A MON AMI LE POETE GAY
Amoureux comme moi, tu pourras me comprendre: Ma villa s'agrandit, je vois au loin s'étendre Ce Tibur dont le fleuve, en ses limpides eaux, Réfléchit les gazons, les factices coteaux. Mais tout cela fait-il le bonheur de la vie?... Le bonheur n'est qu'aux lieux habités par Marie ^0.
QuD sont-ils ce bocage et ce riant jardin. Ce portique du soir, ce berceau du matin? Uu asile discret, où, seul avec lui-même, L'amant confie aux airs le nom de ce qu'il
aime.
Tel le cerf imprudent qu'a blessé le chasseur S'échappe au fond des bois la flèche dans le
cœur, Tombe loin des regards, et voit, sous l'ombre
amie.
S'épuiser goutte à goutte et son sang et sa vie.
Lady Mary avait aussi une habitation à Twickenham mais elle était à Londres depuis quelques jours.
Pope en quelques heures fut dans Cavendish- Square devant l'hôtel de l'honorable M. Wortley. Le boudoir bien connu de lady Mary^ eu en visiteur habitué il se fit introduire tout d'abord, était décoré d'un de ces tapis de Perse plus rare alors en Europe que de nos jours. Ce n'était pas le seul meuble qui rappelât qu'on se trouvait chez un seigneur récemment revenu de l'ambassade de Turquie. Un riche sopha de drap rouge à franges d'or y était garni de ses coussins en soie brodée qui, disait lady Mary dans une de ses lettres, l'avaient à jamais brouillée avec les chaises. Les lambris de cet appartement étaient peints eu arabesques, et entre les croisées, des vases de fleurs naturelles ou des urnes contenant des aromates exhalaient leurs parfums confondus. Sur le meuble de toilette si grucieu-
♦ ) On sait (|iie Tope supprima dans ses œuvres complètes les six premiers vers, et ne laissa les autres que comme fragment.
semeot décrit dans la Boucle de cheveux enlevée, au lieu de la bible de Beliode, un exemplaire de Talcoran attestait que lady Mary avait appris une langue de plus à CoDstantinopIe.
Un enrant de cinq à six ans jouait seul dans cet élégant boudoir, se roulant sur le magnifique tapis comme il eût fait à Twickenham sur une pelouse. Déjà célèbre à cet iigc, comme étant le premier européen qui eût subi l'épreuve de rinoculation, cet enfant devait faire plus tard, devenu homme, «issez de bruit dans le monde par sa prédilection pour les usages de l'islamisme, par ses dettes, ses querelles avec sa famille, et sa vie aventureuse. C'était Edouard Montaguc, le fils de Tambassadeur. Après avoir re^a les caresses de son bon ami M. Pope avec une docilité affectée, le méchant espiègle se mit à s'enfuir en lui faisant la grimace, et haussant une de ses épaules. Le poète ne vit pas heureusement cette pantomime moqueuse, car ses yeux se tournèrent du côté d^une porte où il crut reconnaître rapproche d'un pas qui faisait battre son cœur; c'était en effet lady Mary Mjutague, qu'on venait sans doute de prévenir de la visite du poète.
Dans ce bcudoir rempli des trophées de son voyage d'Orient, lady Mary entra plus semblable elle-même à une sultane dWchmct III. qu'à une de ces grandes dames de la cour britannique dont les portraits peints par Vaudyck, sir Peter Llly, et sir Godfrcy Knellcr, ornent encore aujourd*<iui les palais d ,* >Vicd.sor et dllamptoacourt.
