‹ Musée françaisChapitre 20 sur 51 · MLSH'IK KH ANC A IN · texte numérisé non relu

MLSH'IK KH ANC A IN

coDtrer la comtesse «ortaot de l'église par la petite porte de l'autre rue, et trottant menu du côté du boulevard. Eh! eh!

— Madame de Chantevilliers! dit Adolphe avec vivacité^ et sans s'inquiéter de commettre une indiscrétion en interrompant le soliloque du vieillard.

— Elle-même. Elle a haissé le nez en me voyant, mais je l'ai parbleu bien reconnue. Estce que, par hasard^ M. Groscussand loge en ce quartier?

— Non; il demeure près de la chambre des députés, répondit le jeune homme qui comprima une des plus violentes envies d'être indiscret qu'il eût jamais éprouvées.

— N'importe, une femme à équlp.'i;;c qui entre dans une église par la grande porte, pour en sortir par la petite, tandis que ses domestiques l'attendent, c^est diantrement louche.

— Que voyez-vous de louche là-dedans? demanda Dauriac en prenant un air candide.

— Eh! grand innocent. Ignorez -vous dune qu'une femme riche qui ne sort presque jamais sans être accompagnée de deux espions en livrée, peut en certains cas ne paa se montrer fort scrupuleuse sur la manière de se débarrasser «le leur surveillance? Je vous dis qu'il y a quelque anguille sous roche. Mais, ma foi, cela regarde le bonhomme Chantevilliers. Adieu, je vais au ministère; quand vous aurer. versé toutes vos larmes sur rapusta.sie du Spartiate Groscassand, venez, me voir, nous causerons de vos uffuires.

Ku quittant le vieillard, Adolphe courut plutôt qu'il ne marcha juvquà la rue Gaillon ; il monta par un escalier dérobé à son Appartement dont II avait traitreusrment conservé une clef, et s'y introduisit aus.ni discrètement qu'un voleur fût pu faire. Arrivé dans une chambr»voisine du salon, il put t ntrevoir, à travers le troM d'une serrure, ma lame de Chantevilliers assise sur un divnn, en face do la porte derrière lai]uelle il se tint lui-même muet et respirant n peine. C«>tfe vision fut presque assitt^i éclipsée par un corp< opaque qui p.'iMn et repas<ia devant lo pertuis ou l'observateur avjiit colle son «^il.

Dans le personnage qui se démenait de la sorte, Adolphe reconnut M. Groscassand dont la voix sonore vint au même instant frapper son oreillr.

— Non, madame la comtesse, il n'en sera pas ainsi, disait le député avec un accent de dépit; il faut de la loyauté en toutes choses; j'ai tenu ma parole moi; à quel prix, vous ne l'ignorez pas; ce concert de reproches et d'injures qui salue mon nom aujourd'hui, gronde assez haut, je pense. Que voulez. -vous dire en me parlant d'une démarche décisive? que peut-il y avoir de plus significatif que ma rupture avec mes amis dans un scrutin par assis et levé? Vous avez exigé cela, vous défiant de moi ni doute et pensant que je pourrais vuus tromper par un escamotage de boules: j'ai accepté ce que vous m'imposiez, j'ai brûlé mes vaisneaux, et maintenant il semble que je n'aie rien fait. Est-ce là ce que vous m'aviez promis?

— Je ne vous ai rien promis, et je ne vinm comprends pas, re[>ondil la comtesse d'un air de hauteur.

— Oh! sans doute, madame, reprit Tavocal avec ironie; si nous avions un procès à cei égard , je le perdrais. Entre nous il n'y a pas de contrat, même sous seing privé; les fenaies comme vous n'écrivent pas, je le sais. De doux regards, de tendres paroles, ce ne sont p.is là des titres dont il reste minute; je .serais dooc condamné, bien certainement. It'ailleurs, avec toutes les ressources de votre esprit, il est facile de donner même aux aveux les plus manifestes une explication fallacieuse qui les tfeatate ou les rétracte. Il n'y a que voire présewf ici, madame, qu'il vous serait peut-rtre Boias f.tcile de justifier , si mon honneur ■• voaa (arantlssail pas le secret.

A cette apostrophe brutale, madame de ClUMlevilliers sentit se diessrr dans son âme les rrnt têtes du dragon de l'orgiietf} elle se leva par un mouvement emptirté, et i*Hae voix mue par le courroux :

— Monsieur, dlC-elle, l'ioicrpn i «!" n outr.xueante que \ou% donner a une démarche selliritee par vous, et à laquelle j'ai eu l'impradenco •le condescendre, me prescrit la coadaile ^ue je

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dois suivre désormais: je me retire; rappelezvous qu'une femme peut se trouver faible devant l'amour, mais qu'elle retrouve sa force devant l'insulte.

Malgré l'indignation de la comtesse^ il y avait dans ces dernières paroles une tentative de conciliation, dernier effort de son esprit ambitieux. L'avocat à qui l'idée de se voir joué faisait éprouver un dépit furieux, resta insensible à un reproche dont l'expression même semblait lui indiquer le moyen de rentrer en grâce. Loin de s'humilier et de reconnaître l'inconve- Dance de son langage, il prit son chapeau sur un fauteuil, par un geste brusque, et se mettant en face de la comtesse:

— Vous sortez, madame^ lui dit-il; eh bien, moi, je sors aussi, je vais ii la chambre réparer ma folie d'hier.

