‹ Musée entomologique illustréChapitre 11 sur 42 · PIG · texte numérisé non relu

PIG

Nymphe de Lucane.

les excréments. Leurs mandibules sont membraneuses , recouvertes par un chaperon en demi-cercle ; leurs antennes sont composées de neuf articles, rarement de huit.

Le ^emeAteuchus^ auquel appartiennent les Scarabées sacrés des anciens Égyptiens, a le corps large et déprimé, le chaperon découpé à six dents, les jambes antérieures élargies, garnies de dents trèsfortes et complètement privées de tarse, propres à

Dorcus pardUelipi;pedus.

fouir; les postérieures sont au contraire grêles, beaucoup plus longues que les autres et terminées par des tarses comprimés. Ces insectes sont particulièrement répandus dans les contrées méditerranéennes et offrent des mœurs très-singulières. Le type du genre, VAteu‘ chus sacré (fig. 201)^ assez commun en Provence, était vénéré en Égypte; aussi le voit-on représenté sur les monuments des Pharaons, dans les hiéroglyphes, sculpté de mille façons en cachets, en amulettes, etc. Il était le symbole de la transmigration des âmes et placé dans la tombe

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des personnes pieuses comme un dieu tutélaire. Le zodiaque de Denderah le représente dans les signes célestes au lieu du Scorpion des Grecs.

L’Ateuchus sacré est tout noir, avec deux petits tubercules sur la tête; ses élytres sont finement striés, ses jambes antérieures quadridentées ; il a de 25 à 3 o millimètres de longueur. Comme tous ses congénères, cè scarabée est doué d’instincts fort curieux. On le voit, en plein soleil, déployer une activité incroyable. Il s’enfonce dans les bouses et en forme de grosses boules, qu’il roule par les chemins en les poussant à reculons avec ses pattes de derrière. On se demande naturellement à quoi servent ces boules, et quel est le but de toute cette activité : le besoin de placer

Fig, 201. — Ateuchus sacré.

sa progéniture dans des circonstances favorables à son développement. La femelle pond ses œufs, et au lieu de se contenter, comme les autres coprophages, de les enfouir au milieu d’une bouse ou dans une cavité, elle les entoure d’une petite masse de matière fécale quelle arrondit en boule en la roulant sur le sol. Lorsque la boule est formée, elle procède à son enfouissement, et ce n’est pas la partie la moins ardue de son travail. C’est principalement dans les dunes ou dans les sables des bords de la mer que les Ateuchus se livrent au travail nécessaire pour enfouir leurs boules. A l’aide de leurs pattes antérieures, élargies et tranchantes comme une pioche, ils creusent activement la terre qu’ils repoussent derrière eux; puis, se retour-

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nant et se servant de leur front comme d’une pelle, ils rejettent au loin les débris qui les embarrassent. Ce genre de travail explique 1 absence des tarses aux pattes antérieures, qui n’auraient fait que les gêner ou se seraient brisés en fouissant. Parfois le trajet à parcourir de la bouse au terrain propre à l’enfouissement est assez long; mais cela n’effraie pas notre scarabée, qui ne manque ni de courage ni de patience. Il embrasse de ses deux pattes de derrière, longues et épineuses, la boule de dente, et se dirige à reculons en la poussant vers le lieu où il doit l’enterrer. Souvent il se présente un obstacle, la boule roule dans un trou et le scarabée luimême fait la culbute; mais il ne se décourage pas pour si peu, il se relève, soulève sa boule sur sa large tête et recommence son travail. Il arrive parfois que, par suite d’une chute sur un terrain en pente, la boule roule au loin, et pendant le temps que met son propriétaire à se relever, ce qu’il fait avec quelque difficulté, un camarade peu délicat s’empare de la boule et la roule pour son propre compte. Le dépossédé, lorsqu’il est enfin parvenu à se relever, cherche sa boule, et ne la trouvant plus, il tente de s’emparer de celle qu’il trouve à sa portée; mais celle-ci a, le plus souvent, un propriétaire peu disposé à céder son bien, et il en résulte un combat, pendant lequel arrive parfois un troisième larron qui s’enfuit avec la boule en litige, et les deux volés sont réduits à en faire de nouvelles. Lorsque l’Ateuchus conduit sa boule à bon port, c’est-à-dire dans l’endroit où il veut l’enfouir, il creuse son trou, y précipite sa boule, puis la recouvre avec soin. Les larves qui sortent des œufs déposés dans la boule sont de gros vers blancs, assez ressemblants à la larve du Hanneton; elles vivent aux dépens de la matière dont la boule est formée; puis, lorsqu’elles ont atteint tout leur développement, elles se construisent , au fond du trou où elles ont vécu, une coque de terre et de débris et s’y transforment en nymphe.

Le genre Gymnopleurus renferme des espèces plus petites que les Ateuchus, et bien reconnaissables à une forte échancrure des élytres en arrière des angles huméraux. Ces scarabées ont des habitudes analogues. Une espèce fort commune dans le centre et le midi de la France, le Gymnopleiirepilulaire (fig. 202), est longue de 12 à i5 millimètres, d’un noir mat.

LE MONDE DES SCARABÉES

Ces insectes vivent rassemblés en troupes plus ou moins considérables, et couvrent parfois de leur multitude les déjections des chevaux et des bœufs. Plus que les autres, ils semblent doués de l’instinct de sociabilité et se prêtent à l’occasion une mutuelle assistance. Lorsqu’en roulant sa boule, l’un d’eux rencontre un obstacle qu’il ne peut surmonter, il semble l’abandonner et s’envole au loin; mais si l’observateur a la patience de demeurer quelque temps auprès de cette boule, il verra bientôt revenir le scarabée pilulaire, non plus seul, mais accompagné de deux, trois ou

Fig. 202. — Gymnopleure pilulaire.

quatre compagnons qui s’abattent tous à l’endroit désigné et mettent en commun leurs efforts pour enlever le fardeau. Le propriétaire de la boule a été chercher du renfort, et voilà comment on rencontre parfois plusieurs de ces scarabées roulant la même boule.

Un troisième genre, celui des Sisyphes, ainsi nommé par Latreille en souvenir de ce fils d’Éole condamné à rouler au sommet d’une montagne un rocher qui retombait toujours au moment où il était près d’atteindre le but, se reconnaît à ses élytres fortement rétrécis en arrière et à ses pattes

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postérieures très-longues, très-grèles et arquées, qui lui servent ci traîner ses boules. Le Sisyphe de Schætfer {Sisyphiis Schœfferi), assez commun dans le centre et le midi de la France, se rencontre constamment roulant sa boule; il choisit souvent des crottes de chèvre, dont la forme arrondie lui économise du travail. Ici le mâle accompagne presque toujours sa fqmelle, lorsque celle-ci roule sa pelote; non qu’il l’aide à la pousser, mais comme pour surveiller son travail et l’encourager; peut-être aussi pour lui donner un coup de main au besoin. Telle est leur sollicitude pour ces boules qui doivent servir de berceau à leur progéniture, queM. Mulsant, qui a observé avec soin ces scarabées aux environs de Lyon, rapporte en avoir vu, surpris par la nuit avant d’avoir pu enterrer leur globule, qu’il retrouvait le lendemain, de grand matin, le tenant entre leurs pattes comme un trésor dont ils n’avaient pu se séparer.

Les Copris ou Bousiers ont le corps très-épais et très-convexe, mais non rétréci en arrière; leur chaperon est légèrement échancré en avant, et ils manquent d’écusson. Leurs pattes sont courtes et robustes, propres à fouir. Les mâles, en général, portent des éminences sur le prothorax et des cornes sur la tête. Ces scarabées ne construisent pas de boules, comme les précédents; mais ils creusent, sous les matières stercoraires dont ils se nourrissent, des trous parfois très-profonds, et y accumulent, mêlées à leurs œufs, les matières nécessaires à la nourriture des larves qui en sortiront. Le Copris lunaire^ que l’on trouve aux environs de Paris, mais beaucoup plus communément dans le Midi, est d’un noir brillant, remarquable par les trois tubercules coniques qui ornent son corselet et la corne qui s’élève presque droite sur sa tête.

Chez la femelle, cette corne est courte et échancrée au sommet.

Les Onthophages sont de petits Copris à corps court, peu convexe, à écusson indistinct; les antennes ont neuf onthoph!grtaareau. articles; la tête est presque toujours armée de cornes chez les mâles. Il en existe un grand nombre d’espèces. L’une d’elles, XOnthophage taureau (fig. 2o3), tout noir, finement ponctué, porte sur la tête deux longues cornes arquées comme les taureaux de la Camargue. L’O/î-

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Fig. 204. — Géotrupe Typhéc, mâle.

thophagefourchu, à élytres fauves, porte sur la tête trois cornes droites, grêles, dont celle du milieu est plus courte.

Les Aphodies, au corps oblong, semLcylindrique, à écusson visible, sont également très-nombreux et de petite taille. Ils vivent dans les bouses comme les précédents. L’Aphodie du fumier [A. fimetarins)^ long de 6 à 7 millimètres, est d’un noir luisant avec les élytres d’un beau rouge. L’Aphodie fossoyeur [A.fossor)^ un peu plus grand, est entièrement noir. D’autres, comme VAphodie erratique^ ont les élytres jaunes.

Tout le monde connaît les Géotrupes, désignés vulgairement sous le nom de Bousiers. Leur corps en ovale court est très-convexe, orné de couleurs métalliques • leurs pattes, très-robustes, sont propres à fouir. Ils creusent en effet des trous souvent très-profonds sous les bouses et les matières stercorales. Ils volent le soir par les chemins avec un fort bourdonnement, et le laboureur y voit un présage de beau temps pour le lendemain. Leur vol est lourd, et ils y préludent en soulevant leurs élytres à plusieurs reprises comme les Hannetons, pour gonfler d’air leur corps massif. Chose étrangeI ces insectes, qui vivent au milieu des matières les plus dégoûtantes, en sortent toujours nets, secs et brillants comme s’ils venaient d’être lavés et vernis.

En général, leur tête et leur corselet sont privés de cornesj une seule espèce, le Géotrupe Typhée (fig. 204), long de r 5 à 20 millimètres, d’un noir luisant , a le corselet armé de trois cornes ] les deux latérales longues et horizontales, celle du milieu courte et un peu relevée. La femelle ne porte pas de cornes (fig. 2o5). Le Géotrupe stercoraire (fig. 206), plus grand, noir luisant, passant au vert, au blem au violacé, est l’espèce la plus commune. La femelle prend un soin tout particulier de ses œufs : elle pratique dans la terre, sous les bouses, une sorte de puits profond.

Fig, 205.

Géotrupe Typhée, femelle.

Fig. 206.

Géotrupe stei-coraire.

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y façonne une loge dans laquelle elle dépose un œuf, puis elle la remplit de matière stercorale destinée à l’alimentation de la larve. Celle-ci est un gros ver blanc, courbé en arc, à tête et à pattes écailleuses (PI. col. XX- XXI-XXII).

Tous ces insectes coprophages ont un rôle important à jouer dans la nature: ils sont en quelque sorte préposés à la salubrité publique et chargés de faire disparaître une foule d’immondices qui, par leur accumulation, finiraient par infecter l’air et porter la contagion et la mort parmi les êtres vivants. Grâce à eux, ces matières dégoûtantes, fouillées

Fig. 207 et 208. — Oryctes nasicorne, mâle et femelle.

et divisées à l’infini, se dessèchent rapidement sous l’action de l’air qui les pénètre de toutes parts^ et se transforment en un terreau fécond.

