ML'8KK FRANÇAIS
Kn voyant Félix près de sciuporter^ le marquis le retint par le bras.
— CastigDon a raison, lui dit-il; a l'à^e (Je votre ami, une démarche équivoque est irréparable; il faut qu'il su batte, et ce soir plutôt que demain.
Resté seul au milieu du salon, Cortail prit la pose du lion quœrens i/uttn devoret, et promena tout autour de lui uu regard qui semblait clierclier un adversaire ù pourfendre. N'ayant aperçu que des vieillards ou des feuiuie:», il liau>>a les épaules, et sortit lentement, l'rès de la porte, en passant devant un groupe de jeuucs filles, il entendit une discussion fort animée; une d'elles, charmante enfant de quin/.e ans, fruissait avec dépit sa ceinture verte, semée de fleurs de. lis, et disait d'une petite voix vibrante qui rappelait à Tc.sprit uuc llùlc Juuant un solo de truiiipcttc:
— Oui, si j'étais un humme, cela ne se serait pas passé ainsi. Maman dit qu'autrefois on aurait envoyé une quenouille à ce M. de Uenue/.ons. Cumbicn je regrette d'avoir duusé avec lui !
Cortail n'en écoula pas davantage , et ne lit qu^un saut du salon à la chambre d'Armand. Il trtfuva sou ami assis devant la fenêtre dans une nltitudo mélancolique.
— I*eux-tu me dire ce que j'ai fait à ta tante et ù ta cousine? dit le jeune amoureux en Ii* voyant entrer; hier encore elles étaient si aimables pour mui! aujourd'hui, elles me traitent avec une froideur inexplicable.
— Je vai.H te l'expliquer, répondit Félix d'uu ton bru.sque: on trouve que tu aurais dû le battre.
llcnne/uus se leva d'un boni, K >, juues eouverles d'une rougeur Aubiie:
— M'est -co pas Col qui m't U a> empêche'^ a'ccria-l-il d'une vuix éelatantc.
— C'csl co que j'ai dit, mais Ils ont tous la této ù l'envers, depuis le vieux l'ustiguou, qui prend des posci de capKan, jusqu'à l.i petite Lucile de .Murillan, qui parle de l'envoyer une quenouille. Ne saute pas nu plafuud! lu (c ba(try, je me battrai, nous nnu.<« baltruns tou.^I l-e premier individu \alidc qui me tombe sou>
la main est sûr de me payer les Mttises foe je
viens de subir. Je vais trouver le décoré, qui me parait un bon garçon; et demain, au point du jour nous en découdrons; aujourd'hui, il est tii)\i tard.
Lu apprenant ce changement inattendu, Alcxan- • Ire Guibuut l'adopta sans observation eC racola pour témoin un commis voyageur français, égaré à Saint-Gervais depuis deux jours, dont il conquit l'amitiu en lui payant uo bol de punch. Le lendemain matin, les quatre jeunes gens se rco- Cdutrerent dans un sentier écarté. .Sans autre discussion, les adver>aires mirent l'babil bas et répée à la main. La veille, livrés à leur vulonté personnelle, ils se seraient battus avec l'ardente animosité qu'éprouvent l'un pour l'autre deux rivaux. En ce moment, refroidis par 1 obligation qui leur était im^io.sée, et obéissant à un instinct de contradiction naturel à l'homme, ils s'attaquèrent mollement, d'une manière retenue, propre à éterniser le combat. A la lin, CCS tâtonnements sans résultat impatientèrent Cortail, qui sur le terrain oubliait ses principes pacillcateurs.
— Jetez. -moi donc un cigare, cria-l-il au commis voyageur, placé en f.»ce de lui; j'aurai le temps de le tumcr avant que ces messieurs en finiiisent.
A ces mot.s, les deux cumbatianis prirent feu comme lïcux coursiers généreux piques p.'tr le lourt du cocher. l>c languissante quelle était, l.i lutte devint vive et sérieuse, la momeol plus lard, après une parade tardive, Bcuoexuns reçut •I lU!» le bra.s dfuit uu coup qui laboura la ckair au lieu d'y pcuvtrer prufuodemrui, et fit jaillir le naug rn abundauce. lui se sentant blessé, l'onicirr serra >on epce avec un redoublement d'énergie^ cl se précipita sur son ant.-igoniste ; mais son fer fui aussiioi rabattu par la canne de Cortail, qui, en même icoips arrêta du ge^ie l'autre combattant.
- .SirruiT, du ic iruMMu II t»l» s»i . >i4inleuaul, si l'aruiec de Cundc u'rst pu» luotcote, c'c!«t moi qui me charge de la sati.'U'aire. Voila une bleviure qui se comporte m merveille; du s.iog et rien de dangereux.
MUSKK FRANÇAIS.
Avec la dextérUé d'un homme liabUiié :i pareille .-iffaire, 11 feudit de Tépaule nu poignet la rediugotte dWrmaud^ et lui banda le bras, qu'il ajusta dans une cravate noire nouée autour du col. Les deux couples se séparèrent ensuite avec une mutuelle politesse, et revinrent aux bains de Saint-Gervais par des sentiers différents. Eu approchant de la maison, Cortail aperçut plusieurs tètes de femmes aux fenêtres de la façade, et reconnut, entre autres, madame deChateauvieux, assise près d'Anastasie sur le balcon de leur appartement.
— Donne -moi le bras, et marchons lentement, dit-il alors à son ami. Puisque lu as eu la sottise de te laisser blesser, il faut du moins eu tirer parti et te rendre intéressant. C'est dommage que tu ne sois pas plus pâle.
Le retour de Bennezons fut un triomphe. En apercevant Técharpe noire qui lui soutenait le bras, toutes les feniuies se penchèrent aux feuétres et sourirent au courage malheureux. La petite Marillau déclara qu'elle lui rendait son estime, et qu'elle danserait désormais avec lui six contredanses par bal, s'il l'exigeait. Du haut de son balcon^ madame de Chateauvleux agita son mouchoir, geste à l'usage des femmes chevaleresques. Enfin, Anastasie détacha d'un bouquet qu'elle tenait à la main une rose qui vint tomber aux pieds de son champion. Seul , au milieu de cette ovation, le marquis de Montespard, dont la secrète jalousie ne pardonnait pas au jeune officier le succès de sa blessure^ essaya le cri satirique que les insulteurs romains faisaient entendre aux triomphateurs du Capitole.
— Ce jeune guerrier, dit -il à madame de Chateauvleux, manie mieux le pinceau que l'épée.
Mais ce trait fut perdu, et la femme de quarante-six ans, entraînée par l'émotion du moment, envoya son domestique chercher Cortail.
— M. de Bennc/ons, dit-elle à son neveu, m'avait promis un Shakespeare, dont il a fait son compagnon de voyage; pensez - vous q-i'il aurait la complaisance de me l'apporter*:?
— Félix sortit en souriant; un moment après il amena le héros du jour, qui s'avança d'un air
modeste, en tenant, avec une gaucherie touchante, son chapeau et Shakespeare de la main gauche.
