‹ Musée françaisChapitre 22 sur 51 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

lia Prude, ou l' Avantage d'être Bossu.

— „N'est-il pas singulier que ce pauvre Pope, qui était si peu fait pour l'amour, ait voulu être amoureux toute sa vie!...*^ Cest une réflexion qui n'est pas de moi, je vous jure, mais d'un de ces biographes commentateurs, d'un de ces hommes de lettres à la suite, qui montent en croupe sur le Pégase d'un poète, qui se parent de la livrée d uu grand homme, et semblables aux valets raisonneurs du théâtre, critiquent ou louent leur maître à tort ou à travers sans le comprendre, tantôt l'exaltant de leur imagination étroite. — „ Pourquoi Pope s'avisait- il d'être amoureux V N'était-ce pas à lui bien ridicule V^^ — Et, cela dit, ou fait le procès à Pope, au lieu de le plaindre.

Heureusement Pope n'était pas aussi à plaindre qu'on le suppose; ils ignorent, ces esprits froids, tout ce qu'il y a de charme pour le poète dans un amour même malheureux, dans ses rêveries quand cet amour est encore un secret pour tous, même pour celle qui l'a fait naître, dans sou timide espoir quand il a osé parler, d:ins sa mélaocolie quand il est repoussé ou (ralii, et enfin dans les consolations d'un autre anour, car c'est la loi de notre nature que l'amour seul console' de l'amour.

Pauvre Pope!... Et toi aussi pauvre Jean- Jacques, qui as livré toi-même à ces censeurs

ta vie de valétudinaire amoureux, toi aussi qui es venu leur apprendre tout ce qu'il y avait de ravissemens pour toi dans la plus faible espérance et daus la plus légère faveur, depuis ta promenade à Tonne avec Mlle Galley que tu ne devais plus revoir, jusqu'à ce baiser de Mme d'Houdetot pour lequel chaque jour tu recommençais si joyeux le trajet de l'Uermitage à Eaubouue! Toi aussi, ils t'ont trouvé ridicule et dans tes passions ambitieuses pour ces grandes dames qui riaient de leur ours apprivoisé, de leur philosophe malade, avec un amant mousquetaire, et dans le fatal aveuglement qui, hélas! te fit descendre à Thérèse.

Lady Wortley Montagne n'était pas le premier amour de Pope : elle ne devait pas être le dernier.

Pope avait connu pendant son séjour dans lo comté d'Oxford la famille Blount, catholique comme la sienne et avec laquelle cette conformité de religion ne pouvait que resserrer ses liens de voisinage. Edward Blount, le fils aîné, resta toute sa vie son ami et son correspondant. Mistress Blount, la mère, devint veuve, et ayant quitté l'Oxfordshire pour habiter Londres avec ses deux filles Theresa et Martha, Pope continua de visiter assidûment la famille Blount dans la capitale comme en province. Lorsque le nom de Pope devint un des grands noms de la poésie anglaise, lorsqu'il 3' eut de la vanité a pouvoir dire: — „Ce M. Pope dont vous parlez, ce grand poète, il est depuis loug-teuips notre ami! il vient familièrement à la maison, nous l'avons

vu naître " — M. Pope, le grand poète,

ne démentit pas cette prétention de la bonne Mrs Blount. Conservant pieusement les souvenirs plus modestes de ses premières années, il rappelait lui-même volontiers le temps où son génie, rêve encore incertain d'un enfant précoce, était par anticipation proclamé comme une réalité dans le cercle de sa famille et de ses amis. .. sphère étroite où plus tard l'ambition du jeune homme étoufferait faute d'air et d'espace, mais où la mus^r naissante peut du moins essayer ses ailes sans crainte d'être arrêtée dans son essor par cette morgue brutale avec laquelle la critique rudoie

Ml'SKF. KRANÇAIS.