Entre autres Idées nouvelles qu'elle avait rapportées en Angleterre de son séjour à C'onstantinoplc, la bello ambassadrice de Georges lor d»* dissimulait pR!* .son antipathie du costume des dames anglaises tel que nous le vojkons d.ins les tableaux que nou.^ venons «le nommer, tri que le critiquent .si .spirilurlli ment .\ddisson et Steele dans le Sptrtator et le iitiarduin. Elle aimait à se p.irer rhcA elle de co ccstunie plus gracieux des odalisques qu'elle nous a décrit dans .ses admirables l.tttrrs. Déjà même quelques femmes, enir'auircs lady F'anuy Shirley, avaient osé rimilcr^ mais la nationalité britAÙuiquc ré-
sista aux essais de cette mode (hardie, et pendant long-temps encore les ladys de Londres comme les dames de Paris devaient rester emprisonnées dans ces roides rertugadins que nos aïeux estimaient comme les garanties insurmontables de la vertu de nos aïeules.
Ce jour-là milady Montagne avait eu une raison particulière pour adopter le costume d'Orient. Ce costume était celui dont lui avait fait présent la belle Fatime. Elle portait un caflam à manches pendantes, de brocard d^ur avec des fleurs d'argent, admirablement atlapté à sa taille, que serrait une ceinture de diamans; un léger tissu (le gr;ze laissait voir la beauté remarquable de son sein; ses pantalons roses lui descendaient jusqu'à la cheville et faisaient ressortir ses pieds enfermés dans ses pantouffles de satin blanc brodé d'or: ses bras demi-nus avateaS des bracelets de pierres précieuses ; ses cheveux, au lieu d'être caches sous une des lourdes perruques rondes du temps , sortaient en nombreuses tresses d^une toque de velours bleu, ûjcêe avec un mouchoir brodé et surmontée d'une aigrette en pierreries. En la voyant si belle cl ainsi parée. Pope aurait bien pu la comparer à une fée des coûtes arabes, devant laquelle il venait se prosterner, lut trop semblable, helas! à ces nains qui se trouvent presque toujours dans le cortège de la magicienne.
— Vou-1 voyca, dit -elle au poète en lui offrant sa laaln à baiser, que je suis fidelo à ma promesse : je quitte il n'y a qu'un ioslant sir (•odfrey kneller, à qui j'ai donne une dernière séance avec la parure que vous ave» dcsiri*e.
(^ue de grâces j'ai à vous rendre de t^nt de complaisance, répondit Pope: mais quoi! ce portrait est déjà fini! que je vais êire heureux de l'emporter en triomphe dans ma vilU!
- En vérité I .sir tJodfrcy Kneller c.*t un peintre expéditif dit lady .Mar^*, et surtout un original fort amusant. Je rirai long -temps enrore des naïvetés de son amour- propre; il ■• répétait avec le plus grand sérieux du monde eomroent il avait reçu naguère .«on tailleur qui osait lui proposer de f.iire un peintre de son fils. — Mon ami, lui a dit sir Godfroy, il B*y
a que Dieu tout -puissant qui puisse faire un peintre I
— La deruière fois que je sortis avec lui, dit Pope, qui aimait à répondre à une anecdote par une autre, sir Godfrey s'arrête tout à coup dans la rue, en entendant un homme du peuple se servir du juron anglais Dieu me damne! — En vérité, lui dit-il, coquin! lu as bien de l'orgueil ! que Dieu s'amuse à damner le duc de Mariborough ou peut-être sir Godfrey Kueller, cela se conçoit; mais un drôle de ton espèce, crois-tu donc en valoir la peine?
— Je lui demandais, continua lady Mary, pourquoi un peintre qui avait son génie ne faisait point de tableaux d'histoire. — „Madame, m'a-t-il dit, les peintres d'histoire font vivre les morts, et ne commencent à vivre eux-mêmes que dans l'autre monde. Je travaille pour les vivans afin de vivre dans celui-ci.".... Est-il vrai, M. Pope, que sir Godfrey soit d'une voracité digne d'Hercule?