Madame de Chantevilliers marcha lentement jusqu'à la porte. Pendant ce court trajet, l'ambition et l'orgueil, ces deux tyrans de son âme, s'y livrèrent un de ces combats acharnés, à la fin duquel l'un des adversaires doit rester sur l3 place. Sortir, c'était rompre, c'était perdre le fruit de tant d'efforts assidus^ de tant de calculs profonds, de tant de concessions humiliantes, c'était renoncer à la pairie; rester, d'autre part, c'était reconnaître la légitimité du droit qu'invoquait sans ménagement ni délicatesse cet homme de petite condition et de mauvaise compagnie; c'était déroger à noblesse et peut-être à vertu. A cette dernière idée, la femme jusqu'alors sans tache et sans reproche, sentit bouillir dans ses veines son sang de comtesse et de dévote ; et cependant elle resta.

— Vous me laissez donc sortir? dit -elle à demi -voix, la main posée sur le bouton de la «errurc, et tournant la tête vers l'avocat qui la regardait immobile et farouche.

SI je vous priais de rester, ne swait-ce pas une raison pour vous faire fuir plus vite? répondit-il d'un ton bourru; je ne veux plus m'exposer à vos refus. Sortez si vous voulez, madame.

Indignée de ce propos rustique, la comtesse se représenta deux laquais de sa maison bâton-

nant M. Groscassand (de la Gironde). Cette vengeance imaginaire accomplie, elle se soumit une fois encore aux exigences de sa position, s'assit prés de la porte, aspira le parfum de son mouchoir^ et d'une voix pleine d'abattement:

— J'ignore ce que je vous ai fait, dit- elle; mais vous me traitez bien mal. Si vous m'aimiez, Raoul, seriez-vous aussi dur pour moi?

Au nom de Raoul, le député posa son chapeau sur un fauteuil et se rapprocha de la femme qui semblait douter de sa tendresse.

— Si je vous aimais! s'écria-t-il avec un accent pathétique; n'est-ce pas l'excès de ma passion qui donne à mes paroles ce caractère de violence qui a pu vous blesser? Si j'étais moins épris je serais moins emporté. Mais comment voulez-vous que je n'aie pas le cœur brisé par votre inflexible rigueur? Ce sont les faibles désirs qui se peuvent contraindre; ce sont les froides amours qui parviennent à se résigner; et moi je vous adore avec une ardeur qui ne me permet ni la résignation ni la contrainte.

— Mais il faudrait m'aimer pour moi et non pour vous, répondit la comtesse qui disputait le terrain pas à pas.

— Beaucoup pour vous, mais aussi un peu pour moi, réprit l'amoureux député d'un ton câlin et en amenuisant sa voix de tribune.

— Non, vous êtes trop mal pour moi; vous m'avez fait de la peine; je suis blessée au cœur.

— Oh! mille fois moins que moi, dit avec passion M. Groscassand; je vous ai offensée, ma charmante comtesse; eh bien! je vous demande pardon; je m'humilie, je suis à vos genoux... Oh! je vous en supplie, laissez-moi votre main.

Il s'était mis à genoux, en effet^ et la femme austère n'avait pas retiré sa main. En voyant la tournure que prenait la scène ^ Adolphe ne crut pas nécessaire d'en rester plus longtemps témoin invisible.

— Je vous demande mille pardons, dii-il en ouvrant brusquement la porte.

Madame de Chantevilliers jeta un cri étouffé; non moins déconcerté, le gros avocat se leva

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et se précipitant à la rencontre du fâcheux indiscret :

— (Peut une affreuse trahison, lui dit-il d'une voix tremblante de coK-re.

— Ce n'est qu'une toute petite vengeance, répondit Tamant d'Adrienne.

— C'est une horreur, vous dîs-je! une infamie ! mais cela ne se passera pas ainsi !

— Comme il vous plaira, mon cher, reprit froidement le jeune homme; nous parlerons de cela plus tard. Kn ce moment, permettez -moi de présenter mes respects à madame. — A votre bal, continua-t-il en s'adressant à la comtesse avec l'ironie la plus poliment impitoyable, vous avez voulu, madame, connaître le nom de la personne qui m'avait amené ? De ma part une question semblable à celle-là est inutile aujourd'hui; c'est à M. Groscassand, je le vois, que je dois Thonneur inespéré de vous recevoir ici.

— Où suis-je donc? dit madame de Chantevilliers d'une voix sourde en lançant à son adorateur décontcnaucé un regard accusateur.

— Vous êtes che^. moi, madame, répondit Dauriac avec une civilité imperturbable, ou plui6t chez madame de Vcrsau que j'ai l'honneur d^épouser dans un mois.

La comtesse promena autour <lu salon un rcjsçard plein d'cflroi; car pour clic, prude et dfdaigneuse, rougir devant un homme était umépreuve cruelle, mais se voir humiliée en préseoco d'une femme devenait un intolérable supplice. Dans son trouble, elle se figura que madame de >crsan était là, rarhée et jouissant de la turturo qu'elle- mémo subissait, ^'oullro^ to par reltc iilre, elle fut sur le point d'«»uvrir la porto et de se précipiter hors de l'appartement : elle se retint pourtaiu par iin rlïort hérorquc, t:t appelant à son aide toute rinorgio do .son rarartrre, toute l'hablN'té de son esprit, elle essaya d'imiter la ronduiir des soldats courageux qui, dans un ri \ ors batunt rn retraite, mais ne fuient pas.

