres Hyménoptères qui, parfois, sont elles-mêmes parasites.

Les Diplolépis ont une forme cylindrique, avec une tarière presque aussi longue que le corps chez les femelles. A l’état d’insectes parfaits, ils fréquentent les fleurs, surtout les ombellifères. Les femelles déposent leurs œufs dans le corps des larves des Cynips renfermées dans leurs galles et dont nous parlerons un peu plus loin.

Fig. 175 . — Pteromcdus larvarum. Les Corunes , à antennes filiformes, à abdomen étranglé, vivent sur d’autres larves d’Hyménoptères. La Corune en massue ( Coruna clavata ), qui est verte, à pattes testacées, dépose ses œufs sur la larve d’un petit Braconide, qui lui-même vit aux dépens des Pucerons.

Les Pteromales ont les antennes grêles, à massue fusiforme; leur abdomen est plus court que le thorax et fortement aplati.

Les larves de ces petits Hyménoptères vivent aux dépens des chenilles et des chrysalides des Lépidoptères ; ils sont utiles à l’agriculture en ce qu’ils restreignent beaucoup le nombre d’une foule d’espèces nuisibles ; mais, d’un autre côté, ils font le désespoir des collectionneurs de Papillons, qui voient souvent sortir d’une chrysalide, au lieu du Papillon qu’ils attendaient, une foule de petits Chalcidiens.

Le Ptéromale commun ( Pteromalus commu nis) attaque souvent la Pyrale de la vigne.

Il en est de même du Ptéromale des larves (■Pteromalus larvarum ), quia les pattes entièrement jaunes. Nous figurons ici cette espèce assez commune, ainsi que le Pteromalus pu- fig. ne. - P u P ar Um . parum (fig. 175 et 176).

Certains Ptéromales vivent aux dépens des Pucerons; d’autres déposent leurs œufs dans les nids des Osmies et des Odynères.

Les Cléonymes se reconnaissent au premier abord à leur corps large et déprimé. Le Cleonymus maculipennis est représenté fig. 177. C’est un

FAMILLE DES CHALCIDIENS

joli petit insecte d’un bleu métallique profond, à reflets verts; les antennes sont rouges, terminées de noir; les ailes sont tachetées de brun.

Les Encyrtes sont de très-petits Chalcidiens, dont quelques-uns ne dépassent guère 1 millimètre de longueur. Ils s’attaquent principalement aux petits Hémiptères des genres Cochenille, Kermès, Puceron; quelquefois aussi à de petits Coléoptères, tels que les FiG. 177. — Cleowymus macu- Coccinelles.

Les Eulophes sont encore de très-petits insectes, remarquables par leurs antennes flabellées, surtout dans les mâles. Ces petits Hyménoptères sont répandus sur les fleurs pendant toute la belle saison ; les femelles déposent leurs œufs dans le corps des petites chenilles des Phalènes et des Teignes. Quelques-uns s’attaquent à des Diptères.

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

FAMILLE DES PROCTOTRUPIENS

Les divers genres que renferme cette famille ont pour caractères généraux : un corps oblong, des antennes de dix à quinze articles, filiformes ou un peu épaissies à l’extrémité, des palpes maxillaires longues et pendantes. Leurs ailes supérieures n’ont, comme dans la famille précédente, qu’une seule nervure bifurquée ; les inférieures en sont totalement privées.

Au point de vue des mœurs et des habitudes, les Proctotrupiens se rapprochent beaucoup des Chalcidiens. Comme eux, ils sont de très-petite taille, et vont pondre leurs œufs dans le corps des larves et des nymphes des autres insectes. Leur corps est ordinairement revêtu de nuances bronzées et de couleurs à reflets métalliques, et leurs fines ailes sont irisées des plus brillants reflets.

Nous distinguerons dans la famille des Proctotrupiens deux tribus : la première, celle des Proctotrupides, portant des ailes proportionnées à la dimension du corps; la seconde, celle des Mymarides,, ayant des ailes étroites, quelquefois linéaires, élargies à l’extrémité en une petite palette.

A la première appartiennent les Proctotrupes proprement dits, trèspetits Hyménoptères qui déposent leurs œufs dans le corps des larves de divers Diptères. On les distingue à leur abdomen en clochette presque sessile et à leurs antennes de douze articles insérées au-dessous du front.

L’une des plus grandes espèces de cette tribu est le Teleas elatjor représenté figure 178. Dans ce genre, les pattes sont conformées pour le saut; les antennes, composées de douze articles, sont poilues; ces antennes sont de formes très-différentes dans les deux sexes,

Teleas elatior.

famille des proctotrupiens.

comme on le voit par les figures ci-jointes : a représente celle de la femelle, et b celle du male. Le Teleas elatior est d'un noir bleuâtre profond, et ses ailes sont irisées. Quelques espèces de ce genre sont à peine longues d’un demi-millimètre, et pondent leur œuf dans Y œuf d’un Papillon. Ce qu il y a de curieux, c’est qu’un seul œuf, gros comme une tête d’épingle, puisse suffire à la nourriture d’une de ces larves pendant toute la durée de son existence. Tel est le Teleas ovulorum, petit insecte microscopique noir à pattes jaunes, que l’on voit sortir souvent des œufs des Papillons nocturnes. FIG ' 179 ot l80 '

Les Gonatopes sont de singuliers insectes. L’espèce que nous figurons ici (fîg. 181 ), le Gonatopus celebicus, vient de l’île de Célèbes. On le prendrait à première vue pour une Fourmi jaune de grande taille. Il a 8 à 9 millimètres de longueur; sa couleur est un jaune pâle, et les femelles sont privées d’ailes. Il court avec rapidité sur le sable.

La seconde tribu, celle des Mymarides, renferme de très-petits Hyménoptères bien singuliers par l’extrême ténuité de leurs ailes et par la longueur de leurs antennes. Celles-ci sont filiformes et composées de neuf à treize articles ; leurs ailes supérieures sont comme portées sur un long filet, élargies au bout en spatule, et les inférieures sont souvent réduites à une simple nervure courte et droite.

Ces singuliers insectes sont rares; on les trouve surtout en Angleterre. L’espèce la plus curieuse du

Fig. 181. — (ronatopus celebicus.

FlG. 182. — îlymar pvlehélhta (voy. page lfH'i),

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

genre Mymar, le plus important du groupe, est le Mymar joli (.Mymar pulchellus), que nous figurons ici (fig. 182, voy. p. ig 5 ). Il a 2 millimètres de longueur ; sa couleur est un jaune d ocre brillant, légèrement pubescent. Ses ailes supérieures sont formées d’une nervure costale longue et dune membrane ovalaire allongée, noire au sommet et blanchâtre à la base; cette expansion est garnie de longs cils bruns tout autour. Les ailes inférieures sont rudimentaires, formées d’une seule nervure très-courte et pointue.

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