sy

si souvent les noms inconnus... théâtre de ces premiers triomphes dont on jouit sous les yeux de sa mère, et plus doux que les lauriers de Denain , s"!! faut en croire le maréchal de "\'illari parlant de ses couronnes du c«»llége. .>r* lilount continua donc à s'identifier à cette gloire qu'elle se vantait d'avoir prédite, parce que Pope continua de son coté à solliciter cette admiration affectueuse, et à s'en montrer en apparence tout aussi flatté que de l'admiration plus retentissante des critiques et des grands. Avec tous les défauts de son humeur irritable et susceptihie, Pope, comme on sait, avait toujours été un fils tendre; .M'"'» Blount était l'amie de sa mérc: quand il eut perdu celle-ci, il lui .«sembla retrouver quelque chose d'elle dans Mrs Bloiint, dans l'accent de son langage. Kt puis, dans ce n:éuage bourgeois, dans celte maison patriarcale qui contrastait avec le luxe et les manières de ces hôtels et de ces châteaux dont il était devenu le commensal recherché, il pouvait, disaitil, détendre son esprit et se reposer de la nécessité d'être toujours en représentation chez ceux qui ne Tinvitaient que comme poète celt-bre. Ailleurs l'attendaient des égards plus respectueux, ici des égards plus tendres; ailleurs il trouvait des honneurs, ici ses aises; cher. Mr* Blount on no lui imposait pas un caractère conventionnel ; ou le prenait tel qu'il voulait être, avec ses caprices, avec toutes les vicissitudes «le son humeur, variable (nminc sa santé. Les prévenances dont il était l'objet n'entraînaient pour lui aucune gciie, parer qu'elles étaient uin' habitude. Sa place était réservée à table sur une chaise faite exprés pour lui, sans qu'on eût besoin de Texhausser comme partout pour que sa télo fût à la hauteur de colles des autres convives. î^on fautouil était toujours nu coin «lu fou sans qu'on cùl besoin do dire tout ha.«c ù personnir qu'il «tait Ir pins frileux «lo«« h<imtne.4. S'il s'y ondurmait , c«' qui lui arrivait qu«'lquefoi<i, n'iinporlr en quelle compagnio, on respectait ^on s«iiiimril , et quand il rou\rail l«'s >ouy, ni un air boudeur, ni un riro malin ne lui révriaient qu'il venait d'être Impoli. Popo «tait lin |uMi ;;ourinaud r«inune tous |e<i estomacs délicats, et il cl.til 5i'ir, en all.tnt diner

chez Mts Blount, d'y trouver les WÊtUm de MB goût, el entre autres ce plat de lamproie qui lui valut, dit-on, plus d'ifiie indigestion dans sa vie, mais dont il n'est pas vrai qu'il s«»il mort. Entiii il était sujet à ces migraines qu'il a personnifiées sous la forme d'un gnome toujours au chevet de la «It-esse du .Spleen. A peine passaitil une main sur >a tête eu fronçant le sourcil (|(j^on lui apportait ces décoctions de café dont l'arome avait la vertu de débarrasser son cerveau. Telles étaient les attentions, tels étaient les petits soins qui devaient aussi attirer Pope chez M'^'' Blount, et je regrette que ses biographes l'aient «uiblie. Toutes ces prévenances d'une famille amie, Pope les reconaissait nonseulement par quelques lectures confidentielles, «»u dans la conversaiion par des saillies que l'io- I imite lui rendait plus faciles, mais encore par une suite rarement interrompue de ces petits prc- >( n^ dont on a dit si souvent qu'ils entretiennent l'amitié. Les plus belles fleurs de son jardin de Twickonham décoraient maintes fois la cheminée (le Mf* Blount, et les plus beaux fruits s.-t table. On dit «lu'un jour m«-me il lui envoya une corbeille de pêches qui étaient enveloppées une à une dans les feuillets du manuscrit de Vlltadt: il priait seulement qu'on voulût bien lui renvoyer « e papier d'enveloppe, n'ayant p:ts d'autre copie lie SOS vers.

("était doue une amitié t«>ute fraternelle que l'ope avait ressentie d'abord pour There»* el Mariha les «leii\ tillos de >lr^ liiount , et sa faniiliarllo avec elles ne devait surprendre ni leur ni) re ni p<*rsoitno. .^lai^i un sentiment plus vif r.itlai ha ostniMbliMiieni a Theresa. C'ctail rainée, brune piqatinte el rieuse qui s'aperçut ellein« me trop lard qu'elle av»it lais«n' prendre sur elle le« avantages que donnent toujours à l'auCrr srxc les privau(é.s d'une amiiie d'enfiiuce. Sa légèreté apparente , .%a |*aielê, qui aulorlsail »oim une forme de badiua|;e rvcliao](e des noms Ica lilu"* tcndr« ^ . avait permis peu à peu à l*ope de l«s einplo\er tous a .«»on tuard. ('etall aao sorte de droit qu'il étale dirtctle de lui enlever désormais sans êclal; il ru jouisaait drpui<t si UMig-lemps qu'il .^ avait prcacnpiion. „Pals,

se disait-elle, si je m'abusais, s! cet accent d'un cœnr agité, si ce regard qui me semble un commentaire si clair du nouveau sens qu'il prête à des mots naguère sans conséquence, n'étaient qu'une plaisanterie nouvelle, combien ma vanité

serait ridicule! Si j'étais encore, après tout,

plus émue moi-même qu'il aflFecte de l'être , une explication si sérieuse ne ressemblerait-elle pas de ma part à une déclaration?" Et Theresa remettait au lendemain de s'expliquer avec Pope, et Pope ne cessait de se prévaloir de tous ses privilèges d'ami d'enfance, sans se douter peutêtre encore de tout le trouble qu'il causait dans ce cœur de femme étourdie et folâtre, sans s'être rendu compte à lui-même de tout ce qui se passait dans le sienj car il est en nous de ces pensées mal définies que nous évitons d'analyser de peur de ne pas les trouver d'accord avec notre conscience; il est de ces projets dont nous ne voulons pas voir le but, de peur de découvrir un précipice où nous nous reprocherions d'entraîner volontairement quelqu'un avec nous.

