‹ Musée françaisChapitre 28 sur 51 · NE VER OR FOR EVER · texte numérisé non relu

NE VER OR FOR EVER

Ce qui signifie, en français, jamais ou pour jamais! nofrc curiosité se douhia par celte devise, il nous fallait la significatioD. \ alcntine osa la demander.

— Je suis obligée de vous obéir, lors mémo que je ne voudrais pas, mes chères filles, répondit le tableau: pendant une heure vous êtes mes

maîtresses. Les charmes du puissant magicien qui vous a conduites ici ne me laissent pas la liberté de refuser, mais je n'en ai nulle envie. Il n'existe rien dans celte histoire qui puisse ror faire rougir, si mon front rougissait encore; je n'eus jamais do remords, cl, quant aux regrets, lo juste ne counait après la mort que les souvenirs. N'oicl donc ce que vous me demander.: //»^^'lr*• raconté tr par très-haute, très-puissantf, trts-itlustre dame Àngètiqury Claire 4ê LeraCy man/uisf de VUbtlle et dame d'honneur de S. M. ta rtine Anne dWutricke y vtttve dr Louis XIII, vtrre de Imuis XII', racontée f-rr la marquise elle-même , ù ses arriere-pittl, ^ filles, cent ans après sa murt.

,,Vous me forcer, a rappeler ma vie, mes eulanls, voua voulez savoir les passions, les dou-

leurs et les joies d'un cœur qui a cessé de baiire depuis plus d'un siècle; il est cependant blea possible que vous ne me compreniez pas^ n9WM sommes si loin l'une de Pautre! Ma jeunesse ne s'est point passée comme la vôtre dans ine cour brillante et policée ; je n'ai pas connu ces jours calmes et doux que vous coulez si tranquillement au milieu des plaisirs. J'ai vécu parmi des bom- [iies de fer, parmi des femmes que leur sexe n'empêchait pas de revêtir la cuirasse cl de porter répée; j'ai traversé toute la Fronde enfin. On me maria très-jeune, et mon mari se fil tuer en duel , fort peu après , par un fameux raffiné de l'époque. Je restai veuve avec mon fils, destiné ù transmettre le nom qui va s'éteindre. Hélas! ce fils devint tonte na consolation: je demeurai éloignée des intrigues et du monde, soignant son enfance et appelant de tous mt» wmwx le jour ou il pourrait venger le nom de oob père. Dieu le vengea lui-même, il rappela à lui le meurtrier. Vers cette époque, ■» noble maitresse, prés de laquelle je n'occupais pas alors la place que j'ai eue depuis , daigna me f.tire venir dans sa maison. Elle m'honor:i d'une boD(« qui m'aKira la haine de bien des gens. Den personnes surtout ne pardoonereot pas celle distinction: M. le cardinal, parce que j'aimais trop la reine; madame de Chevreuse, parce que la reine m'aimait trop. Us firent tout ce qu'ils purent afiu de roc nuire auprès 4'elle^ mais elle savait mon dévouement, et n^éeeiCa rlea. Nom no nous sommes sèpart*es qu'à sa mort, j*ai ea la douleur de lui survivre!

,,11 vint une ■mbaiMutc d'Anglais prés da roi Louis XIII, pour nrraafer le marlafe de maliaine llenric'.ie de France, (llle d« IWl roi Henri, .ivre l'infortuné Charles l«r. Vous savea que le <luc de BuckinsHnm en élail le chef; vous saver qu'on accusn 1.*% reine d'un commerce c*apakle a\eo lui, et rien n'est plus faux, mes rkéres rnf.ials; ce fut une s.iinio et pieuse reine, di^ae Ile de la auUsoo d'Autrit *•-. ••••"- — -rc du grand "I. Opeidaat, malheur.) elle l'clAil,

poursuivie par des calomnies, viriîme de la haine •iu cardinal, ne sachaoi vu rencontrer Ml cerar .■«mi. pour .'« verser ses douleurs, elle trouva du

MUSÉE FR^VNÇAIS.

charme à Tainour de Bucktugbam, elle Técouta sans colère, avec regrets, mais il y a bien loin tPuu regret ù une faute ! cette fameuse entrevue du jardin d'Amiens, dont on a fait tant de bruit, j'en fus témoin; seule je puis dire toute son innocence. Il s'y versa bien des larmes, et Dieu vous préserve de voir pleurer une reine I^'

(Uélas^ mon cher Edouard, nous en avons vu mourir une, comme elle fille de la maison d'Autriche, comme elle noble et sainte, comme elle caloiiiuiée.)

^, Parmi les seigneurs qui accompagnaient George Villiers, il y en avait un dont chacun remarqua la bonne mine et l'éclat. Il se nommait lord Charles Monteith, et était fils du duc de Master. De tout son brillant entourage, lord Charles devint le préféré de Buckingham. Il lui confiait ses plus secrètes pensées et l'envoyait porter au palais ses messages cachés près de la reine ou de madame Henriette. Un jour (le roi tenait sa cour à Saint-Germain), on se promenait à cheval dans la forêt. Les Anglais avaient apporté une nouvelle mode de s'habiller pour la chasse à courre, et toutes les dames, à l'exemple de la reine, l'avaient adoptée sur-le-champ. Je vous assure que cela formait un beau coup d'œil dans les vastes allées, et que nous avions grand air ainsi. La chaleur étouffante obligea à faire une halte sous un couvert où l'on servit la collation, la reine m'ordonna de lui couper une orange: je pris un couteau de la main d'un écuyer tranchant, et je me mis en devoir d'obéir. Soit que je m'y prisse mal, soit que le couteau fût trop affilé^ je me l'enfonçai dans le doigt; mon sang couvrit bientôt l'orange et mon habit. Tout le monde s'empressa autour de moi, la reine voulut voir la blessure, et l'entoura de ses royales mains avec son mouchoir. Quand je levai les 3'eux, je vis en face de moi lord Monteith, dont le beau visage, aussi pâle qu'un linge^ exprimait la plus vive anxiété. Son regard fixé sur le mien ne s'en détacha plus, et me révéla à la fuis son amour et celui qu'il m'inspirait. On remonta à cheval, il se tint près de moi, me guidant, me comblant de soins qui viennent du cœur et qui frappent au cœur. Ce qu'il y eut

rie particulier, c'est que nous ne pailAmcs ni l'un ni l'autre , et qu'à la fin de la jromcnadc nous croyions nous être dit mille douceurs. Le soir on dansait des chaconues dans les appartements; depuis mon veuvage^ je ne dansais point, quoique mon deuil fût terminé; je me tenais à l'écart et j'écoutais mes pensées, suivant des yeux celui que j'aimais déjà comme si je n'avais rien aimé encore; il s'approchait de mon siège, et puis il reculait, n'osant point m'aborder sans mon aveu. Je me levai, j'allai près de la fenêtre. L'air serein et embaumé de la terrasse, la lune qui brillait et se reflétait dans la Seine, les oiseaux qui chantaient sur les branches, tout, jusqu'à la musique lointaine du bal, parlait à l'imagination. Je m'appuyai contre la balustrade, une larme coulait sur ma joue, pourtant j'étais heureuse! heureuse de ce bonheur qui ne renaît plus après la première impression du premier amour, de ce bonheur du ciel qu'on peut rêver toute sa vie, et qu'on ne connaît qu'une fois. Je savais qu'il était près de moi sans m'être retournée, je sentais son regard, je sentais battre son cœur , je devinais sa présence.

— ,,Madame, dit-il enfin , voulez-vous me permettre de conserver ce fruit qui ce matin m'a causé de si vives alarmes. Le sang dont il est couvert me le rend plus précieux que toutes les pommes d'or des Hespérides.

„Je ne répondis point, je ne pouvais pas.

— ^jVous vous taisez, madame 1 ai-je mérité votre colère; vous aurais-je offensée? la témérité de mon amour vous paraît une injure. 0 madame ! pardonnez-moi, le péché n'est point mien I c'est le vôtre, pourquoi êtes-vous si belle et si dangereuse?

— ^,Je ne sais, milord, ce que vous voulez dire, repris-je en balbutiant; je n'ai contre vous ni irritation ni colère. D'ailleurs vous allez partir, vous allez retourner à la cour de votre maître, et nous n'ignorons pas quelles beautés renferme cette cour d'Angleterre. Les poètes les célèbrent chaque jour. Vous aurez bientôt oublié Saint-Germain; que vous importe aiors ce qu'on y pensera de vous?

— „Je vois bien, madame, que je vous dé-

MVSKE FRAXÇAIS.

plais, puisque vous calomniez mon coeur; je me retire, j^attendrai que vous daigniez me rappeler.

„Après UD grand salut il me quitta. Vos galants d'aujourd'hui sont moins craintifs et iiioios respectueux, u'est-ce pas? ils ne parlent point de pommes d^vr , ni de témérité dont vous êtes seules coupables; ils ne s'en vont point au moindre root de colère... mais aussi ils ne sont ni fidèles, ni tendres comme les nôtres. C'est de mon temps qu'on a écrit les Cjrus, les Mandanes , dont les amours durent viugt ans et viugt volumes!

(Je ne pus pas m'empêcher de trouver le revenant un peu gai, pour son état; je n'osai cependant p.'is CD faire l'observation. Pardon de mes parenthèses, je contiuue.)

,,\ous nous vîmes aiusi pendant un mois qui se passa en gulas, en promenades et en jeux de toutes sortes. Nous échangions quelques mots, quelques regards, c'était tout. In matin, la reine, près de laquelle j'étais debout à sa toilette, me demanda d'un air de malice potirquoi lord Charles Monteith ne dansait plus, et pourquoi on ne lui voyait plus porter que de vilains pourpoints orange avec «les agréments et des nooparcilles couleur de sang, ce qui faisait le plus vilain effet possible. Il avait pourtant .si bon goût ! Je devins toute rouge en répondant à >»a Majesté que je n'en savais rien.

— „Eh bien, mol, je le .sais, dit-elle, c'est qu*il voudrait bien emmener à la cour de Londres une lady Monteitli, et que ma .sœur Henriette aurait grand plaisir à prendre de ma main sa compagne de voyage, fju rn diti's-vous, madame «le N ilholle Y

— ,,La reine est bien bonne do me demander mon ftvl!», je ne puis en avoir un autre que le sien.

,, Cette belle princesse me regarda en souriant rt me répondit:

,,J>n suis rharnuM? et j'espèro que le roi voudra penser comme non."», je (tlcherai «lu moins.

jjlïcpui.-» rc jour, je no songeai qu'à mon mariage. Jo le regardai comme certain, puisqu»* la reino le voulait , quo lord Munlelih le dé.<«irait passionnément , et que je no m'y opposais pas. Hélas! que le-s choses changèrent vite!

Sa Majesté continua à m'eniretenir de celte union pendant une semaine, puis elle devint tout à coup froide et contrainte^ ne m'adressa plus la parole qu'aux occasions, et parut avoir tout à fait oublié la négociation dont elle s'elail charnue. Ce n'était point à moi de la lui rappeler; je dus me taire et attendre. Ce qui m'étonna le plus, ce fut la c«)nduite de lord Monteith, il imita la reine et se modela sur elle. Au liea (le me rechercher, de s'occuper «le me plaire, il sembla s'étudier à me fuir. .\ux cercles, à la promenade, je me voyais seule, abandonnée de tous, puisque j'avais perdu la faveur royale et surtout celui de mon amant, ce qui me faisait cruellement souffrir.

,,P«)urtant une seule personne me rc»(.i nJ.lc, c'était le conile de l'auny, ccuyer de monsieur (•:iston, frère du roi; il continua .««a recherche comme si de rien n'était, et je ne m. «perçus d'aucune froideur de sa part; au contraire, il devint pressant, il m'accabla de présents, de galanteries, je le recevais fort mal avant cette générosité; mais je ms sentis tout attendrie de tant do courage, et je le laissai dire sans avoir l'air de m'en otTenser. Lord Monteith me lançait des regards furieux et ne me parlait plus; il quitta la couleur orauge. La première fois quo je le vis paraître avec un costume bleu de ciel, je faillis m'cvunouir ; il ne pouvait me montrer plus clairement qu'il renonçait à moi. Je n'en devinais pas la raison ; mon canir ne me reprochait rien ; mais je serais morte plutôt quo de la «toniander.

,,l n dimanche, après la messe du roi, les ««rigueurs se pr«)menaient sur l.-» lerr.-ïAse; ooa!i étions chez la reine, les fenêtres ouvertes. Nous entendimos tout à coup un bruit de voix qui te <|uerellaient, et bienti'it le tumulte deirint si içrand que les gardes prirent leurs armes.

— ,,{)ucél-ce'i dewaada iia Mi^ste n m.id.tme de Chcvreose.

— ,,l*eu de chose, MadaM», c*«si lord Moiteith qui no trouve ^as que M. de Paaij s^ic bien habille.

— ,,ll n'y a pas do quoi crier *i haut. Ces moMieurs oublient pu ils sont , .■^ppareament.

^Madame de Clievrcuse me regarda d'un air siugulier ea répoudant à la rciae; cela me tourmentait fort; j'attendais avec impatience l'heure du cercle pour eu apprendre davantage. Ma surprise fut au comble, lorsque M. de Pauny entra avec une écharpe orange frangée de couleur de sang. La reine et la duchesse échaugèrent un coup d'oeil qui m'expliqua toutj je vis de quoi j'étais accusée , je vis qu'une trame infernale avait été ourdie pour me perdre. L'air méprisant de lord Monteith , l'aflfectation avec laquelle il portait en avant son manteau vert de mer achevèrent de m'instruire; il me croyait coupable, il avait cessé de ra'estinier, dès lors il ne m'aimait plus. Madame de Chevreuse vit mon trouble, je vous ai déjà dit qu'elle me jalousait beaucoup î elle aflfecta de louer outre mesure rajustement de lord Monteith, le bon choix de ses rubans, et ajouta:

— ,,Savez-vous^ mesdames, la devise de ses armes?