— J'avais envie de relire les Deux Gentilshommes de Vérone^ lui dit madame de Chateauvieux de l'air le plus gracieux; . mais, maintenant, je puis m'en dispenser, puisque j'ai sous les yeux un véritable gentilhomme.
En prononçant cette phrase prétentieuse, la femme chevaleresque tendit au jeune officier une main un peu sèche ^ qu'il baisa respectueusement, ai. si que c'était son devoir.
— Anastasie, reprit madame de Chateauvleux en se tournant vers sa fille qui se tenait à l'écart, ne devez -vous pas aussi une récompense à votre défenseur?
La jeune fille s'avança, les yeux baissés, la rougeur au front, et resta devant l'officier, dans rattitude pudiquement attrayante d'une femme qui n'ose offrir le prix qu'on attend d'elle, mais qui semble prête à l'accorder; le ridicule est contagieux de sa nature; ce fut donc en ployant le genou que Bennezons pressa sur ses lèvres la main blanche et satinée qu'il n'avait baisée qu'en rêve jusqu'alors 5 tandis que dans l'embrasure de la fenêtre, son prosaïque ami protestait par un sourire moqueur contre cette scène imitée du siècle d'Auiadis.
La blessure ou plutôt l'écorchure du romanesque Bennezons fit faire à sa passion une de ces gigantesques enjambées qui placent un jeune liomme amoureux eu dehors des règles ordinaires.
— Mon cher ami, dit -il à Cortail quelques jours après le duel, tu es mou confident naturel; ainsi, écoute-moi. J'aime ta cousine; ne S(juris pas, je te le répète, j'adore ta cousine, et, d'un autre côté, je crois que mademoiselle Anastasie n'a pas d'aversion pour moi. Tu connais ma fortune, ma naissance, et, avant tout, mon caractère; veux -tu parler en ma faveur U madame de Chateauvleux?
MISEE FRANÇAIS.
— Je demande Tordre du jour, car j'ai à t'eiitretcnir d'une autre affaire, répondit Félix: voici une lettre que je viens de recevoir et que m'adresse le général Amirauld. Elle ni\'uinouce que je suis nommé chef de bataillon au 39e, et toi capitaine au 7e lr<;er. Discutons la question uiililairc avant de nous occuper de la question matrimoniale.
— Ces deux questions doivent marcher de fr<»nt, répondit Armand; cette nomination améliore sans doute ma position financière, mais mon dé^ir d'entrer dans la famille de madame de Châteaux ieux me fait un devoir d'obtenir ^ou approbation avant tout. Depuis quelques jours^ ta tante me témoigne beaucoup de confiance; elle m'a parle de plusieurs choses propres à me faire croire que ma rentrée au service serait \ lic par clic de mauvais œil. Il est question «lune prise d'armes dans la > cndée. Notre place .1 nous autres royalistes est là^ et non sous le drapeau tricolore; mademoiselle Anastasie me le disait hier encore avec une éloquence que je nepuis reproduire. Tu vois donc ma position, tu me connais d'ailleurs comme je me connais moimême, et peut-être mieux; ainsi^ sois mou ambassadeur.
Fidèle à son amitié pour Armand, Cortail acceplu la mission dont il était chargé; mais à la première ouverture , madame de Chateauvieux, qui gardait rancune au plénipotentiaire, l'interrompit en lui disant d'un ton tircf:
— M. do lirnne/.ons peut n'adresser à moi sans intermédiaire.
Cette réplique ne repoussait que le në|{OCiatrur; aussi, le soir même, l'amant se trouvant seul .'ivre la mcrc tl'AnaslaNit*, lui adressa une • Irmandc formelle, à laquelle la femme chevaleresque répondit ru ces termes:
— M. ile Hcnnc/.oniiy ce que vous vrncK «Ir nu; tliii' m honore ainsi que ma lillc; mais jr \ uus dois nue d(*clara(ion sans arrière- pensée. Votre fortune est médiocre, In nôtre aussi; votre naissance rst bonne , In mienne nu<tsi ; rt sans être illustre, celle de M. do Chateauvieux se peut avouer. Vous almcy. Anastasie; je vous le dirai naïvement, Anastasie n'eprouvo aucune
rcpugnaucc à vous donner sa maio. Mais, monsieur Armand, à Tépoquc où nous vi\ons, il est une chose qui doit dominer toutes les questions d'arrangement, d'intérêt ou de sentiment; cette chose, c'est l'honneur. Chacun, je le sais, explique ce mot à sa guise. Ma fille et moi l'intcrprctons par la constance dans lea principes, par l'inviolabilité du serment, par une fidélité sans tache qui peut paraitre un anachronisme à mon cousin, M. de Cortail, mais qui noas semble à nous la première qualité d'un gentilhomme, la vertu sans laquelle les autres ne sont rien. Eu un mot, nous avous la religion du malheur, et nous ne pouvons en tolérer une autre chez nos amis : jamais uu homme au service du gouvernement actuel ne >«.r.i le mari d".\o;tstasie.
— Madame, rtpJKjua Uenuc/.ons d'un ton chaleureux, Cortail a ilù vous dire que j'trfais prêt à déchirer mon brevet; m:i rentrée au service était dicu-e par une raison en désaccord avec mes sentiments ; du moment que votre tle^ir m'est connu, mon indécision cesse. C'est l'orficier de l'ex-garde qui c>t devant vous, et non le soldat du roi Louis-l'bilippe.
.Madame de Chateauvieux secoua la lêie en souriant.
— C'est déjà bien, dit-elle; Mais il faudrait encore mieux. Nous autres femmes, noos sommes plus exigeantes ou plus raffinées que vous en fait de dévouement, .^s'abstenir ne nous suffit pas,
1^ fol qui n A^ii J.»"*. r\i , ,- unr iui MHtclXI
dit Joad d.iMs Athttltf; nous somaet de Tavla de Jonil. llrjrtrr l.i cor.irdc runcmle n'est f%» («>ut pour un homme) il fâut qu'il sache arborer Il sienne, l no prise d'armes dans la Vendée est ironiiocntc. Madame, qui est ca ce moment a Massa, doit débarquer d'un moment à l'autro a Marseille, rt le cuuf sera électrique; le temps des Cloriude rst p.iASc, et nous ne pouvons, ma lillc et moi, prendre part .■% la lutte près dea*asu»ger; mais il est juste qae aoim réeenrtoas, pour ceux qui combaccronl , les récompenses dont nous pouvons disposer. Aaailasie partage
mes sentimcuts sur ce pniut. L^hoinnie qui aspire à sa maiu doit s'en montrer digne ; en un mot, monsieur de Beiinezons, c'est par la Vendée qu'il faut passer pour conduire ma fille à Tautel.
A cette tirade de mélodrame héroïque, Armand répliqua d'une voix vibrante:
— Madame, je pars demain pour laVendéej avez-vous des ordres à me donner?
