‹ Musée françaisChapitre 26 sur 51 · ML>KE · texte numérisé non relu

ML>KE

A toi-même, répondil vivement Georges en lui lançant avec violence un de ses gants ù la face. Un sourd frémissement de rage circula parmi les compagnons d'ONcal. Georges reprit avec calme:

— Ce gant est parfumé comme ceux de sir Horace. Voici, maître OWeal, une occasion de comparer la force des damercts efféminés à celle des puritains robustes. A Tœuvre donc. Tu as ton épée, j'ai la mienne. Partons.

— Moins de précipitation, je te prie. J'ai des engagemcus. îSir Horace est premier en date. Il est juste qu'il meure avant toi.

— Tout retard est impossible. Je quitte Kdimbourg ce soir même.

— Cet écervclé a prob:ibIement des cbagrins, dit O'Neal à ses amis avec un sourire moqueur, et il cherche quelqu'un qui veuille bien le débarrasser de la vie. Je suis trop courtois pour lui refuser ce petit service. — A vos ordres, monsieur! Ça, Wilson, vous nous préparerez un bon souper!

La foule sortit en silence de la taverne des ménestrels. On choi5it pour lieu du combat le bord de la mer. C'est là que O'Neal avait établi le théâtre de ses exploits.

Pendant que ces choses se passaient , Lury, étonnéo de son propre aveuglement, cherchait à se rappeler les moindres circonstances de la conduite de (îcorgcs à ^*tone-U^ res, à Loch- Tall , Il K<limbourg. Cet examen du nouveau point de vue ou elle était placée lui révéla comme par enchantement, le sens caché do ce dévoûment si tendre, de cette almégation sans borne». In dernier incident «levait dans la même journée lui ôter sou dernier doute cl Téclalrcir entièrement. Klle reçut de Stonc-Ilyres un billet ffiicnè du vieux John Care. Le pauvre vieillard, qui no connai^nait miss Graham que de réputation, s'était enhardi jusqu'à s'adresser direc- Icnieut a elle pour .lauver sa lille d'adoption, Ir seul être qui Taltachàt au monde, .\unah , di- MÎt-il, mourait du dosir de savoir des nouvelles de Georges, mais elle n'os.iU écrire elle-même. Le vieillard avait eu plus de courage que l'cur.tnl. Cette lettre finissait ainsi:

„Depuis que Georges est parti avec votre p«re, milady, il ne nous a p.'is envoyé un mot de souvenir. U a oublié Stone-Byres ou il est né, Stone-Byres où on l'aime; oui, milady , — où on l'aime, — car cette douce Annah, que vous avez vue souvent avec des yeux si vifs et (les couleurs si roses, est maintenant pâle et morne, c(»mnie si l'approche de la mort la flétrissait. Ces jours derniers, elle a bien souffert, et je n'ai pas quitté son chevet; — mais je vo- 3ais que tous mes soins étaient vains, toutes mes veilles inutiles; car la maladie est dans le cœur. Aujourd'hui Annah va mieux, et pourtant Je n'espcre plus. Ce n'est pas on corps qui dépérit, c'est une àme qui s'éteint. L'amour est la divine naitimc qui peut la ranimer. Pardonnezmoi doue, milady, si j'ose Implorer votre aide. On m'a dit que vous étiez bonne, et rien qu'à vous voir, je Tavais déjà deviné. J'ai écrit à Georges; il ne m'a pas répondu. C'est donc mon désespoir qui en appelle à votre pitic! \}ue Georges renonce ù ses rêves d'ambition, — qu'il revienne, — cl Annah sera guérie!**

La lecture de ce billet plongea Lucy d.aiis un abîme de tristes pensées, et long-temps elle ne sut quelle résolution prendre. Klle sentait bien qu'elle n'avait qu'à parler pour être obéie; ainsi donc, ordonnerait-elle à Georges de partir ou de rester'?

Klle fut interrompue dans ses réflexioss par l'arrivée de son pore et de sir Ilorace.

— («randc nouvelle, dit lord Graham ^ Horace ne se battra point demain.

— N'raiment! et pourquoi?

- l'arco que son adversaur ucmmc plu^, répondit Hiirace.

— Georges l'a tué, ajouta lord Graham.

Lucy voulut parler; 1« fênitm noamrMt

sur m lévrr. Lord tirahaai et Horace exaltéterent le rourafic de UtOfgcSy et str Hnrare raconta tous les dcl.ilh du romh-' n : ' ' -va|t avjiisté.

I«e soir viol; Luc\ '^ heure

d.ins .sa chambre. 1. 1 . rariiant M wéltÊméê à profit, elle songea au p:k«>oi . tl•n^ulfa l'aveDir, interrogea son canur , et après une longue rè-

flexion, clic se disposa à écrire; mais d'abord elle prononça ces mots qui résumaient toute sa pensée:

— J'aime Horace; mais c'est Georges, Georges seul qui est le maître de ma destinée.

Cepemlaut, le bruit de la fin tragique d'O'Neal se répandait dans Edimbourg.