— Madame, reprit Pope, on exagère un peu tous ses défauts, et sir Godfrey se prête merveilleusement aux bouffonneries qu'on lui attribue. Mais croyez qu'il est un de ces personnages complexes qui, mêlant la goguenardise à la naïveté, consentent à laissçr rire un peu à leurs dépens, pour rire beaucoup aux dépens des autres. Il commence par s'exécuter lui-même de bonne gnice sur son avarice, sur sa gloutonnerie, sur sa vanité; puis, tout en ayant l'air de mettre ses ridicules en relief^ il parodie les ridicules de ceux qui le raillent, sans qu'on puisse se fâcher de ces représailles légitimes. Sou origine étrangère *) ajoute alors à sa causticité: son accent et le double sens que son inexpérience prétendue de la langue semble donner à ses mots, aiguisent encore la pointe do ses épigrammes... C'est un habile comédien!
— Et un excellent personnage de comédie que vous devriez, indiquer à Congrève, continua lady Montague, à moins de le garder pour une de vos satires.
— Ah! madame, quelle idée: Me croycz-
*) Il était de Lubeck.
vous assez ingrat pour désigner à la moquerie celui à qui je vais devoir votre image. Nous autres catholiques, nous tenons trop aux tableaux de nos temples pour traiter si cruellement l'artiste qui reproduit les dieux de notre idolâtrie.
— En effet, je me reproche une mauvaise pensée, dit lady Montague, et comme vous pourriez croire que c'est pour me venger de ne pas me trouver assez belle dans mon portrait, venez le voir, et vous avouerez que sir Godfrey aura plutôt à se reprocher de m'avoir un peu flattée.
— Pope passa dans une autre pièce avec lady Mary, que sir Godfrey, à la prière de son ami, était venu peindre chez elle, faveur qu'il n'accordait qu'aux têtes couronnées.
Pope admira en silence l'ouvrage du peintre: — ,,Eh bien! vous ne dites rien, lui fit observer lady ,Mary, en rentrant dans le boudoir: ne trouvez -vous pas le portrait ressemblant?"
Pope ne s'était tu saus doute que pour exprimer sa satisfaction en poète. Madame, répondit-il, sir Godfre^', comme tous les peintres, a quelquefois flatté les dames; mais ce n'est pas lady Mary; et Pope ajouta en vers qui n'ont guère que le mérite d'être improvisés: *)
C'est bien là de son front la calme majesté,
Et son charmant sourire et sa douce gaité...
Que ne puis-je en mes vers, rival heureux
d'Apelle,
Peindre aussi quelques traits de ce divin modèle:
Sa grâce, son esprit et sa sincérité.
Son merveilleux savoir exempt de vanité;
Digne mais sans orgueil , sage mais non sévère;
Le ciel lui prodigua ses trésors les plus doux...
De la peindre jamais ma muse désespère.
Je brise mes crayons et tombe à ses genoux.
— Votre galanterie et votre verve sont inépuisables, dit lady Mary; mais les poètes sont
*) Ces vers sont assez médiocres dans l'original; la traduction était facile.
Ml'.sliK FRANÇAIS.
encore plus flatteurs que les peintres; vous voilà forcé d'en convenir, monsieur l'ope.
— N*îittril)uerez-vous jamais à un autre sentiment qu'à la i^alanterie les vers que vous m'iuspirex? dit le poète.
— J'aurais dû dire votre amitié.
— Le scniimeut dont je veux parler est plus tendre encore.
— Mais, mon cher monsieur Pope, prenez garde; c'est presque une déclaration, et nous parlons en prose.
— Pourquoi feindre si long-temps de ne pas me comprendre? Pensez -vous que je puisse retracter de vive voix une seule ligne de ces lettres où je me suis plus d'une fois peut être exprimé trop clairement? (jue vous refusiez de croire aux allusions de mes poèmes^ je le veux bien, quoique j'aie eu rais(»n de dire en terminant riieroïde dlléloïse, que pour faire ainsi parler Pamour il fallait Pavoir éprouvé; =^) mais avez -vous pu traiter de fiction cette tristesse, ce désespoir qui pendant votre absence faillit plus d'une fois me faire courir sur vos traces. Vous le .savez., je n'attendais quVjn mot de vous pour aller gro.s«»ir votre suite dans vos classiques pelcriua;;;es. Combien de fois j'enviai la mort de ce (>eo(rroi Hudel qui alla expirer aux pieds de la princesse de Tripoli pour le seul bonheur de lui baiser la main, et d'obtenir une de ses larmes sur sa tombe!
