‹ Musée françaisChapitre 23 sur 51 · ML'^KK FRANC A W · texte numérisé non relu

ML'^KK FRANC A W

seiD.«. lU furcot eu^cvelis le lefldClHUo dus UQ iiM-ine tombeau de la paroisse de Stanton- Uarcuurt , uu milurd Harcourt , à ma prière, leur fit élever ua moouniCDt. Je me chargeai de Tepitaphe, doot je De suis pas cooteot. Je regreUe que vous uaycz pas et»* en Angleterre. Vous auriez mieux réussii que moi à la faire; car vous ne vous y seriez pas refusée si je vous Tavais demandé pour une circonstance >i toucbante.

,,A tout prendre, je ne puis trouver ces deux amans malheureux. Le plus grand bonheur pour eux, aprcs celui de vivre comme ils auraient vécu, était de mourir comme ils sont morts. La plus grande gloire à laquelle ils pouvaient prétendre était d'avoir un nionuinent pour consacrer leur souvenir; à moins que vous ne leur en acconliey. une autre..., celle dVtre honorés d'une larme des plus beaux ^eux du uioude ^*

— Et cette larme fut refusée par celle à qui ▼eus la demandier. , dit .Martha, aprt-s avoir elle même essuyé ses yeux. Elle vous repondit par une froide raillerie.

. — Elle n'aimait pas , repondit l'ope.

— Croyez vous donc qu'il >oit nécessaire d'aimer pour ne pas être insensible? reprit Martba.

— .Non, sans doute; mais je serais si heureux d'inlerprt'lor aiu^i l<-s larmes que \ou.t vcney, de répandre.

— \ oiri ma iiirr»' «( iii.i >œur, nmu^ifur Pope

— N'aJIez-vous p:i.s dcniani toutes les trois AS thé.'Uie pour profiter de la loge dr Cougrevr?

Pour n.a (lart , rien de moiui »ùr.

LVntrv« de .Mrs Ulount rt dr Thi-rrs.i intcrrtMiipil rel eatretien ; inni^ Popi* crut a\oir tumpns que .Martka, »fin de Ir continuer, trouverait quriqu*' prétexte pour rester seule le lendemain.

Le lendemain, m rffn. a l'hrure du spe» tacir, il nv rendit tUrr. >lrs lllouiii. L.-* iu*rvaute était .«ur la porte r( lui Ui( que miss Martha n'.tvaii pu areompa;:nrr sa nur»- et »a sa-ur , parce qu'elle se plaign.tit d'uu romnicnccinrnt ilc migraine. l*ope courut au salon, ins-peu aLirnie dr cette indisposition subite; mai» en ou«r.inl la

porte, il lui sembla que sa pfétte eUÊMM^ k Martba une sorte d'eabarras, car soa premier mouvement fut d'aller à un tiroir et d*y glisser un papier, l ue pensée de soupçon et de jalousie seveilla dans l'esprit de l*ope:

— Serais-je indiscrt-i'? demanda-t-il, en âxaat les \eux sur le tiroir a demi ferme.

Il était évident que Martba dt^irait éluder <ie repondre, et que cette préoccupation excusait dans sou esprit ce qu'il y avait de peu courtois dans celle froide question.

— \ ous voye^ , dit-elle avec autaal 4e douceur que si Fope l'eût abordt-e avec moiaa de défiance , vuus voyez qu'il n'était pas bieo sur que je proûteraLs du bitttt de M. Cougrevc pour aller voir jouer Lvre fur tort t.\mour pour amour).

— Ce n'est pa«» , j t-^jure , ic titre de l.t comédie qui vous a f.ut peur ï

- Eu vérité, dit-elle avec un sourire qui aurait dû euiousser vingt soupçons comme celui qui a\aii traverse le coeur de i*ope , le titre, peut-être, est-ce que je trouve de plus séduisant dans la pièce.