Les Oryctes ou Rhinocéros sont, en Europe, les seuls représentants de ces énormes Scarabées des régions tropicales, dont quekpues-uns atteignent un décimètre de longueur. Ce sont des insectes de forme ovale, très-convexes, à pattes épaisses et robustes, les antérieures armées de trois ou quatre fortes dents. Leurs antennes ont dix articles, dont les trois derniers forment la massue. Le type du genre, VOryctes nasicorne (fig. 207), vulgairement connu sous le nom de Rhinocéros ^ est long de 26 à 35 millimètres, d’une couleur d’acajou brillant. Sa tête est armée d’une

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longue corne arquée chez le mâle, remplacée chez la femelle (fig. 208) par un simple tubercule pointu; le corselet du mâle se relève au milieu en une forte saillie tridentée. La femelle place ses œufs dans le tan des cultures maraîchères ou dans les vieux troncs pourris des chênes. La larve qui en sort (fig. 209) ressemble à celle du Hanneton, mais devient beaucoup plus grosse; elle mange les détritus ligneux du terreau et attaque aussi les racines des plantes. L’Oryctes nasicorne est assez commun aux environs de Paris, dans les jardins et surtout dans le tan, en juin et juillet. Il est bien connu des écoliers, qui s’en amusent et lui font supporter le poids de leurs gros dictionnaires. La force musculaire et la résis-

Fig. 209. — Larve de l’Oryctes nasicorne.

tance des téguments de cet insecte sont extraordinaires, et c’est de lui qu on a pu dire que, s’il avait la taille de l’éléphant^ il bouleverserait sans peine les rochers et les montagnes.

La tribu des Mélolonthides ou Phytophages, dont le type est le Hanneton, renferme une foule d’insectes vivant généralement sur les feuilles; leurs mandibules fortes et cornées sont conformées pour ronger les matières végétales; leurs jambes ne sont pas très-fortes; leurs antennes ont neuf ou dix articles. Cette tribu renferme les insectes les plus nuisibles à nos cultures, soit à l’état d’insecte parfait, soit à celui de larve; il nous suffira de nommer le Hanneton pour en donner une idée. Chez les Hannetons proprement dits {Melolontha^ fig. 210 et 211), les antennes ont dix

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articles, dont les sept derniers chez les mâles, les six derniers seulement chez les femelles, forment la massue. Les lamelles, beaucoup plus grandes dans le mâle que dans la femelle, s’écartent à la volonté de 1 animal. Le pygidium ou dernier segment supérieur de l’abdomen est grand, perpendiculaire, prolongé en pointe.

Tout le monde connaît le Hanneton commun {Melolontha vulgaris) ; c’est le plus commun de tous les Scarabées, pour notre malheur; car il cause dans nos cultures des dégâts considérables. A l’état parfait, le Han-

FlG, 210 et 211. — Hanneton commun, mâle et femelle.

neton ne vit guère plus de six semaines, de la mi-avril à la fin de mai; il se tient alors sur les arbres, surtout sur les ormes, dont il ronge les feuilles; mais sa larve vit trois ans. Celle-ci se nourrit des racines des céréales et d’une foule d’autres plantes, et comme elle mange pendant presque tout ce temps, la quantité de substance végétale quelle consomme est énorme.

La femelle, avec ses fortes pattes de devant, creuse le sol à un ou deux décimètres de profondeur et dépose au fond du trou de vingt à trente œufs d’un blanc jaunâtre, de la grosseur d’un grain de chènevis. Elle choisit

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toujours, pour leur confier sa progéniture, les sols les plus légers et les mieux fumés^ c’est-à-dire les terres les plus favorables au développement des végétaux. Au bout d’un mois environ sort de chaque œuf une larve d’un blanc sale, recourbée en arc, molle et grasse^ à tête cornée, à pattes grêles. La première année, les petites larves restent réunies et commettent peu de dégâts ; en hiver elles s’enfoncent profondément en terre et échappent ainsi à la gelée et aux inondations ; mais au printemps suivant , pressées par la faim, elles se répandent de tous côtés et dévorent à belles dents toutes les racines qu’elles rencontrent; céréales, légumes, salades, arbres fruitiers, rien ne leur échappe; et elles paraissent avoir une prédilection marquée pour les fraisiers et les rosiers, dont elles causent la mort. Lorsqu’elles sont en grande quantité, leurs ravages sont incalculables, et, il y a quelques années, on évaluait à 25 millions les dommages causés par cette larve dans le seul département de la Seine- Inférieure. On a remarqué que les Hannetons se montraient en quantités prodigieuses certaines années, et étaient relativement rares dans d’autres; que leur abondance se reproduisait à peu près tous les trois ans. Cela s’explique parfaitement par la durée de leur développement. On comprend, en eifet, qu’une année où les Hannetons sont très-abondants, les femelles déposent une grande quantité d’œufs, et que les larves qui en sortent, passant trois ans à se développer en terre, ne reparaîtront à l’état d’insecte parfait qu’au bout de ce temps, et alors en grand nombre. — Vers la fin de l’été de la troisième année, la larve, qui a acquis toute sa croissance (fig. 212), s’enfonce à environ un demi-mètre dans le sol, s’y façonne une coque enduite de sa salive, et là se transforme en nymphe (fig. 2i3). Celle-ci paraît se métamorphoser en insecte parfait dès le mois d’octobre; mais ce dernier passe l’hiver dans sa chambre natale et n’en sort que dans le courant d’avril.

11 existe plusieurs espèces de Hannetons qui, fort heureusement, sont beaucoup moins répandues que l’espèce type. L’une d’elles, et la plus

riG. 212 et 213.

Larve et nymphe du Hanneton.

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remarquable, le Hanneton foulon [Melolontha fulld) [fig. 214 et 21 5 ], est d’une taille beaucoup plus considérable; il a 35 millimètres de longueur. 11 est d’un brun noir, parsemé de nombreuses petites taches blanches, pubescentes, formant des marbrures, surtout sur les élytres. Les antennes ont un développement considérable chez les males, et le pygidium est sans prolongement. Le Hanneton foulon affectionne le voisinage de la mer; il n’est pas rare dans les dunes de Dunkerque et des environs d’Ostende et sur les côtes de l’Océan et de la Baltique.

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Fig, 214 et 215. — Hanneton foulon, mâle et femelle.

En été apparaissent deux petits H annetons blonds et poilus ; ils ont des habitudes nocturnes et volent le soir dans nos prairies. Ce sont les Rhiiotrogiis œstivus et solstitialis; ils ont de i 5 à ig millimètres de longueur et se reconnaissent à leur massue de trois feuillets et à leur abdomen sans pointe. Adultes, ils rongent les feuilles des arbres; à l’état de larve, ils rongent les racines comme les Hannetons.

Les Eu CH LO R ES, qui ont les formes générales des Hannetons, avec des couleurs plus brillantes, habitent les régions chaudes ou tempérées. L Euchlore de la vigne {Euchlora vitis) est d’un beau vert métallique

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avec les élytres striés et ponctués. Cet insecte occasionne fréquemment des dégâts dans les vignobles.

Les A N ISO P LIA sont ovalaires, épais ^ à corselet plus étroit que les élytres, qui sont courts et presque tronqués; leurs jambes antérieures sont bidentées. Telles sont les Anisoplia agricola ^fig. 216, 217 et 218), de 8 à 10 millimètres, d’un noir Anüo'Xaoriooia. ^ronzé, à élytres d’un roux testacé, striés-ponctués; A 7 ii~ soplia horticola^ de 8 à 10 millimètres, d’un^ert foncé, avec les élytres d’un brun vif. Ces petits Hannetons, très-répandus pendant l’été, rongent les feuilles des arbres et des arbustes.

Les Ho PLI A, qui se distinguent par leurs tarses postérieurs FIG. 217. n’ayant qu’un seul crochet, ont le corps court, épais, couvert LarvedM«m- d’écaüles auxQuclles ils doivent leurs brillantes couleurs,

fUa, ^

comme les papillons. On les trouve habituellement sur les fleurs. IJHoplia cœrulea^ de 8 à 10 millimètres de longueur, assez commune dans les prairies qui s’étendent au sud de la Loire, est couverte d’écailles serrées du plus beau bleu clair (PI. col. fig. 218. XVIII, fig. 8 à 16, et PI. XIX).

La tribu des C et on ides ou Mélitophiles renferme des Scarabées vivant sur les fleurs dont ils sucent les nectaires ou rongent le cœur tendre. Leurs antennes ont neuf ou dix articles, leurs mâchoires sont faibles et membraneuses au côté interne. Les crochets de

leurs tarses sont simples et égaux.

Le type du genre Cetonia, la Cétoine dorée [Cetonia aiirata) [fig. 219 et 220], est un des insectes les plus répandus dans, toute l’Europe; on la trouve communément sur les lilas et sur les roses, dans le cœur des- PXG. 219 et 220. - Cétoine dorée et larve. quclles elle s’eudort mollement. Ce

beau Scarabée est d’un vert brillant avec de petites lignes blanches irrégulières sur les élytres. Lorsqu’elle vole au soleil, la Cétoine dorée brille d’un éclat sans égal. Elle

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offre cette particularité, qu’elle n’écarte pas ses élytres, comme les autres coléoptères J pendant le vol, mais les conserve fermées. La femelle quitte les roses et les lilas pour aller pondre ses œufs dans le bois pourri où vivent les larves, et où elles se façonnent une coque ovalaire à parois épaisses au moyen de détritus agglutinés pour s’y transformer en nymphe.

D’autres petites Cétoines, trèscommunes dans notre pays, sur les ombellifères et les chardons, sont la Cetonia stictica^ noire, couverte de petites taches blanches, et la Cetonia hirtella^ hérissée de longs poils jaunâtres assez serrés.

Les Gnorimus sont voisins des Cétoines, dont ils se distinguent par leurs élytres non sinués au bord externe; le Gnorimus nobilis^ de i6 à 20 millimètres de longueur, est d’un beau vert métallique à reflets cuivreux. On le trouve assez communément sur les fleurs des sureaux.

Les Trichius ont le corps épais, velu, déprimé en dessus; le corselet arrondi, plus étroit que les élytres.

Le Trichie à bandes {Trichius fasciatus) [fîg. 221], de 12 à 14 millimètres, a le corselet couvert de poils jaunes , serrés, qui le font paraître comme garni de velours jaune; les élytres, d’un jaune mat, ont trois bandes transversales noires.

Le genre Valgus, caractérisé par des élytres très- 222.-

<a<a, très-grossie.

courts et par la présence de cinq épines aux jambes antérieures, offre dans une de ses espèces, le Valgus hemipterus ^ cette particularité que la femelle est pourvue d’une longue tarière droite qui lui permet d’introduire ses œufs dans les fissures des vieux bois. Comme les Trichies, ces insectes vivent sur les fleurs; mais leurs larves se dé-

FlG. 221. — Trichius /asciatîis.

LE MONDE DES SCARABÉES

veloppent à l’intérieur des vieilles poutres, dont elles respectent la superficie.

Les Amphicoma ont des mandibules fortes, des élytres faibles, ne joignant pas à l’extrémité. Ce sont de jolis Scarabées, plus ou moins velus. L un d’eux, XAmphicoma vittata (fig. 222), est très-répandu dans le midi de 1 Europe et en Orient. Il vit sur diverses plantes dont il ronge le feuillage (PI. col. XVII, fig. i 5 à 19, et XVIII, fig. i à 7).

FAMILLE DES STERNOXES^

Les insectes qui composent cette famille ont le corps de consistance solide, le plus souvent ovale et elliptique; leur tête est engagée verticalement et jusqu’aux yeux dans le corselet, et le pnosternum, ou la portion médiane de cette même partie du corps, est allongé, dilaté et avancé jusque sous la bouche en forme de mentonnière, et prolongé postérieurement en une pointe reçue dans un enfoncement de l’extrémité antérieure du mésosternum. Les antennes se logent pendant le repos dans une rainure, sur les côtés du corselet. La famille des Sternoxes comprend deux tribus principales, celle des Buprestides et celle des Élatérides.

