‹ Musée littéraireChapitre 138 sur 170 · PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EDITION

L'auteur decet ouvrage, depuis le jour où il en a écrit la première page, jusqu'au jour où il a pu tracer le bienheureux mot FIN au bas de Is dernière, a été le jouet dé la plus ridicule illusion. S'étant imaginé qu'une composiiion enjpiStf* ' volumes valait la peine d'être méditée, il a perdu son temps îlch'Tcher une idée fondiimentale, à la développer bien ou mal dans un plan bouou mauvais, à disposer des scènes,- à combiner des effets, à étudier des mœursde son mieux; en un mot, il a pris son ouvrage au sérieux.

Ce n'est que lout-Ji-rbeure, au moment où, selon l'usage des auteurs de terminer par où le lecteur commence, il a luit élaborer une longue préface, qui fût lonime le bouclier de son o,'uvre,çt contînt, arec l'exposé des principes mofaux et jiéraires sur lesquels repose la (Onception, un pr cis plus ou moins rapide des divers événemens historiques qu elle embrasse, et un tableau plus ou moins complet du pays qu'elle parcourt; ce n'est que tout à l'heure, disons-nous, qu'il s'est aperçu de sa méprise, qu'il a reconnu toute l'insignifiance et toute la fiivolilédu genre à propos duquel il avait si gravement noirci tant de papier, et qu'il a senti combien il s'élait, pour ainsi dire, mystifié lui-même, en se persuadant que ce roman pourrait bien, jusqu'à un certain point, êire une production littéraire, et que ces quatre volumes formaient un livre.

Il se résout donc sagement, après avoir fait amende h*^nor^ble.àinï rien dire dans celte espèce de pri^face, que monsiewr l'éditeur aura soin en conséquence (i'imprimer en çros caractères. Il n'informera pa> même le lecteur de son nom Qu de ses prénoms, ni s'il est jeune ou vieux, marîé ou célibalairç,ni s'il a fait des élégies ou des fables, des odes ou des çaiire>, ni s'il veut faire des tragf'dies, des drames ou des coaiédies, ni s'il jouit du palriciat littéraire dans quelque académie, ni s'il a une tribune dans un journal quelconque : \Ç/\iifS choses, cependant, fort intéressantes à snvrir. Il se bornera seulemen' ù faire remarquer <|ue la partie pilloresquçtjeson roman ac'é l'objet d'un soin pariicnlier; qu'on y reprontrefréqueinmeat des K,d'^s Y, des H etdesW, quoiqu'il n'ait jamais employé ces caractères ramaniiques qu'a- Vccune extrême sobriété, témoin le nom historique de Culdenlew, que plusii^urs chroniqueurs écrivent Guldentoèioe, ce qu'il n'a pas osé se permettre; qu'on y trouve également de nombreuses diphihongnes variéi's avec beauioup depoût et d'élégance; et qu'enfin tous les chapitres sont précédés d'épi/raphes étranges et mysiéricuses qii ajoutent s inguliô renient ^ l'intérêt, et donnent plus de physiûiioniie à chaque partie de la coinposiiloa.

Janvier 1&23.

Page 1