I.o troisième jour npro* la mort t\c Whx
Peretti, Vittoria, accompagnée de s.i mère, alla s'établir dans le palais du prince Orsioi. (Juelquesuns dirent que ces femmes furent portées à cette démarche par le soin de leur sûreté personnelle, la cartel) paraissant les menacer comme accusées de cunsentttnent à l'homicide commis, ou du moins d'en avoir eu connaissance avant l'exécution; d'autres pensèrent (et ce qui arriva plus tard sembla confirmer cette idée) qu'elles furent portées à cette démarche pour effectuer le mariage, le prince ayant promis à Vittoria de l'épouser aussitôt qu'elle n'aurait plus de mari.
Toutefois, ni alors ni plus tard, on n'a connu clairement l'auteur de la mort de Félix, quoique tous aieut eu des soupçons sur tous. La plupart cependant attribuaient cette mort au prince Orsini; tous savaient qu'il avait eu de l'amour pour \ ittoria , il en avait donné des marques non équivoques; et le mariage qui survint fut une grande preuve, car la femme était d'une condition tellement inférieure, que la seule tyrannie de la piLssion d'amour pût l'élever jusqu'à ré*galitc matrimoniale *). Le vulgaire ne fut point détourné de cette façon de voir par une lettre adressée au gouverneur de Home^ et que l'on répandii peu de jours après le fait. Cette lettre était écrite au nom de l'esar Palanticri, jeune homme d'un caractère fougueux et qui était banni de la ville.
Dans cette lettre, Palantieri disait qu'il n'el.iit pas néccs.saire que sa seigneurie illustrissime se donnât la peine de chercher ailleurs l'auteur de la mort de Félix Pereltl^ puisque lul-néae l'avait fait tuer à la suite de certains difcrcads survenu» entre eux quelque temps auparavant.
Ilcauroup pensèrent que cet assovsinal n'avait pas eu lieu .sans le consentement de U maison .\ccorauiboni ; on accus.1 les frères de Vittoria*
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ML'SKE FUAXÇALS.
qui auraieut elè séduits par l'aïubitiou irtiue allinucc avec un prince si puissant et si riche. On accusa surtout Marcel, à cause de Tindice fourni par la lettre qui fit sortir de chez lui le malheureux Félix. On parla mal de Vittoria cllc-ménie, quand ou la vit consentir à aller habiter le palais des Orsini comme future épouse, sitôt après la mort de son mari. Ou prétendait qu'il est peu probable qu'on arrive ainsi en un clin d'œil à se servir des petites armes, si l'on n'a fait usage, pendant quelque temps du moins, des armes de longue portée. ^^\)
L'iuformation sur ce meurtre fut faite par monseigneur Portici, gouverneur de Rome^ d'après les ordres de Grégoire XIIÏ. On 3' voit seulement que ce Dominique, surnommé Mancino, arrêté par la corte, avoue et sans être mis à la question (torynentato) , dans le second interrogatoire, en date du 21 février 1582:
„()ue la mère de Vittoria fut la cause de tout^ et qu'elle fut secondée par la cameriera de Bologne, laquelle^ aussitôt après le meurtre^ prit refuge dans la citadelle de Bracciano (apartenaut au prince Orsini et où la corte neùt osé pénétrer), et que les exécuteurs du crime furent Machione de Gubbio et Paul Barca de Bracciano, lancie spez%ate (soldats) d'un seigneur duquel, pour de dignes raisons, on n'a pas inséré le nom."
A ces dignes raisons se joignirent, comme je crois, les prières du cardinal Montalto, qui demanda avec instance que les recherches ne fussent pas poussées plus loin, et^ en effet ^ il ne fut plus question du procès. Le Mancino fut mis hors de prison avec le precetto (ordre) de retourner directement à son pays, sous peine de la vie, et de ne jamais s'en écarter sans une permission expresse. La délivrance de cet homme eut lieu en 15b3^ le jour de Saint -Louis, et, comme ce jour était aussi celui de la naissance du Cardinal Montalto , cette circonstance me conGrme de plus en plus dans la croyance que ce fut à sa prière que cette affaire fut terminée
♦) Allusion à l'usage de ne battre avec une épéc et un poignard.
ainsi. Sous un gouvcrucme t aussi faible que celui de Grégoire XIII, un tel procès pouvait avoir des conséquences fort désagréables et sans aucune compensation.