— Nous aiiprouve/. donc I indulgeuce d .Vn^clique pour \ alentin ''

— Valentiu lui fiit de si belles promesses!

— Et puis, elle lui doit quelques dedummagemeus pour l'avoir fait u lou^-Iemp> attendre.

— Eorl bien, messieurs , il nous esi défendu ilr vous éprouver : Angélique a tort lorsqu elle vous accuse de manquer de persévérance.

.\ngelique aura mille fois raison, si vous voulez plaider pour rllr; mais daignere&-vou» aussi Timitcr eu tous poiuus aujourd bui .'

— Je vous compreud>, dit .Martba, qui cheri haut toiiiours a éloigner l*ope du liroir ver» lequel il tournait encon* les veux de temps tu ii-iup», le iaisj^a s'auscuir auprès d'elle » ci lai

jibandoaaa sa mais Mais \qu» me prcicadcs

l>.<s que nous jouions la cumi'die, j'e»p«'re?

^>uille preuve do m.t sincérité vous faufil rucorc'f 11 ne me re.ste plus qu'a devenir fuii t omuie N alentin.

— Iheu vous eu pr«.v-r«c! I«ul pnrtr que vous cies.

— Près de vous, je ue suis pas toujours bien sûr de ma raison.

— Souvenez-vous pourtant qu'Angélique ne consent à dire à Valentin qu'elle l'aime que lorsqu'il redevieiiÉ sage.

Mais, comme il arrive souveut dans un tèteà-tête , il paraît que cette recommandation de sagesse n'était pas faite d'un air assez sévère; car ce fut au même instant que Pope cueillit son premier baiser, sans témoin, sur les lèvres de la jeune prude. Effrayée elle-même d'avoir justifié aiusi le vers où le poète déclare que la femme n'est qu'une continuelle contradiction, Martha tressaillit tout à coup, se leva et s'enfuit dans une pièce voisine en cachant son front dans ses mains.

Pope, troublé lui-même un moment de son propre bonheur, hésitait encore à la suivre, lorsque son regard rencontra le tiroir où il avait en entrant vu cacher le papier^ objet de son indéfinissable inquiétude; il y courut, l'ouvrit et s'empara de cet écrit mystérieux Il contenait des vers; le poète les parcourt des yeux: «•"était une satire contre lui, cette fameuse satire adressée à lui-même par cette apostrophe virulente:

„ Oserais-tu contester la justice de ce

„monde qui te laisse ainsi comme un proscrit? „Si en droit il faut avoir tué pour être homicide, ,,en équité le meurtre existe déjà dans l'inten- ,,tion de le commettre. Ainsi , puisque ta lâche „main poignarde un nom et tente d'assassiner „au moins notre réputation, que l'arrêt du pre- ,,mier homicide soit le tien; que jamais l'oubli ^^ni le pardon n'effacent ta méchanceté. Autant ,,que tu hais, sois haï; avec V emblème de ton ,,ame difforme empreinte sur le dos, comme „Caïn avait sur le front l'emblème de la sienne ,,marquéc de la main de Dieu, sois comme Caïn^ „maudit et vagabond.'*

De pareils vers trouvés chez Martha! Etaitce une trahison? \c s'était-ellc depuis quelque temps montrée si tendre en apparence avec Pope que d'accord avec ses ennemis pour lui arracher (les sermeus et en rire, pour lui dérober tous ses secrets et les leur livrer. Et ces lettres vai-

nement redemandées par lady Montagne, puis si facilement obtenues par Martha, qu'eu avait-elle ftiit? Quelle coïncidence! L'imagination du poète soupçonneux ne savait à quelle supposition s'arrêter. Il était en proie à la plus cruelle torture, lorsque Martha rentra, et apercevant le fatal papier à sa main, devina ce qui venait de se passer. Un peu confuse elle même, elle resta d'abord muette, et Pope rompit le premier ce triste silence.