La tribu des Buprestides renferme des insectes que la beauté et l’éclat de leurs couleurs, l’élégance et la variété de leurs formes ont fait nommer Richards par les anciens naturalistes. L’entomologiste dont ils ornent le cabinet regrette que leurs espèces ne soient pas plus nombreuses en Europe, et l’agriculteur, en voyant leur beauté, est tenté de leur pardonner le tort que quelques-unes de leurs larves font à nos bois. Rien ne saurait égaler la splendeur des Buprestes des contrées tropicales : ici c est 1 éclat de l’or poli brillant sur un fond d’émeraude, ou l’azur qui

Sternocera, du grec siernon, poitrine, et keras, corne.

FAMILLE DES STERNOXES. ii3

se détache sur un fond d’or; là ce sont les couleurs les plus vives et les plus tranchées, mais si bien assorties quelles ne sauraient offenser l’œil le plus délicat; d’autres, indépendamment de leurs belles couleurs, sont garnis de pinceaux ou de touffes de poils qui leur donnent un aspect à la fois singulier et agréable. xMais les espèces d’Europe sont beaucoup plus modestes et n’offrent pas cette somptuosité de couleurs et de taille.

Leur corps est généralement allongé, rétréci postérieurement; leur corselet large ; leurs pattes assez courtes avec des tarses de cinq articles, pourvus de lamelles membraneuses en dessous, ce qui leur facilite la marche sur les tiges et les feuillages des plantes sur lesquelles ils vivent. Leurs antennes sont aplaties, découpées en dents de scie, et, caractère unique parmi les Coléoptères, leurs ailes membraneuses ne sont pas plus longues que les élytres.

Linné a appliqué à tort le nom de Bupreste aux insectes qui nous occupent; suivant Pline, les anciens désignaient sous ce nom un gros Scarabée à longues jambes qui se tient dans les prairies, où il est souvent avalé avec l’herbe par les bestiaux qui y paissent; lorsque cela arrive, dit-il, l’animal enfle au point qu’il finit par crever, et c’est de cette particularité qu’a été tiré le nom de l’insecte, des deux mots grecs bous ^ bœuf, et prètho, j’enfle. Aucune espèce de la famille actuelle n’a de propriétés vénéneuses et n’est susceptible surtout d’être avalée par les animaux paissant dans les prairies, par la raison que ces insectes ne se tiennent pas dans l’herbe, mais bien sur les feuilles, le tronc ou à l’intérieur des arbres, ou sur les buissons. Latreille, dans une savante dissertation , a prouvé que l’insecte dont parle Pline, le Bupreste des anciens, se rapporte au genre Meloë des entomologistes modernes, dont les propriétés vésicantes sont aussi prononcées que celles de la Cantharide, et dont une espèce même porte encore le nom à peu près analogue de Voupresty^ dans la Morée.

Les larves des Buprestides vivent dans les bois vermoulus, principalement entre 1 écorce et le bois des arbres, où elles se creusent des galeries. Elles ont 1 apparence de gros vers blancs ou jaunâtres, sont privées de pattes ou n’en offrent que des vestiges sous forme de tubercules.

LE MONDE DES SCARABÉES

Leur tête est petite, cornée à sa partie antérieure seulement, et comme enchâssée dans le segment thoracique, qui s’élargit considérablement et est revêtu d’une plaque coriace. Ces insectes pourraient donc faire du tort aux arbres, mais ils sont peu abondants en Europe et par conséquent peu redoutables.

La plus grande espèce d’Europe est le Chalcophora mariana^ qui atteint 25 millimètres de longueur ; il est d’une belle couleur bronzée à reflets verdâtres et finement sculpté. Il vit sous les écorces des arbres verts, surtout dans le Midi; mais on le rencontre, quoique rarement, jusqu’aux environs de Paris.

Les Buprestes vrais se distinguent par la conformation du menton, qui laisse à découvert la languette et une partie des mâchoires; leur corps est peu convexe, lisse, bleu ou vert, presque toujours tacheté de jaune. Le Bupreste à 8 gouttes [B. octoguttata) ^ de ii à i 3 millimètres de longueur, est d’un beau bleu d’acier avec les bords latéraux du corselet et cinq taches sur chaque élytre d’un beau jaune. Il vit dans

, le Midi, sur les pins et les sapins. Le Buprestis rustica,

un peu plus grand, est d’un beau vert bronzé, parfois violacé, à élytres striés. Il se rencontre dans les Alpes. Le Bupreste bronzé {B. œnea) [fig. 228], d’un beau bronzé verdâtre, vit dans le midi.

Les Anthaxia et les Agrilus sont des Buprestes de premiers au corps large et aplati, les seconds de forme allongée et étroite. Leurs couleurs sont assez brillantes; le vert et le bleu métalliques y dominent. Ces insectes vivent sur les fleurs, et leurs larves sous les écorces. Tel est VAgrilus biguttatus (fig. 224 à 227).

Les Trachys sont les plus petits des Buprestes, 2 ou 3 millimètres. Leur corps est court et ramassé, triangulaire; le Trachys minuta, que l’on trouve sur les chênes, est d’un noir bronzé brillant avec des bandes transversales ondulées sur les élytres, formées par une pubescence blanchâtre (PI. col. XXIII et XXIV).

La tribu des Elatérides offre beaucoup d’analogie avec la précé-

FAMILLE DES STERNOXES.

dente, mais elle s'en distingue cependant par plusieurs caractères importants ; le principal est le développement du prosternum, qui se prolonge postérieurement en une pointe aigue, comprimée, pénétrant dans la cavité antérieure du mésosternum. C’est grâce à cette disposition que ces insectes, connus vulgairement sous les noms de Taupins^ de Toque- Maillet, ont la singulière faculté, lorsqu’ils sont retournés sur le dos, d’exécuter des sauts périlleux souvent considérables.

Les Élatérides ont en général une forme allongée, aplatie; les

Fig. 224 a 227. — Agrilus higultatus. a, Antenne;/, larve; h, nymphe.

antennes assez longues, en dents de scie ou de peigne; les jambes courtes et contractiles. C’est cette brièveté des pattes qui fait que, lorsqu’ils sont renversés sur le dos, ils ne peuvent se relever; alors, par une vigoureuse contraction, l’insecte fait entrer la pointe sternale dans la cavité du mésosternum; puis, se raidissant, il produit une brusque détente au moyen de laquelle son dos, heurtant avec force le sol, projette en l’air son corps, qui a la chance de retomber sur ses pieds. S’il retombe sur le dos, ce qui arrive parfois, il recommence à sauter, et cela autant de fois qu’il le faut pour qu’il se retrouve dans sa position naturelle. A l’aide de ce ressort, le Taupin saute perpendiculairement, et à une hauteur qui égale en moyenne dix ou douze fois la hauteur de son corps , ce que ne pourrait faire assurément le plus fort acrobate.

LE MONDE DES SCARABÉES

Les Élaters volent aussi bien que les Buprestes, mais ils ne peuvent prendre leur essor aussi facilement. Lorsqu’on veut les saisir, ils contractent leurs pattes et se laissent tomber dans l’herbe, où ils restent immobiles jusqu’à ce que le danger soit passé. Les larves sont cylindriques , revêtues d’une enveloppe cornée, à pattes courtes mais fortes j leur forme allongée, arrondie et d’égale grosseur, les a fait nommer par les Anglais vers fil de fer (fig. 228 e). Ces larves vivent dans les racines, les bois décomposés, et quelques-unes sont très-nuisibles à nos cultures.

Les Élatérides sont répandus dans le monde entier, et le nombre des espèces est considérable. Quelques grands Taupins d’Amérique répandent une lueur phosphorescente, non, comme les Lampyres, par l’extrémité de l’abdomen, mais par deux taches situées sur les côtés du corselet; cette lueur est assez vive, dit-on, pour permettre de lire à petite distance. Les dames créoles les placent coquettement dans leur chevelure. On donne dans le pays à ces insectes lumineux le nom de Cucujo et dans la science celui de Pyrophoriis (porte-feu). Aucune espèce d’Europe ne jouit de cette propriété.

Les couleurs des Élaters sont rarement aussi riches que celles des Buprestes; chez ceux de nos pays, c’est le noir, le brun ou le jaune qui domine; quelques-uns sont d’un vert bronzé à reflets cuivreux; tels sont les Corymbites latus, œneus, cupreus, pectinicornis ; d’autres sont d’un beau rouge vif {Corymbites hœmatodes) [fig. 232 ]^ Elater sanguineus [fig. 228], etc.

Les espèces que l’on voit le plus communément dans les champs de

'^aiiiDxnCOî^

Fig. 228 à 231. — Elater sanguineus. c, antenne du Corymbites pectinicornis ; d, tèie ei corselet à'Elater vus en dessous; e, larve A'Elater,

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blé, et qui sont les plus nuisibles, appartiennent au genre Agriotes; ce sont: le Taupin obscur {Agriotes obsciiriis^ Zab.), long de 9 à 10 millimètres, couleur de poix, couvert d’une épaisse pubescence jaunéitre. Le Taupin cracheur (Agriotes sputator ^ Zab.)^ de 7 à 8 millimètres de longueur, a la tète et le corselet noirs, les élytres bruns striés-ponctués ; il est recouvert d’une courte pubescence jaunâtre. Le Taupin à lignes (Agriotes lineatus, Fab.) ressemble kX obscur us, mais ses élytres sont rayés longitudinalement, les espaces entre fig. 233. les stries étant alternativement obscurs et clairs. Le Taupin des moissons (E. segetis Gyll.), brun, à élytres striés (fig. 233 - 234 ).

Les femelles de ces insectes pondent leurs œufs au pied des jeunes plantes de blé, contre la racine ou entre les feuilles; les petits vers qui en sortent sont filiformes, allongés, luisants, à peau écailleuse, de couleur jaunâtre, munis de six pattes courtes; ils ressemblent assez à la larve du Ténébrion qu’on nomme Ver de farine. Ils mettent cinq ans environ à atteindre toute leur croissance, et ont alors 22 à 25 millimètres de longueur. Pendant tout Avmàter segcus. ce temps ils ont vécu aux dépens des racines ou de la partie souterraine des tiges de blé, qui meurent ou se cassent. Ces larves se changent en chrysalides à la fin de l’été, et en insectes parfaits peu de temps après (PL col. XXV et XXVI).

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Tous les Scarabées dont' il a été question jusqu’ici étaient revêtus d’une enveloppe solide, d’une armure résistante, qui les mettait à l’abri

De deux mots grecs : malakos, mou , et derma, peau.

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du danger ou les rendait eux-mêmes redoutables. Ceux-ci, au contraire, ont des téguments mous, des élytres faibles et flexibles; ils portent la tête basse, très-inclinée en avant. Ce sont là les seuls caractères communs au grand nombre d’insectes que renferme cette famille et que l’on a répartis dans diverses tribus bien distinctes. Quoique mal armés en apparence et d’aspect inoffensif, ces insectes sont pour la plupart carnassiers et très-voraces. Ils offrent d’ailleurs à l’étude des mœurs très-curieuses et très-intéressantes.

Fig. 235 et 236. — Cébrion géant, mâle et femelle.

La première tribu, celle des Cébrionides, est représentée en Europe par un très-petit nombre d’espèces; ce sont, en général, des insectes de taille moyenne, assez difficiles à trouver; leurs caractères les rapprochent beaucoup de la famille précédente; mais ils n’ont pas la faculté de sauter, et leurs pattes, plus grandes, plus robustes, sont propres à fouir. L’espèce la plus remarquable, le Cébrion géant [Cebrio gigcis^ fig. 235 et 236 ), offre des différences énormes entre les deux sexes. Le mâle a des antennes très-longues, des pattes grêles, des élytres recouvrant entièrement l’abdomen; il vole bien; la femelle, au contraire, a les antennes courtes, les pattes renflées, les élytres très-courts, écartés, ne recouvrant pas la partie postérieure de l’abdomen, qui se termine

FAMILLE DES MALACODERMES.

par une longue tarière; elle est, en outre, privée d’ailes membraneuses.