Les mouvements de la curte furent ainsi arrêtés, mais le pape Grégoire XIII ne voulut pourtant pas consentir à ce que le prince Paul Orsini, duc de Bracciano^ épousât la veuve Accoramboni. Sa Sainteté, après avoir infligé à cette dernière une sorte de prison , donna le precetto au prince et à la veuve de ne point contracter de mariage ensemble sans une permission expresse de lui ou de ses successeurs.
Grégoire XIII vint à mourir (au commencement de 1585), et des docteurs en droit, consultés par le prince Paul Orsini^ ajant répondu qu'ils estimaient que le precetto était annulé par la mort de qui l'avait imposé, il résolut d'épouser Vittoria avant l'élection d'un nouveau pape. Mais le mariage ne put se faire aussitôt que le prince le déisiraïc, en partie parce qu'il voulait avoir le consentement des frères de Vittoria, et il arriva qu'Octave Accoramboni ^ évêque de Fossombroue^ ne voulut jamais donner le sien, et en partie parce qu'on ne croyait pas que l'élection du successeur de Grégoire XIII dût avoir lieu aussi promptement. Le fait est que le mariage ne se fit que le jour même que fut créé pape le cardinal Montalto, si intéressé dans cette affaire, c'est-à-dire, le 24 avril 1585^ soit que ce fût l'effet du hasard, soit que le prince fût bien aise de montrer qu'il ne craignait pas plus la corte sous le nouveau pape^ qu'il n'avait fait sous Grégoire XIII.
Ce mariage offensa profondément l'àme de Sixte- (juiut (car tel fut le nom choisi par le cardinal Montalto); il avait déjà quitté les façons de penser convenables à un moine, et monté son àme à la hauteur du grade dans lequel Dieu venait de le placer.
Le pape ne donna pourtant aucun signe de colère j seulement^ le prince Orsini s'étant présenté ce même jour avec la foule des seigneurs romains pour lui baiser le pied, et avec l'intention secrète de tâcher de lire, dans les traits du saint -père, ce qu'il avait à atteudrc ou à
Ml'SKE FRANÇAIS.
craindre de cet Iioinnic jusque-là si peu coodu, il s'aperçut qu'il n'était plus temps de plaisanter. Le nouveau pape ayant regardé le prince d'une ^'içon singulière^ et n'ayant pas répondu un seul mut au compliment qu'il lui adressa^ celui-ci prit la résolution de découvrir sur-lechamp quelles étaient les intentions de Sa Sainteté à son é^^iird.
Par le rao)en de Ferdinand, cardinal de Médicis (frère de sa première femme) y et de l'ambassadeur catlio]i(|iie, il demanda et obtint du pape une audience dans sa chambre: ià , il adressa à Sa Sainteté un discours étudié^ et, sans faire mention des choses passées , il se réjouit avec elle à l'occasion de sa nouvelle di^nité) et lui offrit comme un très-fidèle vassal et serviteur tout son avoir tt toutes ses forces.
Le pape *) l'écouta avec un sérieux extraordinaire, et n la fin répondit que personne ne désirait plus que lui, que la vie et les actions de Paolo Giordanu Orsini fussent à l'avenir dignes du sang Orsini et d'un vrai chevalier chrélicn; que quant H ce qu'il avait é(é par le passé envers le saint-siégcel envers la personne de lui, pape, personne ne pouvait le lui dire mieux que sa propre conscience; que pourtant, lui, prince, pouvait être assuré d'une chose, ù savoir que tout ainsi qu'il lui pardonnait volontiers ce quM avait pu faire coutrc Fclix Perolfi et contre Félix cardinal .Moulalto, jamais il ne lui par<louDerait ce qu'à l'avenir il pourrait faire contre le pape Sixte; qu'en conséquence il rengageait » aller sur-lechamp expulser de sa maison et (\c %cs Ktats tous les bandits (exil«'.<() et les malfaiteurs auxquels, jusqu'au prisent moment, il avait donné a.silr.
Sixte-(,>uini avait une cUBcarité singulirre, ilc quelque ton qu'il voulût si» servir en parlant; mais quand il riait irrite rt menaçant , on ont dit que ncn > eux lanvnirnt la foudre. Ce qu'il y a de certain, e>««t que le prince Paul Orsini. accoutume de tout temps .i < irr rr-iinf .1rs papes.
