‹ Musée françaisChapitre 25 sur 51 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Au mépris de l'Hymen sacré.

Dont rien ne dut rompre la chaîne; De mon sein long-temps adoré, Mon époux s'arrache sans peine.

Ah! si mon amour et mes soins.

Ingrat, ont cessé de te plaire.

Ton cœur devrait te dire au moins^ Que de ton fils je suis la mère.

Hélas I je vais donc voir mon lit Profané par une étrangère.

Et veuve d'un époux qui vit.

Rester sans appui sur la terre.

L'époux qui dut m'enorgueillir, Souillant des nœuds que je révère^ Est celui qui me fait rougir Des titres d'épouse et de mère.

Mais en vain ton manque de foi

Par la loi devient légitime,

Plus délicate que la loi,

La nature t'en fait un crime.

Vois cet oiseau, prompt à changer:

L'inconstance est son caractère;

Mais il cesse d'être léger

Quand sa compagne devient mère.

De ton épouse éloigne-toi, Suis de tes feux la folle ivresse.

Tu restes maître de ma foi.

Peut-être, hélas! de ma tendresse.

Nos nœuds ne seront point trahis, Quoiqu'à d'autres je pourrais plaire; Tu ravis un père à ton fils, A ton fils je garde sa mère.

Madame DuFRKNOVi

^ielefeib, Crucf unb S^erUg oon SSel^gen dr 5?(afinfl.

yième Année.

SES Wm>AnÇA2Q,

CHOIX DE LITTÉRATURE

tire*

DES ]9EEI£.1.EI;KN AlTElIt)^

TANT AN'CIENS QUE MODEIINES,

par O. Mj, JB. W^OMjWJF, rnoF. et dr., et C. HCMLTZ, db.

^aîiame Pufréiiinj,

3. Dfcember 176.5 ju T3arié ^eboren iturfcc unb (i* i'txt\\é in ihrem funfieljnten Satre mit Ti. Du* fréno9, einem fei^r icobibabenben ^rocurator am cbatdet ramâblte. 3un^, («ton unt tjkntrcQ rrr* fammelte fie bie bcbeutenbflen îiteraten in ihxtn 5?rfifen unb biltcie pon biciVn, njmcnilid) rcn ibr^m fleijîreicben ÎÇreunbc l'aça unterfluçt, ibre ^liicflicbfn rcffiichen gâb^f^it'n dué. êmii^f ibrrr (Jlr^tVfn je» flen flieid) nact) bem C^rld^elnen berfelbcn tit ^iufmerfiamffit tti gebiltflfn "î^ublifum^ an. unb (1* hjllc fict) d(é î)td)ferin fAon bei bem 9luébrudî ber Dîerplution finm febr ç^fact)tf(en *??jnifn an:Pr^<n, ul^ bir flfmeinfanif Umrraliuni^ uUeé *i3eilfb<nben in ^rjnfretd) uud) »Ie unb ibren bcjahrtrn t^^jlKn lo ibrfn ©trubel né unb ibnen ibr gani^é an|ebnlid)ed ^^ermc^tn raubtir. Tie cioji^e {:^u!f:'>^'Jrik bot bj^ Stmt «ineé ©erid)té|(t)reiberé, tAi ibrcm *Dîanne in eincr fltinen ilalieniicbcn *5lart jn^jctrtrn irurbr, bar. ©ie bealfitt-te ibn, aber fan rem *Iîaterlanbc \)â\U brrifll^c lai {xa\ix\^t «^Aicfial, picçlid) »» frblinbrn. Î5efeell ron frcmmem Wutb erlernte Ç\i nun bie *13fli*t'n unb ^^cf^âfte ffinr* '.Mmfré unb crhiflt ic ICLi fârglidje (îinPommen, bié fine ♦ICenbiin^î brr Tinge île roieber nad) ^ranfret* iurûcfnihrif. 5taum hier un{<ffan^t, irarb Hf ^BMtrre; bod) ter (^raf v?«'"c<ur nvibm (Tcb ibrer un; rte fcnntf ildi iru^a y^anj tbren rk/eti|d)en Oi'eiflunjïfn b«nç»eben, unb ibre (i!e>^ieen, ircKlje jo^t ^ulanimelt crictunen, eriraitcn ibr grc* |en ^15eifaU unb ali^emeine 'ilnerfennunç^. ^it ivar rch nun an fd2rif(iI<Urr:ict} febr tbiti^, gab rine te beutenbe [fiîiht rcn rrciaiidjen 'ilrlvitiMi, nici|l jur ^i^iiruriv^ ibre* O^eictlecfcteé , berauii, Irilrte nne 3fà' lan^^ Icki S^urnal rAlnillr unb balte bie S^'Ube ibr herri|*fi< ^M^rid)! l.cs. iicrnirrt moments de B.iynrd ron ber Olfabemie gefr6nt ju febn. Tiffer fllucflicbe (Jrfrlç» jp^ ibr jebcd) rcn mebrrren ^eiten bo^baftc ^Cerlaunibiinqen \\\ . unter benen n^imenflid) fie *l^ebaupfuna , baç ber tcPannle TiAtcr J^onfa» neé ei^untlid) ber "lù'rfjiTcr ibrcr ppfMid)en i'eiftunj^en ici unb tù^ \\< Ç\&) aie ^r!" -'■•r '^l^^nt traudirn laiTe, ne am *îd)mi'rjlivt}|l(fn bcrubrtfn unb ibr emc Lin^c beftit;f .^ranfhnt r;u. 3'^Jf aena*