— ,,Non ^ répondis-je, uniquement pour ne pas lui laisser la victoire de m'avoir troublée.

— „He bien! c'est: never or for ever, ce qui signifie: Jamais ou pour jamais; je croîs que c'est aussi la devise de son cœur.

„Le mien suffoquait, il me fallut le cacher. Vous savez ce que c'est que ces nécessités-là, il n'y a pas de plus grande souffrance. La reine ne rentra que très-tard. Dès que je fus seule, je me mis à sangloter. Je ne pardonnais pas à lord Monteith de me juger aussi légèrement; je me pardonnais encore moins à moi-même de l'aimer toujours. Toute ma nuit se passa en larmes et en cris pitoyables. Le lendemain au soir, on me remit un livre de prières en maroquin noir; sur la couverture était gravée la devise: Kever or for ever; une lettre en tomba quand je l'ouvris, voici ce que j'y lus:

— ,,Je vous aimais, madame, et j'espérais en votre amitié, mais cette amitié trompeuse m'a été infidèle, et j'ai dû renoncer au bonheur qui m'était promis. Je n'ai pu souffrir néanmoins que mon insolent rival portât devant moi ces

couleurs dont j'avais été si glorieux de me parer; je l'ai provoqué, nous allons nous battre, et, quelle que soit l'issue de cette rencontre, je ne vous reverrai jamais. Je vous délivre d'un importun ou par ma mort ou par mon départ. Adieu, madame^ je regrette mes belles amours, et je me confie à Dieu pour guérir mon âme blessée.'^

, , Après avoir lu cette lettre^ je ne fus plus maîtresse de moi; je courus chez la reine, je me jetai à ses pieds , la conjurant d'empêcher ce combat, de me rendre mon amant. Cette bonne princesse me releva, me fit conter tout ce que je savais, s'étonna de me trouver innocente, m'avoua qu'on m'avait calomniée^ et qu'ellemême avait contribué à persuader lord Monteith, tant elle croyait à mon inconstance.

— „Je vais le faire appeler sur-le-champ^ soyez tranquille, je réparerai ma faute. Il ne refusera pas mon témoignage , et vos larmes disent assez que vous aimez l'ingrat. II n'y a rien de désespéré.

^,La reine envoya son capitaine des gardes à la recherche de lord Monteith; il ne le trouva pas; depuis le point du jour^ il avait quitté Saint- Germain. M. de Pauny sortit par une autre porte. A deux lieues de la ville, ils se battirent; Pauny fut blessé dangereusement, lord Monteith continua sa route pour Londres; on ne put le rejoindre avant qu'il fût embarqué. La reine n'osa pas d'ailleurs faire dès démarches trop à découvert. Elle était si fort soupçonnée à l'endroit de ces Anglais, qu'elle craignait tout ce qui avait apparence du mystère. Ma fatale destinée voulut que cette contrainte l'empêchât de s'expliquer clairement avec le duc de Buckingham. Ce ne fut que dans leur dernière entrevue qu'elle put lui dire tout ce que nos ennemis m'avaient fait de mal. Buckingham promit de me renvoyer lord Monteith soumis et repentant. Vous comprenez que je n'entendis point cette conversation que Sa Majesté me fit la grâce de me répéter. CFinO

%ie(efe((, Drutf unt ISerUg oon S^eK^a^en <sc j((a(tn0.

yième Année.

CHOIX DE LITTÉRATURE

tiré

DES ITCEIIil^Kl US AUTEIKS

TANT ANCIENS QUE MODERNES

par O. El. J». J¥^OIjVW, prof, et dr., et C &CMVTZ, db.

Soi'cellerie.

Par Madams la Comtkssk d'Ash.

(Fin)

I^'ambassadkur arriva trop tard. Lord Monteith, dans son impatience de se venger de moi et de nous séparer à jamais, s'était marié avec une de ses cousines. Kn apprenant ce'te nouvelle, je jurni de ne point prendre un nouvel époux, de conserver toute ma vie cette funeste devise et de garder fidélité à mun seul amour. Lord Monteiih, malheureux lorsqu'il connut sa méprise, voulut me revoir: je le refusai, il m'en coûta beaucoup, mais Dieu m'accorda la grâce d'en avoir la force!"

Kn ce moment une heure sonna, nous nous sentîmes fortement rrpoussées en arrière; la lumière s'éteignit , nous ne vîmes plus que le cercle dans lequel nous étions, qui hrillait d'un feu sombre au milieu des ténrhres: nous eûmes peur tout do bon; madame de .Solmène se serra contre mol, nous n'osions pas parl« r, d'.iillrtirs nous nVn eûmes pas lo temps.

— L'heure est expirée, dit Cagliostro toujour-» invisible. Vous aller maintenant souper avec votre aïeule, ainsi que vous l'avey, désiré. Mais, encore une fi»ls, ne sort.r. point des limites que jo vous ai tracées avant in.i pennîsslon, ou vous séries perdues.

Il 3' eut une miuulc airnii^e. [x ndant laquelle

nous n'entendîmes et ne vîmes rien. Je ne savais vraiment pas la fin de ceci. Tout à coup, à la place du portrait en face de nous, comme si le mur se fût déchiré de lui-même, nous aperçûmes une manière de porte donnant entrée dans une salle à manger éblouissante de bougies, de dorures, de fleurs, de diamants, enfin de tout ce qui constitue le souper le plus enivrant qu'on puisse voir. Autour de la table doute personnes masquées étaient debout. Notre aïeule au milieu, avant deux sièges vides à c«»té d'elle, avait seule le visage découvert; elle s'avança vers nous, U halustrade s'ouvrit, toujours sans personne, 1« cercle s'efl^aca, nous n'osions pas avancer.

— Allez! cria la vtdx du m.igicien, vous êtes libres!

Nous entrâmes dans la salle du •••p^r, ■• pouvant deviner en quelle compagnie nous étions. Je baissais les yeux dans la crainte de rencontrer qui-lques horribles figures, lorsque j'entendis Valouùne qui riait aux larmes, et un éclat de rire général répondit au sien.

— C'est charmant ! s'ecriait-rlle, je n'oublierai cria de ma vie... ma tante, vous êtes adorable •lins les vieux portraits!

Je regardai :i mon tour cetto réritable apparition. Cetait — madame de Vilbelle. \s— ftBf m.iHqui's se dérouvrirent: nous reconnûmea ■•■- «iieiir votre gr.ind-p»re , madjine sa frmm# , M. de RexenvaJ , M. de Lt llorierrs, madame de la c'crdai enfin toutes sortes de TlMget MiUf| bien

MUSEE FHANÇAIS.

«.lis, bien heureux de nous avoir jouées et surtout d'en avoir été témoins. J'eus un moment d'humeur. 11 n'est point agréable de servir ainsi de joujou à tout un salon. Madame de Solmèue prit si bien la chose ^ que je n'osai pas m'en fâcher.

Cagliostro avait l'air encore plus honteux que nous. Il craiguait qu'on ne se moquât de sa science, qu'on ne doutât de son pouvoir, et cette plaisanterie pouvait bien servir de texte à ceux qui voudraient en profiter.

— Comment avcz-vous fait, madame, demanda Valenline, pour prendre si parfaitement les airs, le langage , le teint même de notre grand' mère?

— C'est au maître que je dois tout cela , ma chère belle; il allait tout de bon, sur la demande de la marquise^ vous mettre en face de ce vieux spectre; j'ai craint qu'il ne vous arrivât malheur^ et, à force de prières, j'ai obtenu de lui qu'il ne serait point question des gens de l'autre monde. Il a consenti à me laisser jouer la comédie. Nous avons fait plusieurs répétitions^ le comte de Mans nous a prêté ce vieux château^ que M. de Cagliostro a bouleversé à sa fantaisie. Ensuite il m'a peinte et habillée, m'a recommandé de ne point regarder ailleurs que devant moi, comme un vrai portrait, et voilà tout.

— Madame de Vilbelle vous dit la vérité^ madame; sans elle, je vous aurais bien réellement montré madame votre bisaïeule, et, si vous désirez la voir, je suis tout à vos ordres, quand il vous plaira.

— Merci, monsieur, répondis-je , je m'en tiendrai là, cette épreuve me suffit... mais l'histoire, mais la devise*^

— L'une et l'autre sont vraies, reprit-il avec une emphase extrême; si vous n'avez pas parlé à madame la marquise de Vilbelle, moi j'ai été plus heureux. Je l'ai interrogée, et je tiens d'elle tout ce que madame la comtesse vient de vous dire.

Valentine sourit fiuemcut.

— Nous vous remercions, monsieur, de la peine que tout ceci vous a donné. C'est vraiment bien généreux à vous de renoncer au plaisir de montrer votre pouvoir. Nous n'en doutons pas

au moins, je vous assure que ;ious n'eu doutons pas.

Vous comprenez que la eonversatiou continua sur ce vaste thème, et qu'elle fut longtemps sans être épuisée. Chacun défendit son opinion: les uns avaieut une foi entière, les autres une incrédulité complète. On raisonnait sur des hypothèses; Cagliostro, grave et sérieux, cherchait évidemment à imposer par cet air d'adepte, qu'il ne quittait presque jamais. Enfin cette nuit, commencée au milieu d'émotions si violentes et si inconnues, se termina par une folle gaieté. Nous revînmes à Paris au jour, je dormis bien, j'en avais grand besoin.

Depuis cette aventure, j'ai appris à être moins incrédule; nous avons vu tant de prodiges et de vrais prodiges! les prédictions de Cazotte n'ontelles pas été authentiques et miraculeuses ? cet homme n'a-t-il pas lu dans l'avenir? Cagliostro lui-même, que je viens de vous représenter comme un charlatan, Cagliostro a fait des choses inouïes. Le comte de Saint-Germain (je ne l'ai rencontré qu'une fois) était encore une autre énigme. M. et madame de Balaru, deux vieilles gens de l'âge de ma tante, assuraient l'avoir connu à Venise cinquante ans auparavant, et ne pas le trouver vieilli d'un jour. Comment faisait-il? je vous le demande. Il avait là un fameux secret !

Je viens de vous avouer une mystification; pour me relever à vos yeux et justifier la crainte que je vous montre de tout ce qui est surnaturel, il faut que vous sachiez pourquoi je l'ai conservée^ cette crainte. Je frissonne rien qu'en y pensant. Il n'y eut là ni charlatanisme, ni illusion. J'étais loin de m'attendre à ce qui m'arriva. Mon imagination calme ne me préparait pas, en me présentant des chimères , à me laisser entraîner par elle. C'était à Sempach, en 93. Ma vie d'alors, tranquille et douce, avait quelque chose de si uniforme, qu'à peine un épisode s'y présentait-il de temps on temps. Je passais presque toutes mes soirées avec une dame suisse , dont le fils était à l'armée. Elle adorait ce fils et nous en parlait sans cesse ; je ne l'avais jamais vu; une nuit, je dormais profondément dans ma petite chambre, ayant gardé ma veilleuse allu-

Ml'SKK FnAXÇAI.s.

niée, parce qu'il faisait uu p»-ii (l'orage et que les éclairs me fatiguaient , je fus réveillée vers les (Jeux heures du niatin par quelqu'un qui ouvrait ma porte, et je vis entrer un militaire en uniforme blanc, dont le sang coulait à flots d'une blessure. Je me levai sur mon séant, effrayée au dernier degré. Je lui demindai ce qu'il faisait là, s'il voulait du secours, par où il avait pu pénétrer jusqu'à moi; ne recevant point de réponse, je ine pendis à ma sonnette , elle ne me rendit aucun son. L'inconnu avan(;ait toujours vers la cheminée, il niarcliait lentement comme un homme qui souffre beaucoup. Lorsquil en fut tout prt-s, il s'appuya sur le chambranle et commença à se plaindre d'une façon lamentable en prononçant de temps en temps: Ma mère ! ma mère! fion sang tombait autour de lui et formait une ihare. Je le voyais s'affaiblir par degrés, mais la (erreur dont j étais saisie ne me permettait ni de remuer, ni de parler. Ceci dura plus de deux grandes heures. Je ne dormais' pa9, je puis vous l'attester, je ine pinçais les bras pour m'assurer que je ne faisais point un rêve, je lisais l'adresse d'une lettre que j'avais posée la veille prés de mon lit, je cherchais en vain à détourner mes regards de la terrible apparition, malgré moi, j'y revenais, tne attraction invincible m'obligeait à la fixer toujours. Je n'ai rien entendu en ma vie de plus déchirant que ses plaintes. C'était uu rùlu qui me prenait moi-même à In poitrine et m'c'touHuil. (^uand le jour cuiiinunça à poindre, l'officier se retourna Irntcmcnt de mun côté : je crus qu'il allait approcher, je lis tous les signes de croix cl les prières possibles.

— Ma mère, rcprit-il m rac montrant d'un geste l:i maison qu'haliitait la dame suisse, m.i nii-rel

Le jour augmentait , et à mesure l'ombre devenait plus légère. Kllc diminua ainsi jusqu'à ce qu'elle ne fût plu<i qu'une blanche vapeur, et disparut (out à fait nu lover du soleil. Je trouvai alors nsso/. de force pour sonner; mH femme di* chambre accourut, j'ét.iis rvAnoule. .Vprrs un ionn assoupissement , je repris ronnaiviancr, I esprit et le cu«ur frappes d'une Cri^tosse mortelle, •'e ne doutai pas que l.« pauvre veuve o'cùi

perdu son fils, et qu'il ne fut revenu eipr»s me recommander de veiller sur elle. Je me le promis, et je l'ai fait. Jugez, mon cher enfant, de ce que j'éprouvai en apprenant la mort de ce jeune homme, tué ce même jour d'un coup de baïonnette dans le côté; il n'en mourut que dans la nuit. Je fus obligée d'annoncer cette triste nouvelle à la pauvre mère, sans lui parler de l'apparition; je suis sijre qu'elle en eût été jalouse, et au fait je ne comprends pas pourquoi ce revenant-là m'est arrivé, à moi qui ne le connaissais point: c'est bien un autre revenant que mon aïeule!