„ — Et vous aussi, dit-il, vous, Martha, vous vous seriez fait un jeu barbare de ma crédulité; vous aussi ^ vous seriez associée à la haine qui me poursuit de ses lâches outrages... Oui, sans doute, vous aviez le droit de repousser une passion sur laquelle j'ouvre enfin les j-eux. J'étais un amant ridicule, je le sens, mais j'étais aussi un frère pour vous, Martha, et à ce titre je méritais peut-être votre pitié.'* CFin.)

Trois •Fours à MJiina.

En sortant de Buenos-Ayres par la porte du sud, je m'engageai, avec une escorte de cinq péons (paysans.) robustes et courageux, à travers les Pampas , véritables steppes de l'Amérique. Ces plaines immenses et sablonneuses , et s'étendant à perte de vue, ne ressemblent nullement aux savanes de l'Amérique septentrionale, ni aux campagnes arrosées par le Mississipi, ou l'Amazone, ou le Parana, dans lesquelles croissent des herbes hautes et ondoyantes et de superbes graminées : mais elles sont envahies de tous côtés par des arbustes rabougris et des touffes de plantes salines, et entrecoupées de collines de sable qu'agitent incessamment des vents impétueux.

Nous eûmes beaucoup à souffrir dans notre voyage à travers ces solitudes que parcourent deux petites rivières, le Colorado et le .'cgro, mais ce fut peu de chose en comparaison des fatigues, des travaux, et des obstacles de toutes sortes que nous eûmes à surmonter pour franchir

les Aodcs. Cependant nous arrivâmes ù Valparaiso^ et après nous ôlre reposés de nos fatigues nous nous embarquâmes sur un brii; qui fesait voile pour Callao.

Grâce à une forte brise du snd , nous fûmes le douzième jour de notre traversée en face des côtes nues et stériles du l'érou, et nous aperçûmes dans réloi^nement Timmense cordillère des Andes ^ dout les pics gigantesques allaient se cacher dans les nues. On atten>1it le jour pour s'approcher de la c<)te, et le lendemain le bri;;^ entra dans le port de CalIao par le pa-ssage Doqueron. Le gouverneur de cette ville, pour lequel j'avais une lettre dMotroduciion , me fit visiter la forteresse qui est fort importante, et où 300 pièces de canon commandent la ville , le port, et Tisthme par lequel on arrive à cette place. Le lendemain de bonne heure on me procura des chevaux, et je pris le chemin de Lima, distante de neuf milles environ de Callao.

Tout le pays qui sépare ces deux villes est sablonneux, et me sembla frappé d'une stérilité complète. Le manque absolu de pluies est cftose de la pauvreté du sol; car il est à remarquer que jamais il ne pleut ni ne tonne dans cette partie du Pérou. Ccqcudant en nfapprochant de Lima je vis les campagnes parées des mu^niliques dons de l'automne ^ principalement le long de la rivière Himac, sur les rives de laquelle s'élève cette ville, une des plu.s riches et des |ilus conimerçantCN de PAmerique méridionale. l'Iusicurs autres parties des environs de Lima étalent aus^i une belle végétation; les arro^emcns arliliricls, les épais brouillards, de fortes rosées et f\es rau\ souterraines procurent cette fécogdlto.

A In di»(aneo d'un mille environ de Linn, j'aprrvuH la Nouville-Alniiuda qui c>l la promenade put>lii|ue. C'est une belle avenue pl.inl. e de saules ires élevca et d'orangers, et des lniu » y sont di.iposes pour l.i eummoditû des promeneurs. Le premier objet qui attira mon attention en entrant dans l'Alaméda, co furent deux daines à cheval assises .t rnlifourchon. Des éperons d'argent brillaient aux plus jolî.i pcliLi pieds que j'eusso jamais vus. Cela Bc surprit sans me

choquer; car ces deux dames avaient infiniment de grâce à cheval, et le sayo y manto aux couleurs éclatantes leur allait parfaitement bien. Je pressai le pas de ma monture pour les atteindre; mais quels ne furent pas ma douleur et mes regrets eu voyant que ces dames, toutes deux jeunes et d'une figure douce et agréable, avaient un cigarre h la bouche, ei chassuieat dans l'air dos boafees de fumée!