— La mort d'O'Neal, disaient en se lamentant les covenantaires superstitieux, est le voile de la désolation qui s'étend sur la terre maudite. O'Xcal mort, le covenant est à jamais perdu.

— Et moi donc, amplifiait Wilson d'un ton dolent, j'en suis pour les frais de mon souper; il ne me reste plus qu'à fermer boutique.

CSuite.}

Paysan»

Sons Louis XIV, on découvrit qu'un paysan était un homme, ou plutôt cette découverte, faîte depuis longtemps dans les cloîtres par de jeunes religieuses, alors seulement se répandit, et d'abord parut une rêverie de ces bonnes sœurs, comme nous l'apprend Labruyère. Pour des filles cloîtrées^ dit-il, un paysan est un homme. Il témoigne là-dessus combien cette opinion lui semble étrange. Elle est commune maintenant, et bien des gens pensent sur ce point tout comme les religieuses, sans en avoir les mêmes raisons. On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traiter comme tels, il y a loin encore. Il se passera longtemps avant qu'on s'accoutume, dans la plupart de nos provinces, à voir un paysan vêtu, semer et recueillir pour lui; à voir un homme de bien posséder quelque chose. Ces nouveautés choquent furieusement les propriétaires: j'entends ceux qui pour le deviner n'ont eu que la peine de naître.

On plaint beaucoup les paysans et l'on a raison, en ce sens que leur sort pourrait être meilleur. Us dépendent d'un maire et d'un garde-

champêtre qui se fâchent aisément. L'amende et la prison ne sont pas des bagatelles^ diront les libéraux forcenés. Mais qu'ils songent donc qu'autrefois on tuait un paysan pour cinq sous parisis. C'était la loi. Tout noble ayant tué un vilain devait jeter cinq sous sur la fosse du mort. Mais les lois libérales ne s'exécutent guère, et la plupart du temps on tuait pour rien. Maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille, et les juges s'en mêlent. Ou prend des conclusions, puis on rend un arrêté conforme au bon plaisir du maire et du préfet. C'est avoir beaucoup gagné en cinq ou six cents ans. Us étaient la gent corvéable, taillable et tuable à volonté ; de nos jours ils ne sont plus qu'i?icarcérables. Patience; laissons faire; encore cinq ou six siècles, et les vilains parleront à tout grand seigneur tout comme je vous parle ; ils pourront lui demander de l'argent s'il leur en doit et se plaindre s'il leur eu prend, sans encourir peine de prison.

Tout cela n'est dit que de la France , s'entend; en]AIlemagne l'état des choses est différent. Un bailli de bonne pâte, pour ne pas être maire de sa commune, n'en est pas moins le père de ses enfans, et c'est le régime paternel qui règne dans la plupart des états de l'Allemagne. Ce qui s'appèle en France servitude, n'est ici que le règne d'or de la piété filiale et coutumière; or donc le paysan s'y trouve bien de la corvée, et c'en serait une rude que d'en abolir le droit.

Toutes choses ont leurs progrès. Du temps de Montaigne, un vilain, son seigneur le voulant tuer, s'avise de se défendre. Chacun en fut surpris, et le seigneur surtout, qui ne s'y attendait pas^ et Montaigne^ qui lu raconte. Ce manant devinait les droits de l'homme. Il fut pendu, cela devait être. Il ne faut pas devancer son siècle.

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35iclçfclD, Drucf unfc ^Jerlag oon ^cihaQm S ^lafitiô-

V""' Année.

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fAlS.

CHOIX DE LITTERxVTURE,

tire

DES 9IX:U.IiEi;ilS AUTELIlfï

TANT ANCIENS QVR MODEBNBS,

par O. J&, JB. JTOMjWV, frof. et dr., et C, SCMITZ, dr.

Par Molm-Gkntiliio.mmk.

Eiiiry Grnliuiii à. Heorgi^'n»

,, J'ai tout devin»'. \'ous m'aimez et jamais vous n'aviez osé me le dire. Oli! je m'en veux de ne vous avoir pas compris plus t»'»t. Impru- Heute que j'étais , je vous tendais la main , et vous encourageais >ans le vouloir, sans m'en (loutcr mrme, à me suivre, à me servir, à m'ailucr. Aussi, loin de vous adresser un reproche, je vous plains, Georj^es, car vous n't*tes point coupable et tous les torts sont de mon cMè. Ne ronsldorez donc celte lettre que connue une explication qui m>st aussi nécessaire qu'à vous, ("est une confession sincrrc. K.c«iuter-la el ju- ;;i'/-moi.

,,Oul, Georges , jp vous le rcprte, parce que je ne sais pas mentir, j'aime Horace, et suis aimée de lui. Notre union a été le rêve de notre jeunesse, et notre iiéparatlon serait pour nous sans doute une douleur cru» lie, car cette longue espérance, en s'identiUanl avec nous-mêmes, n jeli dans nos âmes, sinon les vives ardeurs de la pa.ssion, du moins la sécurité douce d'un bon- Heur Anticipé. Cependant, je ne veux pju tous le

cacher non plus, mon cœur, depuis que je votis connais, s'est partagé entre vous deux. Horace a sur mui des droit;} plus tendres el plus aociens que vous : vous en avez d*au«!si sacréf que lui.