(le njiiter ccn berielben unb itirnute fid), bôd)|l y^lùctlid) im 5?reif« ber 3bfi*ien le^en^, ron '.^^fucm It» terâriid)rn *l^eilrebunaen, ta erf»i§fe île plôrlid) unb iiiu-rirarfet ber Tcb. unb er'' ~ "' - "

Ibr rielteit>fy»lt-(< ù\\ 'Prufun^en unb ySiiMiirrirn. aler .n\&) un (±\<\\ unt »^rp^fn > ;

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in *Jjtrbinbun>î mit anbcrn vîdjntdUlJrrmnfn hïraut<.\.,ictrn. Tiele irar*n aba m(br ten i'..». ..:.:rn be|l:litc ÎCrbeiten unb Ponnen. cbircbl \\t icllfcmnuii ibren 3rrfcf rrreidîten unJ (Id) m ibrer ÎIrt tpt* Ibeilbafl au^ieiitnrt.-n, hier ^c±) ireifrr nidjt tcrucfiLtii^t itertni.

'illé rid)(frin rertient fu bacjeilcn bncnbere îhurfennun^ ireaen ber iKube , W(i6e une %à^iXtii, reeldjc in ibren 'Peeileen, namenllid) m ben v5le^ieen rc^rberud)r. '^ia<J île bi<r UwUU , M Nf irw«l(f *^cranjïtr am XrerfenbMen m bem iMibi a nm \.m\\\u> mtt fol^enbcn IBcrten cb^rafteriilrt:

►Son livre est plein d'un doux m3's(èi*c Plein d'un bonheur de peu d'instants.

Il rend :i mon lit solitaire Tous les songes de mon printemps.

Les dieux qu'au bel âge on adore Voudraient ils revoler vers moi?

Veille ma lampe, veille encore Je lis les vers de Dufrénoy.

WJpiire à Suzanne*

Par Madame Dltréxoy.

Couronnée par l'Académie de Cambrai.

La pauvreté n'est pas un déshonneur. Voltaire poésies légères.

Dkfvxt Boileau, favori de la gloire.

Dans ses écrits d'immortelle mémoire.

Nous intéresse aux modestes labeurs

Du jardinier qui cultivait ses fleurs.

Poëte et riche, il put de son Antoine,

Grâce à ses vers, élevant Thumble nom,

D'un legs grossir un petit patrimoine.