— Bien, monsieur, répondit d'un air fort noble la mère dWnastasie, je vois qu'en vous jugeant digne de vous associer à nos efforts, je ne m'étais pas trompée, et je suis heureuse de vous trouver tel que je le désirais. Quelques lettres que j'ai pris l'engagement de taire parvenir par une main sûre, et dont vous voudrez bien vous charger, vous assureront une réception fraternelle chez nos amis; ce sera d'ailleurs un premier service que vous rendrez à notre cause. Partez donc, monsieur, et soyez sur que nos vœux bien sincères vous accompagneront dans ce voyage de dévouement. Vous reviendrez bientôt, je l'espère, à moins que des circonstances impossibles à prévoir ne vous retiennent; mais enfin vous reviendrez un jour, vous nous retrouverez à Genève, et vous verrez alors que nous ne sommes pas ingrates.
A cette promesse, qui lui laissait tout espérer, le jeune enthousiaste s'inclina, et baisa, pour la seconde fois, la main que lui tendait sa future belle-mère.
— On a je crois, arrangé pour aujourd'hui une promenade à cheval sur les bords de TArve, reprit madame de Château vieux, après un instant de réflexion et avec un demi -sourire; je suis un peu souffrante et je ne pourrai pas y prendre part, mais Anastasie ne voudra pas sans doute renoncer à ce petit plaisir. Si vous y allez je vous prie de veiller sur elle, car elle est parfois dune témérité qui m'effraie, et j'ai toute confiance en vos talents d'écuyer.
C'était un tête- à -tète, sous la sauvegarde publique, il est vrai, qu'octroyait aux amants l'indulgence maternelle. La veille d'un départ
a des privilèges devant lesquels fléchissent les rigueurs même de la pruderie. D'ailleurs, madame de Chateauvieux n'était pas prude; ainsi que toutes les femmes qui montent à cheval, elle se trouvait un peu aa-dessus de cette vertu de ménage. L'austérité de ses principes annonçait moins de conviction personnelle que de soumission aux mœurs de la société où elle vivait. Plus sévère d'esprit que de cœur, elle eût blâmé dans une faute la forme avant le fond, le péché moins que l'inconvenance. L'entretien, devant témoins, de sa fille et d'Armand lui parut donc sans inconvénients; peut-être pensa-t-elle qu'à une aventure en si bon train de devenir chevaleresque, une scène indispensable manquerait si elle ne ménageait pas aux deux amants cette entrevue d'adieux!
C Suite. ^
Sonnei.
Je cheminai long-temps, qu'il faisait nuit encore. Sous la brune lueur de l'astre décroissant; Mais, au sortir du bois, l'air devint blanchissant; Et^ me tournant tout court, je vis le beau phosphore.
Puis soudain devant moi, vers le rivage more. J'aperçus la beauté qui me rend languissant^ Du haut de sa fenêtre, à l'envi paraissant, Qui luisait pair à pair vis-à-vis de l'aurore.
Je demeurai confus, vo3'ant de deux côtés Reluire également deux égales clartés.
Deux aubes, ce semblait, qui se faisaient la
guerre.
Ce duel incertain fit douter à mes yeux Si ma Charlotte était l'aurore de la terre. Ou si l'aurore était la Charlotte des deux.
Gilles Dubaxt.
^tflefdt). Drutf unb IBerlag oon S3el(^agen A j^lafing.
yièmo Année.
CHOEX DE LITTl-RATUIfE,
tire
TANT ANCIENS QLE MODERNES
par O. El, JB. W^OJjFT, prof, et dr., et C ^CMIÎ'TZ, dr.
JL\Éiiinean iVArgeai.
Par ChAHI.KS DK liKUNAKU.
CSuUe.)
Ijknvhzons comprit ce qu\'ivaieot de bienveillant pour lui les dcrniùres paroles de son interlocutrice, mais il renferma dans son cœur une partie de sa reconnaissance. Il e.st des hienfaits (jiii ne veulent pas de remerrînienls.
I/heurc de la pronicnade «'-tant venue, lo (uiiir \ cndécn se plaça près d^Anastasie. Tous tieux rliemint'reut ijurique temps sans se rirn dire , soit qu'une pensée commune les rendit muets, soit quf rrpancliement di; leur tristesse se trouvai ^i-nr par les importuns dont Ils fiaient entourrs. Mais lilontôt , à IVndroit ou se trouve lo confliKnl i\n lionnant et de l'Arve, le rlirmiii , rn s'èIarKi'«'"'«nt , permit à la «avali ado dr rompre le p( hifoii <|u'elle avait formé Misfju'alors. I.cs promeneurs si' dispersèrent peu à [iru sur 1.1 rivi' gauehe du torrent, elinrun adoptant l'allure qui lui convenait le mlnix. Par un ac- «ord taeid*, en voj^ant leurs compa;;nons presser le pas, madrmoisrlle de Chateauvicux et Beniic/ons restèrent « n arrière , ohéinnnt ninsi à rin^tinet des amante qui, à la promenade, s'arran;;ent toujours de manière à être les derniers.
< 'outre sou habitude, .Vnitstasir <<eml)lail vouée au silcQce. Suivnot avec une souplesse machi-
nale les mouvements assez rudes de sa monture, elle regardait fixement devant elle et ne détachait pas ses yeux du ruban argenté que PArvc déroulait au milieu de la vallée. In faux p»s du cheval la surprit dans sa rêverie et l'eût désarçonné si le bras d'Armand ne se fût trouvé 1.-» pour la soutenir.
— Je vous ai fait peur, lui dit-elle en le remerciant par un sourire; d'ordinaire je ne sols pas si maladroite, mais aujourd'hui je ne sais à quoi je pi'usc.
- A la rivière, peut-être, repondit Benoe- /ons qui, par une injustice commune aux amanis, s'était senti blessé de la préoccupation de la jeune tille au lieu de l'interpréter en sa faveur.
> ous aver. deviné, reprit ra.idemoiselle do Cliateauvieus en le rej;ardant dun air doucement triste, mon ironsination vo>a«eail en elTei ^ur celle eau r.ipide à donner le rertl^je...
— Rapide comme h\n jours de bonheur, dit .\rm.ind avee roélancolie.
Puis-je vous dire ma pensf''>« seerelc? Je •^onceals qut* dans quelques heures celle eau que nous vo\<ins ici se versera dans î.» mrr, pri % ilr Marseille^ et jVovIais son sort
— Ah... vous ainica MamcilleT
' N'>sl-ce pas là que .Madame doit débarquer? répondic .\aa«lasie avec un aeceni de reprorhe. M monsieur de .Montespard a'eùl paa ( oniprime par ses conseils |.i i;eaereuse rcsolotion de ma mère, nous serioat drjn partira. Ahl
ML'SEK KUAX(,'Al>\
les hommes sont heureux ilc pouvoir suivre les inspirations de leur conscience , sans que de misérables considérations viennent glacer leur élan et les enchaîner aux frivolités d'une vie inutile. Tous les devoirs glorieux nous sont interdits à nous autres femmes. Les mœurs sont d'accord avec les lois pour amoindrir Texistcnce^ qu'une lie nous voie daus ses rêves une épée, le ridicule ramasse l'aiguille qu'elle laisse échapper et l'en déchire sans pilié. Pourtant Jeanne d'Arc était femme !