Cependant j'aperçus bientôt le mur circulaire A'adobe (briques séchées- au soleil), flanqué de trente-quatre bastions et percé de sept portes, qui entoure Lima, et nous entrâmes «Uns c^tie capitale de la republique du PéroB, par la porto de Maravillas dont l'architecture me parut fort remarquable.

Cette ville, que fonda rStpagool PiBajrre^ est bien déchue de son antique splendeur. Ils sont maintenant bien loin , ces tems d'opulence et de grandeur ou i\ti marchands, afin de faire honneur au vice-roi duc de la IMata, qui venait prendre possession de aoB gouvernement, dallèrent en argent massif la ville par laquelle il devait passer pour se rendre à son palais.

Les rues sont pourtant droites et bien alignées, et un très-grand nombre peuvent avoir vingt-cinq pieds de large; elles sont arrosées par de petits canaux qu'on y a conduite de la rivière Himac. Les Maisons sont bâties en adobes qu'on a blanchies, et s^ élèvent au milieu d'une v.i.ste cour au fond de laquelle on voit le plus souvent des jardins magoiiques. L'aspect lies maisons n'est nullement agréable ; elles a'oat qu'un et.iize à cause de la ftréquence des tremblemens de terre, et la plupart des croiséos SOOt drpuurviies de vitres; mais les omUsom des lichcs ont doux étages et oUoe ooDt MeoMéos «voc une ^r.inde richesse.

Les rues de Lima, maigre les peiiu canaux qui les arrosent sont très salos, booeises , et • iiibarrasseca de itiutes sortes d'imraoodire*. \ ooa verres soavent les doaeiCIfaMy poor la plupart des esclaves, venir aa mlliett du niiaaeau qui « ouïe dans la rue , y laver da puiasea et tootrs M>r(oi d'objclii, y vider des volaillesiy ot dépeaer Hur le b«trd les entrailles . qu'oa laiaaa poarrir

MUSKE FRANÇAIS.

aux rrjyons du soleil, jiisqu'î'i ce qu'elles soient dévorées par une inultitudo de busards qui viennent heureusement débarrasser les rues de toutes les ordures et imuioudices qui les infectent.

En suivant la i^rande rue^ j\irrivai à la Plaxa-Mayor (Grande- Place), où Ton voit une fontaine d'airain j au milieu de son vaste bassin circulaire et flanqué de quatre lions qui lancent de l'eau par la gueule, s'élève une colonne aussi d'airain, laquelle est couronnée par une renommée en bronze sonnant de la trompette. L'église métropolitaine s'élève aussi sur cette place, et fait face au palais dn gouverneur.

Une multitude d'hommes, de femmes et d'enfans encombraient en ce moment la Plaza-Mayor : c'était un jour de marché et les cloches sonnaient Yan(jelus. Je m'amusais à contempler les bizarres costumes des paysans, et ceux plus bizarres encore des femmes, et je jouissais du contraste que présentaient la scène animée de la Plaza et les maisons à un étage avec les hautes montagnes qui bornaient au loin Thorizon. Autour de moi chacun était occupé à vendre ou à acheter, à commencer ou à finir quelque affaire 5 c'était un bruit et une confusion qu'on ne peut décrire, quand tout à coup les cloches cessèrent de sonner. A l'instant cette foule de tout âge et de tout sexe s'agenouilla, et je me vis seul debout, au milieu de la Plaza. Je courbai aussitôt la tête comme saisi par un sentiment involontaire de respect. Tout le monde avait interrompu ses occupations terrestres, et les genoux dans la poussière, les mains jointes, ils murmuraient tout bas des prières tout entiers à l'adoration de Dieu. Ceux qui étaient vêtus avec le plus de propreté avaient la précaution de mettre leur mouchoir par terre avant de s'agenouiller.

