‹ Musée littéraireChapitre 142 sur 170 · I.c bourreau éclata de rire · texte numérisé non relu

I.c bourreau éclata de rire

— Ft qui vous dit que c'est vous» c'est de ce païen de conriergeque nons parlons. En vérité, ce pértatingue s'effraie de rien Que serait ce donc si ses primares si drfties avaient une cause sérieuse? Cevieux fou serait amusant i» pendre.— Ainsi, vénérable docteur, poursuivit |pbo\irreau que les terreurs de Spiijtntry égayaient, vous ne connaissez pas ce R.nipnns Spiapudry?

— Non, maître, dit le con(SeTj~ m p*-'! rassuré par son incognito, je ne le connais pas, je^vous assure. Et puisqu'il a le malheur de vousdéjdaire, je serais,. maître, bien fâché, vraiment, de connaître cet homme.

— Et vous, seigneur ermite, reprit Orngix, vous paraissez le connaitve ?

— Oui, vr?im nt, répondit l'ermite. C'est un homme granil, vieux, sec, chauve...

S,ia;.ni Iry, justement alarmé de cette prosopoprapbie.raffeiwit en hâlp sa perruque...

— Il a, continua l'eniiite. les mains longues comme celles d'un voleur (pii n'a pas rencontré de voyageur depuis huit jours, le dos courbé...

S|iiagudry se redressa de son mieux.

— Du reste, on pourrai! le prendre pnur un des cadavres qu'il garde, s'il n'avait les yeux aiissi persans .

Spiaguilry porta la main A son emp'Air- protecteur

— Merci, père, dit le bourreau à l'ermite; en iinehpelicu que je le trouve, Je recoi:nailr.ti le vieux juif .

Spiagudry, qui était très bon chrétien, révolté de cette inl('li-rable injure, ne put réprimer une excifimalion.

— iuif, maître! .Puis il s'orrèia tout court, tremblant d'en avoir trop dit.

— Eh bien, juif ou païen, <i'i'imporle, s'il a des relations avec le diable, comme onle dit.

— Je le croirais volonli' rs. r prit l'ermite avec un sourire .«ardonique que son capuchon ne cariliait pas eniièrement. S'il n'était pas si poltron Maïs coument pourrait-il pactiser avec Satan ? il est aussi là he que méchant. Quand la peur le prend, il ne se connaît plus.

L'ermite parlait lentement, comme s'il eût composé fa voix ; et la lenteur même de ses paroles leur donnait une expression si"gulière.

— H ne se connatt phis ! répét.-i intéricuremonl .'^piagudi}-.

— Je suis f.'iché i;u'iin niéc'iant soit lâche, dit le bourreau, il ne vaut pas la peine d'être haï. Il faut combattre un serpent, on ne peut qu'écraser un lézard.

Spiagudry hasar'la quelques i^aroles pour sa défense.

— Mais, seigneurs, éles-vous stlrs ((ue 1 oflic ier public dont vous parlez soit tel que vous le dites ? Al il doac une réputation?..

— Une réputation ! reprit l'ermite; la plus exécrable réputation de la province !

Benignus désappointé se tourna vers le bourreau.

— Seigneur maître, quels torts lui reprocliez-vous ? car je ne doute pas que votre haine ne soit légitime.

— Vousavez raison, ^eillard, den'en pas douter. Comme son commerce ressemble au mien, Spiagudry fait tout ce qu'il peut pour me nuire.

— Oh! maître, ne le croyez pas I .,— Ou,s'llen est ainsi, (•'est que cet homme ne vous a pas vu comme moi, entouré de votre gracieuse femme et de vos charmans enfans, admettant les étrangers au bonheur de vo're foyer domestique. S'il eût joui, comme nous, de votre aimable hospitalité, maître, Cl' ma'.heuroux ne pourrait être votre ennemi.

Spiapud-y achevait à peine cette adroite allocution, quand la grande Icmme, jusqu'alors muette, se leva, et dit d'une voix aigrement solennelle :

— La langue de la vipère n'est jamais plus venimeuse que lorsqu'elle est enduite de miel.

VICTOR HUGO

Puis elle se rassit, et continua de fourbir ses pinces, travail dont le bruit rauque et criard, reni|iiissant les intervalles de la conversation, faisait, aux dépens des oreilles des quatre voyageurs, l'office des cba-urs dans une iragédie grecque.