Voilà, mon cher Edouard ma longue excursion dans le domaine de votre Hoffmann , que, par parenthèse, j'ai vu à Berlin, et qui était bien l'être le plus étrange du monde. ^ue cela ne vous empêche pas de dormir. Vous n'aver rien à craindre des lutins, ils n'ont plus que faire auprès de vous. Votre existence d'aujourd'hui est si agitée, il y a tant d'événements dass ■■ de vos jours, que ces pauvres esprits comprennent qu'ils feront mieux de se tenir tranquilles, (juand jo pense à ce que nous étions a votre âge! je ne veux pas radoter, je ne veux pas vous déprécier à vos propres yeux. Mais je vous proteste que rien n'ctail si parfaitement joli, si admirablement aimable, qu'un jeune gentilhomme comme vous, quand j'étais jeune auNsi, que nous avions tous peur, et que nous cro^ ions les contes de nos î:r;»uiliii. rr«.

tir i'cr en MJirrninrc*

Par Ji iii'» J.\M>.

Nous ctioMs iMutre soir fort occupe», au coin du feu, à no rien faire, el , qui plus est, à ne sopger M rien. Chacun de nous avait toi M lournoe et se repo.%ai: des mesquines afitlalioM de ces quatre ou cinq heure» de chaque j«ur, •lu'on appelle Ia riV. A force de me wMftr à rien nou* en vininrs a traiter serle*n»«i«l H*" sieurs que»(ions serlruM'; el , si l'nn de nou» écrivait ses Ttticul^mrs , nul do«U ^«'il ncùl

MUSKE FRANÇAIS.

écrit d'un bout à l'autre foute notre conversation ce soir-là. Tout d'un coup l'un de nous, dont le nom n\i rien de fantastique, qui ne s'appelle ni Frantz ni Pu/zi (il s'appelle Thomas), saisissant du pouce et de l'index un fragile morceau de métal taillé qui brillait devant Tàtre comme une épingle noire tombée des cheveux de quelque belle fille italienne:

— Pardieu ! s'écria-t-il , la belle trouvaille que j'ai faite! Je croj-ais que c'était quelque chose : ce n'est qu'une plume, et une plume de fer encore! Qui de vous veut ma trouvaille pour une prise de tabac ?

Ferdinand, qui est le cousin germain de Thomas, se mit à lui réciter d'un air goguenard les quatre vers qu'on a décorés du nom pompeux de fable de la Fontaine:

Un ignorant rencontra Un manuscrit, qu'il porta Chez son voisin le libraire.

— Je crois, dit-il, qu'il est bon, Mais le moindre ducaton Ferait bien mieux mon affaire.

— Et c'est toi qui es le coq de cette plume, mon pauvre Thomas, ajouta Ferdinand. La plume c'est comme la langue dans Esope.

— C'est ce qu'il y a de meilleur et de plus mauvais, reprit Thomas.

— Qui soulève les passions, dit Ferdinand.

— Qui calme les passions, s'écria Thomas.

— Et si vous allez toujours ainsi, répliqua Honoré, nous allons avoir la plus belle kyrielle de lieux communs qui aient été débités depuis qu'on écrit des fables.

— Ferdinand est toujours beaucoup trop pressé d'avoir des idées, reprit Thomas. Il vient de m'arrêter, et c'est tant pis pour vous, dans la plus belle série d'imprécations toutes nouvelles qui jamais aient eu envie de sortir du crâne d'un homme. Mais, c'en est fait, me voilà apaisé, et s'il vous plaît, nous rotournerons aux lieux communs pour ce soir. J(i laisse donc la parole à mon cher et féal cou?in Ferdinand, et à vous tous, ses dignes coll.aborateurs.

Ainsi parla ce digne Thomas. Thomas est une de ces imaginations paresseuses qui ne se

mettent en frais d'esprit et d'invention que dans des circonstances extraordinaires, lesquelles circonstances il faut saisir en toute hâte si l'on veut en profiter. Penser est pour lui une fatigue presque aussi grande que parler; il ne comprend guère qu'on écrive autre chose que ces mots tous les trois mois: „J'ai reçu de M^^*^"^ trois cent quatre-vingt-dix francs (il y avait cinquante centimes; mais il les a retranchés, attendu que c'était trop long et que l'argent ne valait pas les mots à écrire)^ pour ma rente de, etc.*^^ A aucun prix vous ne lui feriez écrire un mot de plus; et encore se plaint-il qu'un honnête homme ne puisse pas toucher sa rente sans coucher son nom sur un papier. Il y avait donc tout à parier que Thomas, ainsi dérangé par son cousin dans une idée subite, allait laisser tomber impitoyablement un magnifique sujet de disputes, de controverses et d'argumentations.

Mais ce n'était pas là notre compte; et, pour forcer Thomas à rentrer dans l'idée dont il était sorti, nous prîmes soin de garder le silence. Si nous lui avions dit : Allons, frère, dis-nous ton idée, il n'aurait pas soufflé mot de huit jours; mais, nous voyant aussi peu animés à Pentendre que s'il se fût agi d'un long discours politique sur le sucre indigène, il reprit soudain la parole pour ne pas la quitter de sitôt.

— Oui, dit-il (et notez bien qu'il tenait toujours dans la main cette plume de fer), voilà, messieurs, la cause finale de tous les maux qui accablent de nos jours la société tout entière. Il y a dans je ne sais quel poëte une éloquente imprécation contre le premier qui aiguisa le fer et qui fit une épée de cette masse inerte, ferreus ille fuit quij etc.; mais, par le ciel! maudit soit, et cent fois plus maudit, le premier qui fit du fer une plume! Celui qui a fabriqué la première épée n'a tué,' à tout prendre, que des corps: celui qui a fabriqué la plume de fera tué ràine, il a tué la pensée; vil scélérat, il a armé l'espèce humain d'un stylet plus formidable que tous les poignards empoisonnés de feu l'Espagne ! Mais cependant ne vous attendez pas à ce que je vous fasse à ce sujet une sortie eu quousquè tandem; j'ai la prétention de vous

ML^JËR FRANÇAIS.

parler aussi niaisement 'lUc FcrdinaDd récitant sa fable :

Un ignorant rencontra

Un manuscrit, qa'i) porta . . .

Je suis sûr que c'est la seule fable que Ferdinand sache par cœur.

Après ce bel exorde, Thomas rentra dans son calme habituel; et, sans déclamer, il se livra à une piquante dissertation littéraire que je voudrais, mais en vain, reproduire en entier.

— Il suffit, nous dit-il, de comparer entre elles la plume de fer, dont on se sert de nos jours, et la bienveillante plume d'oie, dont se servaient nos bons et spirituels aïeux. La plume de fer, cette invention toute moderne, vous jette tout d'un coup une impression désagréable: cela ressemble, à s'y méprendre, j'i un petit poign.ird imperceptible trempé dans le venin; son bec est effilé comme une épée, il a deux tranchants comme la langue du calomniateur. En jouant de ce petit «tjlet vous voyez un œil Incessamment ouvert comme l'œil du Cjciope, et quand la plume marche sous votre main , ce petit œil s'ouvre et se referme comme fait l'œil d'un espion. A ce petit fer qui blesse le doigt qui le touche vous ajoutez un manche, un morceau de ho[s tout sec et tout nu, difforme, et dont le contact voua blesse la joue, pendant que vos trois doigt5, sont cruellement meurtris à force de presser ce for, qui cric et qui crache tout autour de votre pensée. Ainsi dans la plume de for (/y/i/rrif et frr! Il faut déjà faire hurler deux mots de notre langue pour parler de cette affreuse inachino!) tout est rude, triste , sévère^ froid au regard, froid à la main. Ain.<(i armé, il vous semble impossible que vous puisjilrx accomplir quelque cho.ic de grand, de noblc^ de généreux, d'httiBAiu. Tour ma part, écrire une chose honndle avec ce» horrlb1r.<« morceaux de fer, vu boire un honnête ot frétillant vin de Champagne dans la coupe (tr<i Rorgiii , ce ternit la même tAche , c'cst-ji-dire une tAchr Iropos.sittlr ; et je voua crois de trop honnélri gens pour douter un seul instant que vous bo} c/. de mon avis.

Mais la plume d'oie, au contraire, voilà une

facile, bienveillante et bien-aimée confidente de nos pensées les plus chères! Rien qu'à la voir j<? me sens réjoui jusqu'au fond de l'âme. Cette plume, c'est en effet le duvet sur lequel se joue I:i pensée qui vient de naitre, comme TenfaMt dans son berceau. Ce n'est plus là un triste ruétal, longtemps enfoui dans la terre, passé ma feu, passé à l'eau, passé à renclume, lortarê dans tous les sens jusqu'à ce qu'enfin il rende au monde tortures pour tortures; mais, au contraire, cette plume, qui va nous servir à donner (lu corps à nos pensées, une figure à notre parole, elle s'associe à mille heureux et bienveillants souvenirs: avant d'en faire notre heureuse et fidèle confidente, nous l'avons vue se jouer mollement sur l'onde ou se sécher au soleil, brillante de mille perles; cette plume, elle est la cousine-germaine et chantante du fin duvet sur lequel nous reposons notre tête le st>ir; cette plume a été l'honneur de notre amie domestique; l'animal qui la porta nous a servis comme un chien fidèle: il nous a donné ses petits et set œufs; Il a mangé notre pain, il a été notre domestique dévoué et fidèle; il a défendu nos dieux paternels comme autrefois il défendit le Capilolc. Kt ensuite quelle différence dans le double aj> peet de ces deux instruments de la pen-sée» qui portent à tort le même nom! La plaae de fer est horrible à voir; lourde et froide à porter, elle résiste à la main qui la mène; elle est comme un cheval sans bouche, ni éperons, qui vous emporte partout on il lui pl.iit «i'allrr. !,a plume d'oie est blanrhe , et nrCtr, et légère; son tuxau nrxibir frenui tie pLii^ir entre les doigts qu'elle .anime, son du% re-

nient la joue , son bec docile >c pr ■«

1rs rombinaisons du s"*'"- •"■' ' ' • -*

M>n but, sans bruit, si n de

ees nffreux crachements et de ce* bniits alg«t .Ir l.i plume de fer. .\ Cravem r :• canal

il vous semble que \ ous woycti vos ideen destriidre lentcairnt et en bon ordre, l'une aprrs l'autre, comme elles tombent rn effet d'une l^le bien faite. La plume de fer, au contraire, elle est morne, elle est vide, elle cyl obscure; elle a un «il pour tout voir, mais ce qui te passe dans

ses entrailles nul ne le sai( ; clic n'a pas d'entrailles! Elle brise, elle déchire, elle est violente, elle écume, elle fait peur!

Voilà pour la description pliysiqne des deux rivales. Quant aux considérations physiologiques de mou sujet, elles sont sans nombre. Le moindre inconvénient de la plume de fer c'est d'être toujours et à chaque instant toute prête à écrire sur toutes sortes de sujets. Vous ne prenez pas la plume de fer: c'est elle qui vous prend. Elle vous tient par la bride, et il faut marcher avec elle; il faut aller, il faut courir à droite et à gauche, çà et là, par monts et par vaux; sauve qui peut! Elle est impitoyable; c'est la machine à vapeur de la pensée. Elle jette autour d'elle plus d'encre que d'idées, plus de fumée que de feu. Point de retard, point de repos, pas un moment de réflexion; vous êtes rame damnée de la plume de fer. Allez donc, allez toujours! elle commande, il faut obéir. A mesure que votre main se fatigue et s'irrite à tenir cet affreux stylet de brigandage, votre esprit obéit malgré lui à votre main : il s'irrite des difficultés, il s'emporte sans savoir où il va. Se voyant entraîné ainsi, il est à la fois plus irréfléchi et plus impitoyable; rien ne l'arrête et rien ne lui fait peur une fois entraîné, perdu, égaré dans ce tourbillon d'encre, de ténèbres et de nuages. Vous demandez pourquoi tel homme, d'un esprit doux et sémillant, est terrible et sans pitié la plume à la main? Rien nest plus simple: cet homme écrit avec une plume de fer! pourquoi celui-là, dont la parole est abondante et cadencée, est brusque et impoli dans son style? cet homme écrit avec une plume de fer! pourquoi celui-là, qui est sage, calme, sans passions, renverse et brise dans ses livres l'autel et le trône? il écrit avec une plume de fer! pourquoi ce bonhomme , qui autrefois s'amusait à pêcher à la ligue, se plaît aujourd'hui dans d'obscures et ignobles calomnies qui n'amusent personne et qui lui font horreur et dégoût à lui-même quand il les a écrites? croyez-moi, c'est l'inQuence de la plume de fer. Vous parlez de la poudre à canon, du feu grégeois, des chartes constitutionnelles: misères, comparées à la plume de fer!