Des soldats qui s'apprêtaient à traverser la place, s'arrêtèrent aussi et se prosternèrent au milieu de cette population silencieuse, si tumultueuse et si brujantc un instant auparavant. Des cavaliers s'arrêtèrent, et descendant de cheval, se mirent à genoux. Trois ou quatre minutes s'étaient à peine écoulées, que les prières étaient finies , et chacun se releva après avoir

fait religieusement le signe de la croix ; aussitôt les charettes continuèrent leur chemin; les fantassins reprirent leur marche, les cavaliers remontant sur leur monture s'ébranlèrent, et dans un instant le mouvement et la vie recommencèrent, et la place reprit cet aspect pittoresque et Jinimé qui avait d'abord attiré mes regards.

Voilà les cérémonies qui font la principale base de la religion des habitans de Lima. Les classes élevées ne s'y assujettissent que médiocrement, car on m'a assuré qu'on voit rarement dans les églises un homme comme il faut; les femmes cependant les fréquentent avec assiduité. Une dame âgée de soixante ans se confessera une fois par mois, tandis que sa fille, qui aura de vingt à trente ans, ne se confessera qu'une fois l'an. Les classes supérieures sont fort indifférentes et montrent beaucoup de tolérance ; mais il n'en est pas de même des classes subalternes, et je crois que les paysans encore plongés dans le fanatisme, ne seraient nullement disposés à souffrir qu'on élevât un édifice qui I serait consacré à nu culte rival.

Au moment où j'entrai dans l'hôtel, une jeune fille fort jolie vint à ma rencontre, et m'offrit une rose en m'adressant ce compliment: Esta casa esta à su disposicion. Dans toutes les maisons où je me présentai , des jeunes filles m'offrirent pareillement des roses avec la même grâce et le même compliment.

Comme j'avais vu la promenade de l'Alaméda, on me mena le soir au faubourg de San-Lorenzo, qui dans les belles soirées d'été, est habituellement fréquenté par les hautes classes de la société. Nous passâmes sur le beau pont en pierre, de cinq arches, qui conduit à l'extrémité méridionale de la ville. Les dames les plus élégantes s'étaient données rendez-vous à cette promenade. Je pus alors admirer à mon aise le costume pittoresque et original qu'elles savent porter avec tant de grâce et de coquetterie; ce costume s'appelle le sayo y mantOy et il est seulement adopté par les femmes de Lima. Il consiste en uu jupon de salin ou de bombazine^ élégamment plissé et doublé de soie; les plis de ce jupon sont très larges et élastiques, et des-

siocDt fort avnDUiçeusemcDt lu puUrioe, l;i taille et les hanches; par dessus ce jupon est une robe qui se nouée très étroitement à la ceinture, et «le.scend en s'élargissant jusqu'aux talon!». Ces robes sout généralement noires ou brunes; mais ••elles que portent les dames élc;!;antes sont de couleurs chaires , bordées de riches dentelles et chamarrées de soie^ d'argent et d'or; on voit même quelquefois des robes ornées de perles de grand prix.

.Mais la partie pittoresque du costume, c>st un mantelet de satin ou de ga/.e très épaisse et plissiée d'innoinlirubics plis, lequel se noue à la ceinture^ couvre le dos et une partie du corsage, et s^arrondissant en arrière, enveloppe la tête comme le capuchon de nos dominos ; en outre ce manteIcH; au moyen d^un cordon, cache le visage, et laisse seulement un œil à découvert. On se ferait difficilement une idée de la grâce et de la coquetterie avec lesquelles les dames de Lima portent ce costume original. Cette espèce de mantelet se met, comme les pelisses des dames européennes, par dessus la robe; et l'un peut dire qu'il remplace complètement le masque. Il serait en eflTct dinîcile, pour ue pas dire impossible, à un père ou à un mari de reconoaitre sa fille ou sa femme, une fois qu'elle est enveloppée du manto. Aussi des voyageurs ont prétendu qu^'i la faveur de ce costume, les dames de Lima vont la nuit ou bon leur semble sans aurune crainie d'être reconnues, et ils ont affirmé que la dépravation des mœurs a atteint le plu.s haut degré dans cette ville, et qu'elle a pénétré dans toutes les clauses de la société.