— Celte femme est folle, vraiment, se dit tout bas le concierge, ne pouvant s'expliquer auiremeiil le mauvais effet de sa flatterie.

— Kecblie a raison, docteur aux blonds cbeveux, s'écria le bourreau ! Je vous tiens pour langue de vipère si vous continuez de justilier plus longtemps ee Spiagudry...

— A Dieu ne plaise, maître ! s'écria ce; ui-ci, je ne le justifie nullement.

— A la bonne heure. Vous ignorez d'ailleurs jusqu'oU il pousse l'insolence. Croiriez-vous que l'impudent a la témérité de me disputer la propriété deHan dislande f

— De Han d Islande! dit brus luement l'erniile...

— Hé oui. Vous connaissez ce fameux brigand?...

— Oui, dit l'ermite.

— Eh bien, tout brigand revient au bourreau, n'est il pas vrai ? Que fait cet infernal Spiagudry? il demande qu'on mette â prix la tête deHan...

— Il demande qu'on mette à prix la tête de Han? interrompit l'ermite.

— Il en a l'audace; et cela, uniquement pour que le corps lui revienne, et que je sois fruslré de ma propriété.

— Voii;'i qui est infâme, maitre Orugix ; oser vous disputer un bien qui vons appariient si évidemment !

Ces mots étaient accompagnés du sourire malicieux qui effrayait Spiagudry.

— Le tour est d'autant plus noir, ermite, qu'il me faudrait une exécution comme celle de Han pour me tirer de mon obscuriié, et me faire la fortune que ne m'a pas laite celle de Soliumacker.

— -Eii véfiié, maître Nychol ?

— Oii, frère ermite, le jour de l'arreslalton de Han, venez me voir, ei nous immolerons un pourceau gras à mon élévation fnlure

—Volontiers; mais savez-vous si je serai libre ce jour-là? D'ailleur-, vous aviez loutà l'Jieure envoyé au diable l'ambition.

—Eh ! sans doute, père, quand je vois que, pour détruire mes espérances les mieux foudées, il suffit d'un Spiagudry et d'une requête de mise à prix.

— Ali I reprit l'ermite d'une voix étrange, Spiagudry a demandé la mise à prix !

Cet e voix était pour le pauvre homme comme le regard du crapaud pour l'oiseau.

— Spigneurs, dit-il, pourquoi juger lémérairement? cela n'est pas sur, peut-êire est-ce un faux bruil...

— Un fiux bruit I s'écria Orug,ix, la chose n'est que trop certaine. La demande des syndics est en ce moment à D oiitticim, ai)puy»e de la signature du concierge du Spladgest. On n'aiieud que la décision de son excellence le général gouverneur.

Le bourreau était si bien instruit, que Spiagudry n'osa poursuivre sa jiistifliation : ii se contenta de maudire intérieurement, pour la centième fois, son jeune compagnon. Mais (|ue devint-il lorsiju'il entendit l'ciniite, qui depuis quelques moniens paraissait méditer, s'écrier soudain d'un ton railleur :

-Maître Nychol, quelest donc lo»upplice des sacrilèges?

Ces paroles firent sur Spiagudry le même effet que si on lui avait arraché son emplâtre et sa perruque. Il attendit avec anxiété la réponse d'Orugix, qui acheva de vider son verre.

— Cela dépend du genre de sacrilège, répondit le bourreau.

— Si le sacrilège est la profanation d'un mort?

Pour le coup, le tremblant Benignus s attendit à voir son nom sortir d'un moment à l'autre de la bouche de l'inexplicable ermite.

— Aiiinfois, dit froidement Orugix, on leuterrait vivant avec le laJavie profané.

— Et maintenant ?

— Maintenant ou est plus doux.

— On est plus douxl dit Spiagudry, respirant à peine.

— Oui, reprit le bourreau de l'air satisfait et négligent d'un arli.^te qui parle de .son art; on lui imprime d'abord, avec un 1er cl:aud, une S sur le gras <ies jambes...

— Et ensuite? interrompit le vieux concirrge, contre lequel il eût ilé difficile d'exécuter cette partie de la peine.

— Ensuite, dit le bourreau, on se centente de le pendre.