Theresa cependant sentait parfois le besoin de venir au secours de sa gaieté naturelle par une gaieté factice; il lui fallut inventer plus d'un prétexte pour justifier maint accès soudain de mélancolie au milieu de ses conversations les plus innocentes et les plus frivoles avec Pope. — Avez-vous vu quelquefois une perdrix apprivoisée jouer dans un salon avec le chien du logis, qui la guette^ la poursuit, l'atteint et la laisse fuir pour la poursuivre encore? La perdrix se prête à ses joyeux caprices et pousse à peine un faible cri lorsque le chien la roule sous ses pattes ou la porte dans sa gueule à son maître; mais si elle venait à penser que ce chien généreux et caressant, emporté par son instinct naturel, pourrait d'un seul coup de dents terminer d'une manière tragique cette chasse, jusque là sans péril... quel serait l'effroi de la pauvre perdrix! C'était certainement uue réflexion semblable qui venait de temps à autre jeter un nuage sur le caractère insouciant naguère de Theresa, et cette explication tant différée par elle ne pouvait rêtre plus long- temps, lorsque Pope devint peu à peu moins assidu chez Mrs Blount, et

qu'on apprit que si on l'y voyait plus rarement, c'était lady Montagne qui le traînait en triomphe à son char.

C'est à un cœur de femme qu'il faudrait demander ce qui dut se passer alors dans le cœur de Theresa: une femme seule nous pourrait dire si elle ne fut pas obligée de dissimuler un peu de dépit; car elle n'en fit rien paraître; ou si elle l'exprima, ce fut encore par une raillerie sans amertume et par quelques allusions malicieuses, bien permises contre ce nouveau caprice du poète ^ qui lui faisait négliger V amitié pour un sentiment plus jaloux et plus exclusif.

Après sa rupture avec lady Mary, Pope crut donner le change à son désappointement secret en s'accusant d'avoir écouté sa vanité plutôt que son cœur, pour s'en aller chercher un bonheur incertain lorsqu'il lui eût été si facile de le trouver auprès de miss Blount. Par un de ces subterfuges dont nous aimons à couvrir nos faiblesses, il appelait presque un remords généreux son retour à celle qu'il avait délaissée sans remords; mais cette fois, Theresa, mûrie par l'expérience du passé ^ sut mieux se défendre, et pour se venger elle eut recours à cette légèreté même qui avait failli la compromettre.

Vainement Pope se dit repentant et malheureux^ elle feignit de ne croire ni à son malheur ni à son repentir, et le désespéra par son impitoyable gaieté. Vainement il voulut faire entendre le langage passionné d'uH amour véritable, elle persista à lui répondre sur le ton d'un persiflage frivole. Pope s'aperçut enfin qu'il perdait auprès d'elle sa rhétorique et ses vers.

Mais à côté de la sœur aînée, la sœur plus jeune, qui n'avait point de rancune à satisfaire, sembla plus disposée à plaindre en lui un amant malheureux. Martha, dont trois années de plus avaient développé la personne et le caractère, était en tous points le contraste de Theresa. J'ai dit que Theresa était une brune piquante: sa taille gracieuse et flexible, ses gestes animés, ses yeux noirs et sa bouche souriante répondaient à la vivacité de son esprit. Martha, blonde aux yeux bleus, avait dans son attitude habituelle comme dans tous ses mou-

MUSKE FRANÇAIS.

vemens une sorte de gracieuse indolence , et dans sa physionomie une expression pensive en harmonie avec la réserve de ses ninnières et la réflexion qui semblait précéder ses moindres démarches. Autant la première paraissait étourdie, autant la seconde paraissait prudente. Quoiqu'il n'y eût peut-être rien d'excessif après tout dans la pétulance de Taioée ni dans le calme de la cadette, si on les étudiait isolément; leurs caractères recevaient un relief inévitable de leur opposition ; et comme entre sœurs oo répond volontiers à une exagération par une autre, quand Martha reprochait en riant à Thcrcsu d'être une folle, Theresa lui reprochait d'être une prude.