,,Kl en effet, qui donc nous a préservés d'une perte certaine à notre arrivée en KcosseT ^ul donc était toujours là quand le danger nous menaçait, eC s'est Interposé sans cesse entre nous et nos ennemis? {}n\ donc aujourd'hui souffre pour nous sans se plaindre les remords dévorans d'un parricide î' A qui devons- nous l.« vie, k qui devons-nous le bonheur? O Georges, cette dette est énorme et quel que soit le prix que vous mettle/. à votre devoùment, nous serons prêts à r;u quitter.

,,l n mot m'a révélé vos dé.sirs. ^ eus êtes ni.ilheureux, parce que j'en aime un autre. Vovs »(rs si malheureux que vous arcr cherché l.-i mort d.ins un duel inégal, yue voulei->ous rn récompense de tant d'Mbnrgadon? Kst-cc le litre de nis el d*(p«iux? ni moi ni mon pire n'avons il' droit de vous le refuser, si donc j'ai l>jen e«>niprl« vos souhall.s, venez. ^Inn père vous ou- Nfira ses bra«. .*»ir Horace, à nia prlé^, sacriliera ses droites uut vôtrei. ^uanl à moi. si moB a III il ié ne se change pas en amour, elle rn aare du moins tous les dehors, elle en accomplirm lOM I« s devoirs.

..Mais après avoir cédé à la «urprlse qne voua causera sans doute celte déclaration, après vous

être réjoui de la perspective assurée d'un bou- Iieur que vous n'espériez qu'eu tremblant, ne songercz-vous pas un peu, monsieur Georges^ à ceux que ce bonheur froissera et dont Tinfortune sera votre ouvrage?

Je ne vous parle point de sir Horace: ce serait en appeler de votre amour à votre générosité; il ne m'appartient pas de vous soumettre à cette épreuve qui ressemblerait trop à un piège. Je ne vous parle point de moi: ce serait donner à une action toute naturelle l'apparence d'un sacrifice. Je veux vous parler de ceux que vous avez laissés à Stone-B3Tes et auxquels vous êtes lié par l'habitude^ par le souvenir^ par le serment peut-être, — oui, — par le serment. Réfléchissez bien à cela, car il ne suffît pas d'être heureux, il faut se garder aussi d'être cruel; et lorsque la bonté divine nous permet de quitter le désert aride pour entrer sous les ombrages d'un sentier fleuri^ il ne faut jamais oublier, Georges, de jeter derrière nous un dernier regard, pour être bien siirs que nous ne laissons pas sur le sable ardent, agenouillée, levant les bras au ciel, et criant vers nous, quelque pauvre créature qui avait attaché sa vie à la nôtre, et dont le cri d'angoisse n'est souvent que l'écho d'un serment trahi.

,,Vous ne me comprenez pas, monsieur Georges? ouvrez le billet que contient ma lettre, et vous allez me comprendre. Ce billet vient de Stone-Bjres: il est signé du vieux John Care: il 3' est question d'Annah. Lisez. Deux avenirs vous attendent. Deux bonheurs vous sont offerts. Choisissez. '^

GeorgeN Staaiie à Ijmmcj Cîraliani.

,,J'ai interrogé mon amour: il m'a dit de rester; ma raison: elle ne m'a pas répondu; Dieu: il m'ordonne de partir.

„Je pars.

„Le bonheur que vous m'offrez ne me rend pas aveugle: vous aimez Horace. Il ne me rend point cruel : je vais retrouver Aunah.

„HéIas ! il me faut bien de la force pour vous fuir au moment où vous m'appelez. IVIais , je sens que mon salut est là. Il me semble que si j'acceptais ce dévouaient sublime, j'aurais honte de moi-même et des droits qui me l'auraient valu. Soyez heureuse, miss hucy. L'idée de votre bonheur me consolera dans ma retraite. D'ailleurs, je ne partirai pas sans un souvenir de vous. J'ai votre lettre. Elle ma révélé la beauté de votre ame, elle m'élève jusqu'à vous: je la relirai avec orgueil. Adieu.^^

Vin.

lie ISeull de la Vie.

Georges savait que lord Graham était matinal; il le vint trouver avant que personne fut levé dars l'hôtel. Le comte crut d'abord qu'il s'agissait de quelque affaire pressée^ et l'air troublé de Georges le confirma dans cette opinion.

— Qu'y a-t-il? den.anda-t-il tout inquiet.

— Rien qui doive vous alarmer, répondit Georges. Je pars à l'instant, et je viens vous faire mes adieux.

— Vous partez! vous! Georges! mais vous n'y songez pas? Partir au moment où vous allez recevoir le prix de vos services, mais cela n'est pas possible!