— Miséricorde! s'écria Spiagudry; de le pendre I

— Hé bien, qu'a-t-il ? il me regarde de l'air dont le patient regarde le gibet.

— Je vois avec plaisir, disait l'ermite, que l'on est revenu à des principes d'humanité.

En c. moment, l'orage, qui avait cessé, permit d'entendre très distinctement au dehors le son clair et intermittent d'un cor.

— iNychol, dit la femme, on est à la poursuite de quelque malfaiteur, c'est le cor des ar> bers.

— Le cor des archers I répéta chacun des int«rlocu leurs avec un accent différent, mais Spiagudry avec celui de la plus profonde terreur.

Ils achevaient à peine celte exclamation quand on frapp k la porte de la tour.

Il ne faut qu'un homme, un signal ; les élé-

iiions d'une révolution sont tout prêts. Qui commencera î... Dès qu'il y aura un point d'appui, tout s'ébranlera.

Bonaparte.

Lœvig est un gros bourg situé sur la rive septentrionale du golfe de Drontheim, et adossé à une chaîne basse de collines nues et bizarrement bariolées par diverses sortes de cultures, pareilles à de grands pans de mosaïque appuyés à l'horizon. L'aspect du bourg est triste ; la cabane de bois et de jonc du pêcheur, la butte conique bâtie de terre et de caills'ux où le mineur invalide passe le peu de vieux jours que ses épargnes lui permettent de donner ausoeiletaa repos; la frêle charpente abandonnée que le chasseur de chamois revêt à son retour d'un toit de paille et de murs de peaux de bêtes, bordent. des rues plus longues que le bourg parce qu'elles sont étroites et tortueuses. Sur une place oti l'on ne voit plus au ourd'hui que les vestiges d'ane grosse tour, s'élevait alors l'ancienne forteresse bâtie par Hordale Fin-Archer, seigneur de Lœvig et frère d'armes du roi paî^n Ha fdan, et occupée en 1698 par le syndio du bourf, lequel en eût été l'habitant le mieux logé, sans la cigogns argentée qui venait tous les étés se percher à l'i-xlrémité du clocher pointu de l'église, pareille à la perle blanche au somoiet du bonnet aigu d'un mandarin.

Le matin même du jour où Ordener était arrivé à Droîi? theim, un personnage était débarqué, également inc(>g:nilo, à Lœviif. Si litière dorée, quoique sans armoiries, ses quatre grands laquais armés jusqu'aux dents, avaient soudain fait le sujet de toutes les conversations et de lottes les curiosités. L'bùte de la AloucUe d'Or, petite favernc où ïe grand per.-onnage était descendu, avait pris lui même un air mystérieux, et répoiidait à toutes les questions : Je ne sais pas, d'un air qui voulait dire : Je sais tout, mais vous ne saurez rien. Les grands laijuais étaient plus muets que des paissons, et pi is .sombres que les bouches d'une mine. Le syndic .s'était da*iord renfermé dans sa four, attendant dans sa dignité la première visite d' l'étranger; nnis bientôt les habiians l'avaient vu avec surprise se présenter inutilement à la Mouette d Or, et le soir épier un salut du vojageur appuyé sur sa fenêtre enlr'oiiverte. Les commères inféraient de là que le personnage avait fait connaître son haut rang au seigneur syndic. Elles se trompaient. Un messager ex-

HAN D'ISLANDE

pédié par l'étranger s'était présenté chez le syndic pour y r^ire viser son droit de passe, et le svDdic avait reoiarqaé sur le grand caciiet de cire verte du paquet qu'il portait, deux mains de justice croisées soutenant un manteau d'hermine surmonté d'une couronne de comte imposi?e à.un écussou autour duquel pendaient les colliers de l'Elt^phant et de Dannebrog. Celte observation avait sufli au syndic, qui désirait vivement obtenir de la grande chancellerie le haut syndicat du Drontheimus. Mais il avait perdu ses avances, carie noble inconnu ne voulait voir personne.

Le second jour de l'arrivée de ce voyageur à Lœvip tirait à sa fln, lors'jue l'hùte entra dans sa chambre en disant, après une inclination profonde, que le messager attendu par sa courtoisie venait d'arriver.

— Eh bien, dit sa courtoisie, qu'il monte.