•) Siiii* (hiinl . papr «n IjM. k aoUanfr li«it an*, r^ftia (tnt| «n» v( t4u«(rff mm»; d m iU« rff rte fr«f fauta
fut porté à penser si sérieusement i ms mfUres par cette façon de parler du pape, telle qu'il n'avait rien entendu de semblable pendant l'espace de treize ans, qu'à peine sorti du palai» de Sa Sainteté, il courut chex le cardinal ëe Médicis lui raconter ce qui venait de te passer. Puis il résolut, par le conseil du cardinal, de congédier, sans le moindre délai, tous ces hommes repris de justice auxquels il donnait asile dans son palais et dans ses Ktats , et il soaiçea au plus vite à trouver quelque prétexte kowMie pour sortir immédiatement des pa\ ^ soumis au pouvoir de ce pontife si résolu.
Il faut savoir que le prince Paul Orsini était devena d'une grosseur extraordinaire; ses jambes étaient plus grosses que le corps d'un homme ordinaire, et une de ces jambes énormes était affligée du mal nommé la iufut (la louve), ainsi appelé parce qu'il faut le nourrir avec une grande abondance de viande fmiche qu'on applique sur la partie affectée; autrement I humeur violente, ne trouvant pas de chair morte à dévorer, se jetterait sur les chairs vivantes qui rcntoureui.
Le prince prit prétexte de ce mal pour aller aux célèbres bains d'Albano, auprès de Padoue, pavs dépendant de la république de Venise; il partit avec sa nouvelle épouse vers le reilien de juin. Albano était un port très-sûr pour lui; car, depuis un grand nombre d'années, la maison Orsini était liée à la république de Venise par de» services réciproques.
Arrive en ce payn de sûreté , le prince ne peus.1 qu'à jouir des agréments de plusieurs séjours; et, dans ce dessein, il loua trois magniliques palais: l'un a Venise, le palais Oaadolo, dans la rue dr la Zecca; le second à Padoue, et ee fut le palais Foscarini , sur la ma^iSque place numm(*e l'Arena; il choisit le troisième à .'*«alo, sur la rive délicieuse du lac de tSarde: criul-ci avait appartenu autrefois à la r«mille MorKa-Pallavicini.
Les seigneurs de Venise (le gouvemeiaent de la république ) apprin*ot avec pL-ïtsir Parrlvcr dans leurs Flats d'un (ri prince, et lui offrirent aussitôt une très- noble comdtMtm ( c'esC-à-dlre
une somme considérable payée aunuellemeut^ et qui devait être employée par le prince, à lever un corps de deux ou trois mille hommes dont il aurait le commaudemeut). Le priace se débarrassa de cette offre fort lestement; il fit répondre à ces séuateurs que, bien que, par uue inclination naturelle et héréditaire en sa famille, il se sentit porté de cœur au service de la sérénissime république, toutefois se trouvant présentement attaché au roi catholique, il ne lui semblait pas convenable d'accepter un autre engagement. Une réponse aussi résolue jeta quelque tiédeur dans Tesprit des sénateurs. D'abord ils avaient pensé à lui faire à son arrivée à Venise, et au nom de tout le public, une réception fort honorable; ils se déterminèrent, sur sa réponse, à le laisser arriver comme un simple particulier.
Le prince Orsini, informé de tout^ prit la résolution de ne pas même aller à Venise. Il était déjà dans le voisinage de Padoue, il fit un détour dans cet admirable pays, et se rendit, avec toute sa suite, dans la maison préparée pour lui à Solo, sur les bords du lac de Garde. Il y passa tout cet été au milieu des passe-temps les plus agréables et les plus variés.
L'époque du changement (de séjour) étant arrivée, le prince fit quelques petits voyages^ à la suite desquels il lui-sembla ne pouvoir supporter la fiitigue comme autrefois, il eut des craintes pour sa santé; enfin il songea à aller passer quelques jours à Venise, mais il en fut détourné par sa femme, Vittoria, qui rengagea à continuer de séjourner à Salo.
Il y a eu des gens qui ont pensé que Victoria Accoramboni s'était aperçue du péril que couraient les jours du prince son mari, et qu'elle ne l'engagea à rester à Salo, que dans le dessein de l'entraîner plus tard hors d Italie, et, par exemple, dans quelque ville libre, chez les Suisses; par ce moyen, elle mettait en sûreté, en cas de mort du prince, et sa personne et sa fortune particulière.