On voit rarement dans les rues les femmes accompagnées p.ir les hommes , et jamais elles ne donnent le liras à leur chevalier; leur démarche est ordinairement noble et imposante, et il est curieux de voir ces V|sacc^ si .lioKulieremcnt caehes, et cet œil unique qui s'attache en pas.Hunt sur vous du fond dune ouverture en forme do loran^e pratiquer .'lu tttttnto.

Il y a à Lima un nombre 1res considérable d'éghses; la plupart s»»nt ettrénement riches, ci le service divin y est célèbre aver une grande pompe; les murs sont quelquefois tapisses d'ar-

gent et d'or, et l'on y voit des ornemeas de la plus grande magnificence tels que des candélabres, des vases sacrés, des calices, des pateoes en argent et même en or ina^i^if. l oe chose qui me surprit beaucoup , ce fut de voir ëaas diverses églises, suspendues aux piliers du maître-autel un grand nombre de cages d'argent remplies d'oiseaux qui, pendant la célébration du service divin, mêlent leurs chants luroionieui aux sons graves et solennels de l'orgue. L'église de \ufiitra S^nora tU Merced , et celle du couvent de la i'onception, me parurent les plos remarquables et les plus riches de toutes. Je visitai aussi le Panthéon (c'est le nom du cimetière publie), qui est en dehors de la cite; le Cirque qui est destiné aux courses de taureaux, le divertissement favori de la population, et dont la vaste construction peut contenir près de vingt mille personnes; et ru«'*piial de .^ainl-.Vndré où Ton compte plusieurs centaines de lits^ et dont les grandes s.Ules peuvent au besoin en contenir le double.

l'omme j'aimais à faire le matin des excursions dans la campagne, on avait recommande a mon domestique de m'arcoœpa;;nrr partout et de prendre toujours des armes sur lui. t>n m'avait engagé aussi à ne point ra'aventurer la nuit dans les rues, car les a.vsassinats ne sont pss rares dans la capitale du Pérou, et les vols surtout y sont très nombreux. Le jour même de mon arrivée un vo\agcur avait ete devalUc dans la Nouvellc-.Vlameda , et troi<» coups do couteau qu'il avait reçus en se défendant contre les brij;ands avaient mis »es jours dans un très (rand danger, l ne personne que sa position met à mémo de connaître parfaitement ces aulières, et qui est à mes % eux une autorité Inconteslabley m'a dit que la fréquence des crimes provenait de la faiblesse des juge«, ri que dans kvs clav^es inférieures le srul obstacle au crise Hait Ia rr.-iinte de la confession. Kn outre l'opinion publique e»t si indilTercnte à Lima, en ce qui roocerne l'Impunité des coupables, qu'on ne pardonnerait pas au juge qui appliquerait rigonreu- •ienent la loi. On ne doit pas s'étonner que dans un pa^s ou les idées do devoir et de mo-

raie sont dans un si ^rand relâchement, le service des diverses branches de Tadministration soit fait avec beaucoup d'irrégularité. Ce peuple, qui a su conquérir sa liberté , ne sait pas encore jouir d'un gouvernement sage et éclairé, car il ne possède ni stabilité, ni principes, ni énergie; il ne peut encore qu'aspirer à un gouvernement militaire qui sache faire tout plier sous sa loi, en punissant avec sévérité ceux qui la violent. Cependant il faut ajouter que les premiers grains ont commencé à germer sur cette terre, et avec l'aide de Dieu le blé pourra grandir et étouffer les mauvaises plantes.