Un instant après, le messager entra, ferma soigneusement la po te, puis, sa uani jusqu'à terre l'étranger qui s'était.à demi tourné vers lui, attendit dans un silence respectueux qu'il lui adressât la parole.

— Je vous espérais ce matiu, dit celui-ci ; qui doDC vous a retenu ?

— Les intérêts de votre grâce, seigneur comte : ai-je un antre souci?

— Que fait Elphèje ? que fait Frédéric?

— Ils sont bien portans...

— Bien, bien I interrompit le maître, n'avez-vous rien de plus intéressant à m'apprendre? Quoi de nouveau à Drontheim?

— Rien , sinon que le baron de Thorvick y est arrivé hier.

— Oui, je sais qu'il a voulu consulter ce vieux MecklembourgeoisLe\iii sur le mariage projeté: savez-vous quel a été le résultat de son entrevue avec le gouverm ur ?

— AujourJhui à midi, heure de mon dépari, il n'avait point encore vu 1 > général.

— Comment! arrivé le la veille I vous m'étonnez, Musdœmon -, et avait-il vu la comtesse?

— Encore moins, seigneur.

— C'est donc vous qui l'avez vu ?

— Non, mon noble maître ; et d'ailleurs je ne le conoais pas.

— Et coDiment, si personne ne l'a vu, savez-vous qu'il est à Drontheim?

— Par son dojtiestique, qui est descendu hier au palais du gouverneur.

— Mais lui, est-il donc descendu ailleurs?

— Son doniesijque assure qu'en arrivant il s'est «mbarqjé pour .Munckho m, après être entré dans le Spladgest.

te regard du comte s'enflamma.

— Pour Mjicktio'm! pour la prison de Schnraacker ! en étes-vous certain ? J'a; toujours pense que cet honr.êie Levin était un traître. Pour Munckhoim ! qui peut l'appeler là ? vat-il demander aussi des conseilsà Schuniacker?va t-il...?

— Noble seigneur, interrompit Musdœmon, il n'est pas sûr qu'il y soit aie.

— Quoi! et que me disiez-vous éonc? vous jouez- vous de moi ?

— Pardon, votre grâce, je répélais au seigneur comte ce que disait le domestique du seigneur baron. Meis leseigneur Frédéric, qui était hier de garde au doDjeii, n'y a point vu le baron Ord.ner.

— Belle t>reuve! mon fils ne connaît pas le flls du viceroi. Ordener a pu entrer au foTl incognito.

— Oui, seigneur, mais le seigneur Frédéric aflirme n'avoir vu personne.

Le comjc parut se calmer.

— Cela est différent : mon fils raffirme-t-il en effet?

— Il ne l'a assuré à trois reprises ; et l'intérêt du seigneur Frédéric est ici le même que celui de sa grâce.

Cette réflexion du messager rassura complètement le comio.

— Ah I àit-ii, je comprends. Le baron en arrivant aura vou'u se promener »n peu sur le golfe, et le dome.-tique se sera persuadé qu'il allait à wanckholm. En effet qu'irait-il

LE 8jncr.E. — VI.

faire là ? j'étais bien sot de m'alarmer. Cette nonchalance de mon gendre à voir le vieux Levin prouve au contraire que son affection pour lui n'est pas si vive que je le craignais. Vous ne croiriez pas, mon cher Musdœmou, poursuivit le comte avec un sourire, que Je m'imaginais déjà OrJener amoureux d'Ethel Schumacker, et que je bâtissais un roman et une intrigue sur ce voyage à Munckhoim. Mais, Dieu merci, Ordener est moins fou que moi. — A propos, mon cher, que devient cette jeune Danaë entre les mains de Frédéric?

Musdœmon avait conçu les mêmes alarmes que son maître teuehaiit Ethel Schumacker, et les avait combattues sans pouvoir les vaincre aussi aisément. Cependant, (harmède voir son maître sourire, il se garda bien de troubler sa sécurité, et chercha au csntraire à l'accroître, afin d'accroître cette sérénité si précieuse dans les grands pour leurs favoris.

— Noble comte, votre fils a échoué près de la fille de Schumacker; mais il paraît qu'un antre a été plus heureux.

Le comte -l'interrompit vivemeut.

— Un autre ! quel autre?

— Eh ! mais, je ne sais quel serf, paysan ou vassal...