— .Ma présence Ici, dit-elle d'une voix un peu altérée, pont vous surprendre, monsieur, mais «ans vous donner le droit de l'interpréter d'un<" manière injurieuse... J'ignorais que jo fussr cher

vous, et m'en fossé -je douté, ce n'eût pas été là un motif qui pût m'empécher de me présenter ici comme j'ai l'habitude de le faire dans beaucoup d'autres maisons où je ne connais personne... Ma visite avait pour but l'accomplissement d'un devoir.

— Peut-être l'acquittement d'une petite dette, demanda Dauriac d'un ton persifleur.

— Je suis dame de charitf, monsieur, dit madame de Chantevilliers en levant la léte... Monsieur, que j'ai rencontré ici par un hasard inexplicable, a bien voulu déjà me confier son aumône, et si vous-même...

— ^t*^tubIcu! j'ayais raison de dire que c'était une gaillarde, pensa le dép ité gascon, étourdi par le magnitique aplomb qu'avait recouvre la comtesse.

Adolphe comprima le rire fou qui menaçait de violer le décorum qu'il s'était promis d'observer.

— Je suis parfaitement convaincu, wdaMe^ dit -il, qu'en effet vous êtes venue ici daas let intentions les plus charitables, les plus humaines, les plus compatissantes, .\us5i, en publiant l'acte pieux dont je suis témoin, m'einpresserai-je ée confondre les envieox qui, dans le monde, osent mettre en doute la tendre bienvrillaoce de votre caractère.

— Je n'ai pas besoin d'être dcAmdaey BOSsieur; car il est impos:)ible qu'une attaque puine m'atteindre.

.Après cette réponse où perçait une sorle do defi, la cointe.vse sortit du salon sans regarder M. Grosrassnnd , et traversa les a«lres ptèoM d'un air calme et d'un p.os aanré. Adolphe la reconduisit avec la politesse accomplie d'un maiiro de maison et la joie contenue d*wi triomphant, .\rrivee à l'antichambre, •le Chanle\illiers se retourna brUifCBiat , et fixant sur l'amant d'.\<trionne mm rogari pleiB d anxiété et de supplication:

— 11 n'y a qu'un lâche qui frappe nao iVmme , dit-elle; cl jo tous rnns un kOBBe d'honneur.

\ii même Instant une clef tooma daas la serrure , l.i port<^ s'ouvrit, ci MadtauiM de Versaa

parut sur le seuil, suivie d'un commis de magasin chargé de plusieurs petits paquets. Ainsi qu'elle en avait naguère exprimé le désir, la jeune femme avait, par anticipation, établi son droit de possession à regard de l'appartement coDJugal, dont les embellissements l'occupaient souvent et attiraient quelquefois sa visite. A la vue de madame de Cliantevilliers, médusée au milieu de Fantichambre; de Dauriac, dont cet incillent inattendu redoubla la bonne Iiumeur; de M. Groscassand , qui apparaissait sur le second plan, la face rouge et les cheveux au vent, flamboyant comme une comète, Adrienne s'arrêta tout interdite, cherchant le mot d'une pareille énigme au lieu de le demander. Il y eut un moment de'silence solennel; Adolphe le rompit le premier en s'adressant à madame de Versan.

— Madame, lui dit-il avec un sérieux admirable , voilà madame la comtesse de Chantevilliers qui fait une quête pour les pauvres de l'arrondissement; il se trouve, par malheur, que je n'ai pas d'argent sur moi; auriez-vous la bonté de venir à mon secours et de comprendre mon offrande dans fa vôtre.

Adrienne regarda d'un air ébahi son futur mari et la comtesse; puis, par une obéissance machinale, elle dénoua un des coins de son mouchoir, et y prit sa bourse. Voyant ce geste qui la menaçait d'une aumône, madame de Chantevilliers perdit ce qu'il lui restait encore de sang-froid et de courage. Sans regarder personne, elle s'élança vers l'escalier qu'elle descendit précipitamment; l'implacable Adolphe courut sur ses pas.

— Il pleut en ce moment, madame, lui dit-il en se courbant sur la rampe; ne voulez -vous pas que j'envoie chercher votre voiture qui vous attend devant Saint-Roch?

Il ne reçut pas de réponse.

— Mais rentrez donc, Adolphe, lui dit la jeune femme.

Il obéit en riant sans se contraindre; puis, malgré la présence du commis -marchand et du député libéral, il prit les deux mains d'Adrienne et les porta vivement à ses lèvres.

— Me direz -vous ce que tout cela signifie? demanda-t-elle en le repoussant doucement.

— Cela signifie que désormais la très-noble, très -haute et très -impertinente dame qui sort d'ici, se mettra dans ses tout petits souliers du plus loin qu'elle vous apercevra. Mais je vous expliquerai cela plus tard ; permettez - moi de vous présenter en ce moment un de mes amis^ M. Groscassand (de la Gironde), dont je vous ai parlé plus d'une fois.

Madame de Versan rendit au député le salut assez gauche qu'il lui adressait, et entra dans le salon, où les deux hommes la suivirent.