Le lendemain de mon arrivée à Lima, un tremblement de terre très violent se fit sentir dans la soirée, à une heure où les rues étaient pleines de monde. Je n'éprouvai de ma vie une plus affreuse sensation. La première secousse fut bientôt suivie de la seconde; ce fut d'abord un bruit souterrain semblable au roulement du tonnerre; le sol parut s'ébranler; et comme s'il allait s'entr'ouvrir. Ce phénomène, dont je n'avais encore aucune idée, me glaça d'effroi, et la scène qui se passait alors sous mes yeux n'était guère de nature à me rassurer: hommes, femmes , cnfans , tous s'enfuyaient avec terreur de leurs maisons, et se sauvaient de toutes parts ^ans la plus grande confusion^ en criant: El temblor! el temhlorl Quelques-uns se jetaient le visage contre terre; d'autres se mettaient à genoux , et joignant les mains adressaient de ferventes prières à Dieu et aux saints. Les eafans poussaient des cris lamentables, et les chiens aboyaient avec un accent plaintif. Les chevaux aussi tremblaient d'effroi, et leurs maîtres étaient agenouillés ji leurs côtés, implorant la protection du ciel. Le hurlement des animaux augmentait par degrés, et le son des cloches des églises commença à se faire entendre. Après la troisième secousse, il se fit un morne silence, et chacun demeura dans une immobilité complète, toutes les têtes étaient nues, et les attitudes diverses de toute cette population, les uns debout, ceux-ci pleurant, ceux-là à genoux et j

priant, me firent une impression profonde qui ne s'effacera jamais de mon souvenir. Ce tremblement de terre arriva le 30 septembre, et il fut remarquable que malgré sa violence, la propriété ne subit que de légers dommages, et personne ne perdit la vie.

On éprouve dans ces contrées fort peu d'inquiétude à la première secousse d'un tremblement de terrej à la seconde on se dispose à s'enfuir, et s'il survient une troisième secousse, tout homme qui a de la prudence se met à distance des murs et des toits qui pourraient s'écrouler sur la tête. Tout le monde cherche alors un refuge dans les cours au milieu desquelles sont construites les maisons, et dans ces lieux on ne court aucun péril. Il est à remarquer que dans le sentiment du danger que fait éprouver ce phénomène la peur s'accroit incessamment. Quand ou n'a aucune idée d'un tremblement de terre, on peut être bien aise de sentir la première secousse, mais tout homme qui en aura éprouvé une forte n'en désirera jamais une seconde.

La douceur et la beauté du climat de ce pays étaient pour moi la seule source de jouissances. Je ne connaissais aucune famille assez intimement pour que Je pusse trouver du plaisir ou de l'intérêt dans leurs tertullas (réunions) ; aussi je passais dans la campagne presque toutes les heures que je ne consacrais pas au sommeil. Ma chambre ouvrait sur une cour plantée d'orangers, et comme je n'avais pas de vitres à mes croisées, j'y respirais l'odeur cnbaumée qui s'exhalait de ces arbres. J'avais échappé naguère à la brûlante chaleur de Buenos-Ayres, aux tristes et uniformes steppes du Pampas, aux neiges et aux glaces des Andes, et je jouissais maintenant à mon aise de la douce température de Lima, et de son pur et bel automne. Mon ame était pleine de joie et de reconnaissance, en songeant aux périls que j'avais courus, et les jouissances que la nature m'offrait avec tant de profusion étaient alors les seules dont j avais besoin.

SieUfeU, Druof unb Serlafl son SJ^iW^a^ixi ^ 5{(afinfl.

V'^"" Année. N'". 13.

CHOIX DE LITTKRATLTÎE,

TANT ANCIENS OLE MODERNES

par O. JD. H. JTOTjVW, prof, et db., et C. ^€MtlTZ, DR.

Kpksoiies iïe Ut Vie frua Pffeie.

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