Moi, je n"ai point de rentes, de maison;

Je n'ai pas même en propre une cabane:

Pour t'illustrcr, pour te doter, Suzanne,

De gloire et d'or je n'ai pas fait moisson.

De mes travaux récompense honorable,

Ma pension est mou unique bien:

C'est peu, mais peu vaut encor mieux que rien;

Et j'ai béni le moment favorable

Où le destin, lassé de sa rigueur.

De mes côtés éloigna le malheur.

Ce compagnon n'est pas toujours aimable.

Maître absolu de ses mornes sujets.

Son prisme affreux noircit tous les objets

A leurs regards, et d'ennui les accable.

Toutefois, propre à suivre ses avis.

Je supportais assez bien sa présence.

Quand je pouvais d'un époux et d'un fils

En détourner la fâcheuse influence.

L'un vieux, infirme, et qui dès son enfance

Au joug du faste était accoutumé,

Redemandait, de chagrin consumé,

Aux novateurs sa fortune ravie.

Et l'autre à peine essayait de la vie;

Seule, je dus nous soutenir tous trois. Mon triste cœur fut souvent aux abois.

Heureusement, au moins, de l'opulence J'avais joui sans m'en faire un besoin : La pauvreté n'est peut-être pas loin, Disais-je alors, formons-nous-y d'avance.

J'armai contre elle, et fort bien 'm'en a pris: L'orage gronde; elle frappe à ma porte; Des hommes noirs composaient son escorte; Elle entre: adieu mes élégants lambris.

Mon riche écrin, et mes livres chéris I Je ne sauvai des mains de la rapine Qu'un Bossuet, un Tibulle, un Racine.

Par Bossuet mon mari consolé Vers Dieu se vit avec joie appelé.

Mon fils allait approcher de cet âge Oii Thorame instruit se fait un héritage; Simple de mœurs, sobre, laborieux.

Témoin des pleurs qu'avait versés son père. Il ne pouvait aider encor sa mère:

Mais mon époux veillait du haut des cieux, Et l'Eternel exauça tous mes vœux.

La pauvreté de mon logis s'exile:

Mon fils conclut l'hymen le plus heureux. Faible, souffrante, au ménage inhabile, J'avais besoin de quelqu'un près de moi: Tu te montras à me plaire empressée, Adroite, douce, et désintéressée; Je n'aurais pu rencontrer mieux que toi. Un foyer pauvre, une pauvre bougie.

Nous éclairait, nous chauffait toutes deux; Lorsque ma voix soupirait l'élégie.

De tendres pleurs venaient mouiller tes yeux; On ne t'avait pas même appris à lire; Mais par degrés ton esprit se forma, Et quand tu sus passablement écrire.

Ainsi que moi l'étude te charma:

ML'SliK FRANÇAIS.

Tu lus, relus et Raciao et Mollrre,

Esther sûr-tout t'émut profondéinent;

Sur les OrgoDs tu te dounas carrière.

De tes loisirs ce pur délassement

Te fit chérir les goiits de ta maîtresse;

VA y familière eu notre intimité,

Devant le monde y où tout est vanité.

Tu me prouvas, sans pompe, sans bassesse.

Que tu savais respecter ma bonté.

De mon ar^^ent sage dépositaire.

Tu renfcrm.is et si fort et si bien,

Qu^iux emprunteurs il n>n sonna plus rien.

Tu nous i)ornas au juste nécessaire,

Non par lésine, ou par goût d'amasser,

Et sou sur sou d'entasser, d'entasser,

Mais par désir de nous tirer d'affaire.

J'étais à flot; argent, meubles, bijoux

8'accoutum.'iient à revenir chez nouï.

Ambition, rêve vain et pénible.

Tu m'as ravie ù ce destin paisible!

L'or s'offre et brille à mes yeux fascinés :

Je crois servir beaucoup d'infortunés.

Ce but nrcnfluminc, et soudain ma franchise

Sourit au faix d'uno vaste entreprise.

Pendant six mois elle n'alla point mal ;

Notre bailleur de fonds, homme loyal,

Me la laissait gouverner à ma guise.

Voilii qu'un jour, près du Palai.s-Hoyal,

Kudroit glissant, au plus ferme fatal,

Au jeu nouveau, victime de la baisse,

Il perd sou bien; l'argent manque à ma caisse.

I/inquiétudc en secret me poursuit;

Matin et soir je travaille; lu nuit

Jo no dors plus. Je fais cent et cent courses;

De mon en-dit j'épuise les ressources :

llrrf, c'en est fait, je tremble chaque juur.

Vnr les jtuppôt.^ do l'uvide chicane,

De voir encor mettre à nu mon séjour.

I»«n.s rrs inomrnts, que disais-tu, Sur.aune?

,, Madame, rh bien! ù quoi bon s'«fnii;rr ?

l>ans vos rrvrrs ni la tnulc noun quitte.

Do vrais nmin nou^ rendront leur >i.sit« .

Nous en Avona; Ih viendront partager

Votre «lisgracc, et d'rllr vous vrnger.**

<'esmo(s (rompaient mes chagriQ<i. Dans mon gite.

Le front sévère et le souris railleur,

A pas pressés s^avance le malheur.

,, Auprès de toi, me dit-il, j'accours vite;

Tu vois, j'ai rang parmi tes Trais amis.

A mes leçons si ton cœur, plus soumis,

N'cùl de l'orgueil écouté les avances,

Tu n'aurais pas, obérant tes finances,

l'erdu la paix, ce premier des trésors!

Mais sous ton toit , dès que je fus dehors.

Tu souhaitas de loger l'opulence,

Kt dans ce but, tu fis une imprudence.

Moi, je suis franc, même envers de grande roi» :

J'en ai contraint de plier sous mes lois.

(,'a, désormais nous allons vivre ensemble;

Sache honorer l'instant qui nous rassemble :

In sacrifice est ici commandé;

Secrètement je l'avais demandé:

J'ordonne. — ^uoi? — Tes ch;tteaux en K^|tagne

T'ont mise à sec; réforme ta ciuiip^iguc.

Fidèle, jeune , elle peut, d'un emploi

Pourvue ailleurs , se .««éparer de loi."

,,(Jui'^ moi quitter la maîtresse que j'aime!

T'ccrias-tu d'un ton plein de courroux:

Vous la livrer! non, je u'utTre à vos coup?.**

Kt (U fis tant que le malheur lui-même

Touché te dit d'un accent aigre-doox:

,,U(ste, j'accorde une faveur insigne;

...Songe bien... songe à t'en conserver digue.**

Mès-Iors ici nous habitons tous trois.

T«i badinas souvent ;»\rr noire h«'>lc;

Je l'ai surprise à le rendre courtois.

Mais ji'il revint, hélas! c'esi de ma faute;

Mon prtuvre esprit, à son ."«««pril trouMi ,

l>e repentir se sentait accablé;

Je plaisantais, je dévorais mes larmes,

Kl de mes jours p.llissail le flimbcau.

.\près six mois de conslnnles al.irmrs,

Jo suis sur pied, j'esquive le tombeau;

.Mais le malheur dans notre honnête hjmIc

Semble vouloir fixer son domicile :

A moins que Dieu ne \ ienne à m«n secour».

Je tremble fort qu'il n'y reste lo^jour».

Mon re\enu, fortune viagère,

{)uc de rooiiio gnve un devoir sévère,

Parc asse» mai n no» besoins pre«.««nl».

Je nr puis pas le f.Ure de prt'seni*!

MUSEE FRANC A lî

BoDUc fc»uzanue, allons, polut de colère; Peu te suffit. A merveille, ma chère; Mais moi je souffre à ne te pas douncr, Moi qui voudrais de biens t'environner!

Tant que je vis, passe encor; mais les parques Arriveront me prendre et m'engloutir Dans ce lieu sombre où petits, grands, monarques. Entrent toujours pour n'en jamais sortir: Que feras-tu, moins jeune, moins agile?

,,Vous n'êtes pas dans l'hiver de vos ans. A votre fils votre amour est utile; Vivez pour lui, pour moi vivez long-temps. Quant à mon sort, allez, soj-ez tranquille. Et composez en paix de nouveaux chants. Lorsque je crus votre existence éteinte, Plus d'un soupir répondait à ma plainte; Chacun alors louait vos vers touchants; Et je connais plus d'uue grande dame Que votre nom d'enthousiasme enflamme.

Je trouverais, grâce à ce nom chéri.

Des souvenirs, des égards, un abri.** Prompt à juger de tout d'après ton ame. Ton dévouement, Suzanne, voit en beau:

Je te l'ai dit, je ne suis point Boileau.

Par MoLK - Gentilhomme.

Cori*a-Iiynii*

C Suite. )

— Mylord, s'écria-t-il d'un ton solennel, priez Dieu et votre fille sera sauvée!

Burk avait reconnu la voix de Georges; il resta muet de (erreur, et suivit de l'œil tous ses niouvemeus.

Georges saisit vivement de la main gauche la carabine qu'il avait enlevée à son père , Tarma, visa Tom-Trick, et retendit mort sur la place.

On était à trois pas de rabîme.

La secousse fut si forte, r^ue Burk fut lancé au loin sur des rochers. Georges se précipita vers lui en lui demandant pardon : Burk-Staaue n'était plus qu'un cadavre.

Alors un délire amer s'empara de Georges, et donna à sa douleur tous les dehors d'une sombre folie. Il conjurait son père de lui parler; et comme le cadavre restait muet et immobile, il se frappait le front contre le roc et appelait, lui aussi, la' mort à son secours. Lucy eut pitié de lui, et le prenant par la main:

— Georges^ lui dit-elle, il faut quitter ce pays, nous partons demain pour Edimbourg: venez avec nous.

Georges, en entendant ces paroles, crut que le ciel s'ouvrait devant lui; jamais Lucy n'avait tant osé. Il promena ses yeux sur les deux victimes qui gisaient sur le sol, et pressant avec frénésie la main de la jeune fille, et y posant un baiser:

— Oui, dit-il d'une voix creuse, je partirai... — je partirai . . .

Un pâtre passait à ce moment: sur l'avis de Georges, lord Graham le chargea d'aller à Stone- Byres porter à John Care la nouvelle de la catastrophe. Le jeune montagnard voulait demeurer près de son père, mais Lucy le fit consentir à les accompagner aussitôt à Loch-Tall. Avant de s'éloigner, il s'agenouilla encore une fois devant son père, et embrassa Tom-Trick en pleurant.

Une heure après, John Care^ Annah et quelques villageois de Stone-Byres, guidés par le pâtre arrivèrent à l'endroit où l'événement avait eu lieu. On emporta Burk-Staane. Deux paysans ayant voulu, à l'aide de pieux, déplacer le cheval et le traîner au bord de la route pour le jeter dans le torrent, Annah prit le vieux John à part, lui dit quelques mots à l'oreille, puis s'approchant du pauvre animal et congédiant du geste ceux qui l'avaient suivie:

— Merci de vos bons soins, dit-elle, merci, John et moi, nous nous chargeons de Tom- Trick.

MLî^EE FHANÇAI«f.

IjA Fin du Rêve.

Charles II s'était doue enfin assis sur ce trône que tant de secousses avaient ébranlé. Partout uo reconnaissait Tautorité du roi. Cependant, les fermens de discorde n^étaient paa complètement éteints, et sous les cendres encore chaudes de la révolution vaincue, so cachait plus d'une vive étincelle. II n'y avait plus de hatailles rangées, mais les combats singuliers, dont le nombre se multipliait outre mesure, enlevaient chaque jour aux deux camps quelqu^un de leurs plus actifs soutiens. La lutte de parti à parti était devenue une lutte d'homme à homme.

Telle était la situation des choses à Edimbourg quand lord Graham y arriva avec sa fille. lie noble comte, vivant souvenir des glorieuses infortunes de Montrose, fut reçu à bras ouverts par tous les membres de raristocratie écossaise^ que le rétablissement de Charles avait réintégrés dans leurs antiennes possessions. Lucy se livra d'abord tout cntit-rc au plaisir de rev»)ir une grande ville, — la ville ou elle était née. iijuant à Georges, devenu secrétaire intime de lord Graham, et lancé dans un nouveau monde de séductions, il s'enivrait d'une espérance dont Il se plaisait à contempler l'éclat lointain , ne sachant quel avenir était réservé à son amour, niai^ savourant avec joir les douces inrcTiitiido du présent.

In matin, Georges rencontra sir Horace Ash- \ey au niomint ou il .sortait de cher. lord Graham. Jamais ce.s deux hommes n'avaient eu i\c sympatljic l'un puur l'autre ; mais une conforiiillé parfaite d'opinions établissait imire eux une do CCI amitiés banales, si communes aux époques do bnuleversemens publics, liarace était préorrupé et De vit pas George.s. Mais ce dernier, déji» contrarié des assiduités du capitaine dans la m-iison du lord , n'aperçut de son trouble, et ne pouvant l'expliquer, sentit érl.iirr dans son rœur les tourmena cofeAis de la jalc»uslo; il redoubla de vitesse. La jalousie donne courage t^t il venait de former un projet hardi. Il voulait demander à Lucy une explication.

Il entra. Miss Graham avait la tête tristement penchée et paraissait accablée mmm le poids d'une pensée amere. Anssitôt qu'elle aperçut Georges, elle vint à lui avec eB^ressement , lui serra la main et le priant de s'asseoir à ses côtés:

— Vous arrivez bien^ lui dit-elle, et l'on dirait que Dieu vous a dcsi^né pour n'assister toujours au milieu de mes alarmes... Georges, jai encore une grâce à réclamer de votre dcv où ment . .

Ce début devait nécessairement moàiêtr les dispositions de Georges. Au lieu de parler, il écouta.

— Cest une triste chose, continua-t-elle, les larmes aux yeux, — qu'une ville le lendemain d'une révolution. On croit l'ennemi mort, il n'est que terras?!é. On croit à la paix et cette paix n'est qu'une guerre déguisée: nul n'accepte le titre de vaincu, et ne signe la trêve de bonne foi. Il faut que les vainqueurs aient continuellement la main sur la garde de leur épêe. Figurez-vous, monsieur Georges, que, ce matin même, sir Horace passait avec "■'^~ • -re devant la taverne des ménestrels. Li^ remblaient aux cris des buveurs et dos to-î^sts mj'stérteux s'échangeaient. L'un de < qu'on appelle, je crois, O'Neal , connu par son attachement rebelle au covenani, interpella sir Horace et lui présenta un verre en rengageant à prendre part au toast qu'il allait porter à la Iig«o des saints. Pour toute réponse, sir Aslile^- lui a l.incé son gant nu visage et rende»- VMt n éCé pris pour demain au point du jour.

— Kh bien/ fit Georges qui tremblait de comprendre le fond de l.i pensée de Lucy.

Kh bien , reprit-elle, siutt s'apercevoir d« l'rmolion de tieorges, mon père annre ^ue l'nilres.sr d'O'.Nral e.st .sans pareille et qvt ti B^K race se bal, il sera fué...î

— Kl en quoi puis-jo lui fire utile?

— Le .sals-je ? dit Lucy, frappée du ion froid dr Georges, cl ne comprrneii-vous pas que je \ ous al dii cela, parce que j'ii.xis 1« seule ^ à ^ouff^ir, H penser, à craindre, et qn'nne confidence devait Me sottlncer? On m'a bien dit <j<i il n'y avait rien à fkirc... mail me senus-jt

trompée en espérant de vous quelques paroles de consolation?

— Non... oh! non... répondit tendrement Georges. Mais vous vous intéressez donc beaucoup à sir Horace ?

— Comme il est naturel que je m'intéresse à répoux que mon père m'a choisi.

— Et vous l'aimez? fit Georges avec explosion.

— Comment ne Taimerais-je pas? nous avons grandi sous le même toit, sous les mêmes yeux, il est mon frère , et je suis sa sœur.

— Ah! oui, — je comprends.... sir Horace

doit être votre époux et vous ne voulez pas

qu'il meure..., dit Georges avec égarement. Eh bien, sir Horace ne mourra pas.... du moins je ferai tout ce qu'il faudra pour le sauver.... O'Neal est adroit? Oh I tant mieux. Pardon — ne m'avez-vous pas dit que cette querelle avait eu lieu à la taverne des ménestrels?

— Assuréuient, monsieur Georges. Mais qu'avez-vous?

— Moi, dit Georges en reculant avec épouvante, rien, oh! rien! Si vous saviez! j'avais espéré.... Je croyais... Mais, non^ non, je ne croyais rien, je n'espérais rien... Seulement je suis bien malheureux. Adieu, miss Lucy, adieu. Priez pour sir Horace Ashley.

Et il s'enfuit en courant: l'étonnement de Lucy était à son comble. Elle se mit à sa fenêtre et le regarda jusqu'à ce qu'il fût hors de sa portée. Il ne détourna pas une seule fois la tète.

— Il est malheureux^ pensa-t-elle. — Malheureux I

Georges entra dans la taverne, se lit servir un demi-pot d'ale^ et demanda au chef de Tétablissenieut si O'Neal viendrait dans la journée.

— Il ne tardera pas, répondit le tavernier Wilson. O'Neal est une de mes meilleures pratiques. C'est tout au plus s'il sort d'ici pour s'aller coucher. En ce moment il est allé prendre chez lui ses armes, dont il aura besoin demain matin : ce qui me fait croire que son intention que je trouve excellente et dont je lui sais bon gré.... et tenez, justement, le voici. |

Georges entendit des voix bruyantes et des éclats de rire, et bientôt une troupe nombreuso fit irruption dans la taverne. Les tables furent immédiatement envahies et les cruches de bierrc passèrent de main en main.

Le tavernier se pencha à l'oreille de Georges et lui dit:

— Voyez-vous ce grand brun, dont les cheveux sont ras et qui porte le justaucorps de buffle, le baudrier noir et l'épée à garde de cuivre des anciÊUs soldats de Cromwell, c'est ONeal. Il mourrait plutôt que d'avoir un pourpoint de soie et un seul nœud de rubans. A votre place, je ne resterais pas ici^ car, franchement, votre costume pourrait bien le scandaliser.

— En vérité, répondit Georges avec un sourire qui fit frémir l'officieux conseiller, je serais aise de savoir ce que le vertueux O'Neal pense de mon costume, car le sien me déplaît fort, et ma réponse serait toute prête.

>A'ilson jugea prudent de ne pas poursuivre l'entretien et se retira à l'écart.

— Je vous l'avais prédit^ s'écria empathiquement O'Neal, — que je les abattrais les uns après les autres, comme le fléau du moissonneur abat les épis de blé. Ah! je sais bien que c'est une voie périlleuse et qu'au bout je trouverai — qui sait? une hache levée, peut-être celle du bourreau de Charles, et qu'alors je n'aurai plus qu'à briser mon épée et à prier Dieu. Mais on tient là haut un compte exact de mes sacrifices et j'en serai récompensé. Déjà Wittstad , Richard Molmes, Downing, Ralph — ont payé de leur vie l'odieux triomphe de rimpiété. Demain, ce sera le tour de sir Horace Ashley, — ce dameret qui parfume ses gants de bataille et va, dit-on, épouser la nièce de Montrose. En conscience, je ne crois pas que la noce de sir Horace se célèbre jamais en ce monde.

— Pourquoi pas?

Ces deux mots évidemment empreints d'une intention d'ironie, étaient partis de l'encoignure la plus reculée de la taverne. Les puritains se retournèrent en masse, Georges se leva.

— A qui parle^ce fou? fit O'Neal avec dédain.

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