Mais la plume d'oie! la plume d'oie, au contraire, c'est la plume qui enfante les chefs-d'œuvre; nous lui devons les plus beaux livres qui aient honoré l'esprit humain et la langue française, elle est la mère de toute sage réflexion. Grâce à elle, les hommes d'autrefois Cet certes on ne dira pas que ceux - là ne savaient pas écrire) étaient forcés d'écrire leur pensée avec une sage lenteur; et ces lenteurs, c'était autant de gagné pour la noblesse du vers, pour l'élégance de la prose, pour la beauté limpide du style. La plume d'oie, loin d'être toujours toute prête et toute taillée comme la plume de fer, exige au contraire mille petites préparations qui vous donnent le temps, à l'insu même de votre esprit, de réfléchir à ce que vous allez dire. D'abord il faut la tailler de vos mains, et c'est là un moment solennel de votre travail : tout en aiguisant le bec de votre plume, votre pensée s'aiguise elle-même; vous allez chercher l'idée dans le fond de votre cerveau tout comme vous allez chercher la moelle de votre plume. Quand votre plume est taillée , il vous la faut essayer avant de vous mettre à l'ouvrage, et c'est comme un petit délai dont votre pensée profite: si votre idée n'est pas bien nette encore, si vous n'êtes pas encore très -sur de ce que vous allez dire, si votre discours n'est pas nettement dessiné dans votre esprit, si vous ne vo^ez pas d'un coup d'oeil ce qui est la première condition de l'écrivain, le commencement, le milieu et la fin de votre œuvre, alors, ma foi! et sans vous chagriner vous-même, en avouant à vous-même que vous n'êtes pas prêt encore, vous donnez encore un petit coup à votre plume. Cependant l'idée arrive enfin, nette, claire, précise, heureuse, et avec l'idée arrive l'expression. D'abord vous avez écrit lentement: vous essayez votre plume; puis bientôt, comme un cheval bien ménagé, la plume marche plus vite; elle est souple, docile, fidèle: elle obéit à la main, ou plutôt à l'esprit qui la dirige; un léger zéphyr, présage heureux, enfle la voile gracieusement courbée; vous voilà en plein air, en plein soleil, marchant sans courir dans une belle plaine sablée, allant à votre but, tantôt avec la rapi-

Ml'SKE FRANÇAIS.

dite de la flcclie^ (antùt par mille heureux et iu- i soubresauts que oui ne saurait expliquer. Savez-

géoieux détours; car^ vous le savez, pour aller au cœur de l'Iiomnie la ligne droite n'est pas toujours le chemin le plus court. Cependant l'idée vient- elle à manquer, le besoin du repos vient-il à se faire sentir'i la plume intelligente s^arréle dVlle - même, ^'ous profitez de cette douce halte pour jeter un coup d'oeil en arrière; vos pensées, à peine écluses, se déroulent devant vous dans tout leur éclat printanier; après quoi vous reprenez, votre course, plus reposé et plus inspiré que jamais. Vive la plume d'oie I à bas la plume de fer !

D'autant plus que voici une raison sans réplique. Compare/., je vous en prie, les chefsd'œuvre écrits avec le fer aux chefs - d'œuvre écrits avec la plume. Quelle différence, «;rand Dieu! eutre ces deux procédés, et quel immense abîme les sépare! La plume d'oie, ou plutôt la plume de c^gne, vous à donné tous les chefsd'œuvre du grand siècle, œuvres du goût, de la raison, du bon sens et de l'esprit français. Ces nobles œuvres méditées à loi.sir, qui vivront éternellement et à rélerocl honneur de l'esprit humain, l*Art ffottiifue de Uespréaux, les tragédies de Racine, les chapitres de Labruyére, les comédies de Molière, les Fables de La Fontaine, a quille plumo les devons -nous? Croyez -vous que les ;;rauds génies du grand siècle, si attentifs sur eux-mêmes, se seraient fort accommodes de cette furie sanu frein qu'on appelle la plumt de fer? Ils avaient la main trop légère et l'esprit trop posé. Pascal lui - même et Bossuct , ces génies sévères, ces terribles chrétiens, auraient eu peur de se servir de cette arme acérée; car dans Pascal et dans Bossuct vous trouver, souvent, do temps à autre, telle phrase partie du cœur que jamais la plume «le frr n'aurait écrite. — Elu flurissait, avrc queihs tfràcfs, ruus h âavrz, mrssitHi's, et toute cette touchante peinture d'Henriette d'Angleterre, quelle plume Ta donc écrite'' Car la plume de5 grands écrivains «aU, au besoin, être énergique cl forte; mai^ la plume de fer, elle Ignore la gnlce, elle ignore ces mille charmes si touchants auxquels elle ne saurait se plier; elle procède par sauts et par

vous quelles sont les œuvres de chaque jour? Frémissez ! Ost la plume de fer qui écrit ce« 1< ngs articles de journaux politiques qui ont endurci les esprits et le cœur de la nation la plus policée et la plus éclairée de Iturope; c'est la plume de fer qui jette chaque matin en pâture aux oisifs tant de calomnies déshonorantes poflT une nation comme la nùtre; c'est la plume de fer qui a remis en lumières les sanglantes théories de ^'i , évangile de cannibales auquel la plume de fer a ajouté des notes cl des titres de chapitres; c'est la plume de fer qui s'est chargée de réhabiliter dans l'art le laid et le difforme, c'est elle qui a écrit ces magnifiques théories littéraires ou il est démontre que la courtisane et le forçat sont désormais les seuls héros du poète, et qu'il n'y a dans les arts que les guenilles, la lèpre, les pustules et les ruines de tous genres. Avec quelle plume ^nsec-vous que nos grands génies modernes aient écrit ces affreux mélodrames où les cadavres sont entasMt sur les adultères, ou le cercueil suit de prêt Id poison et le poignard , où toutes les passieiM difformes b'agitent indignement en hurlant d'horribles paroles empruntées à l'argot du bagjae et (ie l'enfer? ("est la plume de fer qui a écrit tous ces drames. Klle est la plume chérie de l'usurier qui dépouille un pauvre jeune homme amoureux, du faussaire, qui > oie tout l'avenir «i'uue f.unille, du juge impitoyable qui êigme wi arrêt de mort , de la coquette sans cmmr qui ;;riffoune, en souriant, les cent mille petits prétextes d'une \ertu qu'elle n'a pas. La plume de 1er c'est la h(inte, c'est le deshonneur, c'est le (leau des sociétés modernes. Knfiu , je > ous le «lis, le monde ne mourra ni par la v.ipeur, ni par le gax hydrogène, ni par les ballons, ni par les chartes coustituiionnelle^* ni par 1rs chemins de fer, le monde mourra par la plumo do fer!

Je sais Itien quelles objection^ pourront ■• t.iire quelques esprit^ h déni navant^ rn faveur •le cet horrible stylet sans âme et «ans cmfÊt, — La plume de fer, diront -Ils, descend en ligne «iirecte du st\lri antique: .S<r;>e st)flwm rtrt^i.

— Mais quelle mauvaise et fallacieuse défense I Le stylet antique traçait les lettres romaiues sur un cuduit de cire qui eu amortissait singulièrement la furie: la plume de fer ne trouve eu son chemiQ pas un obstacle; le stylet antique, obligé de se frayer la route dans cette couche de cire, allait péniblement au pas:» la plume de fer va au galop; le stylet antique gravait à grand'peine quelques lignes^ qu'il était toujours facile d'effacer en retournant contre les ligues écrites Tautre bout de la plume: la plume de fer grave sur le papier comme on graverait sur le cuivre, et elle ne revient jamais sur ses pas. C'est une improvisation qui ne sait ni effacer, ni corriger^ ni s'arrêter ; il faut qu'elle marche ! Tant pis pour les erreurs, tant pis pour les calomnies qu'elle jette en chemin !

D'où je conclus comme j'ai commencé: ce méchant petit morceau d'acier, interposé dans la civilisation française^ y jette tout à fait le même désordre que le grain de sable placé là^ comme dit Bossuet en parlant de l'urètre de Cromwell. Les grands critiques cherchent bien loin d'où viennent tant de barbarismes imprévus; les grands politiques cherchent bien loin d'où viennent tant de résistances imprévues; et ils ne savent pas s'en rendre compte à eux-mêmes, par la raison qu'ils sont en effet de très-grands critiques et de très-grands politiques; aucun d'eux n'a songé à la plume de fer. En effet, c'était là une solur tion trop simple et trop facile à prouver.

Enfin que vous dirai-je? On m'assure que de grands génies, qu'il faudrait tuer à bout portant, s'occupent, à l'heure qu'il est, à perfectionner la plume de fer. Perfectionner la plume de fer, grand Dieu! Ehl malheureux! dans quel but ? Ce perfectionnement consisterait à trouver une plume de fer qui portât elle-même et distillât son encre, comme le serpent porte et distille son venin. Par ce moyen une rapidité nouvelle serait ajoutée à cette rapidité déjà effrayante; la main de l'écrivain resterait constamment fixée sur le papier sans même que l'esprit eût, pour se reconnaître, le léger inter-

valle qui sépare encore la plume de fer de l'encrier où elle s'abreuve! Si nous tombons encore dans ce progrès-là, c'en est fait, la fin du monde est proche! l'esprit humain reste sans défense contre ses propres excès, et la société, envahie soudain par une improvisation sans fin, sans terme et sans contre-poids, devient un sauve qui peut général! En vérité y messieurs, je ne connais pas de danger plus terrible que le progrès !

Ainsi parla notre ami Thomas. Il fut beaucoup plus éloquent que je ne pourrais vous le dire. Il est, comme vous voj'Cz, tout à fait le véritable descendant de cet apôtre obstiné qui niait la résurrection du Christ, et à qui Notre Sauveur fut obligé de débiter les deux rimes latines :

Vide pedes , vide manus :

Noii esse tncredulus.

FKon Produii nei.

Grand philosophe économiste, Du produit net adorateur, Tu me dis: Montre -moi la liste Des choses qui font ton bonheur.

Tes plaisirs ? Des amis du cœur.

Ta santé? C'est la tempérance.

Tes travaux? J'écris et je pense.

Tes désirs? — — Ne faire aucuns vœux.

Ton trésor? — — Mon indépendance.

Ton produit net? — ■ -- Je suis heureux.

Ducis.

ÉEpUaphe d^un Poèie»

Ci-gît un homme dont la gloire Des siècles attendra la fin; Mais qui courant au temple de mémoire.

Sur la route mourut de faim.

Destouchf.s.

«ieUfelb, Drucf unt JCerlaa «on ÎCeU^aaen « J^fafing.

leme

Année. JV-. «3,

CHOIX DE LITTÉRATUIÎE,

tiré

DES MEEI.L.Ei;iiS AlTEl'IlS

TANT ANCIENS QUE MODERNES

par O. IL, B, ITOMjrf, i'ROF. et db., et C SCZrL'TZ, db.

£oui« ©ebaflian ÎRercier warb ara <>'. 5uni 1740 ju "Parii a'tof^n, crbielf fine w\^tn' fdjûftddje ^Sifbung, un& trvit bcreité in feinem jttanii»^ilen S^trc mit emi^rn y^crcrrrn auf, irHcfcr fld» ein«é dUçifmfmcn ^eifallé crfreulen. (îé flem'KU^ Ibni jetodj bJlb nicbt mchr ili) njcb frrmffn 'licrbil» birn iU rid)tfn unb uuf fcbon i^ebjbntfn SDegm fcrfjui'Arfiten. C5r befAlcf, cine ÎKfrcfuticn in brr ?!» tfrdtur bercoriubriri^en, iinb fi* duf tic 5traft fcinft^ ©fiùeîf r^rljiunb, r?rmcit[f l^^ nicMé rcn tirûr 5bee dbiuidjrfcffn. D?un be^ann rr fo^Irid) bamit, bic flrcéfn î>i(bter tcé fiitfnjfbntfn ^atrtuntfrtl unjii^reifen, intem rr l'ie anfldj^te, Me franiôûiAc 'Pcen< jerOcri |u babcn, unb trn l'ifautcrcn ricff», tic Sîerfr ganj bei Seite ju lunen iinO fî* nur ter 'Profa ju ititmen, teren freierer s^^n^ 11* rreit beMff ber î?e^iei(lerun(ï anfcbmicçïe. Diei'er UJÎcinunii blicb cr km ^JUicé l'cben binturd) freu, unt frrjA (îe bei jeber (?^eleâenl)eit ûu^, inbem er ju gleicfcer 3«:Jt pp" ben ^cbrifnuliern r(rlan><te. (Icb Jucb m ter TJrcfa frrier iU beroe^en unb neue IBcrter ju fcbaffen, ivrnn l\i in ber ^pracbr rorrJtMç^en ibnrn nid)t j^rnûfc fen, uni ibre (Hcbjnfen au^jubrûcf^n. -t^itrjiif bfl'cbrânffrn fi^1> jf^cct) frine y. ! ntcbr; iiui) m ter

braiiutijcbcn 'î^oefif rfr|Hd)(e er tie 'JJutcnraî \\\ ifiilor^n unb eine frciere î*i . : ; .^ ta <'^er^^fn, iric ber OJfiïenftânbe, einjufubrcn. n?oju er feltMt bie ^^eilpiele, itelctoe cr mciiî cn^ilildjcn unb bcutidjcn îDCu* ilern njd)bilbrtf, ju lirfern fid) bemubfe, j<tod> nur »^frmy»fn *2tnflanj| bei ber *Ken^c fjnb. »??j*bffn er fine 3eit Ijnyt Prpfftîor trr ^{belorif \\\ ^l^crtcaui *viriien, UVxU tx nai) 'î)jrh' jurùcf unb \(^U frmc frûbcren literâri|d?en *l^el(fcjfIi^unvKn fprt. (5in Bt^ï^'"'»» ff T'^i'£*'t*rb!e Mnei 3jbrbunterré unb crj^riffen ron bem O^eijle ter <}?fuerunfl. welcften biefelbe ju jfner ^t\\ ter ajn;.*n frJnjfiTvtrn (^fffU|£^Jff cm. flcHôlt batte, befdîrJnfte er Ç\± ni*t blc§ auf literârucbr llma<ft.i!fun.un. irnbern bemùh'f ni), leine %m» flcbten dud) auf ®tdatt^< unt )?ebrnlrrrhj|lniMc uniiiivniten. Tutrr 'Z>criui) ^elang ibm tnûr, ùM bfr rrOe, benn cr arûnbctc cit)cntlid) bcn IKuf. briTcn er fidb ncd) bei ber 9«jctivil( rrfreut. ^t\\\ <x^ti lilcrf in tirfii ■ ; ît irar taé Sahr UïK» d'an 244<» r.\e .l'il . 1» fut j.uu.ii^), irelAr^ ITTo cricbien unb mit grciiem v ,uf nid)t alJcin tie bamali>ie betenflidje l'a.\c ber Tin^ïe lijiltert. l'cntern aucO U}»ar»