Après avoir passé leurs premiers états dans le sein de la terre, les Gébrions ont besoin, pour en sortir à l’état d’insecte parfait, que des pluies abondantes aient ramolli le sol. Les mâles sortent alors et prennent leur vol, cherchant de tous côtés les femelles. Celles-ci restent enterrées dans le sol, à la surface duquel elles ne présentent que la partie postérieure de leur corps, attendant dans cette position la visite du mâle. C’est à l’automne qu’a lieu l’apparition du Cébrion, un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant l’état sec ou pluvieux de l’atmosphère. Le Cébrion géant a 1 5 à 18 millimètres de longueur ; sa tête et son corselet sont noirs, le reste du corps est d’un jaune fauve.

La tribu des Lampyrides, qui renferme des insectes très-remarquables, entre autres le Ver luisant, se distingue par un corps mou, droit, déprimé, à corselet débordant sur la tête, qu’il cache en partie. Leurs palpes maxillaires sont renflés, leurs mandibules petites, mais trèsaiguës.

Les Lampyres proprement dits, si remarquables par cette propriété de répandre la lumière, qui leur a fait donner le nom de Vers luisants, ont un corps élancé, des élytres minces et flexibles; leur corselet, arrondi en avant, s’avance sur la tête comme un bouclier.

Dans les belles nuits d’été on voit briller dans l’herbe de petits feux

blanchâtres et mobiles. Si l’on s’en empare, on a dans la main un insecte aplati, annelé, de couleur enfarinée, sans ailes, et qui ressemble à une larve. C’est la femelle du Lampyre noctiluqiie ou Ver luisant (fig. 288). Elle porte entre les anneaux postérieurs de son abdomen une matière phosphorescente qui brille d’un vif éclat, surtout à l’époque du rapprochement des sexes. Le mâle (fig. 287), qui a des ailes et qui vole çà et là, ne porte que deux points lumineux. Ces in-

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sectes peuvent faire disparaître ou éteindre à volonté leur lumière, lorsqu’ils craignent quelque danger. C’est au moyen de ces lanternes sourdes que les deux sexes se trouvent dans leurs rendez-vous nocturnes.

Si l’on examine pendant le jour la matière lumineuse de ces vers luisants , on ne trouve qu’une pulpe jaunâtre qui ne se distingue par rien de particulier, car elle ne renferme pas un atome de phosphore ^ elle cesse de briller peu de temps après avoir été extraite du corps de l’animal ] la chaleur et l’oxygène augmentent beaucoup son intensité; mais celle-ci paraît surtout dépendre de la vie de l’animal, ou plutôt de sa faculté générative; en effet, ils s’obscurcissent entièrement après l’acte de la reproduction.

Les larves ressemblent beaucoup à la femelle et n’en diffèrent guère que par la petitesse des antennes et des pattes et par les anneaux du corselet, pareils aux autres. Elles sont privées de la faculté lumineuse. Ces larves sont très-carnassières; elles attaquent les mollusques terrestres , pénètrent dans leur coquille et en dévorent l’habitant.

Le mâle du Lampyre noctiluque ne présente que deux petits points phosphorescents sous l’avant-dernier anneau de l’abdomen ; celui - ci est recouvert en dessus par de longs élytres. Il vole le soir à la recherche de la femelle, qui, comme Héro, semble avoir allumé pour ce nouveau Léandre le flambeau de l’hyménée.

Chez les Lucioles ou Lampyres italiens, les deux sexes sont ailés et également lumineux. Dans les localités où ces insectes sont rassemblés en grand nombre, |rien n’est plus curieux et plus charmant que le spectacle de ces milliers d’étoiles qui volent dans tous les sens et se poursuivent la nuit à travers les sombres feuillages. On retrouve ces Lucioles [Luciola italicd) sur nos côtes méditerranéennes, à Nice, à Cannes, aux environs de Marseille.

Voisins des Lampyres sous plus d’un rapport sont les Driles. Comme celle du Ver luisant, la femelle du Drile est privée d’ailes (fig. 239); mais elle n’a pas comme elle la faculté de produire la lumière. Elle est bien dix fois plus grosse que le mâle, composée d’anneaux comme la femelle du Lampyre, dont elle rappelle les formes générales; sa

FAMILLE DES MALAGODERMES.

couleur est jaune orangé, avec la base des segments noire. Ses antennes sont courtes et dentées en scie. Le mâle (fîg. 240) n a que 4 à 5 millimètres de longueurj ses antennes sont longues, fortement pectinées} son corps est noir avec les élytres jaunâtres et très-velus. Comme la larve du Lampyre , celle du Drile attaque les colimaçons; armée de fortes mandibules, elle tue et dévore le pauvre mollusque.

Ces larves s’attaquent parfois à des mollusques qui ont l’habitude de fermer l’entrée de leur coquille avec un Fig. 239 et 240. — Drilus flavescens, femelle et mâle.

Opercule corné, et le ver assassin ne

peut forcer cette porte; mais il ne se rebute pas pour cela. Il se cramponne à l’entrée de la coquille au moyen de la ventouse qu’il porte à l’extrémité de son corps ; puis il attend patiemment ; il sait bien que le pauvre colimaçon sera obligé, un peu plus tôt, un peu plus tard, d ouvrir sa porte pour respirer; sa patience égale sa voracité. Le colimaçon, à qui sans doute son instinct apprend que la mort est assise au seuil de sa maison, retarde sa sortie tant qu’il peut; mais enfin, vaincu par la faim ou par le besoin de respirer, il entr’ouvre son opercule. La larve du Drile, qui guettait ce moment, se jette sur le muscle qui fait mouvoir l’opercule, l’entaille d’un coup de ses mâchoires, de manière à empêcher à l’avenir cette porte de se fermer; puis elle se glisse à l’intérieur de la coquille et dévore à son aise le pauvre animal sans défense. Lorsqu’elle est près de se transformer en nymphe, la larve ferme l’entrée de la coquille avec la vieille peau quelle vient de quitter.

Les Téléphores, dont quelques espèces sont, en certaines années, au printemps, presque aussi communes que les Hannetons ( Telephorus fuscus [fig. 241] et lividus ), ont le corps allongé, extrêmement mou; -pig. 211.-Téléphones leurs antennes sont longues, filiformes; leurs mandibules arquées, très-aigues. Ce sont des insectes très-carnassiers, surtout à l’état de larve. Celle-ci est d’un brun noir et comme veloutée; elle

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attaque tous les insectes mous et les larves qu’elle rencontre, et n’épargne même pas celles de sa propre espèce.

Les Malachies sont de petits Lampyrides à corps oblong, à corselet arrondi, à élytres souvent plissés et épineux à l’extrémité chez les mâles. Ces insectes sont remarquables par les vésicules rouges appelées cocardes, qu’ils peuvent faire sortir sur les côtés du corselet et de l’abdomen quand on les irrite. Ils sont très-agiles, très-carnassiers. Ils ont en général des couleurs vertes et rouges assez vives.

La tribu des Clérides se distingue des précédents par la forme du corselet rétréci à la base, par les antennes terminées par une massue plus ou moins comprimée, dentée, et par les tarses un peu déprimés, munis en dessous de lamelles plus ou moins développées. Ces insectes ont en général de vives couleurs ; ils courent sur les troncs d’arbres ou voltigent sur les fleurs; leurs larves sont très-carnassières et vivent aux dépens d’autres insectes.

Le genre Thanasimus se compose d’espèces de petite taille, à coloration élégante, qui se tiennent sur les arbres, où leurs larves vivent aux dépens de celles qui les ravagent, telles que les Scolytes, les Bostriches, etc. Le Thanasimus formicarius^ assez commun sur les chênes, est noir, à corselet rouge, avec les élytres rayés transversalement de rouge, de noir et de blanc.

Le genre Clerus ou les Clairons se distinguent des précédents par les palpes maxillaires et labiaux à peu près égaux, tandis que ces derniers sont bien plus longs que les maxillaires chez les Thanasimes. Deux espèces de ce genre sont très-nuisibles aux abeilles.

Le Clairon des Abeilles [Clerus apiarius) [fig. 242] a 12 à i 5 millimètres de longueur; il est d’un bleu assez brillant, finement ponctué; ses élytres sont traversés de deux larges bandes rouges. La femelle pénètre dans le nid des abeilles solitaires (Osmie), ou même dans les ruches de l’abeille sociale, pour y déposer ses œufs. La larve du Clairon, éclose, dévore celle de l’abeille qui est dans la cellule la plus voisine, puis elle passe dans

FrG. 242. - Olerus apiari

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la loge voisine et se fraie ainsi un passage d’une loge à une autre, toujours en dévorant la larve qui y est recluse. Un an après la ponte, elle a acquis toute sa grandeur et se métamorphose en insecte parfait dans la dernière loge dont elle s’est emparée. Celui-ci s’empresse de sortir de sa prison pour s’envoler sur les fleurs, où il passe son Fftt. 243. — Lai'vc de Olertis, existence. Le Clairon des ruches [Clerus alvearius)

[fig. 244] diffère du précédent en ce qu’il a la suture et une tache autour de l’écusson, outre les deux bandes d’un noir bleu. Il a des mœurs

analogues.

Le genre Necrobia est formé de petits insectes voisins des Clerus; ils s’en distinguent par leur corselet très-rétréci à la base, leurs antennes plus courtes, terminées par trois articles formant la massue. Ces petits Coléoptères, d’un bleu d’acier, se rencontrent souvent dans les maisons, surtout sur les pelleteries et autres matières animales desséchées, où ils paraissent faire la chasse aux larves des Anthrènes et des Dermestes.

Ce nom de Necrobia, qui signifie la vie du mort, fait allusion au rôle qu’a joué l’un de ces insectes dans la vie du célèbre entomologiste Latreille. Jeté dans les prisons de Bordeaux comme prêtre réfractaire pendant la Révolution, Latreille vit un jour sortir à ses pieds, d’entre les planches du parquet, un petit Coléoptère à corselet rouge et à élytres bleus, dont il s’empara aussitôt. Le médecin des prisons, présent à ce moment, s’étonne devoir un prisonnier absorbé dans la contemplation d’un insecte quand sa tête est menacée. C’est un insecte très-rare, répond Latreille aux questions qu’il lui adresse; l’insecte est demandé et obtenu pour un naturaliste de Bordeaux, alors jeune homme, et devenu depuis lui-même célèbre, Bory de Saint-Vincent. Celui-ci, flatté de tenir ce don

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d un entomologiste dont le nom était déjà connu par d’importants travaux , s’impose le devoir de soustraire Latreille au danger qui le menace, et bientôt il a le bonheur de voir ses démarches couronnées du plus heureux succès. Latreille est rendu à la liberté et à la science. Un mois plus tard, tous ses compagnons d’infortune périssaient ensevelis avec le navire qui les transportait à la Guyane. Miraculeuse délivrance, si on la rapporte à sa cause, la rencontre fortuite d’un insecte, et dont le savant entomologiste a consacré le souvenir en lui donnant le nom de Necrobia ruficollis.

Cette dernière espèce ne se trouve en France que dans le Midi; mais deux autres Nécrobies, la bleue {N. chalybœa) et la violette [N. violacea)^ se rencontrent assez fréquemment dans nos maisons.

La tribu des Pt in ides renferme de petits insectes au corps épais, à tète inclinée en dessous et en partie cachée dans le corselet, qui s’avance en forme de capuchon.