Anastasie leva au ciel un regard inspiré qu'elle abaissa ensuite sur sou amant avec une gracieuse résignation.
— On a pu nous interdire le combat, repritelle; mais ce qu'on ne nous ôtera jamais, c'est le droit de prier pour les soldats de notre cause.
— Vous prierez donc pour moi? s'écria le nouvel enrôlé d'un ton plein d'exaltation.
— Pour tous^ dit gravement mademoiselle de Chateauvieux; puis, comme si la froideur de cette réponse lui eut fait éprouver un remords: la prière pour tous, reprit-cllc, la pensée pour un seul.
Après cet aveu, la jeune fille essaya de mettre son cheval au galop; mais Armand, se penchant rapidement, le retint par la bride.
— Je vous en supplie, s'ècria-t-il, soyez généreuse et ne vous reprochez pas le bonheur que j'éprouve. Je pars demain; j'ai besoin de courage; où en trouverai -je si vous détournez les yeux? Anastasie^ déjà j'ai avoué à madame de Chateauvieux ce que j'oserais à peine vous répéter à vous-méuie. Votre mère m'a accueilli avec trop de bonté pour que je murmure contre les conditions qu'elle m'impose. Oui, sans doate, plus le prix auquel ou aspire est précieux, plus il exige d'efforts de celui qui rambitionne; je me soumets à cette loi dont mon cœur reconnaît la justice quoiqu'il en souffre. Je pars demain pour la Vendée; peut être n'en revicndraije pas!
— Vous reviendrez, répondit Anastasie en fixant sur son amant un regard plein d'aveux et d'espérances.
— Peut-être! reprit Armand avec un pres-
sentiment mélancolique; mais si je ne dois plus vous revoir, n'emporterai-je rien qui me rappelle mon bonheur d'aujourd'hui? En mourant, Bayard baisa la croix que formait le pommeau de son épée: il avait de la foi, je n'ai que de l'amour; si je suis tué, qui recevra mon dernier adieu?
— Tué! dit la jeune Elle en pâlissant.
Elle resta quelque temps irrésolue; puis, cédant à un irrésistible entraînement du cœur, elle ôta de sou doigt une bague d'argent d'une forme bizarre qu'elle avait achetée à Genève deux mois auparavant, et la glissa dans la main de Bennezons. Le jeune homme porta l'anneau à ses lèvres daus un ravissement muet qui, peut-être, lui troubla momeutauément la vue; car sans que le cheval d'Auastasie eût renouvelé son faux pas, il avança le bras comme pour la préserver d'une chute et la retint ainsi, pressée contre son cœur^ tout en marchant, tant que dura le feuillage d'un bouquet de saules qui dérobait les deux amants aux regards des autres promeneurs.
Le galop d'un cheval qui se fit soudainement entendre derrière eux termina cette mutuelle extase. Par un mouvement simultané, les amants s'éloignèrent l'un de l'autre; Armand se pencha pour rajuster un de ses étriers qui était en fort bon état, tandis que mademoiselle de Chateauvieux s'approchait d'un des saules dont elle cassa une branche quoiqu'elle eût déjà une cravache. Bien leur prît toutefois de s'être prudemment séparés. Uu homme qui se ruait sur eux à fond de train passa outre emporté par son cheval qui trouva le chemin libre; mais cette furieuse galopade fit jaillir du terrain détrempé depuis plusieurs jours par la pluie, un flot de boue liquide dont quelques gouttes atteignirent la robe d'Anastasie : au même instant l'insolent cavalier se retourna sur sa selle et montra au couple stupéfait la figure mélodramatique d'Alexandre Guibout. Justement courroucé de cette provocation grossière^ Benuezons piqua des deux pour se mettre à la poursuite de son rival. Plus prompt cucorc^ sa jolie fiancée lui barra le chemin en étendant devant lui, comme uu symbole de paix la branche de saule qu'elle venait de cueillir.
Je vous défends d'adresser un seul mot à cet
MUSÉE FHANÇAIîf.
homme avant votre départ, lui dit-elle en usnnt de rempire qu'une femme reçoit de l'Amour; c'est lissez f c'est trop de vous être déjà compromis une fois avec lui. Songez que votre épée ne peut plus appartenir à une querelle particulière.
— Mais c'est vous que ce drùle a insultée, répondit Armand qui tourmentait son cheval pour épancher sa colère.
— Eh bien! je lui pardonne. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une pareille offense? Dans les rues dr Paris un cabriolet m'aurait plus mal arrangée. Deux coups de brosse et l'on n'y verra rion. Allons, laisse/, en paix cette pauvre bête qui n'est nullement coupable de l'impolitesse de ce Uionsieur, et réponde/. -moi: Ne me disiez- vous pas tout à l'heure que j'avais toutes vos pensées? Vous occuper d'un autre quand je vous parlc^ c'est m'avoucr que vous me trompiez..
— Vous tromper, Anastasic!
— Il n'est qu'un mo^ en de vjjus faire croire.
— Lequel? Parlez, je vous en conjure. Que faut-il faire?
— M'obéir.
— Toujours ! N'êtes-vous pas mon ange protecteur? ma rein»; adorée? Cet anneau, qui ne me quittera qu'à la mort , nVst que le premier d'une chaîne invisible, dont l'extrémité reste en votre main rt me rend ainsi votre éternel esclave.
Hamenée à son premier suj<-t, la conversation ne l'iibandonna plus, cl, au milieu de lieux communs toujours ntMiveaux pour les amants quoique répètes mille foi.i, le dcctirc de juillet finit par étro complètement oublie.
IVnditni le reste de la journée l;i conduite d'Armand à rr;;j»rd de madame de ChateauN icux et de sa Mlle offrit autant do réserve qu'il lui nvnil été permis de mettre d'abandon dans l'ontrelien nut(iri>e par ha (uture belle-mere. La surveillance, »»n pourrait dire l'espionnage de la société réunie m .Saint-tîervais , cxi;;rail de lui eelte prudence, et si sim r.i m m souffrit, il
dut se consoler en se rappelant la cnmpenKa- (ion qu'il venait d'obtenir. Assis à Iccart dans un coin du salon, tandis qu'Anastusie brodait le plus mélancoliquement du monde près de la tal)Ie à ouvraî,f, on triste et doux regard échange rapidement était le seul témoignage qu'osât risquer leur tendresse. Malgré cette mutuelle discrétion, leur intelligence secrète fut remarquée (le Cortail, qui observait avec une sorte de sollicitude paternelle les progrès de la passion de srtn ami. L'officier quitta la table d't'cnrté où il s'était fait battre par monsieur de Montespard et vint s'asseoir à cvtè d'.\rmand.
— A qui en as-tu avec ta physionomie douloureuse? lui dit-il; tu as l'air de poser pour un martyre de Saint Sébastien. Kc puis tu as contracté depuis ce matin un nouveau tic: que signifie cette manière de te baiser l.*» nain à chaque instant en regardant ma cousine? si c'était la sienne, je comprendrais.