Que cette conjecture ait été fondée ou non.
le fait est que rien de tel n'arriva^ car le prince ayant été attaqué d'une nouvelle indisposition à Salo, le 10 novembre^ il eut~ sur-le-champ le pressentiment de ce qui devait arriver.
Il eut pitié de sa malheureuse femme; il la voyait, dans la plus belle fleur de sa jeunesse, rester pauvre autant de réputation que des biens de la fortune, haïe des princes régnants en Italie, peu aimée des Orsini et sans espoir d'un autre mariage après sa mort. Comme un seigneur magnanime et de foi loyale , il fit de son propre mouvement un testament par lequel il voulut assurer la fortune de cette infortunée. Il lui laissa en argent et en joyaux la somme importante de cent mille piastres -^ 9 outre tous les chevaux, carrosses et meubles dont il se servait dans ce voyage. Tout le reste de sa fortune fut laissé par lui à Virginie Orsini, son fils unique, qu'il avait eu de sa première femme, sœur de François 1er, grand duc de Toscane (cellelà même qu'il fit tuer pour infidélité, du consentement de ses frères).
Mais combien sont incertaines les prévisions des hommes! Les dispositions que Paul Orsini pensait devoir assurer une parfaite sécurité à cette malheureuse jeune femme, se changèrent pour elle en précipices et en ruine.
Après avoir signé son testament, le prince se trouva un peu mieux le 12 novembre. Le matin du 13, on le saigna, et les médecins, n'ayant d'espoir que dans une diète sévère, laissèrent les ordres les plus précis pour qu'il ne prît aucune nourriture.
Mais ils étaient à peine sortis de la chambre, que le prince exigea. qu'on lui servît à dîner; personne n'osa le contredire, et il mangea et but comme à l'ordinaire. A peine le repas futil terminé, qu'il perdit connaissance, et deux heures avant le coucher du soleil il était mort.
aSuiteO
• ) Environ 2,000,000 de 1837.
Q3i?lefe(b, Drucf uni» ÎJerfag oof ÎJcltjagen * ^lafing.
yième Année.
^1 WW'Pi'"!
CHOIX DE LITTERATURE
tiré
DES IfEEiriTiElKS AUTEl^lS
TANT ANCIENS QLE MODERNES
par O. El. JB. WOMjWV, prof, et db., et C. HCM€tZ» du.
Viiioria Accot*amboni.
Par M. DK Stk.vuhal.
Aphkm cette raort subite, \ ittoria Accoraniboni, accompagnée de .Marcel, son frcre, tt de toute la cour «lu prince défunt, se rendit à l'adoue dans le palais» Foscarioi, situé prés de VArena y celui-là uiéinc que le prince Orsini avait loué.
Peu après sou arrivée, cJle lut rejointe par son frérc Flaniinio, qui jouissait de toute la faveur du cardinal l-'arnése. Klle s'occupa alors des <léniarclics nécessaires pour obtenir le payement du legs que lut avait fait son mari; celées s'élevait à 60 mille piastres cfTectivcs qui devaient lui être payées dans le tcruio de deux années, et cela iniiépendiimincnl de la dot , de la contre-dul, et de tous les joyaux et meubles qui étaient en sou pouvoir. Le prince Orsiui avait ordonné, par .son testament, qu'à lioiur, ou dans telle autre ville , au clioLz de la ducheuo on lui aiiictcrait un palais de la valeur de dix mille piastres et une vi^nc (m.iison de campagne) de six mille; il avait prescrit déplus qu'il lût pourvu a sa table et à tout son service comme il convenait à une femme de sou rang. Lo service devait étro do quarante dumestlques , avec nn nombre de chevaux correspondant.
La signera Vittoriu avait beaucoup d'espoir dans la f.iveur des princes de Fcrrare, de Florence et d'L'rbin, et dao5 celle des cardinaux Faroése et de Médicis^ nommés par le feu prince ses exécuteurs testamentaires. Il est ù remarquer que le testament avait été dressé ù Pa- «loue , et soumis aux lumières des excelleotis^'mes Parri/.olo et .Menocbio, premiers professeurs «le cette université et aujourd'hui si célcbrca jurisconsultes.