Les Ptines proprement dits ont les antennes longues et filiformes, surtout dans les mâles, le corselet très-convexe, les pattes longues, débordant de beaucoup les élytres. Leur corps est Fig. 245. — Ptinus fur. ovalaire, pubescent; leur corselet rugueux, sou¬

vent garni de tubercules; leur coloration est en général assez sombre. Ils vivent dans le bois sec et dans d’autres matières végétales ou animales desséchées. C’est dans l’intérieur de ces substances qu’ils subissent leurs transformations ; leurs larves sont de petits vers mous, à six pattes terminées par un seul crochet. Dès qu’on vient à toucher ou à saisir l’insecte parfait, il contrefait le mort, c’est-à-dire se laisse tomber en retirant ses pattes sous le corps et ne fait plus aucun mouvement. Deux espèces, les plus communes, Ptinus fur (fig. 245) et Ptinus latro ^ pénètrent dans nos collections d’insectes, dans nos herbiers, et y font souvent de grands dégâts ; c’est à ces méfaits qu’ils doivent leur nom de voleur. Une autre espèce a reçu le nom de Ptine impérial, à cause de la tache grise qui, sui

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chaque élytre brun, imite à peu près un aigle dont les ailes sont étendues.

Les An OBI IDES ont le corps oblong, épais, les antennes moins longues que les précédents et terminées en massue; leurs mandibules très-dures et tridentées à l’extrémité dénotent des rongeurs. Ces insectes rongent en effet le bois sec et d’autres matières desséchées, et sont parfois un véritable fléau pour les naturalistes et amateurs de vieux meubles. Les petits trous ronds qu’on voit dans ces derniers et dans les boiseries sont leur ouvrage, et comme ces trous semblent percés à la vrille, on leur donnait anciennement le nom de Vrillettes, nom qu’ils portent encore vulgairement aujourd’hui. Si l’on coupe par tranches le bois ainsi percé, on trouvera, au fond de la galerie que s’est creusée l’insecte, la larve; c’est un petit ver blanc, mou, à six pattes écailleuses, avec deux fortes mâchoires qui lui servent à arracher le bois dont il se nourrit, et qu’il rend ensuite par petits grains, qui forment cette poussière fine de bois vermoulu. •

Les Anobies sont en général de petite taille et de couleur terne, et leur instinct les porte en outre à dissimuler leur existence en contrefaisant les morts. Au moindre danger, elles replient sous leur corps leurs pattes et leurs antennes, et se laissent tomber sans mouvement; de sorte que les oiseaux et les autres animaux qui voudraient en faire leur proie, ne trouvant qu’un petit corps sec arrondi, inanimé, ressemblant plus ci une petite brindille de bois ou même à une petite crotte qu’à un être animé, n’y touchent pas. C’est de cette habitude que leur vient leur nom scientifique à'Anobiiim (de ana^ nouveau, et bioô, je vis), parce qu’ils semblent avoir la faculté de ressusciter. Cette crainte salutaire, qui les porte à rester ainsi sans mouvement, est poussée si loin que ni l’eau, ni le feu, ni une torture quelconque ne peut en tirer le moindre signe de vie. Cette ténacité à simuler la mort a mérité à l’une des espèces le nom d’opiniâtre

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[Anobium pertinaxj-, mais dès que l’apparence du danger est disparue, ils étendent leurs membres et s’échappent.

Les Anobies offrent une autre singularité : les deux sexes s’appellent et se répondent en frappant de petits coups secs à intervalles égaux, qui ressemblent au bruit que fait le mouvement d’une montre. La superstition y a vu un présage lugubre^ un avertissement de mort, et on a donné à ce bruit en conséquence le nom A horloge de la mort. Mais il a suffi qu’un naturaliste cherchât à pénétrer ce mystère, pour qu’on en reconnût la véritable cause: au lieu d’un sinistre avertissement^ c’est le joyeux signal des noces pour ces petits animaux.

Les Coléoptères de ce genre subissent leurs métamorphoses dans l’intérieur des galeries qu’ils se creusent et qu’ils tapissent de quelques fils de soie pour y passer leur état de nymphe. Sitôt que les larves sont écloses, elles commencent à se former une galerie, qui, d’abord presque imperceptible, prend bientôt de l’extension à mesure que les larves grossissent. Ces galeries sont longues, communiquent entre elles, et se terminent par une espèce de petite bourse, dans laquelle la larve se transforme en nymphe. Ces insectes ne se trouvent pas exclusivement dans le bois secj ils s’accommodent de toutes les matières dures, pourvu qu’elles ne soient pas pierreuses*, et ils ne sont pas rares dans les collections d’animaux conservés. Kirby cite le fait d’une galerie percée par un de ces insectes dans une bibliothèque au travers de vingt-sept volumes; la larve s’était-elle nourrie du papier de ces livres, ou l’insecte parfait s’était-il frayé un chemin au travers de cette substance compacte après sa transformation? La première hypothèse paraît la plus probable.

UAnobiiim abietis vit dans l’écorce du sapin; VAnobium striatum (ûg. 248) a été trouvé dans celle du marronnier.

Le genre Trichopteryx est composé d’insectes microscopiques qui se distinguent des autres Anobiides par leur écusson très-grand, leur mésosternum caréné et leurs cuisses laminées. Le type du genre, Trichopteryx atomaria (hg. 249), est à peine long de un millimètre, noir, à pattes et

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antennes testacées. Les ailes membraneuses sont longues, étroites et garnies sur leurs bords de longues soies.

Les Ptilines ont les mêmes mœurs et vivent dans le bois à 1 état de larve. Leurs antennes, dentées en scie chez les femelles, sont pectinôes chez les mâles en forme de panache, d’où leur nom, du mot grec ptilon^ panache.

Le type du genre est le Ptilinus pectinicornis (fîg, 25 o).

Les Lyctus, qui se placent généralement à la suite des Anobiides, olfrent un faciès bien différent; leur corps est allongé J parallèle ^ à élytres longs et arrondis au bout ; leurs antennes ont les deux derniers articles renflés en massue. Le Lycte cannelé (Lyctus canalicula-

\ Trichopteryx atomaria.

tus) d’un brun roux, à corselet largement sillonné^

vit dans le vieux bois et se trouve fréquemment dans les maisons.

Le genre Lymexylon renferme des insectes de forme excessivement allongée, cylindrique, presque linéaire, à élytres mous, s’amincissant de la base vers l’extrémité; leurs pattes sont grêles, de longueur médiocre; les antennes, courtes chez les femelles, sont plus longues chez les mâles; leurs mandibules courtes, mais robustes, sont dentées. Les larves de ces insectes sont très-longues et très-grèles avec le premier anneau fortement dilaté; on dirait un véritable ver. Ces larves se développent dans les bois les plus durs et les plus sains en apparence, en les traversant dans tous les sens, de façon à détruire les charpentes des édifices; les carcasses des navires. De là le nom de Lymexyton (du grec Ijmiè, ruine, et xylon, bois) que lui a donné Fabricius. Les Lymexylons vivent donc dans le bois, et leur forme cylindrique, allongée, leurs mandibules fortes et dentées, leur permettent de percer les arbres pour y déposer leurs œufs. Ils sont assez répandus dans les grandes forêts, surtout dans les forêts de chênes, et souvent il arrive que les bois destinés aux constructions maritimes renferment des larves de ces insectes, qui continuent à s’y développer, s’y transforment et s’y reproduisent même, comme dans les arbres vivants ; et

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souvent au point de mettre ces bois complètement hors de service. Linné, consulté par le roi de Suède sur la cause des dégâts dont se plaignaient les constructeurs des chantiers de la marine, reconnut qu’ils étaient produits par un insecte de ce genre auquel il donna le nom de Cantharis navalis, voulant, par cette dénomination spécifique, rappeler le mal que peut causer sa présence à la marine. Mettant à profit la connaissance des habitudes du Lymexylon, Linné conseilla de plonger pendant un an sous la surface de l’eau les bois de construction attaqués et ceux que l’on apporterait de nouveau. Par ce moyen, les larves existantes périssaient, ainsi que celles qui plus tard sortaient de l’œuf.

L’espèce type de ce genre, le Lymexylon navale (fig. 25 1), est longue de 12 à i 5 millimètres et large de 2 ou 3 seulement; sa couleur est brun foncé dans le mâle, roux fauve chez la femelle. Nos ports maritimes et principalement celui de Toulon ont eu souvent à supporter de grandes pertes dans leurs bois de construction par suite des apparitions périodiques et très-nombreuses de cet insecte (PI. col. XXVIII et XXIX).

FAMILLE DES XYLOPHAGES^

Les insectes de la famille des Xylophages ou Lignivores sont en général de petite taille; on les reconnaît à leur tête sans prolongement ni saillie en forme de trompe, à antennes insérées devant les yeux, plus grosses vers leur extrémité, toujours courtes, à leurs tarses composés de quatre articles seulement.

Comme l’indique leur nom, les insectes de cette famille vivent presque tous dans le bois ; leurs larves attaquent souvent les arbres, surtout les

De deux mots grecs : xylan, bois , et phagos, mangeur.

FAMILLE DES^’XYLOPHAGES.

pins, les sapins, les chênes et même les oliviers, les creusent et les sillonnent dans tous les sens, en faisant ordinairement leurs galeries entre lecorce et l’aubier; ces galeries ont des formes variées suivant les espèces qui les ont pratiquées. Lorsque ces Xylophages se multiplient en trop grande quantité dans une forêt, ils deviennent un véritable fléau et font périr une prodigieuse quantité d’arbres, qui, étant perforés et sillonnés de tous côtés, ne sont plus propres à être employés aux constructions.

La tribu des Scolytides comprend de petits insectes de forme plus ou moins allongée, à antennes courtes, coudées, plus ou moins renflées en massue à leur extrémité; à palpes très-courtes, filiformes, à mâchoires fortes, à élytres durs, à pattes courtes. Ce sont, en général, des Coléoptères de coloration peu brillante, le plus souvent sombre, brune ou noire; leur forme est un peu allongée, parfois renflée. Malgré la petite taille des Scolytides, qui semblerait devoir faire mépriser ces insectes, ce sont, sans nul doute, les plus redoutables de tous les Scarabées pour les arbres de nos forêts et les bois mis en œuvre par l’homme. Certains d’entre eux se multiplient à tel point, que, par leur quantité innombrable, ils détruisent des forêts immenses en moins de temps qu’il n’en faudrait à de nombreux bûcherons pour les abattre. Depuis longtemps l’on discute pour savoir si les Scolytides n’attaquent que les arbres déjà malades, avec mission de hâter leur mort et d’en débarrasser le sol, ou s’ils envahissent ceux pleins de vie, qu’ils font d’abord languir, puis périr. De nombreux écrits, signés de noms également recommandables, ont été publiés dans un sens ou dans l’autre, et, sans pouvoir entrer dans des développements suffisants pour élucider la question, nous dirons avec M. Ed. Perris, qui a, pendant de longues années, étudié les mœurs de ces insectes, qu’il y a une raison pour que les espèces lignivores'respectent les arbres vigoureux : c’est que les blessures qu’elles y feraient en y déposant leurs œufs ou en y creusant leurs galeries, détermineraient presque instantanément des extravasations de sève qui emprisonneraient les œufs dans une couche gélatineuse ou résineuse et noieraient infailliblement les insectes ou tout au moins leurs larves naissantes. C’est, en effet, ce qui se voit lorsque les Scolytes se hâtent trop de pondre dans les arbres abattus au printemps et

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en pleine sève; et puisque cela est vrai pour des arbres à sucs aqueux, cela est vrai aussi a fortiori pour les pins, dont les sucs résineux opposent aux insectes une barrière infranchissable et menacent d’une destruction certaine les germes qu’ils auraient l’imprudence de lui confier. Or les insectes, on le sait, ont un instinct trop sûr pour exposer ainsi l’avenir de leur progéniture.

Nous ajouterons toutefois, en admettant que les Scolytes ne s’attaquent qu’aux arbres dont le bien-être et les fonctions ont été altérés par une cause quelconque, que cette cause provient souvent d’une foule d’autres insectes, qui ne s’attaquent pas au bois ou à l’écorce, mais dévorent les feuilles, les bourgeons et autres parties tendres des arbres. Ces parties sont en effet des organes nécessaires de la végétation, surtout dans les arbres verts, où ils se renouvellent moins rapidement. Leur destruction peut donc amener chez l’arbre un affaiblissement, un alanguissement qui le rende propre à servir de pâture aux Xylophages, et ceux-ci, guidés par un instinct infaillible, y accourent en foule et s’y multiplient à l’envi.

Quoi qu’il en soit, au moment de la ponte, les femelles pénètrent entre l’écorce et l’aubier et y creusent une galerie qui a le diamètre de leur corps; en avançant, elles pratiquent sur les côtés et à égale distance de petites encoches dans chacune desquelles elles déposent un œuf. A peine nées, les larves se mettent à ronger le bois, c’est le commencement de leurs galeries, qu’elles poursuivent toujours dans une direction déterminée. Aussi les bois et les écorces des arbres attaqués présentent-ils des dessins presque invariables pour chaque espèce, travaux qui, sur des bois durs, le frêne particulièrement , pourraient être pris pour des œuvres d’art. Nous en donnons ici quelques spécimens, en figurant à côté, dans des proportions fort agrandies, les auteurs du travail.

La figure 252 représente le Scolytus (Hylurgus) piniperda, ou destructeur des pins. Il se montre dans le midi de la France dès le mois de janvier ; mais plus au nord, il apparaît en avril ou en mai. 11

Fig. 252.

Scolytus piniperda.

FAMILLE DES XYLOPHAGES.

est d’un brun marron foncé, velu, ponctué, et fort commun partout où il y a des forêts de pins. La femelle, avons-nous dit, creuse entre l’aubier et l’écorce une rainure profonde, aux deux côtés de laquelle elle dépose ses œufs, dont le nombre varie de 6o à 8o. Au bout de quinze jours, il sort des œufs de petits vers qui commencent aussitôt leur œuvre de destruction; chaque larve se creuse une galerie séparée qui s’éloigne en serpentant de celle qui leur a servi de berceau, et ces galeries acquièrent plus de largeur à mesure que la larve prend de l’accroissement (hg. 253 ). Au

Fig. 253. — Galeries du Scolytus piniperda.

bout de quelques semaines, la larve se change en nymphe; si cette transformation a lieu pendant la belle saison, elle revêt bientôt la forme d’insecte parfait; si elle a lieu à l’automne, elle passe l’hiver dans cet état. Devenu insecte parfait, le Scolyte se perce directement une issue à travers l’écorce. C’est ainsi que dans certaines années, au printemps, on voit les Scolytes sortir par milliers de dessous les écorces des pins et se réunir en essaims considérables qui vont plus loin propager leur œuvre de destruction. Les ravages accomplis par cette espèce sont parfois tellement

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étendus, qu’ils prennent les proportions d’un incendie. Les forêts du Harz en Allemagne ont été, dans certaines années, tellement dévastées par ces insectes, que l’on trouve, dans les anciennes liturgies, le Scolyte assimilé au Turc comme ennemi public. En lySS on évaluait le nombre des arbres atteints à un million et demi. En i 835 cet insecte causa la

perte d’une immense quantité de pins sur une étendue de 190 hectares dans la forêt de Rouvray, et plus récemment il a fallu abattre au bois de Vincennes cinquante mille pieds de chênes attaqués par les Scolytes.

On rencontre des Scolytes volant à toutes les heures du jour; mais c’est principalement le soir, peut-être même la nuit, qu’ils se livrent à leurs ébats et qu’ils perforent les trous dans lesquels les femelles doivent déposer leurs œufs.

Le Scolyte pygmée {Hylesinus pygmœiis)^ long de 2 millimètres, d’un beau noir^ à élytres roussâtres, attaque les chênes; le Scolyte destructeur ( Hylesinus destructor), deux fois grand comme le précédent, d’un noir brillant, à élytres, pattes et antennes d’un rouge marron, vit dans les ormes, les hêtres, etc., et cause souvent aux arbres de nos grandes routes des torts considérables. Tous deux sont très-communs dans toute l’Europe. Le Scolyte du frêne [Hylesinus fraxini, hg. 254) ravage les frênes; le Scolyte de l’Olivier [Hylesinus oleiperda)^ dans certaines années, fait beaucoup de mal à cet arbre utile. D’autres Scolytes attaquent nos arbres fruitiers et leur portent un grand préjudice. Le poirier, le pommier, le prunier, l’amandier en sont le plus fréquem-

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ment victimes. Voici (fig. 255 ), d’après M. Robert, le dessin du travail du Scolytus 'pruni, exécuté sur un pommier. Il est remarquable par la brièveté de la galerie principale et par la longueur de celles des larves.

hQs Bostriches ont le corps cylindrique, souvent hérissé de poils ; la tête courte, le plus souvent recouverte par le corselet comme par un capuchon; les antennes se terminent par une massue solide brièvement ovalaire.

Comme les Scolytes, ces insectes vivent sur les arbres et y creusent des galeries entre l’aubier et l’écorce. Voici, dans les figures 256 et 257, la représentation du Bostriche typographe et de ses galeries. Il est long de 6 à 7 millimètres, brun noir, garni de poils jaunâtres; les élytres, fortement striés, sont tron-

FlG. 257. — Galeries du Bostrichus typographus.

qués à leur extrémité, qui offre plusieurs dents. On a comparé les galeries qu’il creuse aux rangées de caractères alignés par le typographe.

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Fig. 258. — Galeries du Bostrichus chalcographus.

veur, trace ses galeries (fig. 258 ) dans le liber du pin; la galerie principale, celle creusée par la femelle, décrit toujours une courbe et entame souvent le bois même, ce qui n’a jamais lieu chez les précédents. Le Bostrichus dispar (fig. 259) vit sur le hêtre et le bouleau. Il est long de 2 millimètres, brun et très-velu (PI. col. XXIX, fig. 20 à 26, et XXX, fig. I à 11 ).

FAMILLE DES RHYNCHOPHORES ‘

Les Rhynchophores ou Porte-bec, que l’on désigne aussi sous le nom de Curculioniens, se distinguent de tous les autres Coléop-

mu grec Rhynchos, bec^ etphorô, je porte.

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tères par la forme de leur tête prolongée en avant en une sorte de bec ou de trompe. Ce bec, qui varie beaucoup de forme et de longueur, est terminé par la bouche, dont toutes les pièces sont en général fort petites. Les antennes, droites dans quelques genres, sont coudées au deuxième article dans l’immense majorité de la famille (fig. 260); elles sont toujours insérées sur la trompe et varient de forme, de longueur, ainsi que parle nombre de leurs articles; celui-ci est le plus souvent de onze, et les derniers sont renflés en massue. Leur corps est généralement cylindrique et de forme trapue, le corselet étroit et les élytres très-développés; leurs téguments sont épais et très-durs. Leurs pattes sont courtes et robustes, à tarses de quatre articles, dont les trois premiers le plus souvent élargis, comme il convient à des insectes qui grimpent après les tiges ou marchent sur le feuillage. Leur démarche est en général assez lente.

Les Rhynchophores sont des insectes essentiellement phytophages, qui s’attaquent à tous les végétaux, et plusieurs d’entre eux, confondus sous le nom générique de Charançons, méritent d’être rangés parmi les animaux les plus nuisibles à l’homme.

Le Charançon ravage un vaste champ de blé,

dit Virgile dans ses Géorgiqiies, en parlant de la Calandre des grains, fléau de nos greniers.

11 n’est guère de plante qui ne nourrisse plusieurs espèces de Charançons , ce qui explique la prodigieuse multiplicité de ces petits êtres dans toutes les parties du monde. Dans les contrées tropicales^ où la végétation prend un développement considérable, on rencontre des espèces d’assez grande taille et dont la parure, souvent merveilleuse, ne le cède en rien aux oiseaux les plus brillants de ces riches contrées. Mais les espèces d’Europe sont moins bien partagées sous ce rapport, et généralement plus en harmonie avec la sobre végétation de nos régions tempérées. Les espèces de Charançons y sont très-nombreuses, mais de petite taille et le plus souvent peu brillantes.

FIG. 260

Antenne de lihyncliophoro gonatocère.

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Dans leur premier état, celui de larve, les Rhynchophores ont la forme de vers épais, ramassés, au corps mou, rappelant un peu les larves des Lamellicornes. Ces larves vivent cachées dans les tiges, les fleurs ou les fruits des plantes et y causent parfois de grands dommages. Elles n’ont pas de pattes, ou du moins n’en présentent que les rudiments sous forme de tubercules. Leur tête est forte, revêtue d’un tégument corné et pourvue de fortes mandibules j mais elle est presque toujours privée d’yeux. Au moment de se transformer en nymphe, un grand nombre de ces larves se Aient une coque de soie ; d’autres roulent les feuilles en cornet pour s’y renfermer, ou se creusent une cellule à l’intérieur des tiges.

D’après la forme des antennes, on divise les Rhynchophores en deux groupes très-distincts. Le premier, de beaucoup moins nombreux que le second, comprend tous les Charançons à antennes droites, non coudées , à rostre le plus souvent court et dépourvu de sillons latéraux pour loger le premier article des antennes. Ce sont les Orthocères ou Rectîconies^ comprenant les tribus des Bruchides, des Attelabides, Rhinomacérides, Apionides, etc.

Le second groupe, celui des Gonatocères ou Fracticornes^ comprend la grande majorité des Charançons, ceux à antennes coudées après le premier article, qui est presque toujours très-long (flg. 260) et se loge dans un sillon plus ou moins profond du rostre.

La premièrç tribu du groupe des Orthocères, celle des Bruchides, se distingue à son rostre très-court, aplati, presque carré. Les Bruches ont le corps épais, la tête rétrécie en arrière, les antennes dentées en scie, grossissant vers l’extrémité, le corselet moins large que les élytres, ceux-ci presque carrés et ne recouvrant pas le dernier segment de l’abdomen.

Ces insectes s’attaquent particulièrement aux graines des plantes légumineuses; les fèves, les lentilles, les pois sont surtout exposés à leurs ravages. Les larves, qui, comme celles de presque tous les insectes, sont seules redoutables, consomment une partie de la substance intérieure de ces graines ; elles proviennent des œufs que la femelle a déposés dans

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le germe au moment de sa formation. On n en trouve ordinairement qu’une dans chaque graine. L’insecte n’empêche pas les graines de croître, car son instinct le porte à épargner le principe de la germination.

Lorsqu’au printemps l’insecte s’est mis en liberté, soit qu’il soit sorti des graines conservées dans le grenier, soit qu il s échappe de celles déjà semées, il se répand dans la campagne et s accouple. La femelle attend, pour pondre,, que les plantes commencent à défleurir, à former leurs petites gousses, et pond dessus, ne laissant qu un œuf sur chaque

riG, 261.

Pois percé par la Bruche.

semence. Le petit ver qui sort de cet œuf entre dans le grain et le ronge lentement; il grandit peu à peu en étendant son habitation circulairement autour de lui, à mesure qu’il prend du corps, et arrive au terme de sa croissance à l’époque de la maturité du grain, qu il remplit alors presque entièrement. Cette larve est blanche, de forme ovoïde; sa tète est cornée, jaunâtre et armée de deux mâchoires ; elle n’a pas de pattes et se tient couchée en rond dans sa cellule. Elle passe l’automne et l’hiver dans son habitation, se change en chrysalide au commencement du printemps, et en insecte parfait dès les premiers jours de mai. Avant de passer à l’état de nymphe, les larves ont soin de se ménager une issue pour sortir lorsqu’elles auront acquis des ailes; elles ne laissent pour cela dans une partie de la graine que la pellicule. Cet espace ou cette porte est circulaire, et telle est la cause du trou rond que l’on voit aux graines légumineuses qui leur ont servi de logement et de nourriture (fig. 261}.

La Bruche du pois {Briichus pisi) [fig. 262], qui vit aux dépens de cette plante et y cause souvent de grands ravages, est longue de 5 millimètres, brun varié de gris clair et de cendré, avec le bout de l’abdomen blanchâtre, marqué de deux points noirs.

La Bruche des fèves (B. rufîmanus), longue de 4 millimètres, est couverte d’une pubescence jaunâtre; le corselet porte un point blanc devant l’écusson; les élytres sont tachetés de gris et de noir. Cet insecte vit dans la fève des marais ; une fève peut

Bruche du Pois.

Fève percée par la Bruche.

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riG. 264.

Platyrhinus lati-

nourrir plusieurs larves. La Bruche à cornes claires {B. pallidicornis) attaque les lentilles et s’y multiplie parfois à ce point qu’on est obligé de suspendre pendant quelque temps la culture de cette légumineuse.

Le gehre Platyrhinus offre un corps déprimé, un rostre large, aplati, presque carré, portant des antennes courtes, terminées par une massue de trois articles. Le type du genre, Tostrü. le Platyrhine à large trompe [Platyrhinus latirostris) [fig. 264'’, long de 10 à 12 millimètres, est noir, à pubescence grise et brune; le front, le rostre et l’extrémité des élytres sont blancs. Cet insecte vit sur le tronc des hêtres.

Les Apode RU s sont courts, à élytres carrés, convexes; leur tête allongée est fortement rétrécie à la base en forme de cou; le rostre est épais, mais cylindrique, et plus court que la tête, portant des antennes de douze articles qui s’épaississent au bout en une massue serrée. L’Apodère du noisetier (Apoderus coryli) [fig. 265] est d’un beau rouge de sang, avec le dessous du corps, la tête et les jambes noirs. La femelle roule les feuilles du noisetier en cylindres allongés, dans lesquels ses larves se développent et trouvent à la fois un abri et la nourriture.

Les Rhynchites ont le rostre bien plus allongé que les précédents, cylindrique; ils s’en distinguent en outre par leurs formes arrondies, leurs jambes sans épines et les crochets des tarses fortement fendus. Les espèces de ce genre sont généralement revêtues de couleurs métalliques très-brillantes; mais ils sont très-nuisibles aux arbres fruitiers et en particulier à la vigne.

Parmi ces derniers est le Rhynchite du bouleau [Rhynchites betuleti)^ bien connu des cultivateurs sous les divers noms ôiUrbeCj, de Becmare^ Lisette^ etc. Ce Charançon, long de 5 à 6 millimètres, est d’un bleu ou vert brillant doré, presque glabre;

Fig. 265.

Apoderus coryli et feuille .de Noisetier rou-

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ses élytres sont marqués de stries régulières ponctuées. La femelle de cet insecte roule en paquet cylindrique les feuilles de l’extrémité d un bourgeon; puis, après la confection de son rouleau, le perce en quatre OU cinq places différentes avec son bec et pond un œuf dans chaque trou; elle coupe ensuite à moitié les pétioles des feuilles ^

(fig. 266) pour arrêter la sève, ce qui les fait flétrir et dessécher. Ces rouleaux pendent à l’extrémité des branches et tombent à terre au bout de quelque temps. Les larves sorties des œufs ont rongé l’intérieur du rouleau pour vivre. Parvenues à toute leur croissance lorsqu’il est tombé, elles en sortent pour entrer dans le sol, où elles se transforment en nymphe, puis en insecte parfait, à l’automne ou au printemps suivant, car une partie de la génération passe l’hiver dans la terre. La larve est molle, courte, arrondie, courbée en arc; elle représente un petit ver

blanc à douze segments, sans compter la tête, qui est ronde, écailleuse, jaunâtre, armée de solides mâchoires; elle est privée de pieds. La nymphe est renfermée dans une coque de terre agglutinée. — Cet insecte est fort nuisible, sans doute; mais il est facile au cultivateur vigilant de récolter dans ses vignes tous les paquets de feuilles roulées en forme de cylindre et de les brûler.

l.QRhynchitesBacchus 267), ainsi nommé, soit à

cause de sa belle couleur de rubis, soit parce qu’il est considéré comme se nourrissant des sucs de la vigne, est un des plus jolis Charançons de nos pays. Il est long de 6 à 8 millimètres, d’un beau rouge cuivreux brillant à reflets parfois violacés, avec le rostre, les pattes et les antennes bleus. Il est tout couvert d’une courte pubescence. On a accusé cette espèce de rouler les feuilles de la vigne comme le précédent pour y établir son nid, mais cela est douteux.

Feuilles de Poirier roulées par le BliynchUes ietuUti.

Fig. 267.

EhyncMtes Bacchus.

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et il est assez probable qu’on l’aura confondu avec le Betuleti. Quoi qu’il en soit, on le trouve beaucoup plus communément au premier printemps sur les pommiers et les poiriers en fleurs. Il prend sa nourriture dans le suc, dans la sève ou dans la moelle des jeunes pousses. Après le nouage des fruits, la femelle perce avec sa trompe les jeunes poiresj puis, se retournant, y pond un œuf, quelle pousse au fond du trou avec son bec; elle bouche ensuite ce trou avec une matière gommeuse qui permet'de reconnaître les fruits attaqués. Un jardinier soigneux doit visiter ses jeunes fruits avec attention dans le courant de juin, enlever tous ceux qui seront piqués et les brûler.

La larve du Rhynchites Bacchus est d’un blanc rosé, de forme semblable à la précédente, mais sa tête est noire. Dès quelle est éclose, elle commence à percer dans le fruit une galerie qui va jusqu’au centre où se trouvent les pépins et quelle continue ensuite pour aller aboutir de l’autre côté du fruit. Celui-ci finit toujours par tomber et la larve s’enfonce en terre pour s’y transformer en nymphe; elle passe toujours l’hiver dans cet état, et sort sous celui d’insecte parfait au printemps suivant.

Le Rhynchite conique [Rhynchites conicus) [fig. 268] est de moitié plus petit que les précédents; mais on peut dire qu’il est du double plus nuisible. Ce petit Charançon, long de 3 à 4 millimètres y compris son bec, est d’un beau bleu foncé; ses élytres sont fortement striés ponctués. Il est revêtu de poils épars courts et fins qu’on ne distingue qu’en le regardant de près. Ce Rhynchite, que les cultivateurs ont nommé Coupe-bourgeon, cause souvent des dégâts considérables sur les arbres fruitiers. Lorsque le moment est venu pour la femelle de pondre ses œufs, c’est-à-dire dans la seconde quinzaine de mai, elle se transporte sur un jeune bourgeon bien tendre, y perce un petit trou avec son bec, puis y pond un œuf; cela fait, elle coupe circulairement aux trois quarts la base du bourgeon, qui bientôt, ne recevant plus la sève, se flétrit, noircit et pend. L’insecte répète cette opération autant de fois qu’il a d’œufs à pondre, et il en pond malheureusement un grand nombre. Au bout de quelque temps, le bourgeon coupé se détache de l’arbre et

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tombe à terre; la larve continue à s’y développer en rongeant la substance altérée du bourgeon, car c’est la nourriture quil lui faut. Parvenue à sa taille, elle pénètre dans le sol, s’enveloppe de parcelles fines de terre qui lui forment une coque sphérique dans laquelle elle passe 1 hiver; elle s y change en nymphe à la fin d’avril et en insecte parfait dans la première quinzaine de mai.

On doit, en mai et en juin, recueillir avec soin les bourgeons coupés et les brûler pour détruire les larves. Le Coupe-bourgeon s attaque particulièrement aux poiriers, mais il s’adresse également aux pommiers, aux pruniers, aux abricotiers, etc.

Les Apions sont de fort petits Charançons qui rappellent les formes générales des Rhynchites; mais ils sont plus élancés, plus effilés en avant par leur rostre grêle et cylindrique. Le nombre de leurs espèces est considérable; elles sont généralement noires ou bleues et vivent à 1 état de larve, soit dans les graines des plantes, soit sur les fleurs ou dans les tiges de divers végétaux. L’Apion de la vesce [Apion craccœ) dépose ses œufs dans la graine de cette légumineuse; la larve y subit ses transformations. L’Apion du trèfle {Apion apricans) vit à l’état de larve à la base du calice des fleurons du trèfle commun, ronge la graine qui se trouve à cet endroit; quand elle est parvenue à son développement complet, elle perfore le légume et va se changer en nymphe dans le capitule même. Ce petit insecte détruit une quantité considérable de semences et cause ainsi un grand préjudice au cultivateur, bien que sa présence n’occasionne aucun dommage à la plante elle-même, qui se récolte et s’emploie pour la nourriture des bestiaux. L’Apion du trèfle est d’un vert foncé avec les jambes jaunes.

L’Apion des vergers {Apion Pomonœ) [fig. 269], long de 2 millimètres, à corps noir, ponctué, à élytres bleus ponctués et sillonnés, se trouve sur presque tousffios arbres fruitiers; la femelle dépose ses œufs sur les fleurs, et la larve qui en sort y commet des ravages souvent considérables en rongeant l’ovaire qui doit former le fruit. Le pommier et le poirier sont les arbres qu’il préfère. Une des espèces les plus remarquables, ïApion

Fig. 269.

Apion Pomonœ.

sangiiineum, longue de 3 millimètres, est entièrement d’un rouge de sang.

Le groupe des Gonatocères, qui comprend la grande majorité des Charançons ou Rhynchophores, se reconnaît à ses antennes coudées après le premier article, qui est presque toujours très-long, ainsi que le rostre ; celui-ci a, de chaque côté, un sillon plus ou moins profond où se loge le premier article ou scape des antennes.

Les uns ont le rostre épais, assez court, peu arqué, et les antennes insérées près de l’extrémité du rostre; tels sont les BRAGHYCÉRiDES,à antennes courtes et épaisses, de huit ou neuf articles, dont le dernier est< renflé et forme la massue; le genre Brachycerus, qui donne son nom à la tribu, renferme de gros Charançons à forme épaisse et lourde, à rostre court, épais. Ces insectes sont particuliers aux bords de la Méditerranée, où on les rencontre marchant lentement à terre dans les endroits sablonneux. Leur forme épaisse, leur démarche lente, leurs téguments sillonnés et rugueux les feraient prendre au premier coup d’œil pour des Piméliens du genre Moluris.

Les Brachydérides, dont les formes sont plus allongées, ont encore le rostre court et épais; mais leurs antennes sont longues, composées de douze articles, dont les quatre derniers forment la massue.

Les Charançons du genre Brachyderes, type de la tribu, vivent généralement aux dépens des pins. Tels sont : le Brachyderes lusitaniens^ insecte brun recouvert d’une pruinosité grise et parsemé de petites écailles cuivreuses ou nacrées, qui vit dans le Midi sur le pin maritime, et le Brachyderes incanus ^ de 8 à 10 millimètres, noir, recouvert d’une pubescence grise, à élytres finement striés de points (PI. XXXI, fig. 7).

Le genre Polydrosus comprend de petits Charançons à corps mou, de forme oblongue, très-convexe, recouvert de petites écailles de couleur brillante. Quelques-uns ont des reflets argentés ou dorés qui les feraient rivaliser en beauté avec les plus riches espèces des pays chauds, n’était leur petite taille. Tels sont le Polydrosus micans^ le P. sericeus, etc. Malheureusement ces jolis petits insectes sont très-nuisibles à nos arbres fruitiers : ils rongent les feuilles et les percent de trous, et, lorsqu’ils sont

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011 grand nombre et 4110 leur apparition coïncide avec le moment de 1 cpanouissement des bourgeons, le mal devient assez grave,

I.es Chlorophanus ressemblent aux Polydrosus, mais en plus grand; le Chlorophanusviridis , qui vit sur les saules, a 10 millimètres de longueur ; il est d’un beau vert gai avec les côtés du corselet et des élytres d un jaune soufre.

Les Cleonus comptent parmi les plus gros Charançons de nos contrées ; leurs formes sont épaisses, convexes, et leurs téguments si durs que les épingles dont on les traverse s’émoussent souvent sur leurs élytres.

Ce genre renferme un grand nombre d’espèces caractérisées par un rostre long et épais et les sillons antennaires placés sous les yeux; leurs antennes sont courtes, renflées à l’extrémité, leurs pattes assez fortes, à tarses élargis. Ces insectes, de couleurs peu brillantes, variant du brun au gris, sont aptères et se trouvent marchant à terre dans les endroits chauds et arides. Quelques espèces, le Cleonus sulcirostre, brun piqueté de noir, le Cleonus marmoratus, brun tacheté de gris, le Cleonus albidus, gris clair et taché de brun, sont assez communes dans nos environs.

Le genre , caractérisé par un rostre long, courbé, presque

cylindrique, par des antennes courtes et épaisses, des pattes longues terminées par un fort crochet, renferme des espèces de taille moyenne, de couleur sombre, qui vivent sur les arbres résineux. L’une d’elles^ f’Hylobe des pins [Hylohiiis pini), occasionne souvent dans les forets de pins du nord de l’Europe des dégâts considérables. Sa larve vit dans le bois même de ces arbres, où elle creuse ses galeries; puis elle s’y fait une loge ovalaire dans laquelle elle se métamorphose. L’insecte parfait est long de 9 à 12 millimètres, d’un brun noir mat avec des taches formées par une pubescence fauve ; les élytres sont marqués de stries fines pointillées. En mai et juin, les Hylobes se jettent en nombre considérable sur les jeunes plants, dont ils rongent les bourgeons et la jeune écorce, et qu’ils font ainsi périr.

Les Phyllobius, à rostre court, presque horizontal, se distinguent par le premier article de leurs antennes, qui est arqué et plus long que la tête. Comme leur nom l’indique, ces insectes vivent sur les feuilles, et quel-

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ques espèces , très-communes dans nos pays, se trouvent par milliers sur les fleurs et les plantes pendant tout l’été. L une d elles, la Phyllobie argentée [fig 270], se rencontre fréquemment et

en grand nombre sur les poiriers, les pommiers et d’autres arbres fruitiers dont elle ronge les feuilles en les criblant de trous. Ce petit Charançon, long de 5 millimètres, est noir, recouvert de petites écailles d’un vert argenté brillant, quelquefois bleuâtre; ces écailles, comme Fig. 270. — Fhyiiobius argentatus. cclles qui rccouvrcut Ics ailcs dcs Papilloos, s enlèvent facilement au toucher; aussi en rencontre-t-on qui sont presque tout noirs. La Phyllobieoblongue [Ph. ohlongiis)^ noire, couverte d’un duvet grisâtre, et la Phyllobie du bouleau [Ph. betulæ)^ noire, couverte d’écailles d’un vert doré, se trouvent fréquemment en compagnie de l’espèce précédente.

Les Otiorhynchides se distinguent de tous les groupes précédents par leur rostre droit, élargi et épaissi à l’extrémité, leurs antennes longues et grêles, à long scape, leur corselet cylindrique et leur gros ventre. Le genre Otiorhynchus proprement dit est très-nombreux en espèces. Ce sont en général des insectes de couleurs grisâtres ou obscures, à téguments très-durs, aptères, qui habitent de préférence les pays montueux, où on les trouve sous les pierres, les mousses, ou cachés pendant le jour sous les feuilles ; quelques-uns sont nuisibles par les dégâts qu’ils commettent sur certains arbres. L’espèce la plus commune dans notre pays, et que l’on y considère comme le type du genre, est l’Otiorhynque de la livèche {Otiorhynchus ligustici)-, il est long de 12 à i 5 millimètres, d’un gris cendre finement chagriné ; ses élytres ovalaires sont très-bombés, presque globuleux, sans stries. On le rencontre en grand nombre, surtout au printemps, sur les routes. L’Otiorhynque méridional {Otiorhynchus meridionalis) produit, dans le Midi, beaucoup de dégâts sur les oliviers, dont il dévore les feuilles et les jeunes pousses; ces arbres utiles en souffrent beaucoup dans certaines années, et les agriculteurs du Var le regardent comme l’un des plus grands fléaux de ces arbres précieux. Il est long de 8 millimètres, d’un noir foncé couvert de petits poils roussâtres ; sa larve

FAMILLE DES RHYNCHOPHORES.

vit dans la terre au pied des oliviers; c’est là qu’il faut la chercher pour la détruire. Une autre espèce également nuisible est l’Otiorhynque rauque (OL raucus), long de 12 millimètres, noir, à antennes rousses; son corselet très-rugueux lui a fait donner son nom. Cet insecte ronge les jeunes bourgeons de la vigne, et on le trouve aussi fréquemment sur les poiriers, dont il mange les feuilles.

La tribu des Rhynchœnides comprend les genres de Charançons à rostre allongé, grêle, cylindrique; avec les antennes insérées vers le milieu.

Les Lixus sont très-allongés, un peu cylindriques, avec des antennes courtes et grêles à massue fusiforme de 3 ou 4 articles, des pattes grêles ; leurs élytres se terminent souvent en pointe aiguë. Ces insectes vivent le plus souvent dans l’intérieur des plantes à tige fîstuleuse, comme celle de beaucoup d’Ombellifères. Le type du genre, le Lixe paraplectique [Lixus paraplecticus)^ long de 12 à i5 millimètres, est très-allongé, noir, recouvert d’une pubescence d’un gris jaunâtre. La larve de cet insecte est longue et mince, presque cylindrique, un peu atténuée aux extrémités; elle vit dans les tiges de la Ciguë d’eau {Œnanthe Phellandrium) et y subit ses transformations. On croit généralement, sans que rien l’autorise, que lorsque les chevaux avalent ces Charançons, ils sont bientôt atteints de la maladie connue sous le nom de paraplégie, sorte de paralysie partielle. Ne serait-il pas plus rationnel d’attribuer cet effet à la plante plutôt qu’à l’insecte?

La larve du Lixus turhatus vit dans les tiges de l’Angélique. L’insecte parfait est assez voisin du précédent, mais recouvert d’un duvet jaunâtre. La larve du Lixus anguinus (fig. 271) paraît vivre dans les tiges de la grande

.. Fig. 271.

v-ilgue. Lixus anguinus.

Les Larinus^ de formes plus raccourcies que les Lixus, avec les antennes courtes et les cuisses renflées, sont surtout répandus dans les contrées méditerranéennes; ils sont remarquables par l’efflorescence délicate qui couvre leurs élytres. On les rencontre surtout dans les fleurs des Composées.

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Les Pissodes sont oblongs; leur rostre est assez mince, arrondi, un peu arqué, leurs antennes à articles élargis vers l’extrémité; leurs jambes sont terminées par un fort crochet. 'Ces insectes vivent sur les arbres résineux; l’un d’eux, le Pissodes notatus (fig. 272), est très-nuisible aux pins dans le nord de l’Europe. Ce petit Charançon est long de 6 millimètres, brun, avec des taches jaunâtres sur le corselet et les élytres. Il est trèsnuisible aux plantations de pins, non-seulement à l’état de larve, mais aussi à celui d’insecte parfait; la larve dévore les racines des jeunes plants, et l’insecte ronge les pousses terminales; il est aussi nuisible quel’Hylobe dont nous avons parlé plus haut.

Fig. 272. — Pissodes notatus.

Le genre Anthonomus renferme de petits Rhynchophores qui passent leurs premiers états dans l’intérieur de divers arbres, et dont quelquesuns sont très-nuisibles. Leurs antennes sont longues et grêles; leurs pattes longues , surtout les antérieures.

Lorsque les pommiers fleurissent au mois de mai, on voit souvent qu’une partie des fleurs ne s’épanouissent pas et prennent une teinte rousse qui devient de plus en plus foncée. Si l’on ouvre quelques-unes de ces dernières, on trouve dans chacune un petit ver blanc qui s’y tient couché en rond. Demandez au paysan d’où vient le mal, il vous répondra qu’il est causé par les vents roux qui soufflent du nord-ouest ; tout comme il attribue à la lune rousse les gelées printanières. Tentez de lui persuader que

FAMILLE DES RH YxNCH OP H ORES.

ce sont les insectes qui ravagent son verger et ses champs, et que ces bestioles sont produites par simple génération d’individus semblables à eux, il ne vous croira pas et pensera que vous voulez rire à ses dépens.

La véritable cause de cette maladie, qui diminue parfois de moitié la récolte des pommes, est un petit Charançon, l’Anthonome des pommiers {Anthonomus pofnorum) [fig. 273]. Il a 5 à 6 millimètres de longueur Amkorwmuspomomm.

en y comprenant le rostre, est d’un brun noirâtre couvert d’un duvet gris; ses élytres sont ferrugineux avec une tache postérieure blanche entourée de noir; son écusson est d’un blanc pur.

Au commencement du printemps, dès que les bourgeons des pommiers commencent à se développer et que les fleurs se montrent en bouton, la femelle de l’Anthonome se transporte sur l’un de ces arbres; elle choisit un de ces boutons ' qu’elle perce d’un petit trou (fig. 274) avec son rostre effilé, puis elle y pond un œuf; elle passe ensuite à une autre fleur, dans laquelle elle introduit un nouvel œuf, et ainsi de suite, jusqu’à^ce quelle ait achevé sa ponte. Au bout de huit jours, il sort de cet œuf un petit ver ou larve qui ronge, pour sa nourriture, les organes de la fructification. La fleur a( grossi

pendant 1 incubation de 1 œuf^ mais, fig. 274.— neurs de Pommier percées par IMnftonoww.

mutilée par la larve, elle s’arrête dans

son développement, ne s’ouvre pas, jaunit et se dessèche. La larve qui, pendant ce temps, a atteint tout son développement (fig. 275), se transforme en chrysalide, reste sous cette forme une semaine, puis se change en insecte parfait qui sort en perçant la fleur et s’envole pour jouir de sa nouvelle forme jusqu’à ce que les vents aigres d’automne lui fassent

LE MONDE DES SCARABEES

chercher son habitation d’hiver sous l’écorce; là il s engourdit et supporte les plus grands froids, et au printemps suivant il exécutera la même série d’opérations.

Une espèce voisine, VAnthononuis piri, se conduit exactement de même vis-à-vis des poires, et une troisième, YAnthonomus drupariim, attaque les cerisiers et les merisiers.

Les Balaniniis sont bien reconnaissables à leur corps épais et court et à leur rostre extrêmement long et grêle (fig. 276); leurs yeux sont grands, ovalaires; leurs antennes longues et grêles sont terminées par une massue oblongue; les élytres sont plus larges que le corselet, laissant à découvert une partie de l’abdomen; les cuisses sont dentées. Les Balanines vivent dans les glands, les noisettes, les prunelles. L’un des plus communs est le Balanine des FM.2,6.-RC..,.a. noisettes [Balaninus nucum), petit Charançon de 6 millimètres de longueur, brun un peu roux, avec des marbrures cendrées. Sa trompe très-menue, arquée, est de la longueur de la moitié du corps (fig. 277). Dans les premiers jours de juin, la femelle se transporte, en volant, sur les noisetiers, soit dans les bois, soit dans les jardins, et perce, à l’aide de son long bec, un Fig.277. — Baianinusnucum, petit trou dans la coque des noisettes, tres-tendre a cette époque. Elle enfonce sa longue trompe jusqu’à l’amande; après quoi elle pond son œuf dans le trou et l’y enfonce au moyen de son rostre. Elle recommence la même opération sur une autre noisette et continue ainsi jusqu’à ce qu’elle ait achevé sa ponte. Au bout de quelques jours il sort de chacun de ces œufs un petit ver sans pattes-, à tête écailleuse. Cette larve se nourrit de la substance de l’amande et grossit peu Lax-ve du .Bozani- à peu. Duiis la demière quinzaine d’août, le ver a atteint tout son développement (fig. 278). et la noisette tombe; la larve perce alors la coque d’un trou rond et en sort; elle est longue de

Fig. 27.5.

Larve à'Anthonomu^.

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