- Je me souviens en effet, dit ladv .Mary, do la lettre cliarmaulu ou vous me racontiez la romanesque liistoire de ce troubadour provenvai, et je l'admirai comme tre.s-poelique ; mais si j'ai refusé jusqu'ici de comprendre le véritable sens do von tcudre.s aveux, vous n*Aurie7. pas dû, vous, monsieur Pope, m homme d'esprit, refuser de comprendre que je \uul.iis éluder jusqu'à la (in une explication qui pouvait interrompra votre .son»;e de poète ; car j'idme à criuro que vous vous tromprA vous-même, et qijr \o(rr amour n'est pas autre chose. Toutefois, puisque vtm.i l'exiger, je dois vons répondre plu* directement ei avec le lan-
*) Ile brut can paint thrni. nho thall l' • i 0\.m moat.
gage d'une amicale franchise. „Ce qui me couole d'être femme^ ai-je dit une fois, c'esC la certitude (jue je n'en épouserai pas une.** J'étais plus jeune alors; j'avais commencé par mépriser mon sexe: je lui devais quelque réparation; je ne voulus pas qu'il m'accusât d'avoir passe à l'enoemi, et mon ambition se trouva bientôt d'accord avec l'intérêt général que j'avais à défendre. Heureusement, de toutes les vertus dont votre imagination s'est plu à me parer, il en est une, si c'est une vertu , que je ne saurais m'althbuer, la sensibilité: celle du moins qui peut entraîner u la fois la tête et le cœur. l>e très -bonne heure je l'ai regardée comme une faiblesse qu'il fallait accuser du rôle insignifiant que les femmes jouent dans ce monde, se condamnant^ la plupart, à aimer un mari ou un amant pendant la première partie de la vie, et Pieu pendant la seconde. Je me suis fait une autre vocation; depuis l'i'ige ou je pus me connaitre, j'a!<pirai, j'aspire encore à prouver à mon sexe qu'il peut avoir autant d'action que le vôtre sur les affaires politique:», et réclamer une part des avantages que vous vous êtes tous ri-serves, messieurs, eu taisant les lois. On vous a dit que mon mariage fut le résultat d'un caprice: ce fut un premier calcul; malheureusement je me trompai sur l'homme. Kn dix ans île temps je n'ai pu en faire qu'un ambassadeur; ce n'est pas assez-, je ne vou.-» le dissimule pas. Si je peose sérieusement à faire adopter par le parlement le divorce ;» la turque ♦), ('est contre liudoleuce de M. Montague quo mon mémoire est dirigé. Crojei-vous, ditesmoi, que l'aniotir tel que voua le rèvex, pttlsM entrer dans un cœur si ambitieux?
— Uelas ! dit Pope, qui avait d'ab«rd baissé les jreux, e( qui en le.<« relevant nur ladv .%!•■- (.i^ue semblait presque s'attendre à la voir graadi«* du double de sa (aille, que puis-je repoodre, si ce n'est que mon corur voua a souvent placé*
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sur le plus beau des trônes; mais rambitioii étouffe-t-elle tout-à-fait Tamour?