(t)eé in ter ^eftaltun^^ ber focialen *I>erhaltnifTe rorau^façir. Vd« iriter itirflid) fp einaetrcfTen iff- Tiefrl <î^ii(t) triirte rerbPtrn . ter îlerfaiTer letp* nid>t rt<\\<x bfunrnbtcjf. I7»*l fla^ er iueril ancnpm jrrei ■liante Kiiu-é Ta»>lr;»u «te l».iris heraué, irrlAeé una^brure* «iifieben crrejife unb pclijnliJbc llnfertiiibuB' ç^tn peranldÉle. •JWercier ndnnic fid) |e»ileid), unb be,»ab ficb bdnn naA ber €^mt\\. »e er iu\(f' ^i^crf blé duf rj *l^ante duétebnle: el irar c^entlut nur rine Weprptucfpn unb rcettere îtuéfubruna «einer m bem Pbi^en 'lh\^t au^uirrod)enfn 3^''". mitunter nicbJ ^at\\ frei rcn einem aewPKn crni^imu*. ire^bJlb aud) IHirarcI auçerO ^c"t*^aff rcn tnniflben fa^fc : O^t un omra-r prn«<' «l.»n«i li rue, a «ciiC nar la borne; aber bod) hb^tj] i^arfimni^. artftreid) unb freffenb, ire^^er dud) U\n vîrfcf^ cm ià^ infifaub* lirf)er, unb f« in riele Çprad>en wicbrrbclf ùtencM irorbe. 5?ur| rer ber :>iere(ution fc^tr iKcrcrrr

luidj ^ranfreid) jurùcf, unb gab mit ëarra ein Sowrn^JÏ ()erau^, ^aê iintcr bem îitel: Annales patriotiques, taju be|linmit »var, rucolutionaire 5&een ju «erbreiten. 53a(t) jeliocf) erfdjrecft oon bcr îenCeni unb ten îlnfvrùdjen ter Safobiner brad) er mit biefen, unt griff fïc (ogar furcl)tloé unb offen in einer 3citfct)rift an. '^llt^ î^fputll•ter in ^em ^uitionaUêonoent ^^el^ortc cr iiberijaupt jii îscn ©ema^igten unb tlimmte gegen bcn îob Ïubn)iv3« xvi. unb fiir bie (ebenéKïnv^Iict)e ©cfangenfcbaft beffelben. @eine 5ln* fîct)ten sOiKH ibm eine fiirje <8erbaftung ju. 17})ô trat er in ben O^atb ber Sùnffjunbert, unb jîrebte jeipt wicberboù c^eç^m bie Sbeen, rrelct)e bie {Weoolut'ion berbeigefiiljrt batte, ju reagiren. @o fprac^ er jlct) unter Qlnberem beiti^ Ô^S^n bie *î)bilofopben beô ad)tiebnten 5ûl)rl;unbertô aué unb cotirte fur tie UBieberber» OeUiinv\ icé Sotto, bvV3 er friiber b^fti^ angegriffen batte, ja, er nal;m fogar eine (stelle bei ber Qtbminiilration beiîelben an. îCi'nn man ibm barùber ïïorttùrfe mad)te, fo pfleâtc er iu antitJOrten : „@eit rcann ni eé benn nid)t mel?r ertaubt, auf 5^D|len beé geinbeé lu leben." 5llô er bcn Oîatb ber gunfbunbert Ptrlic§, erbiflt er tiî «profeiTur ber ®ef(t)tdite an ber Kcolc centrale, benu^te jebodj feine ^orlefun» <ien (^rôfienibcilô nur, um bie reformirenben Sbeen (einer 3u9^nb, namentlid) gegen ti( fogenannte flafH» fdje iiteraïur mit ôroêem (lifer rcieber corjutragen. |)ier ging er jebod) mitunter ju roeit unb griff ou§er ben %M)ilo|cpfjen, benen er allée ^I>erbien(l abfprad), audî ^h^j^iUt unb 2t|îronomen an; ja, er (ieÇ (ïd) fogar f)inreiçen, (îppernicué unb Oîeitton ju tabetn unb su bel^aupten, bie ^rbe fei feine ^ugef, fonbern eine runbe @d)eibe unb bie (êonne brebe (Id) um biefelbe, wie ein *^)ferb in ber Oteitbafjn. Q3ei ber ©riinbung beé 3n(lituteé, taé befanntlid) tie ©telle ber franiorifd)en îlfabemie certrut, n?arb cr îlJîitglieb beffelben, roar jebod) nie gut faii'erlic^ gejînnt, unb batte bie greube, furj oor feinem (5nbe noç^ Un (©turj Oiapoleon'^ âu erleben. dt (larb am 25. 3lpvil 18H ju <^ariê.

îWercier roar ganj ein (êofjn feiner ^iit unb ^at biefelbe, wie ÎBenige neben ibm, burd)fd)aut. $)aufîg gclang eé ibm, felbit ibre Sbeen unb @efùb!e mit grcfem ©(iicfe barjujleUen. ©eifl, (Sdjarfjînn unb 2ebenbigfeit, ^^bantafie unb ^raft jeidjnen mel;r ober n?eniger aile feine gd)riften aué. @r arbeitete febr rafd), unb bat fid) in fajî aUen ©attungen cerfud)t. (5é njùrbe gu tteit fùbren, feine fammtlidjen SBerfe l)iîï aufjujdblen; ein genaueé 35erjeid)ni§ bcrfelben finbet man in ben Siècles Iltéralres »on Defeffart. 2Bir begnùgen une bier, au^er bem bereité dïwàljnUn, mit Oîennung ber coriùglidjften. ^ieju gel)6ren bie beiben, aud) iné î)eutfd)e ùberfeçten, unb frul)er auf unferen QSii^nen ebenfallé gern gefebenen Dramen: Le déserteur unb la brouette du vinaigrier. Cerner: mon bonnet de nuit, 4 33be> in 8., eine (àammlung i^on 21uf|a$en, meijl gegen iie frangé (îfd)en @d)rift(leller beé fiebenjebnten Sabr^ ^unberté; Histoire de France, Paris 1802. 6 Q3anbe in 8., Le nouveau Paris , eine ^ortfe^ung beé Tableau, Paris 1800. 6 33ânbe in 13., u. 31. m. 2Bir t^eilcn ^ier eine TJrobe feiner @d)reibart mit, bie um fo meljr pon Snterefîe fein nsirb, a(é jïe ti^ erflen gelungenen SSerfuc^e in ber 2uftfd)ifffal)rt auf eine eig^nt^iimlic^e îDeife befprid)t. @ie ijl bem iweiten Zfi^ik beé bonnet de nuit entle^nt.

MjC Bnllon' jfMonîgoïfieÈ\

On connaît rAthénien Dédale, qui attacha des ailes à son fils Icare; mais comme le ciment était de la cire^ elles se fondirent aux rayons du soleil. On connaît Simon le Magicien, qui s'éleva fort haut aux yeux du peuple Romain j mais un apôtre chrétien le fit tomber^ et II se cassa le col. Ou a entendu parler de Persée, de Bellérophon combattant la chimère, du char de feu d'Élie^ qui en partant laissa tomber son manteau que ramassa son disciple Elisée; du char-volant de Medée, fuyant après le massacre de ses enfans; de Mercure ayant des ailes aux talons; du cheval ailé, qui partageait avec Taigle

de Jupiter la redoutable fonction de porter ses foudres et ses éclairs.

On a écrit qu'Apollonius de Thyane avait fait un voyage de trois cents lieues par les airs, puisqu'il s'était montré le môme jour dans deux endroits que séparait cette distance.

Sous le règne de Néron, un homme s'éleva fort haut; Thistoirc dit à quatre cents pieds de hauteur: il tomba et se tua; son sang rejaillit jusqu'à l'empereur. Voyez Suétone.

Jean-baptiste Dante, de Pérouse, a volé et s'est cassé la jambe. Campanella parle d'un habitant de la Calabre, qui tenta un vol réel et paya cher son entreprise téméraire.

Les anciens, qui nous ont transmis les pre-

MI.SEE FHANÇAI5Ï.

Hiiers voyages aériens, avaicot-ils trouvé le gaz ioflumiiiablc qui rend le ballou ou il est contenu plus léger que l'air athniosphériqueV Le hasard qui fait naître les grandes découvertes qui s'ensevelissent ensuite avec les peuples, ne peut-il pas représenter le même fait à des époques extrêmement éloignées? Tous ces dieux asccndans, dont la mythologie est pleine, qui volent sur les DUCS et plus vite que les nuages, n'annonceraient-ils paii des chimistes intelligens qui avaient trouvé ce queMontgoUicr a rencontré depuis peu?

Nous ne faisions aucune attention aux divinités d'Homère, marchant dans le vague des airs; à la l\illas descendant de l'Olympe et arrêtant le fougueux Achille par sa blonde chevelure ; à la Junon aux yeux pers,'*') se cachant dans un nuage; à la messagère Iris; au char de Vénus, traîné par deux colombes : tout nous revient enfin de l'antiquité, jusqu'au chant des cygnes y dont nous nous moquions. Les cognes de Chantilly nous diront qu'il faut être circonspect, quand, sans aucune connaissance du passé, l'on veut taxer les anciens d'avoir méconnu la physique. Mous rcvicudrous peut-être à I i pli^ siquc des anciens.

Voici que l'homme vient de s'assujettir le royaume qui lui semblait interdit; il a rencontré l'aigle dans son vol, et il partage aujourd'hui sou empire. 11 ne manque plus que d'entendre un capucin en cliaire prêclicr contre Moulgolflcr.

Il y eut des essais malheureux. i)\\ a vu, il y a quarante années, M. de B***** a^ajustcr des ailes au haut il'un donjon du quai dc^ Thénliu ; il avait orne des mêmes ailes les épaules de «ou domestique, et il l'exhortait fort à le devancer, lorsque celui-ci répondit iju^il était fait fjoiir suivre son nuiitre. l.c marquis de B***** Kuùta ce raisonnement » s'êlanva sans son domestique, piruurtt.i quelques toises, et se ca.<<sa la cuisse ru tombant à vingt toises sur un bateau de blanchi>srusrs.

M. Illanchari. comiMi^ant une trcs-lourde u\nrhinr «pi il appellait futtrau voltinl. ri s'appuyant sur les forces purrmrut mcch.lnlquc^, nous a\ai(

•) 0*ruiiMk)it.

promis de partir de Saiut-Gerffiaia>en-Laye , et d'arriver aux Champs-Elisécs en face des Tuileries. Ce M. Ulanchart, malgré ses annonces, n'a pas tenu parole. Je ne parle plus ici du chanoine d'Ktampes.

Ces promesses de s'dever eu l'air rencontraient des incrédules et des rieurs; des gens qui ne soupçonnaient pas jusqu'où pouvait aller la possibilité physique, armés de ce sceplicismu froid et moqueur qui rejette tout ce qui est inconnu, étaient loiu d'avouer que l'homoie poo» vait , par hasard ou par étude, découvrir des prodiges nouveaux.

Aristotc, Bacon, Descartes, Galilée, Newton, tous les physiciens de l'Kurope, en se chauffant (levant leur àtre, avaient vu la fumée s'élever: aucun d'eux ne devina qu'en enfermant celte furaée dans uu ballon, il s'élèverait f.icîlemeoC dans les airs, et qu'eu augmentant son volume, la chaîne de la pesanteur serait rompue, pour le coq empluuié et pour le coq à deux pieds sans plumes.

M. >Iontgollier i iiiii-im le premier ce que chacun aurait pu découvrir au coin de sa cbemince. IMus la chose était simple, plus elle te dérobait à l'esprit de recherche, et c'est ainsi que nous sommes entourés de vrais phénomènes auxquels rha))itude nous rend iuscusibles; car, maigre notre sagacité, l'habitude f.tit de nou% (le-i homuies distraits sur ce qui nous environne, et rien de plus difOcile que de biru \ oir ce qu'on i perpétuellement sous les yeux.

M. If UKirquis d Vrlaudes eC M. Pilitrc do Ho/icr ont eu le cour;ige de s' asseoir le» premiers sur ce globe asrendant et abandonné; iU ont voyage ain>i dans l'espace, au-dessiu de la ville de Taris.

Cette merveilleuse découverte a dû coMMaBder l'admiration uoi>er.<ielle, cl èckaaffer jtta^i'au \ulgaire, que rien ne frappe ordiaairemcal cm pli\ siquc, cl pour qui tous les mirât les de la nature sunt perdus: il e»! sorti de son apathie; il a marqué de la curiosilé, de l'ioIrrH. de Télunncnieni . et loutre les lèlc« grandes cl petites se «^OMi exaltées a lunis-son.

nirntêt ^!^l. Charles c( Itebcrt, doues il une

ISO

MUSKE FHANÇAIS.

intrépidité éclairée et calme, nous ont donné un spectacle bien neuf et jusqu'alors incroyable. Jamais leçon de physique ne fut publiée devant un plus nombreux, et plus solemnel auditoire. L'effet, quoique suite d'un principe simple et certain^ était inconnu à l'homme et étranger à ses fastes, depuis... depuis tous les renseignemeus connus.