— Dites-vous vrai? s'écria le comte, dont la figure dure et sombre était devenue radieuse.

— Le seigneur Frédéric me l'a affirmé, aiasi qu'à la noble comtesse.

' Le comte se leva, et se mit à parcourir la chambre en se

frottant les mains.

I — Musdœmon, mon cher Musdœmon, encore un effort, { et nous sommes au but, Le rejeton de l'arbre est flétri : il ; ne nous reste plus qu'à renverser le tronc. — Avez-vous j encore quelque bonne nouvelle?

j — Dispolsen a été assassiné. ! Le visage du comte se dérida entièrement.

— Ah ! vous verrez que nous marcherons de triomphe en triomphe. A-t-on ses papiers? a-t-on surtout ce coffret de fer?...

— J'annonce avec peine à votre grâce que le meurtre n'a point été commis par les nôtres. Il a été tué et dépouillé sur les grèves d'Urcbtal, et l'on attribue cet exploit à Uan d'Islande.

— Han d'Islande ! reprit le maître, dont le visage s'était rembruni; quoi ! c^ brigand célèbre que nous voulons mettre à la tête de nos révoltés!

— Lui-même, noble comte; et je crains, d'après ce que j'en ai entendu dire, que nous n'ayons de la peine à le trouver; en tout cas, je me suis assuré d'un chef qui prendra son nom et pourra le remplacer. C'est un farouche montagnard, haut et dur comme un chêne, léroce et hardi comme un loup dans un désert de neige; il est impossible que ce formidable géant ne ressemble pas à Han d'Islande.

— Ce Han d'Islande, demanda le comte, est donc de haute taille?

— C'est le bruit le plus populaire, votre grâce.

— J'admire toujours, mon cher Musdœmon, l'art avec lequel vous disposez vos plans. Quand éclate l'insurrection?

— Oh lires incessamment, votre grâce; en ce moment peut-être. La tutelle royale pèse depuis longtemps aux mineurs; tous saisissent avec joie l'idt'c d'un soulèvement. L'incendie commencera par Guldbranshal, s'étendra à Sund- Moër, gagnera Kongsberg. Deux mille mineurs peuvent être sur pied en trois jours ; la révolte se fera au nom de Schumacker; c'est en ce nom que leur parlent nos émissaires. Les réserves du Midi et la garnison de Drontheim et de Skongen s'ébranleront; et vous serez ici justement pour étoufiér la rébellion, nouveau et insigne service aux yeux du roi, et le délivrer de ce Schumacker si inquiétant pour son trùne. Voilà sur quelles indestructibles bases s'élèvera l'édifice que couronnera le mariage de la noble dame Ulrique avec le baron de Thorvick.

L'entretien intime de deux scélérats n'est jamais long, oarce que ce qu'il y a d'homme en eux s'effraie bien vite de ce qu'il y a d'infernal. Quand deux âmes perverses s'éulent r('ciproqnement l#ur impudique nudité, leurs mutuelles laideurs les révoltent. Le crime fait horreur au crime même ;

YltVlOU IICOO.

et dcjx nié Iwns qiil convefSénl avec louî le cy. ism^ du lêieà ifio, (le li'Urs i-assions, de l'Urs plaisirs, de leurs intérims, se sont l'un fi l'aiiire comme un i ffioyablc iniioir. L-ur jiro|ire bassesse les luimilie dans autrui; leur proiire orgueil les confond ; leur pioiire néant les épouvante; et IJs ne peuvent se fuir, se d' sivoufr eux niAm. s dans leur semlilab e; car chaque r ppo.l o ieux, cliaque alTreuse coïncidence, diaquo hideuse parité trouve en eux une voix loujours intaiigab'e qui la déi.once à leur oreille sans cesse fatiguée. Quelque secret (jue soit leur entretien, il a toujours deux in.supporiabl s témoins ; Dieu, qu'ils ne voient pas; et. la consi ieuce, qu'ils si mon'.