— Mon cher poète, vous le voyez, si je vous laisse parler, nprès m'avoir fait monter sur un troue dans vos songes, vous allez m'en faire descendre pour in'enfermer dans le cercle étroit de quelque nouvelle pastorale. J'ai fait des églogues comme vous, je m'y connais. Permettez-moi de vous ramener à la réalité de ce monde prosaïque, même à propos de poésie. L'ambition une fois satisfaite, qu'on pense à l'amour, je le con(;ois: qu'on en fasse un moyen de parvenir, je l'admets encore; je vous l'avouerai sans pruderie, et vous n'êtes pas le premier ix qui je le déclare: si je ne prends pas un amant , c'est moins de peur de passer pour en avoir un que pour éviter d'être sa dupe. Vous me demandiez vous-même un jour en riant s'il était vrai que je n'avais pu pénétrer dans le sérail qu'en acceptant le mouchoir du sultan; je me contentai de vous répondre que la cérémonie du mouchoir était un conte de voyageur; j'ajouterai aujourd'hui que si Achmet III avait mis un prix aux privilèges qu'il m'accorda^ ces privilèges m'étant nécessaires, je les aurais payés ce qu'il eût fallu. Achmet est d'ailleurs un monarque fort aimable, je vous jure, tout Turc qu'il est, et qui gagne à être comparé à notre roi protestant.
— Une femme ambitieuse, dit Pope, qui, un peu étourdi d'abord, voulut essayer de plaisanter, ne devrait pas mal parler du roi Georges.
— Mais je parle à un catholique et à un jacobite, reprit lady Montagne.
— Serait-ce le motif de mon exclusion de votre cœnrV demanda Pope qui se fût peut-être consolé d'être en amour une victime de la politique plutôt que de sa taille. .. notre amour propre a de ces retours là.
— Je ne suis point whig à ce point, poursuivit lady Montague; mais vous êtes poète,
monsieur Pope, et j'ai encore l'ambition de prendre ma part de la gloire d'auteur; or vous savez combien l'envie se plaît à nous disputer, à nous autres pauvres femmes, le droit de mettre îiussi quelques feuilles de ce laurier dans notre couronne. Il est déjà bien dangereux à moi de vous avoir pour ami: vous accepter pour amant, ce serait m'exposer à faire dire un jour que mes lettres datées de Constautinople ont été faites à Londres. Il n'y aurait aucun de mes vers qui ne serait corrigé par vous; en un mot, excusez ma jalousie, si jamais un homme peut se vanter de mes faveurs, je ne veux pas que son indiscrétion soit plus éloquente que mon démenti.^^
Ce langage d'une franchise excessive se rapprocherait du cynisme si nous voulions le rendre littéralement conforme à celui que les Mémoires du temps et les auteurs dramatiques contemporains attribuent à la société du règne de Georges 1er. Dans toute autre bouche ce lan-; gage n'eût sans doute pas choqué Pope, qui avait bien aussi sa licence quelquefois, quoiqu'il fûfe un des écrivains les plus châtiés de son époque. Mais dans la bouche d'une femme aimée, quel désenchantement ! Le voile commençait à tomber de ses yeux, et lui qui citait naguère la tradition de Geoffroy Rudel, lui qui, bien que poète classique, ne lisait pas avec moins de charme le vieux Chaucer, que le vieil Homère, les vieux fabliaux que les églogues de Virgile, il dut se rappeler ici la belle Mélusine et sa fatale transformation.
Peut-être aussi lady Montague s'aperçut-elle alors avec plus de regret qu'elle ne s'en crojait susceptible qu'elle avait trop brutalement détruit le prestige des illusions du poète.
iSuite.^
23om MUSÉE FRANÇAIS cn'cfjei'iu ivodjciitltd) cinc 9Zummcr. Sic «PoOamtcc eccfen^en Me D^uoimcrn wodicn.'Ii*, Me 9Sud)t:anMiin>)cn jnonallid). — 5lbonncmcnté**rreif( fiir 26 SWummcrn o^er 6 OJîonat i 2;t)Ir. Cm SiboiincmeiU uiUec «G 5îuoimetn finCct nîd)t @tatt. 3u bcM'cOni furd) fammtlidjc «udjtianMun^eii iinb «Poflaniter.
^tclefclb, Drucf uno ferlas con îZ^el^afieit b* ^lafin^.
yièmc A,i„(^e.