Or, si tous les siècles passés s'étaient relevés au moment où montait si majestueusement dans les airs le navigateur aérien ^ ils n'en auraient pas cru leurs yeux ou auraient cru voir quelque dieu retourner de la terre chez lui.

Cette découverte aura sûrement son utilité dans bien des choses; mais, ne fût-elle qu'une simple curiosité^ ce serait toujours une belle et brillante expérience que cette assomption. 11 est satisfaisant de pouvoir enfin quitter vivant cette terre où nous rampons , et de voyager quelques heures dans les airs avec tant de rapidité.

M. Charles assure qu'à une certaine hauteur^ plongé dans un air subtil^ on se sent une hilarité inconnue à nous qui rampons dans les plaines. Je le crois; car quand dans mon voisinage je m'élève seulement à six cents pieds, je me sens un tout autre être.

Le ballon Montgolfier! c'est la planche jetée sur l'océan; c'est l'arbre creusé en canot: la planche et le canot se sont métamorphosés en vaisseaux qui ont fait le tour du monde, portant l'homme sur des gouffres mouvans, paisible vainqueur des ouragans et des tempêtes. Et l'on sait comment Horace^ plus voisin que nous de cette découverte, appcllait celui qui le premier affronta la mer blanchissante d'écume, entre des écueils :

Andax Japeii fjenus, etc.

L'agent principal de cette ascension est trouvé; la nation Française a tout Thonncur de la découverte, et l'Anglais en est jaloux: il a voulu riposter par des épigramnies; il a encore été battu. La royale société de Londres (malgré le respect que je lui dois) n'a pas eu le sens commun en cette occasion : jalousie ; j'en suis fâché pour elle.

Cette découverte immortalisera le règne actuel.

Dans quatre mille ans on dira: Les hommes volans datent du règne de Louis XVI., et il a fait présent à l'empereur de la Chine de douze ballons aérostatiques.

Que ce présent est bien imaginé ! Comme l'empereur de la Chine sera émerveillé du génie français! En croira-t-il ses yeux.

Laissons faire présentement l'industrie humaine; elle va tourmenter cette découverte importante^ la manier en tous sens, et parcourir l'ordre des possibles.

Les nations voisines voudront du moins obtenir une gloire secondaire; et ce ballon, déjà si curieux, va apprendre à l'homme qu'il ne doit jamais désespérer de ses forces, que son intelligence est faite pour descendre dans tous les secrets de la nature, et qu'il peut se les approprier pour l'intérêt de ses besoins, ou pour le luxe de sa grandeur.

Qui assignera des bornes à la sagacité de l'homme et aux connaissances que le tems, le hasard et la méditation peuvent lui amener? Qui connaît toute la capacité du cerveau de l'homme, cet être qui paraît si faible?

Scrutons, analysons^ cherchons: les plus importantes vérités dorment sous nos mains; frappons^ interrogeons tout ce qui nous environne. Examinons les similitudes, les analogues jusque dans les infiniment petits; là peut-être est le grand secret. Le poisson dans l'eau monte, s'élève, descend, tournoie sans point d'appui dans son propre élément^ parce qu'il se rend plus léger que l'eau, au mo3^en de la vessie qu'il a dans le corps , qu'il contracte et qu'il dilate à son gré: Thomme a fait sa vessie, et l'a déployée sur sa tête, et cette vessie artificielle lui a complètement réussi.

Maintenant, quand je lève les yeux au firmament, je ne vois plus la lune que comme un ballon aérostatique; ce satellite flotte sûrement par les mêmes loix que le ballon -Montgolfier: les planètes sont des globes creux, remplis d'un ga-z. particulier, peut-être soixante fois plus léger que Tair : c'est un pareil gaz qu'il nous

Ml'SKK ruANÇAlS.

ISl

faudrait trouver. {}ae nous serions alors forts et lestes !

Notre terre balancée dans le vide recel»visiblement un feu central qui s'échappe; elle flottera tant que renvcluppc épaisse retiendra son fluide gazeux. J'explique de ce coup une foule de phénoncncs non encore expliqués^ tcl< que les volcans, les tempêtes, les tremblemeos de terre, la variation des climats; c'est la deperdition de l'air ioflumroable, c'est le combat éternel du gaz et de l'air athmosphcrique: l'equateur est enflé , tandis que les pôles sont applalis: la charpente du ballon est dans les pôles; c'est Teffet inévitable de la matière ignée qui gonfle notre globe à Téquateur: elle a chassé de« entrailles de la terre tout corps étranger: elle 3' a établi le fluide moteur qui suspeud le monde en l'air, qui l'appuie sur rien. Tuute planète est un ballon aérostatique. Je le soutiens, que dis-je! tout astre, tout soleil, toute étoile, autant de globes creux, ballons! ballons! qui enferment te ga% contenu dans leur intérieur. Il n'y a qu^uoe seule loi poor le petit poi>:>un comme pour le pesant saturne.

CFinO

Viiioria tt^coi^ttahoai.

Par M. DK 2STKNDIIAI..

Malheureusement pour moi comme pour le lecteur, ecci n'r^i point un roman, mais la (raliuction fidcle d'un rerit fort cravo érrlf à Padouc en décembre US** >.

Je me trouvai.'^ à M.tntour il y a quelques annêca, je rherch.iis des ébauches et de petite tableaux en rapport avec ma petite fortune, mais je \uulai<( le^ peintres antérieurs a l'an ItitH»; vers ecito rpoqnc arheva de mourir l'ori^jinalite italienne, <li|;i mise en grand péril par la prl^c de Florence on Ii30.

Au lieu de tableaux, un vieux praticien fori riche et n»rt avare me fit offrir « vcu«lrc. et trèscher, de vieux mauu^crilC jauni« pir Ir tenip.<«:

je demandai a les parcourir^ 41 y conaeitit; ajoutant qu'il se fiait à ma probité, pour ne pas me souvenir des anecdotes piquantes que j'aurais lues, si je n'achetais pas les manuscrits.

Sous cette condition^ qui me plut, j'ai parcouru, au grand détriment demesyeui, trois ou quatre cents volumes où furent entassés, il y a deux ou trois siècles, des récits d'aventeres tni> siques, des lettres de deû relatives à des daels, (les traités de pacification entre des nobles voisins, des mémoires sur toutes sortes de sujets, etc., etc. Le vieux propriétaire demasdait un prix énorme de ces manuscrits. Apres bien éê» pourparlers, j'achetai fort cher le droit de faire copier certaines historiettes qui me plaisaient et qui montrent les mœurs de l'Italie vers Tan 1600. J'en ai vingt-deux volumes in-folio, et c'esi une de ces histoires fidèlement traduite que le lecteur va lire, si toutefois il est deaè de patience. Je sais l'histoire du nie siècle en Italie, ec je crois que ce qui suit est parfaiteaieal vrai. ,Fai pris de la peine pour que la traduction de cet ancien style italien, grave, direct, souverainement obscur et chargé d'allusions aux cho!«es et aux idées qui occupaient le mimifàû «ous le pontificat de Sixte-(Juint (en 15hS), ne présentit pas de reflets de la belle littérature moderne, et dea idées de notre siècle .«ans préjugés.

L'auteur inconnu du uianuscri: est un persoanago circonspect, il ne juge j.amais un (kit, se le prépare jamais; son affaire unique est de raconter avec vérité. Ni quelquefois il est pittoresque, à son iosu, c'est que, vers liM, la vanité n'en\cloppait point toutes 1rs aciioas des hommes d'une auréole d'.-tffccU-ttioo ; on croyait ue pouvoir agir sur le voisin qu'en sVxprimaoi :ivec la plus grande clarté possible. Vers 1M&, à l'exception des fous entretenus étm» les cours, ou des poêles, personne ne •••feait à être aim.iMo p.ir I.) parole. (»n ne ilaait poiat eacbre : Je moarr.si aux pieds de Voira MigeHé, au aoment oii l'oa vtMUt d'eflvo>*er chercher des cè^» V.1UX de pooCe pov prendre la fafte: c'éialc wm ^rnre de irahisou ^ uVtait pas iovente. On parlait peu, H chacan donnait une etlr^uie a'- (rnlion ;'« er qu'on lui <fi<ait

xMUSKE FRANÇAIS.

Ainsi, ô lecteur béuévole! ne cherche/, point ici un st^ie piquant, rapide, brillant de fraîches allusions aux façons de sentir à la mode, ne vous attcude/, point surtout aux émotions eutraiuautes d'un roman de George Sand : ce grand écrivain eût fait un chef-d'œuvre avec la vie et les mallicurs de l'itturia Accoramboni. Le récit sincère que je vous présente ne peut avoir que les avantages plus modestes de l'histoire. Quand par hasard, courant la poste seul à la tombée de la uuit, on s'avise de réfléchir au grand art de connaître le cœur humain, on pourra prendre pour base de ses jugements les circonstances de l'histoire que voici. L'auteur dit tout, explique tout, il jie laisse rien à faire à l'imagination du lecteur; il écrivait douze jours après la mort de l'héroïne.

Vitloria Accoramboni naquit d'une fort noble famille^ dans une petite ville du duché d'Urbin, nommée Agubio. Dès son enfance, elle fut remarquée de tous, à cause d'une rare et extraordinaire beauté; mais cette beauté fut son moindre charme: rien ne lui manqua de ce qui peut faire admirer une fille de haute naissance; mais rien ne fut si remarquable en elle, et l'on peut dire rien ne tint autant du prodige , parmi tant de qualités extraordinaires, qu'une certaine grâce toute charmante qui dès la première vue lui ffaanait le cœur et la volonté de chacun. Et cette simplicité, qui donnait de l'empire à ses moindres paroles^ n'était troublée par aucun soupçon d'artifice; dès l'abord on prenait confiance en cette dame douée d'une si extraordinaire beauté.

On aurait pu, à toute force, résister à cet enchantement, si on n'eût fait que la voir, mais si on Tcntendait parler, si surtout on venait à avoir quelque conversation avec elle, il était de toute impossibilité d'échapper à un charme aussi extraordinaire.

Beaucoup de jeunes cavaliers de la ville de Home, qu'habitait son père, et où l'on voit son palais place des Rusticuci, près Saint-Pierre, ♦iésirèreut obtenir sa main. Il y eut force jalousies , et bien des rivalités ; mais enfin les parents de Vittoria préférèrent Félix Pcretti,

neveu du cardinal Montalto, qui a été depuis le pape Sixte-Quint, heureusement régnant.

Félix^ fils de Camille Peretti, sœur du cardinal, s'appela d'abord François Mignucci; il prit les noms de Félix Peretti^ lorsqu'il fut solennellement adopté par son oncle.

Vittoria entrant dans la maison Peretti , y porta, à son insu, cette prééminence que l'on peut appeler fatale^ et qui la suivait en tous lieux; de façon que l'on peut dire que, pour ne pas l'adorer, il fallait ne l'avoir jamais vue.*) L'amour que son mari avait pour elle allait jusqu'à une véritable folie; sa belle-mère, Camille^ et le cardinal Montalto lui-même, semblaient n'avoir d'autre occupation sur la terre, que celle de deviner les goûts de Vittoria, pour chercher aussitôt à les satisfaire. Rome entière admira comment ce cardinal, connu par l'exiguïté de sa fortune, non moins que par son horreur pour toute espèce de luxe, trouvait un plaisir si constant à aller au-devant de tous les souhaits de Vittoria. Jeune, brillante de beauté, adorée de tous^ elle ne laissait pas d'avoir quelquefois des fantaisies fort coûteuses. Vittoria recevait de ses nouveaux parents des joyaux de plus grand prix, des perles, et enfin tout ce qui paraissait de plus rare chez les orfèvres de Rome, en ce temps-là fort bien fournis.

Pour l'amour de cette nièce aimable, le cardinal Montalto, si connu par sa sévérité, traitâtes frères de Vittoria comme s'ils eussent été ses propres neveux. Octave Accoramboni, à peine arrivé à l'âge de trente ans, fut, par l'intervention du cardinal Montalto, désigné par le duc d'Urbin et créé, par le pape Grégoire XIII, évéque de Fossombrone, Marcel Accoramboni^ jeune homme d'un courage fougueux, accusé de plusieurs crimes, et vivement pourchassé par la rorte^*^ avait échappé à grand'peine à des pour-

♦ ) On voit à Milan, autant que je puis me souvenir , dans la bibliotiièque Anibrosienne, des sonnets remplis de grâce et de sentiment, et d'autres pièces des vers, ouvrage de Vittoria Accoramboni. D'assez bons sonnet» ont été faits dans le temps sur son étrange destinée. Il parait quelle avait autant d'esprit que de grâces et de beauté.

**) C'était le corps armé chargé de veiller h la sûreté pu-

MLSEK FR.\M;AW.

suites qui pouvaient le mener a la oiort. Honoré de la protcciion du cardinal, il put recouvrer une sorte de tranquillité.

l'n troisième frère de Vittoria^ Jules Accoramboni, fut admis par le cardinal Alexandre «Sforza aux premiers honneurs de sa cour , aussitôt que le cardinal Montalto en eut fait la demande.