Les innocentes querelles des deux sœurs avaient souvent Pope pour témoin et pour arbitre: impartial d'abord, il devait à la longue se laisser séduire par celle des deux parties qui captivait le mieux son juge, et Martha eut bientôt raison auprès de lut plus souvent que Theresa. Les plus petites clioses ne sont jamais indifl'érentes en amour: Martha devint alors la conûdente de l'ope, et cette préfrrcnce, conquise sur son aînée devait d'autant plus la flatter que l'ope louait surtout en elle ce caractère réfléchi que Theresa essayait de tourner en ridicule^ mais qu'il attribuait lui à la rectitude de son jugeinriit. Il n'e.st pas d'éloge qui touche plus une jeune sopur que celui que vous faites de sa raison supérieure. La vanité de .Mnrlha ne pouvait pas non plus rester in5ensit)le à ces vers dont elle re(;ul désormais l'hommage direct, et où Pope proclamait tout haut 1rs qualités qu'il appréciait en elle '*). i'ca vers, p:ir lesquels un grand poète exalte les perfections d'une Icnimr, ne .sauraient mnni|urr de produire sur sou amour-propre et sur son cœur quelque chose de la sntisfaetioa qu'inspiraient jadis aux dAoïes des chevaliers ces defls publics dans lesquels un champion déclarait envcr:i et cuniro totu ta princesse la plus belle du monde. Le defl du

*) Ctst à Martha niouni que Pf tittmt Vi^pUrt smr l« Caractère des A>MMC4, lenalAè« par M èlof« •! laltav

pour die.

poète retentit jusqu'à la postérité. 11 n'est pas de démenti à opposer à cette voix du génie. Le chevalier mort, un lâche pouvait venir arracher l'écusson du brave ou en effacer le nom que ne défendait plus sa lance; le nom de la beauté une fois prononcé par la muse es4 consacré par la mémoire des siècles et sass cene reproduit avec les vers qui l'ont célébré.

Quoi qu'on ait dit, non san^j raison, que le principe de lamour chez. le sexe le plus faible est l'instinct de celte faiblesse même qui le rapproche du sexe le plus fort , il faut admettre aussi dans l'amour de la femme cet autre principe, plus conforme à sa nature angélique, qui appelle sa tendre pitié partout ou elle est invoquée par une souffrance ou une infortune. Or c'étaient des consolations que Pope, se disant malheureux , demandait aux deux sœurs. I*a gaieté d'une amie comme Theresa apporte plutôt des distractions. l'ne amie plus sérieuse et plus aimante , comme Manhe , s.iil nous plaindre et mieux nous consoler. Pope pouvait donc se bercer de l'espoir qu'il avait trouvé enfin celle qui consentirait à lier sa destinée à la sienne. Cependant sa susceptibilité, sa défiance de lui-même, quand il réfléchissait à .sou corps contrefait, lui f.iisaienl reculer .sans cesse le moment d'exiger d'elle un aveu direct et décisif.

CSmite.)

MjV ^aniiii - Ttwc.

l'.tr Cm. Pai! pic Ko<k.

Il y a l)icii drs iiui-tN «|u il r\ - ■ . >• irtrdio- ( afe «»u ce eafe -j.irJiU . situe sur le Iu!uli\.ird du Temple, e( qui forme presque la linile du Marais. Autrefois beaucoup plus simple dan« sr^ décorations, plus modeste dans .son but, le jArdia n'ciait qu'une succyrsale da rafc, otii le bourgeois du Marais, rhounècc rentier et la respectable douairière venaient, pendant rrlr, prendre le fhUs et de la bière, chercher un peu do \ ordure et se permettre loc limonade.

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MUSKE FRANÇAIS.

Alors le café n'avait pas encore revêtu toutes les parures de rOrieut; le croissant ne dominait pas sur ses portes; ses pavillons, dessinés en minarets, ne s'élevaient point dans les airs; les glaces et les peintures n'avaient point fait de toutes ses salles un élégant caravansérail; l'or, le gaz et le cristal n'éblouissaient pas les yeux des consommateurs; une musique enivrante et mélodieuse ne venait point, en charmant vos oreilles, en troublant vos sens, ajouter à l'ivresse du punch et au parfum des sorbets.

Quanlùm nmtatus ab Ulo !

Un homme est venu qui a dit: Ce jardin deviendra le Frascatiy l'Klysée du Marais. Cet homme aurait pu dire encore: Le Jardin -Turc restera seul debout lorsque tous les autres jardins-cafés ne seront plus. Et, en effet, trouvezmoi maintenant dans Paris un autre établissement de ce genre? Car, en bonne conscience^ les orangers que l'on avait apportés dans la salle Musard ne pouvaient point passer pour un jardin. D'ailleurs, la salle des concerts Musard n'est point un café.

Le Jardin -Turc devait^ comme toute chose, subir le joug de la mode. Après avoir agréablement disposé ses allées et ses bosquets, après avoir embelli ses terrasses de petits pavillons, dont les fenêtres à vitres de couleurs vous permettent de voir les boulevards, et les passants bleus, rouges ou violets, suivant votre fantaisie; après avoir enfin pris pour enseigne un croissant, cet établissement se reposa: il fut pendant quelques années stationnaire.