SME FmAFr^JA^^.
CHOIX DE LITTKHATLHE,
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DES 9IE1X.I.EU11S AlTKniS
'tant anciens que modkbnks, par O. Eé. JB. JTOIjFW» prof, et dr., et C SiMÊLTZ, diu
M^pisodes iie ta Vie UUtn M'oèie.
PRRMIKRK PARTIE.
JLa Feninie dl|iloiiinte, ou le .Tlulheiir tl'4>tre BuHifu.
(Suitt)
fliKi.i.K femme, quelque Iroide qu'on la suppose, n'éprouve iiu peu de dépit à se voir dépouillée tout à coup lie cette auréole dont l'iniuginution de Pautrc sexe se plait à Tentourcr? Toujours Cî<l-il vrai qu'uprés celte explication^ à rintimité qui depuis des années rapprochait si souvent ers deux personnes assises si ramiliérement à côté Tune de l'autre >ur un divan de boudoir, succéda tout ù coup un sentiment de gène, ce premier instinct d'une déliance qui devait nécessairement devenir un jour de Tlios- Cilllé. (^uauil les yeux de l»dy Mary cherchèrent ceux do Pope, elle sentit que pour conserver raititudc de superiorilé qu'elle avait voulu prendre sur celle urne faiMe de poêle, clic avait besoin d'armer ses regards d'une sorte de dédain, he stin ( r»ir, l»opc s'étonna de pouvoir sitôt secouer le poids tie la trUtesso dont l'avait accablé celte hi/.arre explication. Les avanta;:es de la beauté d'une part, Irn di'<tavanta{;rs d'un corpn disgracie de l'autre, disparurent é;;alcmrnt dans cette lutte entre deux âmes qui venaient en quel-
que sorte de se mettre à nu. Ce fut même Pope qui renoua le premier la conversation après un moment de silence.
— Madame, dit-il, non sans un léger accent d'ironie, je ne savais pas que la gloire de poel« coûtât si cher.
— .Mon cher monsieur Pope , répondit lady .Mary sur le même ton, avouez que votre rivale eu poésie est bien généreuse de ne pas vouloir vous rendre inûdele aux neuf sœurs.
— Je vous ai trop souvent invoquée comaie une dixième muse, reprit Pope; et, pour changer, vous voulez cire maintenant ma Minerve.
— Vous lie rimercK jamais maigre ma drfensf, je l'espère bien. Il n'osi pjs besoin de rappeler le proverbe à un poêle tel que vous.
— yue ne me drfender.-vous d'écrire? il m% serait bien plus f.icilc de vous obéir que lorsque vous me defcnder. d'aimer, dit Pope, mais (l'un air qui indiquait xviex que ces paroles n*ê'lairnt plus pour lui qu'un lieu comaïuu de galaiKeric. Lady .MonUguc, qui le devina nans doute, répondu avec quelque stc\itft%Mti
— .Mais c'est ce que je n'ai le droit de défendre à personne.
- L'aurier.-vous déjà permis à quelqu'un?
— .Monsieur Pope, dit ladj .MonUxue en appu,>nnl sur le mot, voilà un« de ces vt-nsnoxa qui exposent a des réponses «cvéres.
Klle s,ii( ce qui mcsl arrivé fbet Rudon ! pcn>.% Pope . que celle réplique déconcerta. —
M{]i>KK KHAXÇAIîS.
Madame, dit-il, je vois que je deviens indiscret, et que vous désirez être seule.
— Seule, non ; mais j'attends une visite.
— Recevez mes humbles adieux, madame j et, oubliant cette fois de lui baiser la main que ladj Mouta;Liue oublia de lui tendre. Pope se retira. Daus l'escalier, il fut heurté par quelqu'un. — Je deinaude pardon à M. Pope, dit une voix. Pope regarde... Damnation! c'était le jeune officier du café de Buttou !
Ce jour-là même, le poète ajouta quarante vers à sa satire contre les femmes.