Après avoir éprouvé une violente envie d'utiliser sa force physique en jetant par une fenêtre son déloyal ami, M. Groscassand avait compris le péril et l'absurdité d'un procédé aussi peu parlementaire : l'héroïsme de la comtesse le piqua d'honneur ; il résolut de ne pas rester au-dessous de cette conduite calme et intrépide, et de sortir à son tour avec les honneurs de la guerre, du mauvais pas où il se trouvai! engagé.

— Eh bien, lui dit Adolphe, d'un ton railleur lorsqu'ils se furent assis dans le salon, maintenant que vous voilà ministériel , me conseillezvous encore de donner ma démission?

— Ministériel! s'écria le député d'un air offensé, où avez-vous vu cela?

— Dans tous les journaux.

— Est-ce que vous croj'ez aux journaux? Quelle dérision! Hier je vote pour un article qu'en conscience je trouve utile, et voilà qu'aujourd'hui l'on m'accuse, on m'insulte, on m'appelle traître et renégat! Les cerveaux brûlés de mon parti me jettent la pierre, parce qu'en une seule occasion je me suis permis de ne pas obéir à leur mot d'ordre et de voter d'après ma conviction personnelle ! et ces gens-là osent parler d'indépendance! Que ceux qui ne me connaissent pas doutent de moi, je dois le leur pardonner; mais, vous, Dauriac... de votre part ce soupçon me blesse; vous avez lu l'accusation, vous auriez pu attendre la réponse.

— Vous répondrez donc'^ dit Adolphe d'un air incrédule.

— Demain, reprit le député libéral en redoublant de gravité; mes explications vous prouveront, j'espère, qu'il ne faut jamais juger un homme sans Tentendre.

— Si je me suis permis de vous juger, ccsi précisément parce que je vous ai entendu, répliqua le jeune patriote d'un ton non moins sérieux. — Pensez-vous que Lafayette et Benjamin seraient fort édifiés s'ils avaient été tout à Theure à ma place?

M. Grascassand (de la Girondej prit son altitude de tribune, en plongeant solennellement lu roain sous le revers de son habii.

— (^ue m'importent Benjamin Constant et Lafayette, vieilles idoles qui ont fait leur temps? dit-il ensuite avec un superbe sourire; je ne suis pas un enfant pour avoir peur de leur férule. Un député réellement indépendant n'est justiciable que du pajs, et je suis prêt à soumettre ma conduite à mes commettants.

— Même votre entretien avec cette vertueuse comtesse? demanda Dauriac en ricanant.

— Propos de boudoir, et je suis étonné de rimportance que vous semble/, y attacher, (juc deviendrait la société, si un homme politique était obligé de conserver dans les délas.semeuts de sa vie intime l'austère langage que ses opinions lui imposent à la tribune?

— Ainsi l'apostasie vous paraît légitime, pourvu qu'elle ait lieu situs de galants auspices?

— L'apoktasie! s'écria le député en se Icvnnt: jo regarderais ce propos comme un outrage, s'il n'att«.'stait pas votre candide inexpérience. Quand vous aurez mon :lge, mon cher, vous saurez qu'on ne devient pas un apostat en proraeltunt ù une femme aimable un peu plus qu'on ne veut tenir.

M. (iriiHraitsand (de la Cîironde) s'inclina drvftDt Adrienne, et sortit majestueusement du »alon.

— L© siège de Troie a duré dix an^, se dit- Il lorsqu'il fut dans 1h rue; en voilù plus dr dour.c que frainr celui que j'ai entrepris. Hèflcxion faite, c'est trop. Je ne puis p.is g:i5pil- 1er ainsi ma vie, et compromettre ma position. Avec SA monomanlc de conversion, cette femme

me ferait faire quelque sottise irréparable. Restons-en là; d'ailleurs, nous ne manquons ni de comtesses ni de marquises dans notre côié gauche.

Le surlendemain, tous les journaux de l'opposition renfermaient une lettre de .M. Groscas- >und, qui donnait un éclatant démenti aux accusations dont il avait été l'objet. L'honorable député rappelait ses antécédents, attestait les mânes de Foy et de Manuel, parlait de son sang plébéien , se glorifiait de son grand-pt- re le laboureur, et, pour conclusion, proclamait en face de la nation, qu'elle n'avait pas de mandataire plus dévoué et plus indépendant que lui. Pour corroborer cette profession de foi solennelle et dissiper les soupçons qu'un moment de faiblesse avait fait naître, M. Groscassand (de la Gironde), pendant tout le reste de la ses>ion, ne vota pas une seule fois au scrutin secret, sans avoir soin de lever ostensiblement sa boule noire avant de la jeter dan.'» l'urne.

Dauriac était un homme d'honneur, ainsi que l'avait supposé la comtesse : satisf«it do sa vengeance, il ne chercha pas à la pousser plus loin ; d'ailleurs son mariage avec madame de Vcrsan pouvait -il être mieux cèkbré que par une amnistie? Le bonheur inspire la clcmencc, et Adolphe, heureux près d'une femme charmante et bonne, oublia la haine pour ne plus songer qu'à l'amour. La réputation de la corote.«^.se dimcura sans tache comme p.ir le p.tsse. M.id.imc de Chanievillicrs fut toujours la femme austt re, dédaigneuse, bel esprit, su|>rrbe, proicpte à condamner le.s autres, .sûre de sa Terta, écottlM ( omme un oracle en certains salons; pui.vsante, en un mot , redoutable et honorée, l'ar seule ;;Ioirr lui a manqué, c'est la pairie; voilà le ( hagrîD de sa vie; chagnn noir cl rui.s.int dont elle ne se consolera jamais.