Mais, à cette époque, le boulevard sur lequel est situé le Jardin -Turc était le rendezvous de la belle société du Marais; il y avait double et quelquefois triple rang de chaises^ et tous les soirs, depuis sept heures jusqu'à dix, la petite -maîtresse de la rue des Trois-Pistolets et le fashionable de la rue de V Oseille venaient montrer leurs grâces, leur toilette, retrouver leurs connaissances, causer un moment du mélodrame nouveau (le mélodrame était alors à son apogée), se rappeler toutes les vicissitudes de

la dernière partie de boston qu'ils avaient faite ensemble, critiquer les personnes qui se promenaient, et enfin se donner rendez-vous pour le lendemain.

Alors aussi le Jardin -Turc était, dans la journée, le but de promenade des mères de famille et des bonnes d'enfant. Comme les chaises n'y coiitaient rien , c'était là que l'on allait promener les marmots et les faire jouer. Je suis persuadé que, parmi la jeunesse actuelle du Marais, plus de la moitié a fait ses premiers pas et couru après sa première balle dans la grande allée du Jardin -Turc: car alors il y avait une grande allée bien sablée, au bout de laquelle on trouvait une espèce de grotte; et au-dessus de cette grotte il y avait un pont qui réunissait le coté gauche au côté droit du jardiu; le pont était nécessairement le juste milieu.

Nous arrivons maintenant à la seconde révolution que subit le jardin. La musique devenait la déesse à la mode, elle envahissait tout, cafés, rues, boulevards, places publiques; les concerts des Champs-Elysées attiraient tout Paris ; le Jardin-Turc était désert. Malgré ses lilas et ses corbeilles de fleurs; malgré ses jolis pavillons à verres de couleurs et ses bosquets touffus, au milieu de Tété, pendant les plus grandes chaleurs, les garçons se croisaient les bras, la dame du comptoir avait le temps de lire un roman, et le maître de l'établissement était obligé de manger ses glaces. On courait aux Champs-Elysées, on bravait la poussière pour aller entendre des contredanses nouvelles et des variations exécutées sur un instrument nouveau encore: le cornet à pistons.

Le maître du Jardin-Turc se dit, comme Mahomet : ,,Si la montagne ne veut pas venir à moi, c'est moi qui vais aller à la montagne.^' En fort peu de temps son jardin changea de face: la grande allée disparut, le pont disparut, au désespoir des marmots du Marais, que Ton fut obligé de mener chez Séraphin pour les consoler; les bosquets touffus disparurent aussi, ce qui désola d\iutres habitués qui n'étaient pas des enfants. Un grand pavillon s'éleva; enfin, un orchestre viuf, orchestre jeune, nombreux, rem-

Ml'SKK FRANÇAIS.

pli de verve, île talents, conduit par uu chef que les lauriers de Musard empêchaient de dormir, et qui sut en peu de temps se faire un nom illustre.

Alors la foule revint, la foule capricieuse, qui se laisse guider par la mode, qui ne sait pas toujours ce quelle veut, mais qui sait très-bien ce qu'elle ne veut pas... Avec les concerts, on revit au Jardin -Turc les femmes élégantes, les petits- maitres, les étrangers, les toilettes, Jes modes et les amateurs de contredanses. Cette fols ce n'était p^ts le Marais seul qui fournissait tou' cela; on y voyait du fauhour^ Saiut-Germain et de la Chaussée -d'Antin, <iu l'alais-Hoyal et de la Madeleine. Les .équipages attendaient sur le boulevard, les voitures prenaient la file^ les badauds encombraient la chaussée; il fallait de la garde à cheval pour faire ranger le monde; enfin, quand on jouait le quadrille des îluyuenuts, c'était une fureur: la cloche qui annonçait le massacre mettait en émoi tous les habitants du quartier; sur le boulevard c'était un tohu-bohu général; on se poussait, on se bousculait, ou montait sur les bornes, et quand on entendait le bruit do la niousqueteric, c'étaient des applaudissements universels.

Le Jardin-Turc a toujours son beau pavillon et ses concerts en été; la musique continuerat-ellf «l'y adirer le monde; c'est ce que nou^ n'osons prédire : la modo est inconstante^ ce qu'on fait pour la fixer est souvent ce qui l'éloignc.

Mais laissons un nionirnt le jardin et entrons un peu dans le rare; il mérite bien que Ton y fasse une i^tation. Il a sa phy.sionomie particulière, il a surtout .ses habitues fidèles; habitues qui n'ont pas cessé de le fréquenter pendant qu'il subissait 1rs révolutions de la moiie, révolutions auxquelles pourtant ils n'ont pas pris part , rt qu'il» ont traversées sans rien rhangcr à leur costume « Il leur tournure, a leurs habitudes^ et probablement a leurs nururs.

