AVANT LA BATAILLE
L'étranger salué par le marquis de Rio-Santo du titre de monseigneur répondit à cet accueil à la fois respectueux et cordial par une cordialité pareille et un respect au moins égal. Il y avait, en effet, sous la fougue énergique de son raâle visage, une sorte d'humilité chrétienne. -— Le prêtre inspiré, qui le premier souleva l'Europe catholique au moyenàge pour la précipiter à la conquête du sépulcre saint, devait avoir ce regard à la fois modeste et brûlant, ce front Vaste, courbé sous une pensée d'abnégation pénitente et tout resplendissant pourtant de volonté puissante, indomptable, absolue.
Ceux qui connaissent l'Irlande et les chefs généreux du mouvement qui l'entraine, malgré la robuste opposition d'un grand homme à commencer une lutte acharnée contre ses avides et déloyaux oppresseurs; ceux qui savent que Daniel O'Connell tout seul sert de digue au torrent, et peut retarder le déchaînement des haines légitimes et des justes colères qui s'accumulent depuis si longtemps de l'autre cùté du canal Saint-Georges; ceux, en un mot, qui, ne s'arrêlant pas à la surface des événemens et aux paroles des hommes, voient plutôt dans le grana !ribun irlandais un bouclier pour l'An-
gleterre qu'un instrumeut de châtiment et de représailles, ceux-là devineront le nom et le haut caractère du personnage nouveau que nous mettons en scène. — Les autres admettront sur notre parole qu'il avait droit au titre de monseigneur, et qu'il a\ait droit aussi au respect de tous.
Car il nous semblerait mal-séant et téméraire de jeter à la curiosité frivole que notre histoire a pu éveiller cà et là le nom d'un homme vivant, vénéré, placé par sa position, par son âge et par ses fondions d'une nature spéciale, dans dans une sphère tout autre que celle où s'agitent les acteurs mauvais ou bons de notre drame, parmi les événemens duquel il ne fera que passer d'ailleurs.
— .l'ai vu partir mes pauvres enfans, dit le vieillard en tenant toujours la main du marquis et en le regardant fixement; — je n'ai pas eu le courage de les retenir... Vous les appeliez, milord, et n'êles-vous pas aussi leur père?... N'estce pas à votre bienfaisance inépuisable qu'ils doivent en grande partie leur vie et celle de leur famille?... Mais, au nom du ciel, quel est votre dessein ?
— Ils sontdix mille, n'est-ce pas, monseigneur? demanda Rio-Santo.
— Ils sont dix mille , milord, et d'autres seraient venus, sans les dépenses du voyage. Je ne sais si cela est un bien, mais nos paysans du Connaught perdent confiance aux promesses du grand libérateur... Ils espèrent en vous qui leur donnez du pain au lieu de lever la dime sur leur misère... J'espère en vous, moi aussi, milord, mais je voudrais avoir l'assurance que votre courage ne vous entraînera point, vous et mes pauvres enfans d'Irlande, à une guerre inégale, dont le monde condamnerait les moyens, et que Dieu luimême...
— Monseigneur, attendez à demain , interrompit R!o- Santo avec une certaine émotion dans la voix; — la lettre qui m'annonçait la venue de nos frères d'Irlande me disait aussi votre arrivée... Demain, je vous expliquerai... Demain, vous saurez fout
— Et d'ici à demain, milord?... demanda le vieillard. Tout en causant à voix basse, ils s'étaient éloignés du foyer
autour duquel s'asseyait maintenant le reste des assistans : savoir, 'Waterfield, Randal et Bembo en un seul groupe, et Angus à l'écart, gardant sa contenance sombre et absorbée. Bembo, lui aussi, était triste et préoccupé. Il passait avec distraction ses doigts effilés dans les longues soies du beau Lovely et ne prêtait nulle attention à ses deux compagnons, qui échangeaient çà et là quelques paroles
— Signore, dit enfin Paulus, on prétend que vous en savez plus long que nous sur bien des choses. Pourriez-vous nous apprendre quel estce monseigneur a\ec qui s'entretient le marquis?
Bembo n'entendit pas, — ou ne voulut pas répondre. Hormis Rio-Santo lui-même, il méprisait et délestait tout ce qui faisait partie de l'association.
Waterfield savait maintenant mettre une couche de flegme sur sa fougue brutale d'autrefois ; mais dès que l'œil du monde n'était plus fixé sur ses actions, il redevenait pour un peu le rude tueur de bœufs d'Eagle-River.
— Eh 1 signore, reprit-il avec un sourire de grossier sarcasme, — laissez là Lovely, votre rival dans les bonnes grâces de Sa Seigneurie, et répondez à ceux qui vous parlent.
Bembo releva lentement sur lui son grand œil noir, tout plein d'indifférence et de dédain, — puis il se reprit à carasser en silence la soyeuse fourrure de Lovely.
— Qui se ressemble s'assemble ! grommela Paulus.
Un faible sourire courut parmi le bouquet de poils bruns qui ombrageait la lèvre du cavalier.
— Monsieur, dit-il, d'autant qu'il n'y a point ici beaucoup de choix, mis à l'écart don José, son compagnon et ce gentleman, ajouta-t-il en saluant le laird, — je vous remercie de ne m'avoir point comparé à pire que Lovely.
Son regard mo(iueur, complétant sa pensée, glissade Paulus à Randal et de Randal à Paulus.
Ce dernier fit un brus(iue mouvement de colère. Randal avait les yeux fixés sur le laird.
— La paix 1 murmura-t-il en serrant le bras de Paulus.
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— Eh bien ! Mac-Farlane, ajoula-t-il tout haut , — qui diable vous a comme cela félé le crâne ?
Celle question détourna l'attention de Waterdeld et de Bembo lui-même qui n'avait fait qu'entrevoir le laird la veille au moment où ce dernier s'évadait d'Irisli-IIouse^eiqui ne le reconnut point. Bembo remarqua seulement alors, ainsi que Paulus, les blessures sans nombre qui couvraient le crâne et le visage de Mac-Farl?ne.
Cehii-ti prit le poker et tisonna le feu.
— Il y a maintenant quinze ans qu'il vint un soir à la ferme de Leed, murmura-t-il en lixant ses yeux égarés sur Randal ;
— ce fut une nuit de malheur. Il m'ensorcela... Depuis, je suis un malfaiteur... Ah ! laisser tuer, c'est tuer... Je suis l'assassin de Mac-Nab... Et maintenant... mesenfans! mes enfans I
Il laissa retomber sa tête sur sa poitrine
— Je veux mourir, dit Randal à voix basse, si ce maniaque n'a pas quelque chose dans la lête... Je le connais... Il médite quelque diable de coup !
— Que peut-il faire? dit Paulus en haussant les épaules. Bembo s'était levé et avait gagné une embrasure donnant
sur la place de Beigrave. La terre et les arbres dépouillés du square étaient couverts de neige. Bembo remarqua, non sans surprise, sur ce fond uniformément blanc, plusieurs formes noires, tantôt immobiles, tantôt s'agitant sans changer de place, comme un homme qui piétine. — Ces objets, du reste, étaient fort indistincts parce qu'il faisait sombre déjà et que le gaz n'étaitpoinl allumé encore.
Bembo ne put empêcher une vague inquiétude dese glisser au dedans de lui.
Il tourna les yeux vers monsieur de Rio-Santo afin de lui montrer ces ombres qui, ainsi rassemblées et immobiles sur la neige, par une température glaciale, ne pouvaient être ni des passans, ni des promeneurs, — mais le marquis était tout entier à son interlocuteur.
Or, ù part le marquis, il n'y avait là que Lovely auquel Angelo voulût bien adresser la parole, et Lovely, pour intelligent qu'il put être, n'eût vraisemblablement point compris les craintes du cavalier.
Ces formes noires qui tranchaient sur la neige étaient Donnor d'Ardagh et ses compagnons aposlés là par Slephen. Le jeune médecin et Franck Perceval se tenaient un peu plus loin et se trouvaient cachés par la courbe du parc intérieur du Square.
Rio-Santo et son interlocuteur revinrent à pas lents vers le foyer.
— Songez-y, milord, disait le vieillard d'une voix solennelle; — l'épée de Dieu doit être sans tache et les voies de la Providence, pour être mystérieuses et détournées souvent, ne côtoient jamais le chemin de l'enfer. . Vous êtes puissant et votre cœur a conçu un dessein généreux et noble. Mais que les moyens soient purs autant que le but est grand!... A demain donc, milord; je compte sur votre promesse; demain je saurai si mes pauvres enfans, qui ont retrouvé dans votre Saint-Giles de Londres une misère plus grande encore que la misère de l'Irlande elle-même, peuvent vous donner leurs bras et leurs cœurs, suivre votre route en aveugles et mourir chrétiens en mourant avec vous.
— Demain, monseigneur, répondit Rio-Santo, je n'aurai plus rien de caché pour vous.
Il reconduisit le vieillard jusqu'à la porte extérieure d'Irish-IIouse,et ceux qui sa fussent trouvés à portée l'auraient vu baiser dans l'ombre la main qu'il avait pressée tout à l'heure entre les siennes.
Au moment de repasser seul le seuil du salon, il s'arrêta et s'appuya |»ensif au montant de la porte.
— Demain! murmura-t-il au bout de quelques secondes. Ah! cet homme dit vrai : l'épée du Seigneur doit être pure et sans tache... mais ce que j'ai fait de bon, placé dans la balance, l'emportera peut-être sur mes fautes... Et puis j'ai travaillé vingt ans!
U secoua si brusquement la tête que les anneaux de sa riche chnvolurc s'agitèrent comme les mèches frissonnantes de la crinière d'un lion. Son front se releva. — Lorsqu'il entra
dans la chambre, on n'eût point deviné , sous la résolution hautaine et indomptable brillant dans son regard, qu'un vent d'hésitation et d'angoisses venait de passer sur son ûme.
— Mon frère Angus, dit-il au laird en lui tendant la main, — je suis bien heureux de vous trouver ici. Vous eussiez manqué à cette réunion, où sont rassemblés tous ceux qui ont une portion de mon secret. — A vous, monfrère, je vous l'ai donné tout entier, il y a bien longtemps.
— Il y a quinze ans , — la nuit, — à la ferme de Leed, prononça .Mac-Farlane d'une voix sourde.
En même temps, il répondit avec une vigueur convulsive à la pression de la main du marquis.
Randal Graham hocha la tête d'un air de crainte et de doute.
— Ecoutez-moi, amis, reprit Rio-Santo dont l'œil rayonnait l'enthousiasme et l'audace; — écoutez-moi. L'heure est venue de ne vous plus rien cacher... H y a vingt ans que j'ai déclaré, moi tout seul, la guerre à l'Angleterre, au nom de mon père mort et de l'Irlande opprimée... Il yavingt ans que je frappe sans relâche... Celte nuit, je vais livrer bataille rangée et décider le destin de la guerre d'un seul coup... Je vous ai choisis pour mes lieulenans.
— Merci, dit Bembo.
Randal et Paulus se rapprochèrent ; le premier, hommeintelligent et énergique, s'était donné sciemment au marquis ; l'autre était subjugué. L'audace supérieure de Rio-santo avait opéré sur lui complètement. Il était dévoué autant et plus que si son dévouement instinctif eût eu sa source dans la tête ou dans le cœur.
Quant au laird, il croisa ses bras sur sa poitrine et dit froidement :
— Ah! c'est pour cette iiuit? C'est bien, mon frère Fergus. Je suis content d'être venu.
— Tout est prêt, reprit Rio-Santo; — les mesures patiemment combinées depuis si longtemps vont aboutir à la fois... Ne croyez pas aller au combat en victimes dévouées ; la victoire est sûre, — plus sûre que si je m'appelais Ferdinand ou Nicolas, et que j'eusse derrière moi les soldats de l'Autriche ou de la Russie... A l'heure où je vous parle, l'Irlande armée attend le signal de la guerre ; le p£iys de Galles, prêt à se soulever, dissimule la vaste conspiration de ses paysans sous des mascarades grotesques, et fourbit ses armes, tandis qu'on le croit occupé à couvrir de caricatures les murailles neuves des barrières de l'octroi ; Birmingham et les comtés manufacturiers s'agitent pour la charte du peuple: — il y a là cinquante mille soldats qui n'attendent qu'un cri parti de Londres pour serrer leurs rangs et marcher. — Autour de Londres, euûn, d'innombrables meetings ont proclaméaussi la charte du peuple, et ce nom nouveau de charlistes a fait trembler les ministres du roi dans le conseil...
A Londres... Ah ! c'est à Londres que nous sommes forts ! Aujourd'hui même de fatales rumeurs ont épouvanté la bourse. L'Angleterre se croit menacée d'un second blocus continental. Il semble que l'esprit de Napoléon, perçant le marbre de sa tombe lointaine, ail traversé les mers pour soufllerdes pensées de haine et deguerreàtous les cabinets européens... On a peur, savez-vous; le commerce se trouble; les capitaux, ce sang des veines de l'Angleterre, vont cesser découler; le colosse va tomber en paralysie. ..-Et c'est à ce moment même qu'une attaque formidable et soudaine va fondre sur lui... Tandis que la Compagnie des Indes est meurtrie encore des coups sans nombre ijui l'ont frappée, tandis qu'elle déploie la perte de ses comptoirs, de ses navires et les cent millionsannuelsque le récent édit del'enipereur de la Chine contre l'opium va enlever de ses coffres, tandis qu'elle enrôle de nouveaux soldats pour soutenir les mille petites guerres que lui font, séparés ou unis, les rajahs spoliés de l'Indostan, tandis qu'elle s'épuise, en un mot, ù se défendre contre des attaques lointaines, la guerre et le pillage sont à ses portes...
— Et tout cela, c'est toi (jui l'as fait ou qui le feras, n'est-, ce pas, mon irère Fergus? dit le laird.
LES MYSTÈRES DE LONDRES
SU
— C'est moi, moi tout seul, répondit Rio-Santo dont le regard eiil un vif éclair d'orgueil.
— El luius, que faui-il faire? demanda Bembo qui trem- Llaild'iuipaiience et d'ardeur.
— Mon frère Fcrgus est bien fort! reprit le laird avant que UioSanto pût répondre; — quand il parle, on obéit... N'ai-je pas oublié, parce qu'il m'a dit : oublie ! ma haine ^onire le bourreau de ma sœur?... Ah! je suis tonleiild'ètre venu ! ]
Uiû-Santo lui prit les mains et les serra entre les siennes.
— Merci, mon frère, dit-il avec émotion; — et moi aussi je suis heureux de toucher votre main ù l'heure du danger, à vous que j'ai choisi entre tous pour épancher mon ciEur et pour aimer.
La main du laird trembla légèrement; ses cicatrices se rougrreiU jusqu'à paraître sur le point de saigner.
Uio-Saiito poursuivit :
y — La Compagnie, c'est la moitié de l'Angleterre... L'autre /moilié, les parties nobles de ce grand corps, le cuur et la télé, le gouvernement en un mol, sont minés avec la même énergie, seront frappés avec la même violence... En ce moment, les chambres du Parlement sont assemblées ; on s'y tait; on craint d'apporlcr fi la tribune de mortelles révélations; whigs et tories, par un tacite accord, laissent de côté le dédale d'embarras et d'obstacles où ce qu'ils nomment la fatalité a poussé l'Angleterre... Ils ne disent pas que Papineau, l'illuslre agitateur de l'Amérique du Nord, préside la chambre d'assemblée du bas Canada, et combat victorieusement leur domination sur une contrée aussi grande que l'Europe... Ils ne disent pas que les Etats-Unis menacent, — et que de tous les points du globe à la fois s'élève une tempête i qui s'avance, qui s'avance obscurcissant au loin l'horizon e ' couvrant déjà ce lier soleil de l'Angleterre, dont le sol tremible sous les pas de sestils...
Oh ! s'ils ne le disent pas, ils le savent. Il faudrait de la santé, de la jeunesse, de la sève pour résister à ces attaques du dehors, — et tout est caduc, usé, vieilli. — Le paupérisme, envenimé par le vice, étend partout sa large plaie. Point de travail. Des monceaux d'or et pas de pain...
Aulieude force, enfin, pour se raidir et faire faceau péril, rien que faiblesse etapalhie, produites par ce triple cancer : les pauvres, le chartisme, l'Irlande.
Comme si Dieu eût voulu montrer aumonde, par un exemple sensible, que les peuples sont comme les hommes, et que les débauches politiques ont, comme les orgies privées, le clu'itiment des lèpres honteuses.
Eli bien! c'est sur ce corps épufeé que vont tomber, aujourd'hui, nos coups. . JSous sommes en force. ..Nous serions trop forts, sur ma parole, et je rougirais presque d'attaquer, si notre cause n'était pas si sainte, — car nos soldats seront vingt contre un dans la mêlée... Comptez avec moi notre armée : Spitael-Fields a dii vomir, ce soir, dans Londres, ses milliers de tisserands audacieux, turbulens, irrités par la baisse récente des salaires; Saint Giles a ouvert ses bouges et jeté dehors ses innombrables botes, comme une inondation furieuse que nulle digue ne saurait retenir ; l'Irlande nous a envoyé dix mille soldats qui attendent mes ordres ; la Famille enfin, dont je me suis fait le chef pour diriger ses puissantes ressources contre l'ennemi, la Famille, dont les membres ne pourraient point se compter, servira mes desseins sans le savoir... Quediles-vous de mon armée?
— Jedis qu'on croit vous deviner parfois, milord, répondit Bembo, comme ces enfans qui n'ayant jamais vu la mer immense, agrandissent en tous sens l'étang de leur village etse disent : la mer est ainsi; — mais votre pensée reste toujours au-dessus de ce qu'on imagine, autant que l'Océan sans limites est au-dessus de l'étang élargi.
— C'est une vaste combinaison ! ajouta Randal d'un air pensiL
— Dieu me damne! dit Waterfield, il n'y avait pas besoin de tout cela pour mettre à la raison quelques centaines de liorse-giiards, de lil'e-guards et de grands coquins rouges, bleus ou blancs.
Le laird releva doucement sa tête
— Oui, oui, murmura-t-il, mou frère Fergns fait tout ce qu'il vent .. Il y a. douze ans que !\Iac-Nab est mort il jeue l'ai pas encore vt-ngé... <?uand on peut arrêter la vengeance d'un homme sans le tuer, on est aussi fort que le destin... Mais la voix des rêves sait-elle mentir?... Il ya maintenant Mac-Nab et mes deux fdles... Je suis content d'êire venu !
Ces dernières paroles se perdirent, indisiiiicies et confuses, dans le bruit du tisonnier frappant avec force les masses de coke enflammé qui rougissaient la grille.
Nnl n'y prit garde, si ce n'est peut-être l\andal, qui regardait toujours Mae-Farlane d'ua air inqoietet soupçonneux.
Rio-Sanio, qui avait parlé jusqu'alors avec entrainement et chaleur, se recueillitun instant etrcpritd'une voixcaVme:
— Voici maintenant, amis, quels sont vos postes de bataille : — Ange , vous allei tous rendre snr-le-champ au coin de SaintJames-Strcet qui est en ce moment encombré de foule. Il y a là des hommes de la Famille en grand nombre et cinq cents Irlandais armés soos leurs babils. Les chef» ont un mouchoir autour de leur chapeau. Ils attendent leur commandant : vous vous ferez rcconnaitre avec le mot d'ordre qui est erist, — puis vous attendrez, vous rapprochant le plus possible du palais de Backingham, où est le roi.
— Et qu'allendrai-je ? demanda Rembo.
— Vous attendrez qn'un coup de canon tous donne le signal d'attaquer le palais de Sa Majesté.
— C'est bien, dit Bembo ; — vous pourrez compter sur moi, milord.
— Vous, Patilus, poursuivit le marquis, vous allez vous rendre dans AVhite-Hall et vous charger à la fois de l'amirauté, de la trésorerie et des horse-guards... Vous trouverez là des chefs subalternes qui vous attendent, et les hommes ne vous manqueront pas.
— Le mot d'ordre est le même? dit Paulus.
— Le même, ainsi que le signal.
— Ma foi, O'Rreane, — ou, niîlord, si cela vous convient mieux, — s'écria l'ancien tueur de bœufs, il faut vous dire que je me moque de la verte Irlande comme des antipodes, mais je ferai tout ce que vous voudrei... C'est une chose convenue.
— Vous, Randal, poursuivit encore Rio-Santo, vous aurez les deux chambres du Parlement, et spécialement les ministres que vous ferez prisonniers. — Smith et Falkstone, qui sont prévenus, cerneront les bureaux de la Compagnie des Indes et Somerset-Iïouse. — Les autres établissemens du gouvernement auront affaire à nos Irlandais et à l'émeute.
— El vous, milord? demanda Randal.
— Moi, répondit le marquis, je vous donnerai le signal avec les vieux canons de la Tour de Londres où je sais les moyens de m'introduire.
— Ah ! .. murmura le laird qui écoutait, immobile et les yeux baissés.
— Vous, mon frère Angus, répliqua Rio-Santo, vous me suivrez partout. Ce n'est pas en ce moment qu'il faat nous séparer.
— Je suis content, dit le laird.
Rio-Santo regarda la pendolequi marquait huit heures, et se leva.
— D est temps de nous séparer, messieurs, repril-il ; — au revoir, Ange, que Dieu vous protège, mon fils chéri. — An revoir, ami Randal, et vons, mon brave VValerlleld... j'espère que nous nous retrouverons bientôt.
— Puissiez-vous ne pas vous lromp."r, milord! murmnra Bembo avec émotion. Je vous dis du fend du cœur que le moment où je tous reverrai sera l'un des plus beaux de ma vie.
Il serra la main que lui tendait Rio-Santo. Randal et Pauus en firent autant, et tous trois sortirent par la porte de derrière qui donnait sur Belgrave-Lane, afin de se rendre à 1 eurs postes.
Angus et le marquis restèrent seuls.
Ce dernier passa sous ses babils une riche paire de pistoets et glissa dans son sein un court poignard à lame maie