Les prédictions ironiques de M. S.ibalhirr ne sr sont donc pas reall.s4>r5. L homme incorrup- (ii>lc et la femme irréprochable sont restes dcl)out tous deux sur leurs pirdrs(.-«u\ : mais plus d'une fols, tandis que le monde s'inclinait avec respect devant ces colosses du ptitriolisaie et de la vertu, le sceptique \irill.ird a dit à Pauriac em-

ployé sous ses ordres au luiuistère du l'intérieur :

— Ces gens-là n'ont donc jamais lu l'histoire du songe de Nabuchodonosor?

— Laissez-les faire, répondait le mari d'Adriennc avec l'indulgente philosophie qu'inspire Tamour licureux; quel profit trouvez-vous à disséquer ainsi la vie? Lorsqu'une statue a la tête d'or, qu'est-Ll besoin de lui gratter le talon pour voir s'il est d'argile?

Mje Chevai et tes MWuîti^es*

Le chevalier mit pied à terre. Il laissa son palefroi au garçon d'écurie et entra dans la grande salle de l'auberge. Pour arriver de la Palestine, le sire n'en avait ni le gobsset mieux garni, hélas! ni les ongles moins gelés; car une longue route avait presque entièrement épuisé ses faibles ressources, et la froidure d'Angleterre se faisait doublement sentir à un homme tout frais émoulu des chaleurs de la Sjrie. Ce jour là, c'était en janvier, il faisait justement une bise, ô quelle bise! Aussi personne ne fit mine de se déranger entre ceux qui formaient un demicercle bien pressé autour du feu de charbon de terre, et le pauvre paladin aurait eu conscience à demander une chambre particulière pour y prendre des diners aussi chétifs que l'étaient les siens*, d'ailleurs au bon tems, on payait à part le feu des chambres particulières.

Cependant notre gentilhomme^ assez simple à son départ, et la preuve, c'est qu'il était parti, avait gagné durant la guerre quelque chose de plus et de mieux que des horions; ce quelque chose était de l'esprit, et la preuve, c'est quïl revenait, convaincu enfin qu'il avait eu tort de se donner tant de mal pour s'emparer d'un tombeau dont il ne s'était point emparé.

Or, cet esprit qu'il n'avait pu trouver à moins de six cents lieues de son castel , de quoi lui servit-il ? Le voici : ,,Mon hôte," dit le paladin au maître de l'auberge, en se soufflant dans les

doigts, „avez-vous ici de bonnes huîtres ? — Si j'en ai? ô sans doute, et des meilleures que l'on puisse trouver. Je les fais à la vérité paj'cr deux liards la douzaine: mais elles valent bien leur prix. — Eh bien, mon cher hôte, j'ai fait du chemin aujourd'hui; mon cheval est fatigué; voulez-vous lui faire servir le plutôt et le plus proprement que vous pourrez, quatre douzaines d'huîtres dans un plat, et y ajouter un pot de bière et un bon morceau de fromage? — Comment, seigneur, répartit l'hôte, tout cela à votre cheval! le mangera-t-il? — Servez -le lui toujours, répliqua le paladin, et vous verrez. — Seigneur, faut -il ouvrir les huîtres? — Kon, donnez-les avec leurs écailles.

Par St-Georges, dirent les uns, par le diable dirent les autres, voilà chose étrange qu'un cheval mange des huîtres, du fromage, et boive une bouteille de bière, comme le fait tout Breton sous peau humaine. Il faut que ce paladin arrive de la Terre -Sainte pour faire de telles merveilles. Venez donc, voisins, allons à l'écurie pour voir pareil prodige: ce ne sera tems perdu.^'

Sur ce, la compagnie se leva tout entière, et c'était à qui sortirait le premier pour arriver plutôt à l'écurie. A peine le dernier des curieux eut -il franchi le seuil de la salle, que le froid chevalier prit le meilleur coin de la cheminée, une petite table près de lui, et se mit incontinent à se chauflfer tout du long, besogne à laquelle il procédait de fort bon cœur.

Comme il était là. depuis quelques minutes, arrive tout effaré le maître du logis: ,,Seigneur, dit l'hôte, votre cheval ne veut pas manger les huîtres qui lui ont été servies selon vos ordres, et ne paraît guère se soucier du fromage ni de la bière. — IVon? répondit le chevalier. — Xon^ reprit l'hôte. — Eh bien, s'il en est ainsi, répliqua le chevalier, apportez -moi la bière et le fromage avec les huîtres que vous me ferea ouvrir, et donnez de l'avoine à mon cheval."

!6ie(efe(^ Drucf un& lOerlag ton ^îl\)a^în ^ 5¥(afind.

yièn.c Année. N'". 10«

CHOIX DE LITTERATURE

tiré TANT ANCIENS QUE MODERNES,

par O. Tj. Jf. TTOIéW, prof, et dr., et C. MCMLTZ» dr.

^^tméÏJce pidjin.

Ciefer talentPoUe (5d)rif((leUer, ter rroM einer ter fenntni§rfi*ilfn litfnten frarunlicb^n ^pur naliflen l|l, rcarfc am ;j. Oiocember ITîh; ju 'iirlté flpbcren, ma*te leme crjl^n v^tuDun ini cpliraium rcn 3uiUo, roifcmete 114) Èann in ^Montpellier unfc 'Parié fcer i^eilfunte un& rrarD jum Tcctpr prcmcrirf. (?r practicirte letod) ntd)t , fontern befctodftij^te fii) feit l^'lî», n?o er ûd) ^dni in ^jné niftfrli<t, mit fd)6ner l'iteralur unb fcer 5tunbe ter (ebenben vjprvicfcen. 3m Sabre l^l'o aab er tie erile m ,;îrjnfreii> ericfrienene lleberfeRunç^ ber ^iJerPe i!orb ^i^pron'é hfrjué; feine «rbeit erfreute ilcb emcr ic JÙnOî^^fn Vlufnabme, bj§ He rdfd) bmter einanber ileben 'iluflj^en erlebte. Ciefer folj^ten m bm nâ*iJ*n 3abr«n bie lUbertraçïuni^cn brr brriibmte)len ©erfe 'JJiCOtt é unb ^iilaltcr Scptt'é, irricfce ilA alficter "iliîdïe ç^rO' §en l^eifaliô ju erfreuen batte. ^Ison l'-U'J— Is'j4 beiuchte ^pidîct nun jirei 'Kal v^nalanb unb v?(tcn. lanb unb (egle leine flefammelten (Jrfabruni^en uber biefe O'îeil» in feiner 1^^85 fri'*ienenen .^nfebciArri» biin^^ nieber. ( Voy.i;;o ni Aii-Ic(itic cl en I coss.-, p.iris l"'.*:), a vol.) s^eit bieier 3ett bat er lotrobl ûber (^egenilanbc aué bem C^ebietc ber iDîebicin »tie aué bem ber fAcnen i?iferafur beé ^n unb Qlullanbeé rifle einielnc »)lrtifel in 3ourn»ïl'n. nanientlicb m ber llcvue de l'aris unb ber M«\ur des deux Mondrs erf(t)irtnen lalTen, unb lolcte. n?ie té m ^uanfreict «Jitte \H, (piter in emirlnen C^ammîun» flen pereint (jeraué^^e^ieben. 'ilucb tin billcrilAi^. i^rôÊl•rlé lûU-rf : Hi>tnire de Charles Kdouard, dernier priuci" de la iiiai.t<ni dr Ntuart, erjcbien ron ihin Pané li^'M) m jirei 'i^anben.

Cin ^ema^iyMrr ïiberaliémut^ berr|ct)t m iVinen ijctnften ror unb rerleibt ibnen fin* fi^fntbùm' (id)f. boct) Pemeéire^eé miftfalliae ,^arbuna; in ber l'itaaiur nrivU er (i4> al/erbina<i bem :>?rmanli(i^mul JU, dber bie IKembiMt unb ^Mevianj leini!* *?loli< |o iiMe iVine mftbPbiiifce ranîelluna^treDe unb bif t*irûnblict)reit ieiner ^^ntiricfelunçîen erfuUen bif ^crcrrun^en aud) be# Prenjulm 5?latT;frré unb le làM fich ron ibm mni, t^i^ cr im-hr m brr l'iteratur ^^H m ber Tclmf bif jjerectfe ♦JXillf balte. ?ùr bid)' friiidie probuclicn fibit ({• ihm iu ûbr an uriprin^luter 'phantaile; man fiebt innen ?enlun<ien (U fcfutlid) bif rnubiamcn ccmbinaticnen an. burcb ntldbt <r ttn T^anael an frilijfr ^Jifînbun^ au<»iualeicten fu(t)t; ûberall rt?o bie« ni*t nctbirenbia ilt jei^t er iid) ba»»e»^en ail ein feiner. fctarfilnni^er *î*ecba(tler unb rarikUrr. |o itie burcfcvMn^i»^ alS ein fbrenrrerlbtr. wobMeûnnfer ViatUK t«î tit «C^tuni, (ft itn rcn allrn yâciten ju Xbfil roirb, roUfcmmcn rerbienf.

MUSKE FRANÇAIS.

Élpisoites iïe ia Vie dUuè JPoeîe.

PRE>nÈRK PARTIE.

fia Feiiiiiic diploiiiate, ou le Iflallieiir d'être Bossu.

Dans un café de Russel-Street, près de Coveut- Garden, qui était depuis quelque temps fréquenté p.ir les auteurs et les politiques de Londres, trois hommes de lettres semblaient très-occupés de la lecture d'un livre latin. C'est dire d'avance que mou histoire remonte au siècle précédent, car dans les maisons appelées encore coffeehouses, on ne rencontre guère aujourd'hui cette classe d'habitués qui se réunissent plus volontiers dans l'eucelute privilégiée des 5,clubs", des , , institutions scientifiques ou littéraires", et autres cercles par souscription. Les cafés de Londres sont devenus généralement des hôtels garnis et des espèces de restaurans^ où l'on prendrait une triste idée de la sociabilité anglaise. Chaque convive ou chaque groupe de convives y déjeune, dîne ou soupe isolément derrière une espèce de barrière en boiserie, avec un grillage à rideaux, sans communication entre les tables voisines, sans avoir à craindre aucune interruption importune. 11 n'y a plus, je crois, de ces tavernes comme celle de la Syrène, du temps d Elisabeth, où ^hakspeare, Ben Jouson, Beaumont, Fletcher, etc.^ allaient régulièrement parler théâtre eu vidant quelques bouteilles de Xérès; il n'y a plus de ces coffee-houses du dix -huitième siècle, assez semblables à notre café Procope, tels que celui de Saint -James et celui de AVill, où le vieux Dryden voyait tous les jeunes auteurs se presser autour de lui pour entendre ses arrêts en matière littéraire^ et d'où Addison et Steelc ont daté plus û\n\ nun»éro de leurs feuilles périodiques.