En un mot , si les hommes savaient mesurer leur bonheur^ non sur l'insatlabilité infinie de leurs désirs, mais par la jouissance réelle des Hvanta^^es qu'ils possèdent déjà, le mariage de Vittoria avec le neveu du cardinal Montalto eût pu .sembler aux Accoramboni le comble des félicités humaines. Mais le désir insensé d^avanlages immenses et incertains peut jeter les hommes les plus comblés des faveurs de la fortune, dans des idées étranges et pleines de périls.

Bien est-il vrai que si quolqu^un des parents de Vittoria, ainsi que dans Kome beaucoup en eurent le soupçon, contribua, par le désir d'une plus haute fortune, à la délivrer de son mari, il eut lieu de reconnaitrc bientôt après combien il eût été plus sage de se contenter des avant:i-cs modérés d'une fortune agréable, et qui devait attein<lre sitôt au faite de tout ce que peut désirer l'ambition des hommes.

Pendant que Vittoria vivait ainsi reine dans SA maison , un soir que Félix Peretti venait de so mettre au lit avec sa femme, une lettre lui fut remise par une nommée 'Catherine , née à liologne et femme de chambre de \ ittoria. Cette lettre avait été apportée par un frère de Catherine, Dominique d'AquavIvn, surnommé le Mancino (le i^aucher). Cet homme était banni lic llomc pour plusieurs crimes; mais à la prière de Catherine , Kèlix lui avait procuré la puissante protection de son oncle le cardinal, et le Muncinu venait souvent dans la maison de Félix^ qui avait en lui beaucoup de confiance.

La lettre dont nous parlons était écrite au nom de Marirl Ai coramboni; celui de tous les

hliqur, Im ^rn<tarmr* rt agrnta «Ir polirr dr tan ISNO Ils ^tnifnt roniDAiiil''* par uo r«ptl*iiie appclr ttAr|trlli<. l«<|D«létaM pitWrtlili»! rMfOMaM* i« Irv^ulion dtt ordre* d« noaicéfnrur le «oavrrnrur <lr Iti.Mir «Ir pr*frt de police.

frères de Vittoria qui était le plus cher à son mari. Il vivait le plus souvent caché hors de Home; mais cependant quelquefois il se b.isardait à entrer eu ville, et alors il trouvait un refuge dans la maison de Félix.

Par la lettre remise à cette heure iuduc^ Marcel appelait à son secours son bcau-frerc Félix Peretti; il le conjurait de venir à son aide, et ajoutait que, pour une affaire de la plu5 grande urgence , il l'attendait près du palais de Montecavallo.

Félix fit part a .sa femme de la singulière lettre qui lui était remise, puis il s'habilla et ne prit d'autre arme que son épée. .\ccoœpagné d^un seul domestique qui portait une torche allumée, il était sur le point de sortir quand il trouva sous ses pas sa mère Camille, toutes les femmes de la maison, cl parmi elles N ittoria elle-même; toutes le suppliaient avec les dernières instances de ne pas sortir à cette heure avancée. Comme il ne se rendait pas à leurs prières, elles tombèrent à genoux, et, les larmes aux yeux , le conjurèrent de les écouter.

Ces femmes, et surtout Camille, etaieat frappées de terreur par le récit des choses étranges qu'on voyait arriver tous les jours, et demeurer impunies dans ces temps du pontificat de lirégoire XIII, pleins de troubles et d'attentats iuouï.-<. Elles étaient encore frappées d'une idée: Marcel Accoramboni , quand il .se hasardait m pénétrer dans Home, n'avait p.is pour habitude de faire appeler Félix , et une telle démarche^ à cette heure de la nuit , leur semblait hors d« toute convenance.

Hempli de tout le feu de son :s;e , Felix ne se rendait point à ces motifs de crainte; mais i|u:iud il sut que la lettre avait été apportée par le lilmnctHo , homme qu'il aimait beaucoup et auquel il avait été utile, rien ne put r.arréter, et il forlit de la maison.

Il était précède, comme il a ete «1.;. .1 un seul dome.siique portant une torche uliuiuce; mais le pauvre jeune homme avait à peine fait quelques pas de la montée de Mùmttemrmllo, •ju'il tomba frappe de trois coups d'arqueho.se. les asMMiM, !• voyaal par terre, t jetèrent

MUJSKE FRANÇAIS.

sur lui, et le criblèrent à Tcnvi de coups de poiguard, jusquVi ce qu'il leur parût hica mort. A Tinstant, cette nouvelle fatale fut portée à la mère et à la femme de Félix, et par elles, elle parvint au cardinal son oncle.

Le cardinal, sans changer de visage, sans trahir la plus petite émotion, se fit promptement revêtir de ses habits, et puis se recommanda soi-même à Dieu , et cette pauvre ame C^^insi prise à Tlmprovistc). Il alla ensuite chez sa nièce, et avec une gravité admirable et un air de paix profonde il mit un frein aux cris et aux pleurs féminins qui commençaient à retentir dans toute la maison. Son autorité sur ces femmes fut d'une telle efficacité, qu'à partir de cet instant, et même au moment où Je cadavre fut emporté hors de la maison , Ton ne vit ou l'on n'entendit rien de leur part, qui s'écartât le moins du monde de ce (,ui a lieu, dans les familles les plus réglées , pour les morts les plus prévues. Quant au cardinal Montait© lui-même^ personne ne put surprendre en lui les signes, même modérés, de la douleur la plus simple; rien ne fut changé dans Tordre et l'apparence extérieure de sa vie. Rome en fut bientôt convaincue, elle qui observait avec sa curiosité ordinaire les moindres mouvements d'un homme si profondément offensé.

Il arriva par hasard que, le lendemain même de la mort violente de Félix, le consistoire (des cardinaux) était convoqué au Vatican. Il n'y eut pas d'homme dans toute la ville qui ne pensât que pour ce premier jour , à tout le moins, le cardinal Montalto s'exempterait de cette fonction publique. Là, en effet, il devait paraître sous les yeux de tant et de si curieux témoins! On observerait les moindres mouvements de cette faiblesse naturelle, et toutefois si convenable à celer chez un personnage qui d'une place éminente aspire à une plus éminente encore; car tout le monde conviendra qu'il n'est pas convenable que celui qui ambitionne de s'élever

au-dessus de tous les autres hommes, se montre ainsi homme comme'^les autres.

Mais les personnes qui avaient ces idées se trompèrent doublement, car d'abord, selon sa coutume, le cardinal Montalto fut des premiers à paraître dans la salle du consistoire, et ensuite il fut impossible aux plus clairvoyants de découvrir en lui un signe quelconque de sensibilité humaine. Au contraire, par ses réponses à ceux de ses collègues qui , à propos d'un événement si cruel, cherchèrent à lui présenter des paroles de consolation, il sut frapper tout le monde d'étonnement. La constance et l'apparente immobilité de son àme au milieu d'un si atroce malheur devinrent aussitôt l'entretien de la ville.

Bien est-il vrai que dans ce même consistoire quelques hommes, plus exercés dans l'art des cours, attribuèrent cette apparente insensibilité non à un défaut de sentiment, mais à beaucoup de dissimulation; et cette manière de voir fut bientôt après partagée par la multitude des courtisans, car il était utile de ne pas se montrer trop profondément blessé d'une offense dont sans doute l'auteur était puissant, et pouvait plus tard peut-être barrer le chemin à la dignité suprême.

Quelle que fiit la cause de cette insensibilité apparente et complète, un fait certain, c'est qu'elle frappa d'une sorte de stupeur Rome entière et la cour de Grégoire XIII. Mais pour en revenir au consistoire, quand, tous les cardinaux réunis, le pape lui-même entra dans la salle, il tourna aussitôt les yeux vers le cardinal Montalto, et on vit Sa Sainteté répandre des larmes; quant au cardinal ses traits ne sortirent point de leur immobilité ordinaire.

CSuiteO

g?om MUSÉE FRANÇAIS crfdjeinl wodjcntlid) emc STÎnmmer. 2)ic «Pojîamtec werfenben h'c 9?uttimcrn reodîcntlid;, tit 35ud)l:anMiin^cn monatlid). — tMboiuicmcnté*îîrcté fur 26 5Tiummern otec 6 OKonat i Z\)[t, CIn 8tbonncinent untec 2C iWummcru nnbet ntdjt ®tatt. 3u beUclJf» l*urd) fammtltdje 'CudjljaiiMunacti un& ^Jonàmter.

^tclefel^, Drucf mt> Sîedag opn ^el^agen K ^laflng.

yième Année.

CHOIX DE LITTÉRATURE

tiré

DES ]9Ii:iX.l.El RIS AUTfUKN

TANT ANCIENS QUE MODERNES

par O. JD. B. J¥^OIjJFJF, i'rof. et Da., et C. SCMLTZ, dtu

Eà€ Wallon -Jlonîgoi fie V.

Là ascension du glohe-Muntgolfier m\'i donné l'idée d'un nouveau système physique plus raisonnable, je crois, que les précédons, et qui rend compte de toutes les crises de la nature. Notre globe, flottant dans IVther, est un ballon aérostatique, et dés lors tout s'explique avec clarté: les conséquences sont lumineuses et fécondes. Quand l'enveloppe se déchirera, il périra par le feu. Kl sfrculum jter ignem.

Je détrône en ce jour et Dcscartcs et Newton, et je composerais là-dessus un volume plein de calculs et sur-tout d'évidence, si je n'avais pas nu drame à faire.

Incrédules esprits, froids iKnorans, rampe/, dans vos stériles ué;;ations: Thomme devient le maître des abymes: on ira visiter les simimcls du Tènrriff. ("est peu; l'on prendra sans doute Il II jour lia vaisseau do cent dix canons , N;;rrs, rliari;!- , rquipaKe , avec do bonnes pincettes, et on II' portera proprement et »ans avarie dans la mer llouur , ce qui évitera le long circuit pour le voyajjo des Iodes Orientales.

Pourquoi dans cent anm.rs ne parlernit-on pus d'un b:illon aérostatique comnir on parle iiHJourd'hiii d'un cheviil et d'une paire de boites pour faire un voyage par terre? Quant n lu m.init're la plus «sûre rf l.i plus simple «te dlr)|;fr

:\ volonté hori/.ontalemenl le ballon aérostatique, il ne faudra pas vingt - cinq ans pour la trouver. Nous étudierons sur-tout le mécbanisme du corps et des ailes de l'oiseau, qui se soutient, lui, par SCS forces organiques, et nous en ferons un bel attelage.

l'n Anglais a avanci* que les oiseaux qu'on nomme oiseaux de passage, se retirent dans le ^lube de la lune, lorsqu'ils disparaissent de nos climats: ils prennent en effet leur tssvT en-baut quand ils partent, et s'éltveul perpeudiculuiremcnt; ils descendent d'eû-haut quand ils reviennent. Si cette hypothèse semble hasardée, il parait du moins que l'homme peut respirer a uno certaine hauteur, puisque ces oiseaux vivent dais l'air le plus subtil.

Kn Attendant le prochain voyage 4mu la luue, nos travaux vont dcvrlopprr et étendre siagulicrement la coanai«Mioc« do l'aslrononiie, de 1 tir, des métcoraa, d« la géograplilc, etc. N'o« b.illons aérostatiques seront noa observatoires, l.t uuèritr rcicstr, don nous découvrirons Xtn -I m u rtTeis de la OMiure; rt tout cela tenait À (Liriir d'un petit principe de chymte. Mais que l.i frlvolitf n'oublie p.is mon svstemf ; que les f;( ometres le travaillent, je le leur abandonne; l.i terre, je le repète, est un hallom~Vont4t<*lfirr : \t>ilà le vrai système du monde enfin découvert, rt je suis tenté de m*t*crier comme Arcklmode: Jr l*mi troHvr.

Kocore un petit root qui roc vient n rtma^i«

Ml'.SKK FBANÇAiy.

nah'ou. L'art de se promener librement dans les airs étant connu, il s'a«>irait sur-tout de se tenir immobile dans l'athmosphère contre le mouvement de direction qui Tcnl raine avec la terre, de jeter Tancrc^ pour ainsi dire^ à quinze cents toises au-dessus de nos tours et de nos clochers. Ainsi nos nouveaux Argonautes, en laissant paisiblement la terre tourner sous leurs pieds, pourraient sans se mouvoir se trouver au-dessus de Pékin, y descendre, y saluer l'empereur de la Chine de la part du roi de France, remonter et revenir quelques heures après rendre compte à Louis XVL de la santé de sa majesté Tartare- Chinoise, à qui Dieu prête longue vie, puisqu'elle sait si bien punir ces mandarins exacteurs qui vexent les pauvres peuples, plantant du riz sur le (jros ballon aérostatique vers le 39e degré 54 minutes.

Aucun accident n'est encore arrivé à ces hommes volans;- puisse l'histoire ne dire jamais d'aucun d'eux: suo sepultiis est triompito! Le ballon de Lyon a porté sept personnes, et ce char aérien s'est élevé ji 522 toises.

On a fait diverses expériences dans plusieurs villes, et par-tout le peuple, satisfait de ce nouveau spectacle, criait de surprise, levait d'étoniicment les mains au ciel, ^riait de joie, pleurait de crainte, manifestait à sa manière son admiration et les mouvemens extraordinaires dont son ame était profondément agitée.

Quel prodige en effet que cette pyramide Immense s'élevant d'un vol n)iijestueux qui monte au haut de l'atmosphère^ et qui traîne avec son poids et son volume d'intrépides physiciens^ saluant cent cinquante mille hommes assemblés, et leur jetant leurs chapeaux d'un air calme et serein.

On vient d'en lancer un à Neuchatcl, sous ma fenrtre, le 25 janvier, jour anniversaire de la naissance de sa Majesté Prussienne, en l'honneur de ce monarque. Ou avait écrit dessus: à Frédéric.

Roi, le plus roi qui fut onc couronné.

Makot.

11 s'est élevé à une nwijestueuse hauteur eu présence des Alpes.

Tel législateur Européen, jeté chez tel peuple sauvage, ne pourrait -il pas un jour faire servir la machine aérostatique à ses desseins utiles, donner des loix du haut des airs à des hordes errantes, et opérer ainsi de grandes choses par le simple appareil de ce globe merveilleux?

Et nous^ déchirons les cahiers de nos systèmes physiques. Professeurs, adoptez le mien; tout astre; toute planète porte son gaz abondant; ce fluide moteur est le seul contre-poids de tous les corps célestes. Voilà sa base y si vainement cherchée jusqu'ît nos jours. Les corps n'ont plus de, pesanteur^ malgré leur masse, quand ils sont animés par le fluide gazeux; et la main de la nature se joue des astres avec cette puissance unique , ainsi que nous nous jouons de ces ballons ronds ou sphériques, objets de nos amusemens; la forme ne fait presque rien, quand le gaz est puissant: nouvelle analogie avec la forme des corps planétaires.

Une réflexion attristante se mêle au plaisir qu'inspire ce nouvel ordre de choses. II y a du danger pour ces hardis physiciens qui veulent nous ouvrir la route des airs: mais tout état a ses risques et ses périls.

Si tant d'hommes ont prodigué leur vie pour des intérêts équivoques, laissons ces nobles et généreux enfans des arts faire pour la navigation aérienne ce que les anciens ont fait pour la navigation maritime.

N'y a-t-il pas eu des naufrages^ et les naufrages n^ont-ils pas appris à la postérité à se jouer des vents et des écueils? Quand l'homme s'abandonne au caprice des flots, pourquoi ne se livrait -il pas aux bourrasques de l'air? Ces deux élémens lui appartiennent, puisque la nature lui a donné les moyens de les assujettir. Ce droit précède toutes les loix: il n'est pas plus téméraire de tenter un vol audacieux que d'avoir affronté la première fois l'indomptable océan. Le char aérien est tout aussi sîir que la première nacelle.

D'ailleurs, il est utile en politique, et même glorieux pour une nation, d'offrir à l'univers des hommes qui ne tiennent pas assez à la vie pour craindre la mort, lorsqu'il s'agit de reculer les

ML.sKE HIA\Ç\IS.

bornes de la puissaDcc et de riadii^lrio buniainc. Ne liniiton^i pas Icnipirc du t;énie, laissons - le luire âur les iiuniaios; il en est le vrai soleil.

Oo avait parlé de faire inuuter des malfaiteurs lors de premiers cssnis de la inacbioe aérostatique. Cette idée était ratopaiite^ vile et liicsquine: les arts veuleut être achetés par des luaius dignes de les coixjuérir.

Il appartenait à des citoyens distingués [lar leur noblesse et leur courage , de donner ce •;raiid exemple. \}u'i sert bien sa patrie, sait "«crvir I humanité. J'ose croire qu'il 3 a un rajiport intime entre ces deux vertus; qu'il ne faut jamais les séparer ni les opposer Tune à l'autre. La nation y perdrait: il Taut savoir afirouter la mort. Qu^est-ce que la vie, quand on la sacrifie à Tutilité et à la reco^naissance des siècles H veoir? (^ui ne hasarde pas sa vie dans les fonctions les plus ordinaires de la société'^ On ne devrait même permettre qu'au physicien, au militaire et à rhoiiune de lettres de s'olcvcr tinsi et de planer au-des.sus de nos fêles: cet liori/.on ne me semble fait que pour eux.

l/année 1789 a été TauDée des merveilles: ou a fiiil de l'eau avec de l'air, et de l'air avec île l'eau; on a imité la formation du ;;ivre et «i<- la uei^r; on a vu de quelle manière la feuille de r.irbrc transpire; on a parlé savamment k\c Télectrieité des vé^élauv ; le pliysii iru connu kous le nom de (\}mH8 a soumis le fluide électrique et l'a appliqué avec succès à la uuérison de nos maux; l'alibé Spullany.aui a publié ses ncu\es < xperieucec sur la digestion, ci a laissé trausliirer celles sur la f;énéra(i(»n , non moins nou- > rites et encore plus étoHnanlcs; d'bnbiles théo> I icicns ont fait des rcchun-hcs Aues et des experienres délir.itcs nur l'hyuriinietre : l'.in^laU \\ii:;b( a mnrclir nous le.s eau\ ; et si l'espoir d'un uir dèphlo);is(iquè .^e réalise, ou touchera le ttnid de la mer, et Ion en recirora les ri- • licHses curieuses que son sein avide a sou<»trai- (es à uo"* regard.t.

t>n a ;;r« ITc les >nu\ ««p> .Ir ^«^nr, n r< ne iiulhude a plusieurs a\aataKCM. On a trou\e lins 1c.^ fi^es de ;;uimr«uve une flla.s^r plu^ douce que rrlle du rlt.unrr et plus forle que le lin

Mesmer, arme d'une médecine nouvelle ci qui confond la faculté, est revenu sur la scène. Far un jeu d^tcoustii^ue Ires-surpreuaui^ une poupée a parlé entre nos mains. In physicien ingénieux, et qui a \ raiment l'air d'un magicien^ a mis sous nos ^eux la marche proj^ressivc de lu vé;;étatiou.

Dans un coin i;4Uoré, mais qui ûttivun-t it.libre par cette découverte, la doctrine des /Vrineim assimitatturs a commence à percer. L*eau peut so changer en vinaigre, en \in, en liqueurs (le toute espèce, sans p:tsser par le boi» tortu ou par les tentes filières des végétaux. L.» métamorphose s'opère presque subitement, p.ir la ;L;rande loi, aut superat, aul suprritlêtr ; ubi rtrits f ibi virtus. Qui comprendra la valeur de ces mots? Cette découverte, encore au berceau, fera révolution en chyraie; j'ose le croire.

Autre phénomène de la Hiéme année; ce sout des tt'tfs d'airain imitant la v«ix huauiine, articulant et pronou(,'ant comme nou> les mois et les phrases. .*St les anciens en eussent créé de pareilles qui eussent passé ju^tqu'a nous , il n'y aurait point de langues mortes; elles vivraient dans- ces bouches d'airain, qui eu rendraient aux générations éloignées tous le> sons et les accens; et nous saurions comment se parlaient le ^rec et le latin.

\ ous qui coures les plaim-s s:iJt-es de l'océMO, ne < raigne/. plus le déau le plus cruel, le maa- <|Ui- d'eau: l'eau de la mer va devenir potaMc par un mo> en facile et pr»»inpt.

Ajouter, au prodige de ta navigation aerienno lis faits extraordinaires dr launec qui l'a vu n .-titre; les treiableaiens de terre qui ont reaveraô Mr^sluc et ébranle la Calabre; les volcans de rivl.tnde; la paix qui a fonde rn .\nerique un it.it immense, compose de plusieurs état* qui M»nl croître, se développer et montrer au re»fc Ac l'univem le drstpean ioviiAteur de U liberté; le Crvi^aanl ea ahirwe> aut aprrts de deux pai»- ^ruices qui, reuui^'iaat leurs forcer, »• mblcot 4e- %t.»r frapper un coup qui licul datant» I Karwpe ai(etiii%e et eu suspco»» et i*» cmbarra»^ la politique des nationsi le» crise» aittgalicref 4a KouvcraeaMni Anglais) la sitaatioa de la Hol-

MUSEfi FRANÇAIS.

lande toujours indécise; la ville de Dantzic bloquée et abaudouuée à cllc-mêmej le décès des uiathéinaticiens célèbres; enfin je ne sais quelle commotion répandue dans les esprits et qui les dispose aux entreprises les plus hardies, aux événemens les plus rares: tout doit faire ranger Tannée 1783 parmi les années les plus remarquables par des faits étonnans.

Siècle d'Auguste^ siècle des Médicis, siècle de Louis XIV., si vantés pour des peintres, des sculpteurs^ des orateurs, des architectes et des poètes, vous pourriez fort bien disparaître devant un siècle déjà marqué par tant d'époques mémorables! Le génie impatient de mes contemporains, réclamant son libre essor, demande à se déployer; il veut modifier Tunivers, malgré les obstacles des esprits froids et bornés; il veut imposer silence aux détracteurs, et servir jusqu'à ces caractères sombres, petits, envieux, jaloux et mécbans, qui se plaisent à arrêter le progrès des sciences; il veut que le régne actuel^ puisqu'il protège, et récompense les arts, illustré par les plus brillantes découvertes, soit à jamais célèbre dans la mémoire des hommes.

Et que contera-t-ou dans mille ans des actions passagères de la génération présente? Les glorieuses conquêtes du génie des arts sur les pages muettes et ténébreuses du livre de la nature; irEternel Ta ouvert sous nos regards^ apprenons à y lire. 0 physique! o chymie! ô rois ! protégez ces importantes sciences.

ViUoria Accoi^amboni*

Par M. DK Stentdhal.

CSuile.}

L'étonnenient redoubla quand, dans le même consistoire, le cardinal Montalto étant allé à son tour s'agenouiller devant le trône de Sa Sainteté^ pour lui rendre compte des affaires dont il était chargé, ie pape, avant de lui permettre de commencer, ne put s'empêcher de laisser éclater des sanglots. (|uand Sa Sainteté

fut en état de parler, elle chercha à consoler le cardinal en lui promettant qu'il serait fait prompte et sévère justice d'un attentat si énorme. Mais le cardinal, après avoir remercié très-humblement Sa Sainteté, la supplia de ne pas < rdonner de recherches sur ce qui était arrivé, protestant que pour sa part il pardonnait de bon cœur à l'auteur quel qu'il pût être. Et immédiatement après cette prière , exprimée en très-peu de mots^ le cardinal passa au détail des affaires dont il était chargé, comme si rien d'extraordinaire ne fîit arrivé.

Les yeux de tous les cardinaux présents au consistoire étaient fixés sur le pape et sur Montalto; et quoiqu'il soit assurément fort difficile de donner lo change à l'œil exercé des courtisans, aucun pourtant n'osa dire que le visage du cardinal Montalto eût trahi le moindre émotion en voyant de si près les sanglots de Sa Sainteté, laquelle^ à dire vrai^ était tout à fait hors d'elle-même. Cette insensibilité étonnante du cardinal Montalto ne se démentit point durant tout le temps de son travail avec Sa Sainteté. Ce fut au point que le pape lui-même en fut frappé, et, le consistoire terminé^ il ne put s'empêcher de dire au cardinal de San-Sisto, son neveu favori:

Veramentey costiii è un gran frate l (En vérité, cet homme est un fier moine ^O*

La façon d'agir du cardinal Montalto ne fut, en aucun point, différente pendant toutes les journées qui suivirent. Ainsi que c'est la coutume, il reçut les visites de condoléance des cardinaux, des prélats et des princes romains, et avec aucun, en quelque liaison qu'il fût avec lui, il ne se laissa emporter à aucune parole de douleur ou de lamentation. Avec tous, après un court raisonnement sur l'instabilité des choses humaines, confirmé et fortifié par des sentences et des textes tirés des saintes Ecritures ou des Pères, il changeait promptement de discours, et venait

' ) Allusion .H l'hjpocrisie que les mauvais esprits croient fréquente chez les moines. .Sixte -Quint avait été moine mendiant, et persécuté dans son ordre. Voir sa vie, par r;regorio Loti, Iiistorien amusant, qui n'est pas plus menteur qu'un autre. Félix Perelti fut assassiné en 1580; Bon oncle fut créé pape en 1585.

H parler des nouvelles de la ville ou des affaires particulières du personunge avec lequel il se trouvait, exactement comme s'il eût voulu consoler ses consolateurs.

Rome fut surtout curieuse de ce qui se passerait pendant la visite que devait lui faire le prince Paolo Giordanu Orsiui, duc de Oracciano^ auquel le bruit attribuait la mort de Félix Perclti. Le vulgaire pensait que le cardinal Montaitu ne pourrait se trouver si rapproch»!; du prince, et lui parler en tête-à-tête, sans laisser paraître quelque indice de ses sentiments.

Au moment où le prince vint chez le cardinal, la foule était énorme dans la rue et auprès de la porte; un grand nombre de courtisans remplissait toutes les pièces de la maison, tant était grande la curiosité d'observer le visage des deux interlocuteurs. Mais, chez Tun pas plus que chex l'autre, persoune ne put observer rien d'extraordinaire. Le cardinal Montalto se conforma à tout ce que prescrivaient les convenances de la cour; il donna à son visage une teinte d'hilarité fort remarquable, et sa façon d^idrcsser la parole au prince fut remplie d'affabilité.

In instant après, en remontant en carrosse, le prince Paul, se trouvant seul avec ses courtisans intimes , ne put s'empêcher de dire eu riant: In fatto è vero che costui è un gran /'rate! (Il est parbleu bien vrai , cet homme est un fier moine!) comme .s'il eût voulu confirmerai vérité du mot eciiappé au pape, quelques jours auparavant.

Les .sa^cs ont prn.Né que la conduite tenue en cette circonstance par le cardinal .Montait (• lui aplanit le chemin du tr«*ine; car beaucoup de gens prirent de lui cette opinion quc^ soit par nature ou par vertu, il ne savait pas ou uc \oulait pas nuire à qui que ce fût, encore qu'il eût Krand sujet dVtrc irrité.

Félix Peretli n'avait laissé rien d'écrit relativement à sn frninie ; elle dm ru conséquenrr reiourner dani la maisoa de ses parents. Le cardinal .'Montalio lui fit remettre , avant .son dépare, les habiin , les joyaux, cl ^enérnlcmcni tous Ici dons qu'elle avait reçu.i poudant qu'ellr était la femme de son neveu.

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