(''est AU Cale Turc que vous retrouverer encore dans toute sa puret<» Ir costuniu de nos pères, les modes de la convention et de l'empire: les cheveux poudrés, la queue, l.i culotte

courte, les souliers à boucles, et quelquefois même le chapeau à troijî cornes. Autrefois, parmi les habitués du billard, on remarquait un \ ieu.x monsieur, grand et maigre, vêtu d'une ample redingote uoi«iettc, et qui chaque jour venait faire sa poule. Ce monsieur, dont l'abord scverc et la tournure distinguée semblaient annoncer uu ancien magistrat, venait régulièrement .sur les sept heures. Il .saluait les habitués, mais il parlait fort peu. .Sur un signe qu'il faisait au garçon^ celui-ci prenait une bille; quand soQ numéro arrivait, ce monsieur quiit.iit la place qu'il avait adoptée et s'avançait gravement pour jouer; il visait longtemps avant de risquer SOB coup, mais sa bille lancée manquait rarement de blouser celle de son adversaire. Souvent la galerie faisait entendre des murmures flatteurs, des applaudissement pour la manière dont le coup avait ete joué. Le vieux monsieur demeurait impassible; il rega;;oail sa place, y restait les ^eux fixés sur le billard jusqu'à ce que son tour revînt; puis, après avoir gagné une ou deux poules, ce qui lui arrivait fort souvent, reprenait .son chapeau, saluait la gulerie et sortait du café, .sans jamais passer par le jardio, ui pour enîrer ni pour sortir.

l'our ce vieux monsieur, le Jardin-Turc resta toujours f/i statu quo : il ne .s'aperçut point des nombreux bouleversements qu'on lui fil subir^ des changeoicnls notables opérées dans ses allers et ses bosquets; il ne remar ,ua pas que 1 ou avait abattu le pont et supprime la grotte, il ne fit pas utteutlon aux nouvelles entrées; eiilin, il ne vit point l'iroineu.se pavillon bilti pour l'orchestre de Jm/icn, et lorsqu'un soir la Musique so fil entendre, il crut bonnement que c'rtait une sérénade que l'on lionnaii a quelque dano du quartier.

Le Cafe-Turc n toujours de beaux billards et de norobrrux habitues; mais, avec la ftiule qai or pressait dans les jardins, un nouveau monde eai venu renouveler le public du cafr, .Maintenant, aux resprclables bourceois du Marais se I<>i;;nrnl d'autres habitants de 1;» capitale; les Modes du jour s'v tnéirni mux coutumes anciennes; le rafe a rcsjyenti les cfrts de la révolution du jardin.

Puis enfia la partie de domino a là ses grands joueurs, ses maîtres , ses prosél^-tes. Vous ne savez peut-être, pas, lecteur, que le domino est devenu un jeu savant, un jeu rempli de combinaisons, de chances, de calculs? Vous ne vous en doutiez pas, ni moi non plus; vous aviez cru jusqu'à ce jour qu'il suffisait d'avoir beaucoup du même point pour en poser et faire bonder son adversaire?... Ah! que vous êtes loin de posséder votre domino ! et combien vous vous trouveriez ignorant si vous entendiez parler les maîtres !

Allez voir jouer une partie à quatre. La partie à quatre est le grand jeu du domino, c'est là où le talent se déploie. Il y a des coups piquants, des coups d^assommoir, des coups étourdissants^ qui pendant huit jours deviennent un sujet d'entretien pour la galerie.

Voyez ces quatre joueurs qui s'abordent la tête haute, le regard fier^ et qui se dirigent en souriant vers une table qu'on a Thabitude de leur conserver; déjà ils se mesurent de l'œil, déjà par quelques paroles malignes ils aiguillonnent l'amour-propre de leur partner. Ces messieurs sont tous les quatre très-forts au domino, et ils ne se compromettraient pas avec des écoliers. Approchez-vous un peu de la partie, examinez avec quelle assurance ce petit monsieur en perruque blonde a posé des blancs, et quel regard malin il lance à sou partner^ gros papa de bonne mine, qui, avant de jouer un coup, a toujours besoin de se moucher ou de prendre du tabac. Mais la partie s'anime.

y, — A vous, monsieur Boulinard," dit un des joueurs, en s'adressant au gros monsieur.

,, — J'y suis... Attendez que je prenne une prise... Ma foi^ je pose des quatre.

„ — Ah! monsieur Boulinard, qu'est-ce que vous faites donc!^^ s'écrie le joueur en perruque blanche, en frappant de son poing sur la table. Comment! vous ouvrez les quatre... Mais vous ne vous rappelez donc pas... vous n'avez donc

pas vu

Attendez... attendez avant de parler...