Les conversatio»s tonlUleniiellcs de Musdœmon claienl d'autant plus fatigantes pour le cimta qu'il mettait toujours sans ménagement son maître de moitié dans les ciimes entrepris ou à cntrepremU-e. Bien des courtisans croient adroit de sauver aux grands l'apparence des mauvais s actions; ils prennent sur eux la responsabilité du n;al, et laissent même souvent ù la pudeur du patron !a consolation d'a>oir semblé résister à un crime prolilabîe. Musdocmon, par un raffinement d'adresse, suivait la nnrchecoiiir.iire. Il voulait paraîtra, conseiller rr.;cment cl toujours obéir. Il connaissait l'âme de so!) maître commesoi) niait' e rcnnaissait la sienne; aussi ne se conipromeltaii-il qu'en compromeitunl le comte. La tête que le ( ointe a rait le plus volontiers fait tomber, après ce. le deSchumacker, c'était celle de Musdœmon; il le savait comme si son maitrc le lui eût di^, et son maître savait qu'il le savait.

le comte avait appris ce qu'il voulait apprendre. Il était salisfjlt. I! ne lui restait plus qu'à con:-édier Musiloemon.

— Musda'mon, dit il avec un sourire gracieu?:, vous êtes le pius 11 iè e et le plus zélé de mes serviieurs. Tout va bien cl je le dois à vos soins. Je vous fais secrétaire intime de la grande chancellerie.

Wusdœmon s'inclina prorondémenl.

— Ce n'est pas tout, poursuivit le comte, je vai* demander pour Vous une troisième lois l'ordre de Dannebrog; mais je crains toujours ijuc voire naissincc, votre indigne parenté..

Mus>1ccmon roug l, pâlit, et cacha les altérations de son visage en s'incliuant de nouveau

— Allez, dit le cjnue lui préscnlanl sa main à baiser, a'iez, Siigneur secrétaire inl. me, rédiger voti e p/aceat. 11 trouvera peut-être le roi dans un moment de bonr e humeur.

— Que sa majeité l'accorde ou non, je suis confus et lier des bontés do v»tre grâce.

— Déi)é.hez-vous, mon cher, car je suis pressé départir. Il faut tâcher encore d'avoir des renseignemens précis sur cellan.

Musdœmon, après une troisième révérence, entr'ouvrlt la porte.

~ A.hl dit le comte, j'oubliais... En votre (|ualité nouvelle de seirétair; intime, vous écrirez ù la cliancellerie pour qu'on envoie sa ileslitu'ion à ce syndic de Lœvig, qui compromet son rang daii.-> le lanton par une foule de bassesses envers les étrangers qu'il ne connai. pas.

LerelipeUx qui visite à miiuiii i.' n , ::rii.\ l/î chevalliT qui iliini|ile unouii-if ].< i iqncux, (Àliii qui iiifiii i iiii Sun retloulo de !;i iHiinpetlo, Celui qui iiK'iiil au bruit paeiliquc di'soiaisoMS, S<uit l'ohjLt ili; li'.s soins prodigué.s égalcnn'iil, Ariiomnic pieux buusiocasqu'j ou sous la tonsure. Hymne à saint Anselme.

— Oui, mallre, noui devons en vérilé un pèlerinage à la grotte lie l.ynrass. Ei'iton cru que cclermiie, que Je l'.iauJhsais comme un esprit infernal, ser^ii notre ange sauveur, el que la lance qui .-,emblail i.ous menacer à tout moment nous servirait de [ont pour franchir le pré. Ipice?

C'est en ces l rniesas ezburlcsq'ienient lîjiiTt's que Benignus Spiagudry faisait éclater aux oreilles d Ordener sa joie, S' n adniiraiion et sa reconnaissance po t l'ermite mystérieux. On devine que nos deux voyageurs sont s'^rtis de la Tour-Maudite. Au p( int oii nous les retrouvons, ils ont même déjà laissé assez loin dcirière eux le hameau de Vygla, et suivent péniblement une route moniuense, entrecoupée de marcs ou embarrasséj de grosses pierres que les torrens passagers de l'oiage ont ' éposées sur la terre humide el visqueuse. Le jour ne parait pas encore ; seulement les buissons qui loironnent lesroc.l:ers des deux côtes du chemin scdélacheni du ciel déji» blanchâtre comme riesdé oupures noires, et l'œil voit les objets, encore sans couleurs, reprendre paf degrés leurs tornies à cetl'' lumière terne et en queUiue sorte épaisse, que le crépuscule du nord \erse à travers les froids brouillards du niaiin.

Ordener gardait le silence, car depuis quelques instans il s'était douceme t li.-ré .'i ce demi sommeil que le mouvement mach nal de la i;:;trhe permet (pielquefois. Il n'avait pas dorni; depuis la veille cù il avait do. né rm repos, dans une barque de jiéchour amarrée au port de Droniheim, le peu d heures qui a>alenl séparé sa sorliedu S|ila<lgest d: son retour ■"'. MiiPi kholm. Aussi, taudis que son l'orps s'avançait versSkoiigrn, son esprit s'était envolé augolIcdeDroniheim, dans celle soinlre prison, sous ces lugubres tours qui renfermaient le feni cire nuquel il pût dans le monde attacher l'idée d'espérance et de houh ut. Éveillé, le souvenir de son Étlicl dominait toutes ses p'^nsées; endormi, ce souvenir devenait comme une image farlastiqiic qui illuminait tous ses rêves. Dans celle seconde vie du sommeil, oi'i l'âme ex ste un moment seule, où l'êlre physique avec (ous ses maux matériels semble s'être é»aiioui, il voyait cette vierge bienaimée, non plus belle, non plus pi:re, n)?is plus libre, plus 1 eureuse, plus à lui. Seulement, sur la roule de Skon.tn, l'oubli de so;i corps, l'engour'.lissemenl de ses facult^'s ne p uvaient êire compets; carde temps en temps mic fondrière, une pierre, une brancl:e d'arbre, l.eurlant ses pieds, le rappelaient brusipieaienl de l'idéal au réel. Il relevait alors la tète, eiilr'ouvrait ses yeux fatigués, et regrellait d'être retombé de son beau voyage c leste dans son p^^nible voyage lerrestre, où rien ne 1; dé îommageait de ses illusions enfuies, que l'idée de sentir contre son cneur celle bo cle de cheveux qui lui appartenaient en alteiidaiit qu'Eihel toutenlièiefùtâ lui. Puis ce souvenir ramenait 'a charmaite image fantastique, el il remonta t mollemunt, non dans son rêve, mais dans sa vague el opiniâtre rêv.rie.

— Maiire, répéta Spiagulrv d'une voix plus forte, qui, jointe aucboc d'un tronc d'arbre, réveilla Orderer, ne craignez lien. Les archers oilj)ris sur la droite avec l'ermite en sorlant de la tour, et nous somims ass' z loin d'eux pour poivnir parler. II est vrai que jusqu'ici le silence était prudent.

— Vraiment, dit Ordener en liâillant, vous poussez la prudence un peu loin. Il y a trois heures au moins que nous avons quitté la tour el les archers.

— Cela est vrai, seigneur; mars prudence ne nuit jamais. Voyez,sije m'éiais ntimmé su moment où le chef de celte infernale escouade a d mandé Ilenigmts Spiaijudry, d'une voix pareille ù celle dont S»turne demandait son (ils nouveau-né pour le dévorer; si, même en ce momeiil terrible, je n'avais eu recours à i.ne laciluriiité prudenie, où seraisje, mon noble maître?

— Ma foi, vieillard, je crois qu'en ce moment là nul n'eût pu obt Miir de vuus votre nom, cùt-on employé des tenailles pour vous l'arracher.

— Avais-je tort, maître? si j'avais parlé, l'ermite, que saint Hospice cl saint Usbald le solitaire bénissent I Ternnte n'aurait pas eu liMemps de d mandr au chef des archers si son escouade né ail pas composée de .soldais de l!» garnison de Muuckholm, qiieslion insigf ifianle, faii« i"'iijU eent pour gagner du temps. Avez-vous remai que, jeune se'gne r, après la répon.se ailirmalivf <ie ce siupidc archer, avec (luel s-vuri.e siiigul cr rennilo l'a invité à le suivre, eu

IIAN D'ISLAKDB.

lut disant qu'il connaissait la rstraile du fugitif Benignu SpiaRiirtry?