— Cela est indispensable, mylord; dans une heure, je serai loin d'Edimbourg.

— Dans une heure! Cette précipitation doit ^ avoir une cause, et cette cause, j'ai le droit de

la connaître. Voyons, Georges, ai -je quelque tort envers vous? quelqu'un ici a-t-il encouru vos reproches?

— Personne, dit Georges avec vivacité, — personne! et vous moins que tout autre^ mylord.

— A la bonne heure, dit lord Graham en lui serrant affectueusement la main; car je vous aimais comme uu fils et vous eusse toujours traité comme tel. Depuis mon arrivée à Edimbourg, tous mes vœux, tous mes efforts^ toutes mes démarches ont été pour vous. Je ne vous avertissais de rien, parce que je me faisais une joie de vous surprendre. Je dois bientôt me rendre à la

Mt.'otE FRANÇAIS.

cour de Charles, vous le savez; mais ce que vous ne savez pas, c'est que je n''y serais point allé saus vous: c'était ma condition première; lurd Clarendoo avait tout accordé... Et vous partiriez, lorsque tout vous réussit, lorï<que mon amitié vient d'assurer votre avenir!

— Je partirai, murmura Georges.

— Et vous me refusez toute explication?

— Cette explication vous est due, mylord! mala c^est miss Lucy Grabam qui vous la donnera.

Une heure après cette entrevue , Georges quitta Kdimbourg avec moins de regret peutêtre qu'il ne s'y était attendu. La tendre franchise de Lucy l'avait rappelé à lui-même; il commençait à lire plus clairement dans son cœur. Il lui sembla que, comme l'exilé qui retourne au foyer de ses frères, il respirait avec plus de liberté. Puis, à mesure qu^il s'éloignait, il sentait se calmer sa fièvre d'ambiiion ei d'amour. A mesure que les clochers de la ville mouraient dans le brouillard et que la chaîne de rttcs surgissait à rhori/.on, l'image de Lury disparaissait derrière celle d'Aunah.

Il arriva à Lanark a la nuit tombante; il voulut y prendre quelque repos; mais l'impatience déchirait si cruellement ^ion cœur, qu'il lui fut impossible de fermer l'œil. Ses veines se gonflaient, sun sang circulait avec peine, suu insomnie avait tuus les caractères de lu fièvre.

Enfin le jour parut; il cessa de souffrir. A cinq heures du matin , il .sortit de Lunark , et salua bieot«'it, avec une joie d'enfant, l'admirable rouir de Stone-Byres: il revoyait celle terre fleurie de souuvcuirs, ces montagnes qui retentissaient encore de ses prières, et tous ses maux s'étaient noyés dans une précoce réalis.ition de acs nouvelles espérances, ^uand il aperçut de loin les flocons bleus de fumée qui \ oitigraient sur les loiU de Slone-Hyrcs, il conimença à ralentir .son pas; c'était déjà un si grand bonheur, qu'il lui Aii.iait attendre I aulre avec plus de nsignatiou. Lm colline où il avait (nnt de fui» rencontre Annjih so dressait à un mille environ, comme une haute charmille, avec ses long« peupliers qui «r balançaient au vint et se mir. tient dans la i'Iyde

et lui envoyaient déjà de douces et myslérieusi» paroles que nul n^-ntendait et ne pou\aii entendre, et qu'il recueillait silencieusement dans sou âme. Pour lui, la nature semblait, à celte heure chérie, avoir revêtu une robe spleudide et eloilée: tout à ses yeux était joie, bonheur, enchantement. La féerie était partout, dans le sifflement des mélèzes, dans l'ondulation de la plaine, dans le gazouillement des oiseaux, et il croyait déjà voir, sur le flanc de la montagne, Annab assise sur l'herbe, rêveuse et mélJUicoUque, comme le jour ou, pour la première fois, il s'était rendu, avec son pcrc ^ au château de Loch-Tall.

Il n'en était rieu cependant. La place ou .\nnah venait souvent s'asseoir était triste et déserte. Georges eut un pressentiment dont il lie voulut pas se rendre compte. 11 continua sa route en rêvant, et se prit à sui%re d'un œil insouciant les capricieuses figures que décrivaient les nuages eu se brisant sur les montagnes. La matinée , qui avait commencé si sereine et si étincelante , se couvrait de voiles gri'^Atres, et déjà les lointains éciius appuri.iient à l'oreille do Georges les premiers grondemcns du tonnerre. Ce bruit le tira de sa préoccupation, il doubla le pas, et reconnut bientôt l.i ci.scade de .*<lonc- Byres: cette vue ranima .sou courage. Il se reprocha ses vaines fr.iyeurs, et paiviol galmenl ju.squ'au village.

Il allait se précipiter dans le fond du logis ou était sans «toute .\nn.tb , li<r>quc une main êm (tamponna à son br.is et l'empêcha d'aller plus loin, (tcor^cs se reluurn.-». Il vie un vieillard qui se dirigeait vers la i bcmince et lui faisaii signe de le suivre.