Vous verrez . . . J'ai mes raisons , apparemment!.. .

„ — Vos raisons!... C'est égal, vous ne deviez pas jouer des quatre... Je vous demande un dé... vous devez me le donner, je ne connais que cela... je suis pour les principes.*'

„ — Mais ne dites donc rien... Vous savez bien que j'ai une manière. ^^

„ — Oh! si nous perdons, ce sera bien votre faute."

Vous qui regardiez jouer, et qui pouviez voir le jeu de M. Boulinard, vous vous êtes dit: „I1 a posé ce dé là parce qu'il n'en avait pas d'autre à jouer, ce ù'est pas bien malin!" Vous croyez cela parce que vous n'êtes pas fort au domino.

Vous connaissez maintenant le Café et le Jardin-Turc. Je pourrais vous dire encore que^ pendant les concerts, on ne laisse aux consommateurs qui veulent écouter sans payer qu'une très-petite partie du jardin, celle qui touche au café; que là les tables sont très- rapprochées les unes des autres, afin d'utiliser le terrain; que les élégants, les petites -maîtresses ne vont que dans la partie du jardin qui se paye; que dans l'autre j'ai vu un monsieur et une dame passer toute leur soirée devant une table où ils s'étaient fait apporter un seul petit verre, et une famille israélite, composée de sept personnes, se faire servir une bavaroise au chocolat; que les joueurs de billard passent par le jardin sans jamais s'y arrêter; que les amateurs de musique n'entrent point dans le café; qu'une fois le concert terminé, la barrière qui coupe le jardin est ouverte, et que le consommateur économe peut alors parcourir les allées foulées par l'aristocratie; mais je pense que vous aimerez mieux parcourir le jardin lorsque les arbres auront des feuilles, ou prendre votre demi-tasse au café lorsque vous vous trouverez, après votre dîner, sur le boulevard du Temple.

^ielefelt, Crucf unb QSerlas t)on ^iWia^in A 5t(a(infl.

lemc

Année.

mçAm,

CHOIX DE LITTKKATUHE, tiré

DES MEIX.I.I:L11S AlTJBL^lf^

TANT ANCIENS QLB MODERNES

par O. Ml, JB, VTOMjFr, prof, et dr., et C SCUL'TX, dr.

JKpi^oties fie in Vie ftitn M^oèie.

DKUXIK>nc PARTIR.

lia Prude, ou IMvautaiE^e d*ètrc

DOMMU.

CSuite.)

Sa position était d'auLaut plus délicate qu'il s'était proiioDcé d^unc manière furniclle coa(rc le marlagC) contre tuul luaria^^e public du moins. Au litre de nuiri sou iiii:u;inalinn .uvsociaif tous le.H ridicules, avec 1 inipus^ibiliu- de di.NCuntinuL'r un jeu, dixail il, où il craignait d'être triche jusqu'à la fin de la partie , .sans avoir le droit 4e •• plaindre de l'inégalité dus chances.

Maia le jour de Texplication arriva, et Pope uc put se Kouveoir, Àans (rcmblcr, du l'épreuve analogue qui avait ^i bru.squcincul brisé tous ses Jiuos avec lady Mary, au lieu de les resserrer. Sa juie fut grande lorsque Martha, avant i\c •*ta§ager par aiicuur prooicsae précise, exigea que les lettres de l'ope a lad> .Mout;tgue et celies de lady Montagne ù l*ope lui fuMCDt comiBumquccj».

— Celte curiosité ni'rsf bien pcrmlflo, dit- « lie. t'ette lady va d> « trc mou ninemir

tout autant )|ui- l.t >*>irc. Tour Navoir jusi|u'.t

quel point je dois la haïr, il faut que je sache jusqu'à quel point vous l'avez aimée.

— Ces lettres m'ont été naiotes fois redemandées par elle, dit l'ope.

— Mais vous vous êtes refusé à les rendre? Ainsi vous les aver.. Hésitez -vous à me Ils confier?

— Ne pourrions-nous pas les lire eaaflaifaJef

— Vos commentairM ioéviublea ëialndniient mon :Utentiou.

— \ ous voulez donc les lire seole?

— Puisque vous me le demandez, je aaia trop franche pour voua lâiaaer %aorer ^ue mm <>(fur n'est pas moins curieate qae Moi de lea connaître.

— Je m'en doutais; «Ue veut y lire le piis> se, et vous l'avenir. CiMaaneal peurraif-je rè- ^l^ter ù doux curieuses ligures contre m discrétion? I>emain je vous apporterai la copie de mes propres lettres et rori;;inal de ccUea éê S;\yho.

— Pourquoi I :•--'— rr par lo nom «^u rllc p«»rte dans vo» . :. ^ itudrai!* \ous voir plus iadilTerent quand • d'elle; ce .«eralt plus féMrevx à vous ci plus raA5uraiit p4>ur moi.