Tout en parlant, Cortail continuait ses observations; un mouvement involontaire de son ami lui fit apercevoir l'anneau d'argent dont celui-ci avait sentimentalement orné son petit doiet , le seul où d'ordinaire un homme puisse placer la bague qu'a portée la main mignonne de sa maitresse.
— llum! fil le cousin d'Anast.vsie à celte découverte inattendue, en sommes-nous là? Je sais depuis longtemps que ma tante est folle: mais je ne la croyais pas aTCUgle. Si j'avaia prévu cela, c'est mol ijui aurmia fiUC le nrlier de duègne, «acrebleu!
- Ne te fâche pa^, mon cher Félix, répoidit Tainant en rougis^.tnt malgré lui.
- Kt (u lut as .«ans doute donné au«isi quelque brimborion dans le même genre?
— (lu.ind je me permettrai d'offrir une hamie à ta cousine, c'e^t ina«lame de Hrnne»ons qui la recevra.
- A la bonne heure! Si cela arrange tout le monde, le ne demande pa« mieux que de l'avoir pour cousin. M;»i<, en atiend.'int, von» él«* dent enfants, iroi* rnfantji , dlra»»-je «asa le respect que je doi!« à U naUrilé 4« Ma Uai^. Allons, voilà que lu sucM earnrp ton itoii;! T
Veux-tu bicu me faire le plaisir de mettre tes gants. Toutes les femmes qui sont ici ont vu cette bague ù la inaiu d'Anastasie; si l'on savait que tu en es devenu propriétaire^ ce serait demain un toile universel, qui nous obligerait peutêtre tous deux à mettre encore flamberge au vent, et tu sais qu'il n'est rien au monde que je déteste comme un duel à propos de jupes.
Armand reconnut la justesse de l'observation et s'y conforma malgré l'aimant qui attirait sans cesse son doigt à ses lèvres. Madame de Chateauvieux et sa fille s'étant retirées un moment après, il se leva, non pas pour leur parler, ses adieux étaient faits ^ mais pour obtenir un dernier regard. Cette faveur lui fut refusée, car ce moment était un de ceux où le monde fait sentir sou despotisme aux cœurs sensibles. Règle générale: la femme la plus passionnée ne se retourne jamais en sortant d'un salon , et n'a plus d'yeux pour son amant, à dater de Tinstant où elle a remis son châle ou son boa.
Sans prévenir son ami, dont il redoutait la raison désenchanteresse, Armand avait déjà demandé une voiture pour le lendemain matin. En rentrant dans sa chambre il acheva ses préparatifs de départ avec la consciencieuse ponctualité d'un homme pour qui tout engagement est sacré. Il était à genoux devant sa malle, lorsque la porte s'ouvrit; Cortail parut sur le seuil, en robe de chambre et un bougeoir à la main; à la vue des hardes éparses sur toutes les chaises, il resta un instant immobile.
— Où vas-tu? dit-il enfin sévèrement comme Guillaume Tell à Arnold.
Évidemment contrarié de cette visite, Bennezons se leva et referma la porte; puis s'arrétant devant sou ami et le regardant fixement à son tour:
— Je vais en Vendée, répondit -il d'un ton froid.
L'officier se mordit les lèvres et posa le bougeoir sur la clieminéc, si rudement qu'il sembla vouloir l'y briser.
— Je sais ce que tu peux me dire sur un pareil sujet, reprit Armand avec vivacité pour couper court à toute remontrance; je te préviens
que ma résolution est prise et que rien au monde ne m'en fera changer. Je pars au point du jour; si tu n'as pas plus envie de dormir que moi ^ je vais faire monter du punch, et nous passerons le reste de la nuit ensemble. Qui sait si nous retrouvercns jamais l'occasiop de boire à notre santé?
— Ainsi tu partais sans me dire adieu, reprit Félix, que laissait froid la gaieté factice de son compagnon.
— J'allais t'écrire ; les adieux de vive voix sont une triste chose qu'il est raisonnable d'éviter.
— Les as-tu tous évités, aujourd'hui?
Armand ne répondit pas, mais ses yeux
se portèrent machinalement sur sa bague et y restèrent fixés avec une expression mélancolique.
— Écoute , reprit Cortail d'un ton grave^ mais affectueux; quoique tu agisses souvenc comme un enfant, de fait tu es un homme. Personne n'a le droit de régenter tes actions ou de t'en demander compte. Je ne veux pas invoquer l'ascendant que devraient peut-être me donner sur toi mon âge et mon expérience. Je ne me reconnais d'autorité que celle de l'amitié^ mais celle-là j'en userai, dussé-je te déplaire. Depuis que nous servons ensemble je me suis attaché à toi, et tu sais que moins j'éparpille mes affections, plus en revanche elles sont fermes et sincères. Je me regarde comme ton frère aîné ; à ce titre j'ai droit à ta confiance, et je la veux. Que signifie ce mystère à mou égard? te défiestu de moi? Si ce que lu médites est honorable, pourquoi me le cacher? depuis quand manqué-je d'intelligence pour comprendre ce qui est bien, et de cœur pour l'approuver? Armand, ne sommes-nous plus anus?
Hennezoos serra la main que lui tendait son frère d'armes, et la laissa retomber aussitôt par un ujouvement empreint de tristesse.
— Amis jusqu'à la mort, répondit-il; mais ne m'interroge plus. (}uc pourrais-je te répondre? Te prendre pour confiaient désormais serait un tort pour tous deux. Oublies-tu que tu entres au service du gouvernement, et que j'em-
MUfe'KK KHANÇAIS.
porte eu Veodéc ma cocnrdc «le la lourde royale 'i
— AU>c vous a nonimo, j<; ne vous connais plus.
C'est là ce que lu veux dire, n'est -il pas vrai? Fais-moi grâce, je l'eu prie, de l"hcroïsine rumaio; il m'inspire plus de mrpris «lUc d'admiration. Le drapeau de ces gcns-là était uuc louve, et ils ont toujours étc digues d'un pareil symbole. Croi.s-tu que si le sort nous mettait, un jour, en lace l'un de l'autre, dans quelque champ clo.s du .Morbihan, lu aurais l'héroïsme de faire feu sur moi, le crois-tu?
A son tour Armand prit la main de son aini et rétrciguit avec énergie.
— Pourquoi ne viens-tu pas avec moi, dit-il ensuite, au fond tu partages mes opinions? je le sais.
— Oui, mais non tes illusions. Il y a un an la Vendée était possible. Uicn d'autres avec moi y avaient marqué 1» ur place et s'y fussent rendus au premier appel. Kn ce moment, Il est trop tard, et en poliiHjuc l'occasion perdue ne
, «e retrouve pas. La prise d'armes dont l'espoir vous berce tous n'aboutira qu'à quelque échauffouréc dont le seul résultat sera de perdre les imprudents qui s'y seront compromis.
— IMs les braves.
— Les braves, soit; quoique la recherche (I lin péril inutile annonce plus de folio que de vrai courage. Je suis soldat comme toi, et certejs je u'c.stlmc pas m;i vie plus précieuse qnr la tienne; mais dans un combat, je veux pour moi une chiince , .si faible qu'elle soit, ne fût-ce que la chance d'une balle contre un bouirt. A moins d'avoir entirrenn-nf prrilu la iéte, ce que je crains, tu m; t'es pa.i en;;.'ij;r sans recevoir quelque garantir ? A un houiine connue loi on a du montrer de la cnnlianrr? rnlln (u es sans «loutc au fait do ce qui .se prépare? Je ne c 'interroge pas, je ne te douLimle hucuuo prou% r, et je m'en rapporte à ta seulo pjirole. .\s-Ui, je ne dis pus l'espoir, mais la certitude que mous trouverons nu rendex - vou.i des arinex et des lioinnie9? qu'une fois l'rpre à la main, dou^ serons un «itlilrr deux, UU coiliri' tmi^. triuiiuirlr ;
mais enfin que nous fonneroBS un noyau d'armée sutlisaut, sinon pour vaincre, du moins pour lutter? Jure-nn»i que tu as cette certitude: j'env(»ic ma démission au général AmirauM , et je pars avec toi.
Hcnne/.ons garda un instant le silence.
— Tu m'en demandes plus que je n'en ai demandé moi-même, dii-il en>ui(e avec quelque embarra.s; je n'ai pas l'habitude de soumettre une question de dévouement à une demoislration mathématique.
— J'en étais sûr, s'écria Félix en modérant aussitôt un emportement involontaire: ainsi lu ne sais rien et tu agis de confiance. Un te dit : .Vile/. là. Cela te suflit , et tu y vas. Ce qu'il y a de plus bouffon , c'est qu'en faisant ce métier de commissionnaire tu te prends pour un héros.
— Cortail....
— Parbleu! f.'tche-toi si bon te semble; (u entendras la vérité. Tout à Iheure tu me parlais de dévouement: penses-tu n'éblouir par de grands mots? (^u'a de commun le devouemenc politique avec le sentiment qui te fait a^ir en ce moment? Tu n'es pas un Larochej.iquelein, mon pauvre .\rmand , tu es un amoureux, pas autre chose. Dieu me garde de nedire de l'amour f cela me serait moins permis qu'à tout autre; mais je ne puis souffrir son inlenrenlion dans de sérieuses entreprises qui ne doivent relever que de la conscience.
— Ma conscience est d'accord avec mou cœur.
— Ui.s que tu veux plaire À ma lanle; car r'est elle, j'en suis sûr, qui le p«UM« à reile extravagance. ?si lun projet n'avait cic concerte qu'entre ma cousine et loi, je pourrai* l'absoudre. .VniLMasio a rcriainemenl 4'aus%i Iteaux yeuv que la diieàeMe de Longueville. ri l'on ne doit pas te 4taM«der plus de sa«es«c qu'à Laruchefoucauld. Mab , re qui me courrouce nial;:n* moi, cVsl que vou* èit» loua émÊX •les ioslruiucnl-* d.ins l» roain d'une A;mmt f«l a pa.\sc l'Afe de misna «an* devrait raisonnable Il y a liingtemps que j*al jogé madaait de Cba- '«^auvicu^ . ■'' •" (»• u* niVii .riiifr, qvaid je Ce
dis que si (ii te laisses mener par elle (ii es un homme perdu. Comme à toutes les personnes qui ont plutôt de ractivité dans l'esprit que de l'esprit même, il lui faut un dada qu'elle puisse enfourcher du matin au soir^ sauf à s'en dégoûter et à le reformer pour en prendre un autre. Je l'ai connue successivement bel esprit^ dévote, artiste, joueuse. Il lui est resté un peu de tout cela, mais dans ces derniers temps la philanthropie avait prévalu. Depuis la révolution , c'est sur la politique qu'elle chevauche de préférencej fidèle à son habitude d'imposer aux autres ses préoccupations, elle t'envoie aujourd'hui en Vendée^ comme il y a deux ans elle voulait ni'envoyer à Tunis.
— A Tunis?
— Oui^ à Tunis. En ce temps-là, entre autres actes d'humanité, ma tante rachetait des captifs à raison de cinq francs par mois. C'était de la vertu à bon marché comme tu vois; mais c'est toujours celle-là que préfèrent ceux qui en font leur état. Un jour ne lui prit-il pas fantaisie de me faire faire le voyage d'Afrique pour m'assurer de la fidélité avec laquelle était employé l'argent de cette magnifique rançon? Elle ne m'a jamais pardonné mon refus. A ma place tu serais parti ^ n'est-ce pas?
— Eh bien, oui! j'aime Anastasie, et pour l'obtenir il n'est rien que je ne fasse ; il n'est aucunes conditions que je n'accepte, fussent-elles^ comme tu le dis, folles ou téméraires. D'ailleurs, j'aurais choisi par goût l'épreuve qui m'est imposée. Peu importe qui est le premier dans mon cœur, de l'amour ou du dévouement, pourvu que ces deux sentiments s'accordent et me poussent au même but. Je te le répète, ma résolution est inébranlable; ainsi ^ pas un mot de plus sur ce sujet, je t'en supplie, et ne troublons pas par une discussion inutile le peu d'instants qu'il nous reste à passer ensemble.
— Soit, répondit Cortail en lui tournant le dos.
Il fit plusieurs tours d'un air pensif, sortit ensuite de la chambre, et y rentra un moment après en portant une boîte d'acajou.
— Voici mes pistolets, dit-il à son inflexible
compagnon, ils sont meilleurs que les tiens et tu en auras peut-être besoin.
— Merci, j'aime mieux cela que tes remontrances, répondit Bennezons en acceptant ce cadeau avec autant de cordialité que son ami en mettait à l'offrir.
— Il est une autre chose à laquelle tu n'as pas pensé, reprit Félix après un instant d'hésitation; la nécessité de tenir ton rang dans la garde t'a fait dépenser d'avance plusieurs années de ton revenu. Forcé maintenant de liquider cet arriéré, tu ne dois pas avoir d'argent disponible; je sais que tu n'en as pas.
— Qu'ai-je besoin d'argent? interrompit Armand; j'ai de quoi payer mon voyage, cela me suffit. Je ne vais pas en Vendée pour donner des bals ou tenir table ouverte; je vais chouanner. Un fusil de chasse sur le dos, à la ceinture tes pistolets et mon poignard; voilà tout ce qu'il me faut.
— Mais en cas de malheur, si tu es forcé de sortir de France, il te faudra de l'argent sous peine de mourir de faim, ou d'éprouver, comme Dante, l'amertume du pain de l'étranger. Tu sais qu'en commençant notre voj-age, nous avions le projet de visiter toute la Suisse et même d'aller jusqu'à Milan. Notre caisse est encore assez bien garnie; pour moi, j'ai besoin de fort peu de chose, puisque je dois rejoindre dans la quinzaine mon nouveau régiment qui est en garnison à L3 on. Tu vas donc prendre le fonds social: capital, cent louis, à ce que je suppose, ajouta Cortail en riant, et il mit sur la cheminée une bourse pleine d'or.
— Mais ces deux mille francs sont à toi seul, et je suis déjà (on débiteur, s'écria Bennc/ons.
— Tu me devras cela de plus.
— Et si je suis tuél
— Est-ce qu'on est tué? tu m'as imposé silence tout à l'heure, à ton tour, pas d'observation. Et puis, ne vais-je pas devenir ton cousin? Nous réglerons nos comptes quant tu auras touché la dot de ta future.
Les deux amis passèrent ainsi le reste de la nuit, se rappelant l'un à l'autre mille circonstances de leur vie passée, auxquelles l'approche
.MISKK KllANÇAI.v.
d'une séparation pcut-ètro clcrucllc douuait uu iiUérèt nouveau; et causant de l'avenir avec uti mélange dY*spoir, de mélanculie et d'insouciance. Au point du jour, Cortail conduisit Armand à la voiture, qui attendait celui-ci devant la façade des bains.
— Adieu, lui dil-il alors, en cachant sous uu calme afTecté une émotion réelle; je te ne dis pas comme le fils de Procida, dans les Vêpres Siciliennes:
Va mourir pour ton prince, et moi pour mon par^.
J'espère bien, au coulrairc, que nous uc mourrons ni l'un ni l'aulre; du reste ^ Dieu, est le maître. Mon pauvre Armand, quand nous servions tous deux dans uutrc beau cinquième i\c la garde, qui eût dit que nous nous quitteriuns ainsi! C'est cette maudite révolution .. . Allons ne pensons pas à cela, a^il y a un mouvement là-bas^ et qu'on y envoie mon régiment., nous allons peut-être nous rencontrer... Dans ces infernales guerres civiles on a vu des frères se tuer avant de se reconnaître... Hah ! sensiblerie femme... tu ne m'écoutes pas.
Kn effet, au lieu «le répondre, Armand contemplait la fenêtre de la rliambre où reposait en ce moment mademoiselle de Chateauvieux. Cortail suivit de TumI ce re;;ard qui restait fixe d'un air de désappointement sur les volets obstinément fermés.
— Je comprends, «lit-il av«i- un nnlan:;»' «le «'ompassion et d'ironie; mais tu espères en vain ; le jour commence à peine, et Anitstasie uc se lève jamais avant neuf heure».
— Klle d«>rt , répondit nenne/.ons, en essayant un pénible sourire ; tant mieux, je serais nuilheurcux de troubler sou repos. Tu as veillé, toi!... adieu!... elle dort!
.Sans dire un mot de plus, Armand acrr.i la main de son nmi avec une énergie ou se peignait la violente Agitation do sou âme, et .s'elanva dans In voiture, qui uu moment plus tar>i IVntraina rapittrment vers itenève.
JL'MFomme fie ift CiriUsaiiotM.
I/homme est évidemmeot né pour vivre a\cc >es semblables comme labeille, la fourrai, le castor et d'autres animaux. De quelle manière qu'il ait été placé dans la chaîne des êtres, ses besoins, sa faiblesse, le désir de se conserver, tout annonce qu'il a toujours vécu en s<»cielc, d'abord avec sa femme; ensuite avec ses descendans. Lhoninic fut et sera toujours ncccssaire à l'homme; aiu>i la sociabilité est un sentiment qui lui e.sl naturel. Neanraoius, en l'ecirianl lie l.i nature et de la vie agreste, Va civilisation a rendu riiununc dépravé, méchant et nalheureux. Ce n'est point le ciel qu'il faut accuser lie uos ni.ilheurs et de nos souffrances, ce sooi les institutions humaines, les conventions socîales et cette fausse éducation qui fait de l'homme un être factice, composé des erreurs et des préjugés qu'on lui a inculques dès >a plus tendre jeunesse.
IMns les rapports de l'honmic a\ec ses semblables se multiplient, pins il «Jevieot méibant et malheureux. La dépravation de rbomnie civilise est si firande, que ses goûts cl ses besoins les plus impérieux sont tont factices; elle est si générale, qa'ane conduite conforme a l.% nature paraîtrait, dans une société policée, ans.si étrange, qu'une figure régulière l'est aux 3 eux lies peuples qui s'ecraseni le visage.
Ku uior.tle , comme eu poliiiqne, presque tout est erreur ou préjuge. L'homme aime mieux •»S'r> n"«* penser; il aime mieux croire, qu'examiner. Le doute est un tourment ponr lui; »oo esprit ne peut se tenir en suspens. Il u'csiime la vérité que par raison, et il sait l'erreur p.ir instinct. L'erreur entre dans son cerveau par (ous les seni, par tous les porcs, et la vrrito w'y péurtre que de forc«* et par violence. Tonto idée admise sans examen, sans la ratification da jugement esi un préjuge: or noos n'apprcnoBs, it.ins notre enfance, qoo les Idées d'au! rat. No« Ire raison est corrompue avant nèoie quVIIc s«»it formre.
La vente est une. (.•u n'^ arroe que par on rhcmin , et oa ■>n écarte par «lllc. C'est
MUSKE FRANÇAIS.
ainsi qu'on n'entre à la vie qac par une porte, tandis qu'il eu est une iunnité par lesquelles on peut on sortir.
Poar connaître la vérité , il faudrait coinincncer par épurer l'esprit de toutes les idées qu'il a acquises par tradition, dans l'enfance, ou qu'il a reçues d'une étude ptu approfondie, dans un Age plus avancé. Mais ce serait détruire la raison humaine, qu'on se donne tant de peine à former et à développer eu nous^ cette raison, qui n'est elle-même qu'une succession d'erreurs et de préjugés, au moyen desquels on nous soumet aux institutions existantes, on nous impose des lois qui ne sont point faites pour nous et le sacrifice d'une existence entière aux exigences de ce que l'arbitre se plait à appeler vertu ou bien public; taudis qu'au moral, comme au piiysique^ tout est relatif, que les mots justice et injustice, bien et m^l, bonté et méchanceté, n'expriment que des idées relatives aux lois et coutumes établies, et aux circonstances. Car ce qui est vertu dans un temps, peut être crime dans un autre ; ce qui est vertu et louable dans nn pays, est défendu et puni de mort^ quelques lieues plus loin; mais le cœur humain est partout le même et de tout temps fut le même; il a ses désirs^ ses passions, ses besoins; et l'homme est né en ce monde pour jouir de son existence et non pour en faire abnégation.
L'homme policé semble si peu fait pour la vérité, qu'il n'ose ni la dire, ni la regarder. Manifestez à un sot ou à un fat ce qu'il vous fait éprouver: il est aussitôt votre ennemi; dites à un malade ce que vous pensez du danger de son état: vous l'assassine/.. La vérité est, pour la plupart des hommes, la tête de Méduse.
L'esprit ne voit les objets qu'à travers le prisme des passions. Nous les apercevons d'une façon, et ils existent d'une autre; nous ue les définissons ni tels qu'ils sont, ni même tels qu'ils nous paraissent, fauie d'expressions assez énergiques. L'homme qui a l:i jaunisse, voit jaune, et nous avons tous plus ou moins la jaunisse dans l'esprit. Les expressions sont iinp'uissantcs
à rendre nos sentimcns. Il n'^- a qu'on goutteux et qu'une mère , à qui l'on puisse donner une juste idée des douleurs de la goutte et de l'enfantement. Nos idées sont de fausses images, nos définitions des signes équivoques des objets. Le moyen de parvenir à la connaissance de la vérité, lorsque tout concourt à courber la tête de l'homme sous le joug de l'erreur I
Pour peu que nos idées aient pris racine dans notre entendement, quelque fausses et absurdes qu'elles soient^ non seulement nous les croyons vraies, mais nous leur donnons le nom de raison^ de lumière naturelle, de principes incontestables. Le moyen de les rectifier? Noos l'avons dit autre part: Les préjugés sont les passions de l'esprit, comme les passions sont les préjugés du cœur : il est aussi difficile de reformer les uns, que de résister aux autres.
L'erreur fut et sera toujours le partage du très-grand nombre. Peu d'hommes agissent par leur volonté et pensent d'après eux-mêmes. Presque tons se conduisent par imitation; l'exemple est leur premier maître, et l'habitude, leur maison; ils regardent sans voir, entendent sans écouter, etjie suivent d'autre guide que la multitude qui les précède ou les environne. Quand tous marchent vers l'erreur, nul ne paraît y m;ircher ; il n'y a que celui qui sort de la foule et qui s'arrête qui aperçoive le mouvement insensé des autres. Ou l'a dit: mais c'est ici le lieu de répéter: Voulez-vous voir la vérité? tournez le dos à la multitude.
Les Tyriens^ étant convenus d'élire pour leur chef celui d'entre eux qui apercevrait^ le premier, le lever du soleil, s'assemblèrent dans la campagne, les yeux tournés vers l'orient. Un seul regardait du coté opposé, et celui-là, que les autres traitaient de fou, vit pourtant les premiers rayons du soleil , qui doraient ^e faîte d'une tour fort élevée. Nous laissons au lecteur le soin de Tapplication.
îiielefeic, Drucf u n K îîerlaa oon Seltagcn A j^Ufing.
yième Aunée.
pr? ^'i ?«T^ "■ïT' ?^ '"''
CHOIX DE LITTÉRATURE
tiré
DES HEEU^IiECRS AITTEIHIS
par O. i. «. JrOJLWF', phof. et du., et C. iSCJtfi'TZ. diu
(Sallerie altérer fran^ofifAer ©ichter.
<Ji'latl)urin Îlc0nicr.
biffer fur feine ^tit bcAft ûuéaejeidjnfte «Jûtprifer ipjrb am 21. rfcemter J573 ^u cb^rfre* «eborm un& rcifcmcte H* tem fleifllid^fn Stanre. (Çcbon in frû^fr 3uç|enb rfifte er it»ftmj( njcb Oîcm. jufrft l')}».! mit fcem ôartinal îrjnvoié te ^t^c^""» (Jritiicbof rcn Xculcui>, tann 1»>0| im -" •Jibilirpé ron ^^dbuiu, ter aie 0efjnfcter an ten Fipjllid)fn StubI tcribin ^in^. 'iidlb njci) i>in.i . .-.:
auf cieie vjcici an. uie unrejjcimasi^ri'iien, c-^nfn iccpio ;Afv?nifr wjnrrno cre ^rcsun ipci Sfbené gfhiiUiat battf, lirftcn ibm Mf|>é (Jinfomnun nicfct lanaf ç^eni<tfn . rr \\axt ju !Koufn am C*.». Octcbcr Uil.i, im neriiflftfn Sabre Uinté îllteré, un^ wurtc nad? ffiner fi^^fncn 3!^pr^^u^a in ttt *t' tri IHoDJumont m rincm bleitrnen i^ar^e triçirftAr. {^ol^rntt ^rati'Anft loU rr m itincr SagOiè ûWH Ç\&l ffibft Pfrfcrli^t tJbrn:
J^fti vescu .s.tafl nul pen^curnt.
Me laissant allrr dourcrarnl A lu bonuc Ivy niiturcllr; K( Ki ni'cstitonc fort pourquojv La mort oz.i soD^rr à mov.
{)uï ne songeay jamai<( rn rll •
T n;±t lv (trn
Otfi^nirr crirarb fi* trn • - • - • ,>;nr ^jinc::. ii:
bjft il! ffinfr 3'"' "t'cïî fine flrrv : rc^rbcrrlctti un^ t:.
lu ^ll^rn. fo itir& man ieicbt ^rnri^t frin, ûinr Unccrrrcibritrn. !Kcbbrit(n unt f<tlrAtrn ^tH* |u rnt* f(fculfuun unt ^ay^fv^fn brrrititiUt^ t\c 5?raft fnncr v- i, f.tnrn trffcnrcn îi^ç un^ tit çjlucf
li*e OtJirrtil, mit n^rlcbrr er baé l'aO^r unt Mr l'j ....... u.;.;ri|f, anrrfrnnrn. *^irlr JuIrrO tirlun'
flfne 3iM' «ffrffn ncct jrçt in Iruun «Jafrrrn mit 'lîir^nû^Mi arUirn n?fr^fn. iÎJbarrr uat trtr net}» tiii ron ibni : '^cilrau bal :>f<)«nicr utrrlrcif^n. atrr ibn nidbl rn^rtun ma±rn. Vitité (rfrnnt au^ VciImu Kltft an, rrr t^rt^ mit ttr ^xHun *î<frrunCcrun| ron ibm ipncbt. ^o fa^f cr untrr 1ln(rrrin in fiincr jfhntrn ^v\\\(\ :
J'nll.ii H'uB plis hartli , par moi-mcntr );ui(i(% K( de mon «eul gvuir ro m.irchaDt i^condr,
ML'feKE FRANÇAIS.
Studieux amrUeur et de Perse et d'IIoracc,
Assez près tie Hcgnier m'asseoir sur le Parnasse.
@o n)ie fcriur (Art. poétique II. v. ms.')
De CCS maîtres savans disciple ingénieux, Régnier seul parmi nous formé sur leurs modèles Daus son vieux style encore a des grâces nouvelles j Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait Tauteur; Et si du son Iiardi de ses rimes cjniques 11 n'alarmait souvent les oreilles pudiques.
llnb cnfclid) (cinquième Réflexion critique sur Longio):
,,Le célèbre Régnier, c'est-à-dire le poète français qui, du consentement de tout le , , monde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes."
SSiele feiner ^Berfe Ijaben (Ict) nod) (jeutigen Zaç^eé aie (?prûct)tî)ôrter irn ÎDîun&e tei 3SoIfé erbah ten; cô ift jetod) fcbrrer, eine 5tué»ral)( aué feincn SBerfen ju treffcn , ta fidj »icl Olnjlbgigcé in iljnen fintet. Wit g^nUm ©ere-iiTen fônnen mt unferen 2efern nur cie folgenbe treffente êcf}jlberun3 eincè ©ccfen min\)çikt\ , teren @run&iï)ee tm |)orai entle^nt ijî.
A Mt\ VAhbé ile BeauUetu
uoiiiiiié par sa iriajestc a l'Eveclic du Iflaus.