Celait John Carc.

Le vieillard s'as.sil. Georges pril placo auprès de lui ri entendit sortir dt sa poitrine cassée ce» mots terribles:

— .\nnah va mourir !

Georges sccahle , anéanti, ne p«4 promtitat nue syllabe. Seulement, d'un gcslo inCorrofmteur, il désigna la chambre «oi^ioe.

SorceUeÈ*ie*

Par Madamk la Co.-vitksse d'Ash.

Vous m'avez trouvée bien étraDge, mon cher eufant parce que je vous ai ri au nez ce matin quand vous m'avez parlé de votre mademoiselle Leuormand et de vos petits spectres d'aujourd'hui, comme si je n'étais pas d'un siècle bien supérieur au vôtre dans tout ce qui regarde les lutins, les apparitions et les sorciers. Si j'ai ri, c'est que j'étais sure de pouvoir vous faire frémir avec une vraie histoire de revenant, une histoire arrivée à moi-même^ en propre personne; je ne raconterai rien que ce que j'ai vu et entendu. J'ai soupe avec mon arriére-aïeule, et voici comment. Surtout, promettez - moi de me croire: vous êtes si incrédules en ce temps -ci, qu'on n'est jamais certain de vous voir écouter ce que vous ne savez pourtant pas comme nous^ et que vous êtes toujours prêts à vous moquer de ce que vous ne comprenez point. C'est pourtant bieu amusant d'avoir peur!

Vous connaissez maintenant madame de Vilbelle, son esprit, son amabilité et sa gaieté si pleine de grâce, malgré ses soixante et dix ans. C'est encore elle qui fut l'héroïne de cette aventure, ou du moins c'est à elle que je la dus, ainsi que que je vais vous le dire.

Un jour du mois de janvier 81, elle se trouva fort souffrante, et me fit prévenir qu'elle ne descendrait point au salon ^ mais que, si je voulais monter chez elle, elle me recevrait volontiers. Vous comprenez que j'acceptai; nous nous transportâmes, madame de Solmène, moi, et nos métiers à tapisserie^ daus cette chambre, véritable Caphernaùm, où il y avait de tout. Des tableaux de saints, des souvenirs d'amour, des chapelets, des portraits de famille, des bréviaires, des livres galants et surtout une magnifique tapisserie des Gobelins, que j'ai bien regrettée, je vous assure, et que vous pourriez voir à l'heure qu'il est dans la salle à manger d'un jacobin fort connu, qui la fit tout bonnement décrocher à son profit^ lors du pillage de mon hôtel^ après les journées de septembre.

Nous trouvâmes ma tante assise dans son grand

fauteuil à oreilles^ tournant dans ses doigts cette chère tabatière avec l'image de l'oîe^ et écoutant comme un oracle un petit bout d'homme fort laid, tout rouge, tout gros et paraissant très-peu digne d'inspirer la vénération dont il était l'objet. Il se leva à notre approche. Je fis la révérence à madame de Vilbelle, et je me retournais pour le saluer, lorsque la comtesse me dit:

— Mon cœur, je vais vous présenter une personne dont le nom vous est parfaitement connu et dont je vous prie de ne pas avoir peur. Quoique très-parent de Lucifer, il est bon diable, et je ne sache pas, depuis bien des années que je le connais, qu'il ait souhaité du mal à ceux qui ne lui en ont point fait. Mesdames^ vous voyez le comte de Cagliostro.

A ce nom ma belle-sœur se rapprocha de moi, comme si tout l'enfer eût été évoqué; elle devint d'une pâleur mortelle. Je n'étais guère plus rassurée; pourtant j'eus la force de balbutier quelques paroles de politesse et je me plaçai, avec la vicomtesse, le plus loin possible du redoutable nécromancien.

Madame de Vilbelle, reprenant la conversation où elle l'avait laissée pour nous recevoir^ demanda à Cagliostro s'il avait beaucoup d'adeptes, et s'il croyait faire prendre à Paris ses doctrines ténébreuses.

— Je l'espère, madame, car chaque jour il m'arrive de nouvelles demandes d'initiation, de la part des femmes surtout, c'est à qui se fera recevoir.

— Cela ne m'étonne pas, reprit madame de Vilbelle; dans ma jeunesse c'était la même chose. Quand on parlait des sorcelleries de M. le régent, il n'3' avait jamais que les femmes qui avaient le courage d'y croire.

— Vous appelez cela du courage, ma tante? je croirais plutôt que c'est de la peur.

— Non, ma chère, il faut bien du courage, je vous assure, pour avoir foi au diable et se conduire comme s'il n'y en avait pas; mais, Valentinc, vous regardez ce pauvre Cagliostro avec la même frayeur que si vous lui voyiez les griffes et les cornes de Satan. Vous croyez donc très-fermement en sa science?

Ml'SEB FRANÇAIS.

— Comment en douter après Tavcnture de M. de Ligney?