— Est-cr le raomeot de la mèm»g!trp !< je suis H la veille de Mettre aoM vos jtmK lettres ou vous allevt paiiwr coaire mml des fune.Htes peut -être''

— Je vous promei.N de relire la date a cha-

MIISKE FRANÇAIS.

que phrase; — et ces mots furent accompagnés d'un sourire qui acheva de décider Pope au sacrifice qui lui était demandé.

Ce jour même Martha reçut cette correspondance, et Pope ne reparut chez Mrs niount que le surlendemain, à Theure où il savait que Martha serait seule. En entrant, il reconnut une de ses lettres dans ses mains: — Eh bien! dit-il, avaisie raison d'hésiter? Le fameux Laubardemont ne demandait que trois lignes de récriture d'un homme pour y trouver de quoi le faire pendre. Quel supplice sortira pour moi de tout ce papier noirci d'une encre fatale?

Ah! monsieur Pope, reprit Martha d'un air ému , quand il y aurait un arrêt de mort contre vous dans chacune des autres lettres, en voici une qui vous vaudrait mille fois votre grâce.

— Que contient -elle donc de si extraordinaire?

- Quelque chose de très -simple, mais de si touchant que je veux vous la lire à vous-même puisque vous Tavez oubliée. Assej'-ez-vous et écoutez-moi.

Prosateurs et poètes , mes maîtres ou mes amis, vous n'avez pu oublier Fémotion du jeune homme qui se voit pour la première fois imprimé sur ce beau vélin et avec ces lettres ornées que notre bon et modeste Delangle ne marchandait pas aux auteurs. (Pauvre Delangle! Notre ami bien plus que notre libraire, le malheur t'a laissé à pied , et nous ne faisons l'aumône qu'aux éditeurs qui viennent la solliciter en tilbury!) Mais ce plaisir, dont on se lasse si vite, qu'est -il.... comparé à celui d'entendre lire son manuscrit, inédit encore, par celle qu'on aime? Pope goûta ce bonheur, assis auprès de Martha, et suivant des yeux le mouvement de ses lèvres pendant qu'elle lui relisait ce fragment:

,,J'ai envie de terminer cette lettre par le récit d'un événement qui vient d'arriver sous mes yeux, et qui a fait une grande impression sur moi. J'ai passé une partie de l'été dans un vieux château pittoresque <lu comté d'Oxford, que lord Harcourt m'avait prêté. Il domine une prairie communale, où à l'ombre d'une meule de foin étaient assis deux amans aussi tendres

qu'aucun de ceux que les romans nous montrent sous les feuillages d'un liêtre. L'un s'appelait (que le nom soit un peu dur., n'importe) John Hugues et Pautre Sara Drew. John était un garçon bien fait, âgé de vingt- cinq ans; Sara une brune de dix-huit. John avait pendant plusieurs mois supporté le travail du jour dans le même champ que Sara. Chaque matin et chaque soir, lorsque c'était l'heure de traire les vaches, c'était lui qui les lui conduisait. Leur amour était un sujet de conversation, mais non de scandale pour le voisinage; car ils n'avaient pas d'autre pensée que de s'unir en mariage légitime. Le matin même, John venait d'obtenir le consentement des parens de Sara, et ils n'avaient plus que la semaine à attendre pour être heureux. Ce jour-là peut-être, dans les intervalles de leurs travaux, ils parlaient de leurs habits de noces; et John faisait des bouquets de pavots et d'autres fleurs pour assortir au teint de Sara les nuances d'un nœud de rubans dont il voulait lui faire présent la veille de leur mariage. C'était le dernier jour de juillet. Tout à coup un orage éclate, un orage terrible mêlé d'éclairs et de tonnerre, qui force les paysans à chercher un asile sous les arbres ou le long des haies. Sara tombe effrayée, hors d'haleine, sur un tas de foin; John (qui ne la quittait jamais) s'asseoit à son côté, après avoir disposé deux ou trois bottes de manière à lui servir d'abri. Au même instant, on entend un coup de tonnerre si violent qu'on eût dit que la voûte du ciel se partageait en deux; les paysans inquiets s'appellent les uns les autres; ceux qui étaient le plus près de nos deux amans ne les entendant pas répondre vont à l'endroit où ils s'étaient réfugiés. On aperçoit d'abord une légère fumée au-dessus du foin, puis le couple fidèle... John avait passé un bras autour du cou de Sara, et étendu l'autre sur son visage, comme pour la protéger contre la flamme de l'éclair... ils étaient morts, déjà raides et froids dans cette tendre (attitude; mais leurs corps conservaient encore les couleurs de la vie; on remarquait seulement que Sara avait un do ses sourcils un peu brûlé, et une petite tache entre les deux

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