Le prince Louis Orsiot arriva n Padoue pour .s'acquitter de ce qu'il avait à (aire relativement au feu duc et à sa veuve, et se rendre ensuite au gouvernement de l'ilc de Corfou auquel il avait été nommé par la sérenbsime république. Il n:i<iuit d'abord une difficulté entre la signera Vittoria et le prince Louis, sur les cke- \:iux du feu duc, que K* prince di.sait n'ttre pas proprement des meubles suivant la façon ordinaire de parler; mais la duchesse prouv.i qu'ils devaient éire considérés commo des aeublcs proprement dits, et il fut résolu qu'elle en retiendrait l'usage jusqu'à décision ultérieure ; elle doooa pour garantie le seigneur 8oardi de Bergnme, condottiere des seigneurs vénitiens, ^entilliomme fort riche et des premiers de .la patrie. Il survint une autre difficulté au .'«ujet d'une cert.\ine quantité de vaisselle d'.irf:ral, que le feu duc avait remise au prince Louis coaae gage d'une somme d'argcal fue celai-cl avait prêtée nu duc. Tout (\x% décidé par voie de ju-
MUSKK FRANÇAIS.
stice^ car lo séréuissime (^dnc^ ilc Ferrarc s'euiplo^ait pour que les deruières dispositions du feu prince Orsiiii eussent leur entière cxécutiou.
Cette seconde afl'aire fut décidée le 23 décembre^ qui était un dimanche.
Ln nuit suivante, quarante hommes entrèrent dans la maison de ladite dame Accoramboni. Ils étaient revêtus d^habits de toile taillés d'une manière extravaoante et arrangés de façon qu'ils ne pouvaient être reconnus, sinon par la voix; et lorsqu'ils s'appelaient entre eux, ils faisaient usage de certains noms de jargon.
Ils cherchèrent d'abord la personne de la duchesse, et l'ayant trouvée, l'un d'eux lui dit: ,,Maintenaut il faut mourir. '^^
Et sans lui accorder un moment, encore qu'elle demandât de se recommander à Dieu, il la perça d'un poignard étroit au-dessous du sein gauche, et agitant le poignard en tout sens, le cruel demanda plusieurs fois à la malheureuse de lui dire s'il lui touchait le cœur, enfin elle rendit le dernier soupir. Pendant ce temps les autres cherchaient les frères de la duchesse desquels l'un, Marcel, eut la vie sauvé, parce qu'on ne le trouva pas dans la maison; l'autre fut percé de cent coups. Les assassins laissèrent les morts par terre, toute la maison en pleurs et en cris; et s'étant saisis de la cassette qui contenait les joyaux et l'argent, ils partirent.
Cette nouvelle parvint rapidement aux magistrats de Padoue; ils firent reconnaître les corps morts, et rendirent compte à Venise.
Pendant tout le lundi, le concours fut immense audit palais et à l'église des Ermites pour voir les cadavres. Les curieux étaient émus de pitié, particulièrement avoir la duchesse si belle: ils pleuraient son malheur , et dentibus fremehant (et grinçaient des dents) contre les assassins; mais on ne savait pas encore leurs noms. La corte étant venue en soupçon, sur de forts indices, que la chose avait été faite par les ordres, ou du moins avec le consentement dudit prince Louis, elle le fit appeler, et lui, voulant entrer in corte (dans le tribunal) du très-illustre capitaine avec une suite de quarante hommes armes, on lui barra la porte , et on lui dit qu'il
qu'il entrât avec trois ou quatre seulement. Mais au monicnt où ceux-ci passaient, les autres se jetèrent à leur suite, écartèrent les gardes, et ils entrèrent tous.
Le prince Louis, arrivé devant le très-illustre capitaine, se plaignait d'un tel affront, alléguant qu'il n'avait reçu un traitement pareil d'aucun prince souverain. Le très-illustre capitaine lui ayant demandé s'il savait quelque chose touchant la mort de la siguora Vittoria, et ce qui était arrivé la nuit précédente, il répondit que oui, et qu'il avait ordonné qu'on en rendît compte à la justice. On voulut mettre sa réponse par écrit; il répondit que les hommes de son rang n'étaient pas tenus à cette formalité, et que, semblablement , ils ne devaient pas être interrogés.
Le prince Louis demanda la permission d'expédier un courrier à Florence avec une lettre pour le prince Virginio Orsini, auquel il rendait compte du procès et du crime survenu. Il montra une lettre feinte qui n'était pas la véritable, et obtint ce qu'il demandait. *
Mais l'homme expédié fut arrêté hors de la ville et soigneusement fouillé; on trouva la lettre que le prince Louis avait montrée, et une seconde lettre cachée dans les bottes du courrier; elle était de la teneur suivante: