‹ Musée littéraireChapitre 137 sur 170 · LA VOIX DES REVES · texte numérisé non relu

LA VOIX DES REVES

Le cheval du marquis de Rio-Santo allait comme le venL Le voyage se faisait en silence ; mais Clary, forcée de se serrer contre Edward, était heureuse.

C'était son rêve, son beau rêve qu'elle avait fait durant sa captivité chez le docteur Moore.

Elle respirait avec délices l'air froid de la nuit qui venait frapper son front brûlant. Elle regardait fuir de chaque côté comme de féeriques chimères les masses sombres des maisons et les brillantes lignes dessinées par le gaz.

PAUL FÉVAL

Oiiallail-ellcP— Ah! ceci importait peu. — DùlEdwarJ la conduire où le fantùine de Burger conduit la pauvre Lénore, Clai-i' n'eût point cessé de sourire.

On perdit liientot de vue les maisons de Londres. — An premier village de la route d'Ecosse, le marquis descendit de clieval. l ne cliaise de poste était préparée par les soins de Bemlio. Le manjuis y monta avec Clary.

Ce fut un étrange voyage, monsieur le marquis de Rio- Santo n'avait pas tardé à s'apercevoir de sa méprise et aussi de l'état où se trouvait sa belle compagne. (Quelques mots de Clary le mirent sur la voie, et il ap|irit en même temps son nom et sa qualité de sœur d'Anna, la cliarmanto quêteuse de Temi)lc-Cluircli. Le marquis avait éprouvé pour la plus jeune des filles du laird, sans la connaître, un de ces fougueux et passagers amours qui avaient chez lui la durée d'un caprice et la force d'une passion ; mais dès qu'il sut la naissance d'Anna, sa tendresse devint autre et se partagea également entre les deux sœurs.

Il avait pardonné ù Angus dont il connaissait le faible esprit. Les lillcs d'Angus étaient les siennes.

Durant toute la route, il traita miss Mac-Farlane comme un père eût traité un enfant chéri. Mais, par l'elfct involontaire de l'imiircssion vive et profonde produit sur lui naguère par la vue d'Anna, le marquis, dans l'entretien décousu et bizarre qu'il eut avec Clary, prononça plusieurs fois le nom de sa jeune sœur. Chaque fois, ce nom tombait comme un fardeau sur le cœur de Clary, — Elle était alors jalouse comme dans son rêve, et le complet bonlieur qu'elle ressentait de la présence d'Edward se changeait en amôre angoisse.

Rio-Santo se rendait à Sainte-Marie de Crewc, où devaient le rejoindre Waterfield, Smith, Falkstone, Bembo etRandal, — si Randal était encore de ce monde. Malgré le tendre intérétque lui inspirait Clary Mac-Farlane, cette créature si belle et si malheureuse, dont la folie était de l'aimer, Rio-Santo donnait bien souvent son esprit, comme on le pense, aux graves intérêts tju'il avait en main. Infatigable et non vaincu pour n'avoir pu vaincre lui-même, il combinait de nouveaux plans de bataille et recommençait sur nouveaux frais cette longue et implacable guerre qu'il avait déclarée à l'Angleterre.

En somme, son plan subsistait. L'échec qu'il venait d'éprouver retardait ses coups et ne les parait point.

Il avait toujours par devers lui, à part même sa volonté ferme et son génie, des ressources accumulées pendantquinze ans.

Le fait seul d'avoir recouvré sa liberté, le replaçait redoutable et robuste comme devant, en face de son ennemi, étonné encore de son audacieuse attaque.

Cependant il ne se dissimulait point que, dans semblable guerre, n'avoir pu vaincre du premier coup est une condition fatale dont il faut éluder les résultats. Il ne comptait pas frapper une seconde fois tout de suite un adversaire puissant et sur ses gardes.

Savoir attendre est le propre des hommes forts, et Rio- Santo avait attendu vingt ans déjà.

Et pendant ces vingt ans, il avait calculé son assaut de telle sorte que, sans la trahison de son meilleur ami, nul ne peut dire quelle portion des institutions anglaises, quelle parcelle de l'Angleterre elle-même eût résisté à l'explosion.

Or, la mine n'était point comblée ; elle demeurait chargée et le jour devait revenir où l'on pourrait y mettre le feu.

Tandis que le maniuis roulait en lui ces pensées, Clary le regardait avec admiration ; elle ne bougeait pas et s'enfonçait à plaisir dans son extase.

On franchit la frontière d'Ecosse. Là s'arrêtaient les relais ménagés par la Famille. Le marquis fut obligé de monter à cheval de nouveau et de prendre Clary en croupe.

Mars commençait. C'était une de ces journées où le printemps et l'hiver se disputent l'atmosphère incertaine. Te soleil avait jeté dans l'air une chaleur molle et inusitée sous laquelle les arbres avaient ouvert leurs bourgeons avant l^ure et qui avait relevé les touffes affaissées du gazon ^ite riche fourrure de la terre.

Li uuit descendait, précédée par une Lrise tiide qui dé-

roulait au ciel les ondes orageuses de grands nuages gris, épais, changeans et tourmentés par les mystérieux conflits des électricités contraires. — Clary, dont le système nerveux n'avait point encore repris son assiette, subissait énergiquement les effets de cette température anormale. Elle avait d'abord é|)rouvé une excitation générale, un flot de vie et de bien-être avait coulé dans ses veines, puis la réaction était venue ; sa line taille s'était affaissée sous le poids d'un malaise invincible.

En un certain moment Rio-Santo sentit les bras qui l'entouraient faiblir et se relâcher. 11 se retourna sur la selle. Clary était pûle comme une statue de marbre et avait les yeux fermés.

Il restait alors ù peine un demi-mille à faire pour arriver au fhâleau de Crewe. Néanmoins, le marquis crut devoir arrêter son cheval et déposer Clary sur le bord du chemin.— La terre était bien froide. Le marquis étendit son manteau sur l'herbe et déboucla la selle de son cheval dont il fit un oreiller ù Clary, après avoir eu la précaution d'ùter des fontes ses pistolets qu'il jeta sur le gazon.

Clary demeura d'abord immobile.

Puis elle rouvrit les yeux et jeta autour d'elle des regards charmés.

Elle reconnaissait l'Ecosse et ces lieux souvent visités lui rappelaient son enfance ; — mais il lui rappelaient encore un autre souvenir... le rêve, le rêve douloureux où elle avait vu Edward entre elle et sa sœur Anna.

— Elle n'est pas là aujourd'hui, murmura-l-elle avec une joie inquiète; — dites, Edward... elle ne doit point venir, n'est-ce pas ?

Rio-Santo comprenait que la pauvre fille était en proie aux premières atteintes d'une hallucination, mais il ne savait point ce dont elle voulait parler.

— Nous sommes seuls, répondit-il, — tout près de la maison de votre père, Clary.

— Mon père I répéta miss Mac-Farlane : — Oui, oui, Edward... La ferme de Leed est de l'autre cùté de la montagne... C'est là que nous serons bien heureux...

Elle s'arrêta et reprit en baissant la tête :

— Si ma sœur ne vient pas, comme l'autre fois I

Elle garda le silence durant quelques secondes et appuya son front brûlant sur la main que le marquis lui tendait.

— L'autre fois! poursuivit elle. Oh! si vous saviez combien j'ai souffert, Edward !... J'avais été heureuse tout le jour, comme aujourd'hui, heureuse de vous voir et d'entendre votre voix, heureuse de m'appuyer sur vous... Que saisje?... Et la nuit venait comme maintenant... Ah! oui .. c'est bien cela 1... Nous étions ici, je pense... Vous, à la place où vous êtes... moi, à celle où je suis... Mon Dieu! Mon Dieu! va-t-elle venir encore?

— Non, chère enfant, répondit à tout hasard Rio-5anto ; — je vous promets qu'elle ne viendra pas.

— Merci... merci, murmura Clary. — Pourait-elle aimer autant que moi?...

Ce dernier mot expira dans son gosier et fut suivi d'un cri plaintif. — Tout son corps tressaillit violemment et ses yeux s'ouvrirent, démesurément distendus par une subite et inexplicable épouvante.

— Pitié!... pitié! dit-elle d'un ton bref cl saccadé;— la voilà... Pitié!... Ne vous mettez pas ù ses genoux comme l'autre fois... Ne me repoussez pas ainsi... Edward!... Oh! que vous êtes cruel de m'oublicr et de l'aimer!...

— Clary!... ma chère Clary, disait le marquis en essayant de la calmer.

Mais la jeune fille, dominée de plus en plus par son délirant transport, haletait, s'agitait, sanglotait. — Le marquis avait peine ù contenir ses convulsifs efforts.

— Vous me repoussez? reprit-elle d'une voix pleine de larmes déchirantes ; — vous lui souriez... vous la serrez contre votre cœur... Ah ! prenez garde!... C'est ici... C'est ici que Blanche tua Bertram de Jedburgli... pour un baiser.

Elle joignit les mains avec angoisse.

—Pour un baiser! rêpêta-t-cile... Ah 1. . vous aussi!... vos lèvres louchent les siennes !...

LES MYSTÈRES DE LONDRES

Un éclair de fureur désordonnée scintilla dans son œil. Elle se rejeta soudainement en arrière et sa main rencontra par hasard le canon fioid de l'un des pistolets...

Son geste fut rapide comme la pensée.

Une détonation se Ut dan!% le silence du la campagne soH- Caire.

Monsieur le marquis de Rio-Sanlo tomba frappé par la balle en pleine poitrine.

Clary, la pauvre insensée, poussa un cri de terreur et s'en fuit.

La prophétie du laird se trouvait accomplie ; la voix des révcs avait dit vrai : c'élail, suivant l'emphase du langage biblique, si fort usité chez les Écossais, le sang de ses veines, la chair de sa chair qui mettait à mort son frère Fergus.

L'horizon n'était pas entièrement éteint encore. — Monsieur le marquis de Uio-Santo, immobile et renversé la face tournée vers le ciel, ne poussait pas une plainte. Mais aux dernières et incertaines lueurs du crépuscule on aurait pu lire sur ses nobles traits l'expression d'une douleur amère et sans bornes.

H se sentait mourir, — et il mourait vaincu.

Le seul homme qu'il eût aimé l'avait trahi. Il tombait sous !es coups de la seule fcnniie ([u'il eût resjicctée.

N'est-ce pas un châtiment sans nom que d'être puni, non pour ses fautes, mais pour le bien qu'on a fait?...

Le voile de la nuit s'épaissit. Bientôt on ne distingua plus ce cadavre qui se confondait avec la verdure sombre de l'herbe du chemin.

Mais lorsque la lune, passant par-dessus la cime des taillis voisins, vint éclairer de nouveau la scène, on vit à sa blanche lueur, une femme agenouillée auprès du corps de monsieur ae Rio-Santo.

Cette femme priait.

Elle semblait avoir passé depuis longtemps les limites de la jeunesse, et pourtant elle était bien belle encore. Il y avait autour de son front pile comme une auréole de résignation sainte...

Cette femme était Mary Mac-Farlane, comtesse de White- Manor, qui venait de reconnaître dans le cadavre étendu sur le gazon Fergus O'Breane, son premier, son unique amour.

Quand elle eut achevé sa prière, elle mit la main sur le cœur de Fergus, qui ne battait plus.

La lur.e montait ù l'horizon et tombait d'à plomb sur les traits du mort.

Il n'y avait plus de douleur sur ces traits. Les paupières abaissaient leurs longs cils de soie sur des joues calmes. La ligne des sourcils ne tremblait pas ; la bouche semblait s'être close en un sourire.

En ce sourire rêveur, heureux, tout plein de mystérieuses joies, qui venait parfois naguère ù la lèvre de monsieur le marquis de Rio-Santo, lorsqu'il isolait sa pensée de la foule et se repliait sur lui-même.

Avait-il , dans sa suprême extase, entrevu la porte du ciel?...

Mary Mac-Farlane se pencha et lui mit au front un baiser de sœur. — La lune voguait, nef éclatante, parmi l'azur Ju firmament; la brise chantait doucement dans le feuillage. — Celte mort était tranquille et belle, entourée des splendeurs silencieuses de la nuit et des élans purs de la prière.

tlnous faut franchir un long espace de temps pour arriver JU moment où se calma la tempête soulevée dans la vie de nos personnages par le passage ù Londres de monsieur le marquis de Rio-Sanlo.

Le choc subi par quelques-uns d'entre eux, tels que Mary Trevor, Clary Mac-Farlane cl la comtesse de Derby, laissa des traces indélébiles. Elles avaient, toutes les trois, essuyé de trop près les terribles rayons de Tastre pour perdre ja-

mais son souvenir. La comtesse de Derby s'expatria et vint en France chercher l'obscurité, sinon le repos.

Mary Trevor, à la suite d'une convalescence longue et pénible, recouvra sa frêle beauté d'Anglaise et toutes ses aristocrali(iues perfections. Comme elle n'avait jamais cessé d'aimer Frank Perceval, elle revint vers lui avec franchise et avec bonlicur dès que lady Campbell, celte spirituelle femme d'un certain âge, lit trêve de sopbismes et d'obsessions. Mary Trevor est maintenant lady de Fife, Perceval ayant succédé à la pairie de son frère.

La pauvre Clary fut moins heureuse : Slephcn, sa mère, et Anna se retirèrent avec elle au châleau de Crewe, héritage laissé par le laird Angus Slac-Farlane, qui s'était volontairement noyé dans la Tamise après avoir livré son frère Fergus aux magistrats. L;"i, Clary fut entourée de plus de soins et d'amour qu'il n'en faudrait pour vaincre le plus tenace des spleens, mais elle avait été trop cruellement éprouvée. Sieplien épuisa pour elle tous les secrets de son art; il l'aima d'autant plus qu'elle soulfrait davantage; Anna, la douce et charmante. lille, lui prodigua les soins de sa caressante amitié, — et enlin, Susannali de Lancester que Brian avait rendue à sa mère, la comtesse de While-Manor, la couvrit de sa tendresse bienfaisante et riche en consolations. Slais il fallut de longs mois pour que ces efforts combinés aboutissent a un résultat.

Clary restait frappée, pour employer un mot vulgaire que la langue académique ne saurait point traduire.

A la longue néanmoins, les glaces de son esprit se fondirent à la douce chaleur de tant d'amours réunis. Clary recouvra la raison et ne garda qu'une profonde et invincible mélancolie que SIephen, son mari, ne put jamais guérir.

Avait-elle conservé souvenir du meurtre commis par elle dans sa folio? Nous ne le pensons point. Nul témoin n'avait assisté à cette sanglante catastrophe, qui était un secret entre la nuit et Dieu. — Mais elle se souvenait d'Edward vivant.

La comtesse de White-Manor jouissait avec ivresse delà présence de sa lille qu'elle avait tant et si longtemps pleurée. Elle ne voulait point la (juitler, et si une larme discrète s'échappait des beauxyeux de Susannah à la pensée de Brian, cette larme était bien vite séchée par les baisers passionnés de sa mère.

La belle filie reconnaissante et charmée par celte tendresse inconnue, n'oubliait point son bonheur brisé; mais elle se résignait parce qu'elle était forte, et remerciait la miséricorde de Dieu qui faisait luire dans les ténèbres de sa détresse le doux cl radieux sourire d'une mère.

Avec sa mère, elle apprenait la vie, les choses de la terre et du ciel. Son ccur noble et grand se dilatait aux enseignemens de la morale divine.— Peu à peu, ses larmes se séchèrent; — et, quand elle pleurait encore parfois, il n'y avait plus d'amertume dans ses larmes, parce qu'elle mettait son espoir maintenant au delù de la route étroite et bornée que nous parcourons ici bas.

En somme, il y avait dans la famille Mac-Farlane, composée de la comtesse, de Susannah, des deux filles du laird et dcSlephen, un calme serein et reposant, sous lequel la résignation ressemblait au bonheur.

Anna seule, la plus gaie de toutes autrefois, avait des heures de douloureuse rêverie qu'elle cachait soigneusement à ses sœurs. — Mais un jour on vit arriver au chûteau de Crewe un étranger de noble apparence, et Anna retrouva son joli sourire. Cet étranger était le chevalier Angelo Bcmbo,qui demanda et obtint la main de la plus jeune des misses Mac-Farlane.

Bembo était complètement dégagé de tous liens avec la Fami'//c,donl il n'avait fait partie iiue pour obéir à Rio-Sanlo. Néanmoins, avant d'épouser Anna, il dut lui avouer qu'il ne s'appartenait pas entièrement et que, un jour venant,— peutêtre,— il aurait à exposer sa vie pour une cause qui devait rester un secret

jvfous expliquerons tout-à-l'heure ce qu'était, suivant nous, le secret dAngelo Bembo.

Susannah revit une fois Brian de Lancester; ce fut à l'oc-

PAUL FÊVAL.

casion de la mort du comte de White-Manorqui décéda en état de fnlie à la maison de santé de Denliam-Park Brian liaisa la main (l« sa nièce, qui était froide et pile comme une main d'allùin». Il notilia sa prise de possession de la pairie et partit sans avoir couché sous le même toit que Susannali.

Brian souffrait et n'avait point de mère dont la tendresse pût le consoler. 11 était seul. Les gens comme Ini repoussent la foule cl n'ont point d'amis.

Son amour n'était pas de ceux qui s'éteignent par l'oubli. C'était un amour jeune dans un cœur viril. Brian \ie devait point s'en puérir. — Il essaya de tout; il arriva au dégoût de toutes choses. — A l'heure où nous écrivons, Brian étonne parfois la chambre des lords par des jets soudains d'excentrique éloquence. Le discours qu'il a prononcé en 1841 sur les partages nobles a fait tressaillir le sac de laine du chancelier d'Angleterre et les perruq'ies blanchâtres de tous les nobles pairs. Brian ne serajamaisun homme d'état; il est, a sa façon, un grand orateur.

Maintenant, nous dirons un mot des personnages secondaires de notre récit:

Le prince Dimitri-Tolstoïa été rappelé en 1837, parce que la jeune reine l'a trouvé trop laid de beaucoup. — 11 s'est fait crniile sur ses vieux jours, et enseigne la diplomatie à des petits Kosaks.

Monsieur le vicomte de Lantures-Luces a fait une fin. I! a épousé un très grand bas-bleu, qui, abusant de sa force musculaire, le contraint t"! écouter plusieurs centaines de vers, tous les jours, sans bùiller ni dormir. Il se dit malheureux, — parlant, hélas ! fort sérieusement.

Bishop le burLeur a été pendu, comme chacun sait, pour . le meurtre d'un enfant de six ans, opéré sur commande.

Snail n'a point épousé Madge et s'est fait policeman pour revenir à la vertu.

Rowley, dans une saison où les chiens étaient hors de prix, a voulu essayer une de ses « prénaralions » sur un Irlandais, et continue ù Bolany-Bay l'intéressante lecture des Toxicological A muscments.

Le docteur Moore s'était retiré ii Denham-Park. Ses amis le disaient fou. Il composait de 1res savans ouvrages et déterminait les accidens nerveux chez les chats. — Il est mort. riOyal-Coliege a fait frapper une médaille à sa gloire.

Tyrrel l'Aveugle est banquier dans Thames-Slreet. Il a soumissionné un chemin de fer et remue des millions, — ceci, grûceau Dieu d'Abraham.

MistressCrubb, niistress Black et mistress Bull sont veuves; mistress Brown et mistress Dodd sont remariées; misiressFootes s'est laite missionnaire et sage-femme ; mistress Crosscairn et mistress Blomberry sont mortes pleines de vertu et de thé.

L'honorable Cicely Kemp a été durant six ou sept mois encore un enfant terrible. — Au bout de ce temps, elle a eu un secret et est devenue une femme charmante, au dire même de lady Margaret Wawerbenbilwoodie.

Paddy O'Clirane, ex-capilaine du brick le riarcng, frété par Gween and Gween deCarlisIe, a épousé mistress Burnett,et irOnc, en qualité de mari de la reine, au comptoir des Armes de la Couronne.

Pour trouver le reste de nos personnages, nous devons retourner dans les maisons de fous. — 11 serait en effet contre toute vraisemblance de faire un drame anglais où la folie n'eût point sa large part.

Bob l,anlern est .'i Sl-Lukes. Son trésor, caché dans la cave de Sl-Giles, lui a timbré la cervelle. Il se croit lord-maire et ne vole plus qu'ù ses momcns lucides. — Tempérance, en femme chrétienne, a suivi le sort de son époux. Le gin lui a enlevé la raison,— le gin et aussi lerbum,ilfautêtrejuste.

A l!e(llam,nous retrouvons le révérend Peter Boddlesie que le mauvais succès de l'entrcprisecontre la Banque a rendu fou.

A Deiiham-Park, outre le docteur Moore, nous avons lord

John Tantivy, qui ne répond plus qu'au nom de miss Frasictta : l'Honorable sportman se croit jument et ne se trompe que de sexe.

Sir Arcadius Bombastic, le poète lauréat, n'est pas enfermé, — mais il achève une céleste épopée.

Enfin, on nous a dit sous le sceau du plus profond secret que lady Campbell est dans une maison de santé des environs de Londres où elle conclut entre personnages imaginaires un nombre immodéré de chimériques mariages.

Il y a quelque temps, messieurs de la Banque imaginèrent de creuser de nouvelles caves pour faire semblant de regorger de lingots. Ces fouilles amenèrent la découverte d'un long souterrain percé sous Prinee's-Street et aboutissant ù l'angle de Poultry. Dans ce souterrain, il y avait des ossemens et une jarre : le tout intrigua fort les savans.

La société royale des Antiquaires ne put faire moins que d'opérer une descente en masse dans celte prodigieuse excavation.

Les ossemens furent examinés ; la jarre fut mesurée, jaugée, dessinée.

A l'unanimité, Royal-Society décida que cette jarre, qui était une amphore, avait servi de carafe à Galgacus, au temps ! de la tyrannie romaine.

Quant aux ossemens, les uns prétendirent qu'ils apparte-

naientà un individu du genre homme, ce qui prouvait sura-

' bondammcnt l'existence d'une race de géans dans l'ile à une

! époque indéterminée. — Les autres affirmèrent reconnaître

' positivement les restes mortels d'un mastodonte, ou éléphant

fossile.

Le Times imprimala savante délibération de Royal-Society.

— Tonnerre du ciel ! Dorothy, mon amour, dit le capitaine en lisant ce paragraphe ; — c'était tout bonnement Saunder et sa bouteille, — soyons damnés tous les deux I

Tout romancier est plus ou moins superstitieux. Nous avons rendu compte de la mort de monsieur le marquis de Rio-Santo, telle que la rapportent nos renseignemcns, mais ceux qui ont connu Fergus O'Breane gardent un espoir mystérieux auquel notre esprit se rallie involontairement.

Randal Graham, qui s'était jeté à bas de son cheval avant d'arriver au casse-cou de Green-Abour-Court la nuit de l'évasion, et qui est plein de vie, attend dans la maison de son père. Il reçoit parfois des messages lointains dont nul ne sait la source.

D'un autre cùté, nous avons vu Bembo déclarer à sa fiancée (ju'il ne s'appartient pas. — Il attend comme Randal.

Qu'alleiident-ils, eux dont le dévouement au marquis était si Completel si profond?...

De temps en temps, lorsque la politique tortueuse du cabinet de Sainl-James s'endort et oublie de jeter entre les peuples des semences périodiques de haine, les nations s'entendent: un murmure de réprooalion universelle s'élève ; un nuage sombre s'amoncelle menaçant et obscurcit rborizon bnlamiiqiie.

C'est la ruine qui se cache derrière ce nuage, — et parfois il nous semble (lue du sein de cet orage va surgir, terrible et fort, et tenant en main la foudre, le génie de la tempête, — Fergus rirlaïuhiis, le champion d'une haine immortelle.

A-t-i! suffi de la main d'une jeune tille pour abattre ce géant qui, seul dans la balance, |)Ciail au tan tcju'un empire?...

Dieu a-t'ii brisé ce levier puissant comme un inslrumeus vulgaire?...

Peut-être. — Peut-être aussi la lave s'amasse-t-elle au C!Utère du volcan éteint, attendant l'étincelle qui «loimlluiiadr 1 incendie.

Peut-être, lorsque l'heure du châtiment aura sonné, reronnaitra-t-on le combaiiant infatigable, debout, le pied sur la poitrine de l'Angleterre vaincue, et agitant, aux acclamalions de l'univers, l'étendard relevé de l'Irlande.

FIN DES MYSTÈRES DE LONDRES

Piris.— Tjp. Dondej-Dupré, r. St-Louii, 40.

t)icX0V fyigfi.

HAN DISLANDE.

Han d'Islande est un livre déjeune homme, et de très jeune homme.

On sent en le lisant que l'enfant de dix-huit ans qui écrivait Hand'/s/anrfedansun accès de fièvre, en 18:21, n'avait encore aucune expérience des choses, aucune expérience des hommes, aucune expérience des idées, et qu'il cherchait à deviner tout cela.

Dans toute œuvre de la pensée, drame, poème ou roman, il entre trois ingrédiens: ce que l'auteur a senti, ce que l'auteur a observé, ce que l'auteur a deviné.

Dans le roman 6a particulier, pour qu'il soit bon, il faut qu'il y ait beaucoup de choses senties, beaucoup de choses observées, et que les choses devinées dérivent logiquement et simplement et sans solution de continuité des choses observées et des choses senties.

En appliquantcette loi à Han d'Islande, on fera saillir aisément ce qui constitue avant tout le défaut de ce livre.

Il n'y a dans Band^ Islande qu'une chose sentie, l'amour du jeune homme, qu'une chose observée, l'amour de la jeune fille. Tout le reste est deviné, c'est-f'.-dire inventé. Car l'adolescence qui n'a ni faits, ni expérience, ni échaniillons derrière elle ne devine qu'avec l'imagination. Aussi Uan d'Islande, en admettant qu'il vaille la peine d'être classé, n'est il guère autre chose qu'un roman fanlastique.

Quand la première saison est passée, quand le front se penche, quand on sent lebesoin de faire autre chose que des histoires curieuses pour effrayer les vieilles femmes et les petits enfans, quand on a usé au frottement de la vie les as- I périlés de sa jeunesse, on reconnaît que toute invention, toute création, toute divination de l'art doit avoir pour base ' l'étude, l'observation, le recueillement, la science, la mesure, la comparaison, la méditation sérieuse, le dessin att«ntifet continuel de chaque chose d'après nature, la critique consciencieuse de soi-même; et l'inspiraiin qui se dégage, selon ces nouvelles conditions, loin d'y rien perdre, y gagne un plus large souflk et déplus fortes ailes. Le poète alors saitcomplétement où il va. Toute la rêverie Qottante de ses

LB SIÈCLE. — VI

premières années se crîstalise en quelque sorte et «e Mt pensée. Cette seconde époque de la vie est ordinairement pour l'artiste celle des grandes œuvres. Encore jeune et déjà mùr C'est la phase précieuse, le point intermédiaire et culminant, l'heure chaude et rayonnante de midi, le moment où il y a le moins d'ombre, et le pins de lumière possible.

Il y a des artistes souverains qui se maintiennent à ce sommet toute leur vie, malgré le déclin des années. Ce sont là les suprêmes génies. Shakspeare et Michel-Ange ont laissé sur quelques-uns de leurs ouvrages l'empreinte de leur jeunesse, la trace de leur vieillesse sur aucun.

Pour revenir au roman dont on publie ici une nonvcUe édition, tel qu'il est, avec son action saccadée et haletante, avec ses personnages tout d'une pièce, avec ses gaucheries sauvages, avec son allure hautaine et maladroite, avec ses candides accès de rêverie, avec ses couleurs de toute sorte juxtaposées sans précautions nour l'œil, avec son style cru, choquant et âpre, sans nuances et sans habiletés, avec les mille excès de tout genre qu'il commet presque à son insu chemin faisant, ce livre représente assez bien l'époque de là vie à laquelle il a été écrit, et l'état particulier de l'âme, de l'imagination et du cœur dans l'adolescence, quand on est amoureux de son i remier amour, quand on convertit en obstacles grandioses et poétiques les empétjhemens bourgeois de la vie, quand on a la tête pleine de fautaisies héroïques qui vous grandissent ù vos propres yeux, quand on est déjà un homme par deux ou trois côtés et encore un enfant par vingt autres, quand on a lu Ducray-Duminil à onie ans, Auguste Lafonlaine à treize, Shakspeare à seize, échelle étrange et rapide qui vous a fait passer brusquement, dans vos affections littéraires, du niais au sentimental, et du senU- Biental au sublime.

C'est parce que, selon nous, ce livre, œuvre naïve avant tout , représente avec quelque fidélité l'âge qui l'a produit que nous le redonnons au public en 1835 tel qu'il a été fait en t82l.

D'ailleurs, puisque l'auteur, si peu de place qu'il Uenne en

VICTQR

HDGO.

litlératiire,a subi la loi commune à lout écrivain gravd et pe^ til, (le voir rtliausser ces premiers ouvrages aux dépens des deri)i?rsei d'entendre détla er qu'il était fort loin d'avoir tenu le peu qucsescommcncemeiij promettaient, sans opposer a une rriiique peulêlre judicieuse et fondée des objections qui seraient suspectes dans sa bouche, il croit devoir réimprimer purement et simplement ses premiers ouvrages tels qu'il les a écrits, afin de mettre les lecteurs à même de se décider, en ce qui le coRcerno, si ce sont des pas en a^anl ou des pas en arrière qui sépaieni Han d'hlande de ^otre-Dame de Paris.

Pipris, pai 1833.

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