— Vraiment vous n'avez que cette preuve à en donner? il n'a pas eu grand mérite à prédire une chose si facile à prévoir. M. de Ligney n'a que ce qu'il mérite.

Il faut vous dire que ce M. de Lignej' avait une femme jeune, bonne, jolie, spirituelle au possible; une femme qui l'aimait au point d'avoir sacrifié pour lui son avenir, de s'être brouillée avec sa famille et d'avoir perdu soixante mille livres de rentes^ que son grand-père lui retira, eu lui donuant à la place sa malédiction. II ou fut éperdument amoureux six mois, et puis tout à coup il se mit à la tromper en faveur d'une créature ignoble, sans beauté, sans esprit, i»ans talent, sans élégance, mais rouée comme une vraie misérable qu'elle était. Pour récompenser sa femme de son dévouement, il la rendit .si malheureuse, qu'elle en faillit mourir, sans que rien put le détacher de cette espèce ù laquelle il était impossible de trouver aucun charme quelconque. II arriva au milieu de tout cela que cette demoiselle Lapicrro, je crois, séduisit, par SCS artifices, un pauvre jeune Anglais bien candide, qu'elle lui demanda à grands cris la réparation de son innocence, et que^ négligeant de prendre un seul renseignement, il lui donna son nom et une fortune considérable en l'épousant. Il y eut clameur de haro. .Madame de Ligney respira, elle crut être débarraiisée de sa rivale. La liai.son recomnient^'a de plu.s belle en rnb^ience de l'imbécile Anglais^ parti \nnir un \ oynge de quelques moi>. Il n'y eutpersonnc qui nr couspuiU M. de Ligney. Cette Aile était si laide et .si stupido (hors dans ce qui regardait se.i intérét.s), qu'on ne pouvait excuser un homme «le bonne compagnie, (rès-benu et très-nimahie, de s'occuper d'elle. Noirr qu'elle le (rompait et se tuoqunit dr lui, sans i|u'il (\)t pos.'^lble de le lui persuader. Il alla un jour consulter Cagliostro, qui lui prédit un luel où \r vnincu >erait vainqtieur. Cette niAnière d'onirle delphien se nall^a l>lentAt. Le mari revint, apprit ce beau commerce, en demanda raison à M. de Ligney, qui Ait ohîlgé de se battre pour une ancienne fi^ur.inte de la

Comédie Française | traînée dans tons les ruisseaux, dont il découvrit bientôt l'infamie. Il blessa pourtant le pauvre Anglais, de telle sorte qu'il en resta huit mois au lit; mais il fut couvert du mépris public; on le hua, on le chansonna, on lui ferma les portes, il finit par s'enfuir dans une des terres de sa femme. Celle-ci ne le quitta point. Angélique jusqu'à la in, elle lui pardonna et le consola dans son isolement. C'est ainsi qu'alors l'opinion publique faisait justice de la déloyauté et de la bassesse. Madeiiioi.selle Lapicrre alla faire la milady aux Madclonnettes.

Cette prédiction accomplie si vite avait donné une grande vogue à Cagliostro. Les imaginations vives se frappent de tout. .Madame de Solmèoe s'en préoccupa fort. Klle était partagée entre le désir de connaître son avenir et la crainte de l'apprendre. Ce soir-là, placée, sans s'y altendre, en présence du devin, elle en ressentit une émotion violente qui augmenta de plus en plus à mesure qu'il la regarda davaot.ige.

— {)ue voyez-vous sur son front, docteur? demanda ma tante.

— Co que je vols? madame, répondit - il tristement, une belle vie et une belle âme. Ce lut tout ce qu'il voulut dire. Il avait bien raison!

— Et vous, marfaBe, reprit Cagliostro, vous n'aver. rien à me demander?

Je tenais à faire l'opril n»rt : je répondis que je tic croyais point, et que, si j'avais penr, c'était sans savoir pourquoi , uniquement parce que les autres avait-nt peur.

— Voilà un be.iu raisonneaient, marquise, et, à la plarr <1u mail rc, je vous forais descetdrc ici muttuoeh ;,ii'u (le diablotins efW>yablea. Voyons, n'existe- ( -Il paj» quelque moyen de vou.-» vcBger, eomle do Ca;;Iios(rolf ne pouver-vous lui montrer (in petit coin de l'enfer?

— Je suis aux ordres de ntadame la marquise, ri jr lui montrerai tous les prodiges qu'elle dèslr« ra voir.

— Cela est bien leaUBl , moasieur; je tous prends nu mol.

— Ordonne», madame, j'obci».

MUSKE FRANÇAIS.

— Eh bien, on prétend que vous pouvez faire souper les gens avec leur grand-père.

— Oui, madame.

— Alors, faites-nous souper^ la vicomtesse et nnoi^ avec notre aïeule que voilà, la marquise de Vilbelle, dont la beauté fleurissait en 1600. J'ai quelque chose à lui demander.

Madame de Solmène tira ma mitaine et me pria tout bas de ne point la compromettre avec les esprits; je n'en tins compte. Le portrait que je montrais représentait notre arrière-grand'mère, dame d'honneur d'Anne d'Autriche, très-célèbre du temps de la Fronde. Nous lui avions toujours trouvé une grande ressemblance avec ma tante; et ce tableau nous occupait beaucoup, à cause d'une inscription indéchiffrable placée sur un livre que la marquise tenait à la main. Cagliostro regarda longtemps cette peinture, et, se retournant vers moi, il me dit d'un ton solennel:

— J'accepte! vendredi prochain, à huit heures du soir, un carrosse viendra vous chercher, vous n'emmènerez avec vous qu'un de vos gens, à votre choix; vous ne ferez aucune question; on vous conduira où vous devez aller. Madame de Vilbelle est garant, j'en suis sûr, que vous n'avez rien à redouter. Cela vous convient-il?

— Oui, monsieur. Nous serons prêtes, et, si vous voyez notre aïeule avant nous, prévenez-la que nous ne lui ferons point honte.

En prenant cet engagement, je sentis un frisson parcourir tout mon corps. Si ce n'avait été par respect humain, j'aurais reculé, tant le sorcier montrait d'assurance. Valeutine m'a avoué depuis qu'elle n'avait pas osé me démentir, de peur de l'irriter, mais qu'elle ne se croyait pas capable de conduire l'aventure jusqu'au bout. Le temps qui s'écoula entre cette conversation et le fameux vendredi se passa en irrésolutions. Nous consultions ma tante: nous voulions, un jour, qu'elle nous défendît de suivre nos guides mystérieux; un autre jour nous la tourmentions afin qu'elle nous jurât qu'il n'y avait aucun danger; c'était une persécution de chaque minute. Le vendredi arriva.

Toute lajournée nous avions redoublé d'inquiétude ; nous nous étions consultées, et enfin, nous avions décidé qu'il n'en fallait pas avoir le dément.

et que nous irions au-devant du péril. Je prévins Beauvielle, que je fis mettre en grisou, je me munis de toute sorte d'essences, et j'attendis. Madame de Solmène une fuis résolue, le fut plus que moi. Elle devint tranquille et indolente, comme à son ordinaire. Chaque coup frappé à la porte de l'hôtel me faisait sauter sur mon fauteuil, Valeutine me regardait en souriant et me disait, sans se déranger de sa bergère:

— Ma chère amie, à quoi bon toutes ces agitations-là , il n'est pas encore huit heures.

Quand huit heures sonnèrent, un bruit de voiture retentit dans la cour; Beauvielle monta presque aussitôt, et nous prévint qu'on était à nos ordres.

— Valeutine, dis-je, avant de quitter mon siège, il est encore temps ,']voulez-vous rester?

— Non, certainement, ma chère, j'ai pris mon parti, il ne faut pas que ce soit inutilement.

— Songez que nous allons nous remettre seules, sans défenseurs, entre les mains de gens inconnus, qu'il peut nous arriver mille aventures, et qu'on se moquera de nous si nous sommes mystifiées.

— Je ne redoute pas les moqueries, et, quant à des dangers, voici de quoi nous défendre, deux bons pistolets d'abordage. M. de Solmène les a oubliés lors de son dernier séjour; nous les remettrons à Beauvielle; et puis, vous qui êtes si brave, vous le seconderez certainement. Venez, ne nous faisons pas trop désirer, il faut être polies envers sa trisaïeule.

Confondue de tant d'assurance chez une personne si timide d'ordinaire, je lui en fis l'observation.

— C'est ainsi quand je suis décidée, rien no m'arrête. Vous ne me connaisez pas encore, vous verrez!

Elle disait vrai, la pauvre femme, elle l'a bien prouvé, qu'une fois décidée, elle ne regardait pas eu arrière. Mais vous savez cela, continuons. Le carrosse dans lequel nous montâmes était attelé de deux chevaux noirs; le cocher, habillé de noir, caché dans un grand manteau, ne descendit point, Rken ne ressemblait davantage à un corbillard que tous ces arrangements-là. Nous partîmes, Beauvielle assis sur la banquette de devant, sa boîte à pistolets à côté de lui, nous deux dans le fond,

sans

pronoDCcr une parole. Je vous ai dit que i costume bizarre, nous attendait au bas des degrés.

nous étions au mois de janvier; il faisait un froid abominable j les arbres étaient couverts de givre; il tombait de la neige fondue, et le vent gémissait dans les branches sans feuilles, dune façon si lugubre, qu'un se serait cru au sabbat. Les stores de la voiture, baissés par un ressort que nous ne connaissions point, ne nous permetUtient pas de voir la route sur laquelle nous roulions; mais nous avions très-bien compris que nous quittions la ville. Nous fûmes ainsi près de deux heures sans nous arrêter, tellement préoccupées, que nous gardions un silence absolu. J'entendis pourtant Valentinc qui faisait sonner sa montre, je lui demandai l'heure:

— Dix heures et demie, me répondit-elle avec autant de tranquillité que si elle eût été au cuin de son feu, dans son hôtel de la rue JSaint-Dominique.

Tout à coup nous reçûmes un choc effrovable et le carrosse pencha sur le côté au point de croire qu'il allait verser.

— N'ayez pas peur, mesdames, cria le cocher du haut de sun siège, ce n'est qu'une ornière; il u*y a point de diable là-dedans!

Ceci nous fit rire , et nous oubliâmes notre frayeur.

— Au fait, dis-je, il est absurde de penser que très-haute, très-puissante dame, marquise de Vilbelle, amie de la reine de France, coure les grands chemins à l'heure qu'il est, par une pluie semblable, et s'amuse ù faire casser le cou à ses petites-filles.

Nous marchions toujours. Je trouvais le temps long; enfin, le carrosse .s'arr«ta, le cocher descendit et nous entendîmes le (internent d'une cloche qui retentit dans le silence de la nuit vt dans la \ astc solitude d'une cour dr.scrte. ^)uelqiics minute.*! npres , une grille roula sur sca Ronds, 1rs rhr\au\ toiirnrrcnt, nous rntràinrs. (.)uand on nous ouvrit la porlirrc nous nous irouv.îmes nu pied d'un imm<-iMc t>:iiimrn( sombre et (riste comme le tombeau. Il y avait des tourelles aux quatre coins , une grosse tour au milieu et une quantité innombrable de fenêtres, dont pas une n'était érlalrèe In homme manqué, revêtu d'un

une torche a la main.

— Ces dames sont priées, nous dit-il d'une voix lugubre accompagnée de la plus humble révérence , de vouloir bien s'ab«»tenir de parler jusqu'à ce qu'elles stiient en présence du maitre; le moindre mot prononcé avant de l'avoir vu pourrait être dangereux pour elles. Si elles daignent prendre la peine de me suivre, je rais les conduire.

Nous commençâmes à monter un escalier tournant dégradé, étroit et roide au delà de toul« expression. Lne grosse corde reteaoe au mur, de distance en distance, par des anneaux, serrait de guide et d'appui. Chacun de nos pas avait un écho dans cette vieille demeure. Je n':U jaauUs rien vu de plus singulier que cette procès»!»» nocturne. L'homme masqué,' avec .«^a torche et ses vêtements extraordinaires, marchait le premier, impassible et indiffèrent , semblant cunoaitre parfaitement le chemin quM parcourait, et accoutumé à de semblables scènes. Derrière lui la ravissante et gracieuse figure de mad.ime de Soliucnc, coiffée d'un joli petit chapeau ù plumet bleues, enveloppée d'un mantelet noir qui voilait, sans la cacher, fa souplesse de s.*» taille. Elle ne paraissait occupée qu'à relever sa robe de (lauphine violette, afin de ne point la ft-tiwer dans les passages étroits que nous travertl^Bt. .\pres elle venait votre vieille amie en chapeau cerise, en robe de damas jonquille, avec l'air (res-décidé et le cœur fort tremblant je TaTOHe: puis enfin Heau«iclle, ses deux pistolets à la main, n'offrant sur .son vidage d'autre expression que celle d'un < (onucmrr.t sans bt>rnes. Il nouj prenait e\idemmeut pour des folles, et ne s'expliquait point cette ra^e de a'én aller f^ire les demoiselles errantes, au lieu de rester cktp. soi. Mais mon pauvre Hrauviclle! il m'aurait accompagiée en rufcr.

Ba iMMit de l'escalier, nous trourAmes ■■ raaU galetas, saM meubles et saos portes; ••«• l« traversâmes daas toute sa loB(«eur, ri bobs arrivAmee à un nouveau degré qu'il nous fallut de*- ( endrr comme nous avions roonio lautre. Celte manière dVrhello de Jacob ne déplaisait excès-

sivenient, et je commençais à perdre patience, d'autant plus que celui-ci ne prenait point de fin et que nous allions tout droit dans les entrailles de la terre. Nous eûmes le nez cassé contre une petite porte, à laquelle notre guide frappa trois fois. Elle s'ouvrit toute seule, et nous fûmes introduits dans un endroit que je ne sais comment désigner. Imaginez-vous une chambre circulaire de vingt - cinq pieds de circonférence, sans autre ouverture que la porte par laquelle nous étions entré*. Le plafond ne s'apercevait pas, tant il était élevé; on aurait cru qu'il n'y en avait point, sans la prodigieuse sonorité de cette pièce et sans l'obscurité qui y régnait. Au milieu pendait une énorme chaîne de fer attachée on ne savait où. Cette chaîne avait à chaque bout une sorte de fauteuil à bras et à oreilles. Notre conducteur nous fit signe de nous y placer. Nous nous regardâmes et nous hésitions toutes deux; la vicomtesse fit tout à coup un geste d'insouciance et de gaieté si délibéré , et s'assit de si bonne grâce, que j'aurais eu honte de n'en pas faire autant.

CFinO

Ma jVmU tVEocU.

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