Le café de Hussel -Street, où j'introduis mes lecteurs, était tenu par Daniel Button, et rivalisait avec le café de \>'ill , depuis que M. Ironsides, nom fictif de Steele . comme fondateur du „Guardiau," y avait placé la boite de son jour-

nal, cette TKTE DK LION, uon moins redoutée des beaux -esprits et des cockneys de Londres que l'était la fatale gueule du lion de 8aiut- Marc des politiques de Venise.

C'était donc cliex Daniel Button qu'un aprèsmidi de l'année 1721 , puisqu'il faut aujourd'hui une date, exacte ou non, à la moindre histoire, trois hommes de lettres discutaient quelques passages difficiles d'un poète latin. Arrêtés par le sens douteux d'un vers, ils exprimèrent assez haut leur embarras pour qu'il n'y eut aucune indiscrétion de la part des auditeurs à se mêler d'une espèce de débat classique qui, sous cette forme ou une autre, se reproduisait fréquemment chez Daniel comme chez Will. Un jeune enseigne aux gardes avait jusque là naïvement pris plaisir à écouter une conversation soutenue par les trois interlocuteurs, tantôt avec science, tantôt avec esprit. Soit réminiscence encore fraîche de quelque version de collège, soit que, sous le costume des fils de Mars, il fût resté fidèle au culte des muses universitaires, le jeune officier se flatta tout à coup d'avoir l'intelligence de ce texte déclaré si obscur par ces trois autorités. Il s'approcha modestement, et, demandant pardon, non sans rougir, de donner son avis.

„Messieurs, dit-il, il me semble que le sens de ce vers serait facile àsaisir, si comme je le crois d'après ce qui précède, la phrase, au lieu d'uu simple point qu'a mis l'imprimeur, devait se terminer par UN POINT d'interrogation — ?^^

Il se trouva que le jeune officier avait raison : les trois hommes de lettres se' regardèrent en se mordant les lèvres, un peu confus de recevoir cette leçon d'un écolier. Mais le plus piqué des trois fut celui qui tenait le livre, et qui le dernier avait proclamé le vers intraduisible. C'était un petit homme aux yeux vifs, à l'air railleur et fin, mais malheureusement remarquable par cette conformation disgracieuse qui rend l'esprit une arme d'autant plus nécessaire à celui qui en est affligé^ qu'il a souvent à se défendre contre les méchans quolibets qu'elle lui attire. Le petit hbmme était bossu. Il sembla d'ailleurs prendre presque exclusivement pour lui la leçon du jeune officier. En effet, il était

MUSEf: KRAXÇAIS.

pour ainsi dire iraduc tcur classique de son métier. Ses traductions n'étaient pas ses uniques titres littéraires sans doute, mais ceux qui lui avaient rapporté le plus: il a\ait traduit la Thêbatde de ►Stace, il avait traduit les Mélamorphoses d'Ovide^ il avait traduit les K//itrts et les .Satyres d'Horace, il avait surtout traduit Homère tout entier... Ce petit homme, en un mot, était le célèbre Alexandre l'oi»e entre .«»es deux amis Congreve et Parnell : — Monsieur le savant, dit -il avec un air de vanité méprisante au jeune officier, savez-vous seulement ce que c'est qu'un poi.nt d'i.\tehro<;atio.\ ? . . . .

Le jeune onicier s'attendait à un petit triomphe, ou au moins à une de ces paroles bienveillantes, à un de ces serremens de main familiers que le vieux Dryden, tout satirique qu'il était, témoin Mac/iecnoey distribuait, dit-on, si volontiers aux jeunes '^cns qui venaient l'écouter au café de >Vill. Piqué /i son tour, il ne se déconcerta pas, et, faisant succéder à sa timidité cette impertinence que l'écolier oppose aussi quelquefois aux remontrances de ses pédagogues jyMonsieur, répondit-il, après avoir toisé la taille contournée de Pope d'un air significatif: un point d'interrogation?., ("est une petite chose crochue qui fait des questions.'^

Cela dit, le jeune enseigne se retira.

Les rieurs ne furent pas pour Pope, qui, grommelant quelques mots entre ses dents, ferma son livre, dit adieu à ses amis, sortit tout rouge de colère, et «lisparut dan?» s^n carrosse, car il était du tre.v-pctil nombre de portes de ce tempslà dont le génie n'allait plus à pied.

I>c trois jours au moins on ne vit plus reparaître Pope au café de Haniel ilutton : pendant trois jours il rvniii triste , sombre et solitaire dans .sa drliclru-»e retraite de Twirkenham.

.Mais ici un enthousiitstc de la gloire littéraire m'interrompra peut-être pour ne récrier sur l'excès de susceptibilité que j'attribue à un homme qui était déjà prorlame alors le premier porte de son époque. — y)U""' donc! vous nous représente/ comme inconsolable d'une pofntr contre sa taille celui que son pa^s plaçait de son vivant sur un piédestal si élevé. Les lords recherchaient Popr

comme leur commensal, et souscrivaient magoifiquemeot à ses œuvres; les critiques les plus difficiles vantaient li profondeur de sa pensée et la noblesse de suo st3 le dans ses poésies Morales; c'était en carrosse qu'il allait et Tenait de Londres à Tuickenham, à Twickenhaa^ cette rtlln plus élégante que le Tibur d'Horace: Pope, en un mot avait non-seulement toutes les jouissances de la gloire , mais encore celles de la richesse, et une épigraniroe aurait pu le rendre

malheureux pendant trois jour! Kh bien!

oui. Pope avait la conscience de son talent et de sa réputation. Pope était l'enfant gâté des grands, le poète le plus goûté des d:tines, il était l'auteur admiré de la Furet df M itid^ur, de ï^ Essai sur la critique^ de la lioucte de ckevfux enlcv^fj des Epitres morales, de l'Epitre d'Ut luise à Abailardy de cette traduction de Ï^Iliade surtout que l'enthousiasme on peu exa:;ere de sou siècle mettait à cote de l'original : mais Pope eût donne sa gloire, il eût donne s» fortune, prix de ses veilles, pour n'être pas bo£su.... Apprenez que Pope était jeune encore, et que Pope était amoureux!

K( maintenant mette/.-vous u <- i plu e . vous qui ave/, ele jeune , vous qui réto .n.iuurd hui, vous qui avez aimé, vous pour qui l'amour est tout encore, la vie dans ce monde, le ciel dans l'autre! celle qui vous occupe pendant le jour, i-ille dont vous révet la nuit, celle pour qui \ ous tait<\s aus>i des vtrs si vous vous cro^e* poète, elle vous attend, vous aile» la voir, f'-tre vu d'elle, lui déclarer voire passion, implorer un rcu ird qui vous «Êgikge Àaepérer... Dites, pour toute la gloire et toute la richesse de Pope, consentet- Nous à re.ssembler à Pope? Pour moi, je TaTone, de\rait-on eu conclure que je suis en re moaient amoureux comme Pope, \'y coo.sens; nais il »e semble que je ne voudrais jamais pour tout l'éclat de sa renommée, que dis -je? pour la renommée d'Horaere . m'olTrir à certains yeux avec la taille de son traducteur!

Cette pensée amere poursuivit Pope dsM Ma rarro^r lorsqu'il qniti.t brusquement le calé M.niiei HuKon, et au lieu, de se readre cli«a Imij Mar> \> orilc.v .MoniJisiie. oé 0 avait ea é^Êhcrâ

le projet d'aller, il porta sa tristesse dans la solitude de sa rillaf sur les bords de la Tamise.

,^ — Hélas! se disait-il à lui-même, tu t'étonnes que tout ton esprit, que tous tes beaux poèmes ne puissent t'obtenir l'aveu sollicité depuis si loug-tcmps de hiiy Mary; mais il faudrait d'abord la rendre aveugle' pour lui dissimuler que si tes vers rappellent Homère, ta taille rappelle plus fidèlement encore Scarron. Ta vanité eût en vain voulu te persuader qu'on ne pouvait plus voir en toi que ton génie, et qu'en te regardant passer, le public en admiration disait tout bas: „Voilà Pope le poète!" Malheureux! quand on chuchotte à ta vue, c'est pour dire: „Voilà Pope le bossu!" Et tu as pu espérer qu'une femme aurait pour ton corps chétif d'autres yeux que le vulgaire! Si tu veux être aimé,

écris, mais ne te montre pas Cependant si

je ine ressouviens des dernières paroles de lady Marj-, de son sourire quand j'ose lui baiser la ïuain, de la facilité avec laquelle j'ai obtenu qu'elle se laisserait peindre pour moi par sir

Godfrey Kueller; quand je relis ses lettres

N'est-ce doue là que de l'amitié? L'amitié

d'une femme pour notre sexe n'est -elle pas un autre nom pour l'amour? Hélas! oui, sans doute, si j'étais fait comme tous les hommes; mais les faveurs qui compteraient pour uu autre sont insignifiantes pour moi

Tous ces lieux communs de l'amour propre qui tour à tour se dépite et se flatte troublèrent ainsi plusieurs jours le malheureux Popej mais enfin un peu de confiance lui revint; sa susceptibilité s'endormit, et la musc, cette syrène qui sait si bien nous enivrer de nos propres paroles, lui dicta des vers si harmonieux et si purs qu'après les avoir fait parvenir à lady Mar^', le poète pensa qu'il la trouverait plus disposée que jamais à lécouter favorablement, quand bien même elle aurait entendu parler de l'aventure ridicule du café de Button.

Voici ces vers qui dans l'original, il est juste d'en prévenir, ont une douceur comparable à celle des plus tendres de Virgile ; ils étaient adressés à Gay le fabuliste. J'essaierai de les traduire coname je pourrai. J'ai dit tout à

l'heure que je consentais à passer pour amoureux comme Pope; mais je ne me suis pas vanté d'être poète.

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