Ici, le concierge s'arrêta un manient comoe pour prendre de II lan, car il reprit soudain d'une voix larmoyante d'enthouslaiime :

— Bon prèlrc! digne cl vcrlneux aiiacliorMe, praliiniant Im principes de l'humanili' clirélienne el de la charité évanpéliquel Et moi qui m'effrayais de ses d liois, a >>n siiiUtrès ù la vérili> ; ma's ils fa<li(nt une si belle ftnie I A\ez-vous encore retnarciut^, mon noble maître, qu'il y avait <|ueli|ue chose de singulier dans l'accent dont il m'u dii au revoir! en emmenant les archers? Dans un autre moment, cet iicctui ro'pût alarmé ; mais ce n'est pas la f lUle du pieux et exo'llent ermite. La solitude doniie sans doute à la voix ce linibro étrange; car je ronuais, seigneur,— ici la vo x de Benignus devint plus basse,— je connais un autra sdiiairc, ce it>rn,idable vivant qiie... Mais non, par respect p' iir 1-^ vénéiabo ermite de Ly:.ra$s,ju ne lerai pascftudi<'ux raiipochtuient. Ses^ants n'ont également rien d'exlraor(lin:.ire' il fait assez froid pour qu'on en porte, et sa boisson iM'. n-, n.'ci.ntio pas davaniajîe. Les cénobitescatlioliques ont Souvent dos règles singulières ; celle-là même, maître, se trouve indiquée dausce versducélôareUrensius, religieux du mont Caucase:

Bivos despiciens, maris undam potat amaram.

Comment ne me suis-je pas rappelé ce vers dans cette maudite ruine de Vyga! un ocu plus de mémoire m'aurait épargné de bien folles alarmes. Ilesl vrai qu il es. difficile, n'estce pas, seigneur, d'av ir res idées m tes dans un pareil repaire, assi- ;\ la lai le d'ui! bourreau! d'i'u bourreau ! d'un être voué au mépris et ô rcxéiTatiou universîlle, qui ne diffère diî l'assassin qu-^ par la fré(>,fience el l'impunité de ses meurtres, dont le cœur, à louifi l'uliociié d s plus affreux brigiiids, ràmit la lAchelé que du moins leurs crira's aventureux ne leurpernieit ni p.isi d'un être qui verse à boire de la niémo nnin qi.i fait joii r des insirumens de toriuie, et crier les os (h, s mir érables entre les ais raiiprocliés d'un chHvaKt I Piespirer le même air qu'un b'iurreau! El 1;^ plus vil mendiant, si ce co tact impur l'a souillé, abandonne avec horreur le< d'-rniers inillons qui pro'égeaient contre l'hiver ses maladies et se. nudités! El le ciiat.celier, après avoir scellé ses Iciirs d'' fficc-, li's je t^ seir> 1.» table des sceaux, en signe de dégoût c. de malédicti'.n! Et eu F.ance, quand le bourreau est mort à sou tourj-iles sergens de la iircvôié aimpni mici.x payer unn nmende de quariUie lives que de lui succéder ! El ;i l'eslh, le coud miné Chorchill, auquel on offrait sa grS « avec ds Ir.tires dcxéciUeu-, préféra :c rôle de patient au métier debmirreau If^'cst il p.sejicorenotoire, noble je;ine seipncnr, q;ie Tum iryn, évèqiie di' Maëilriclit, fit purill.r une église où était rniic ic bourreau; el que la tzarine P.- irowna su lavail 1^ visage clia \uc f o .^ qu'el e rt'venait d'une exé.-ulion ? Vous savcï éiialemenl que les rois de France, puur hnorer les gens de fcMerre, veulent qu'ils soient punis par leurs ;ama:ades, afin que es n blés homm's, mémo lorsiiu'iis sont criiuinds, ne lievicinient pas infâmes par l'atioui bernent d'nn bourreau. Et eniin, ce qui est déci sif, dans la Descente de saint George i aux fyifers, par le savant Melasius l'u liani, C»i'on ne don el-il pas au brii;and Robin Houd le pas sur le bourreau 1 hiipcrass? Vraiment, maître, si jamais je dev cns puissant — ce que Di.u seul peut savoir,— je supprini • lei bourreaux et je rétablis l'ancienne coutume et les vieux lanls. Pour le meurire d'un prince, on paiera, comme eu USO, q.ia'orze cent quarante doi.bles écus royaux; pour 1 meur:ri' d'un om s, quatorze cent quarante éciis simp'es ; pour celui duu b:-.:o :, (|uatorzc cent quarante bas écus; o meurtre d'un simple noble sera taxé à quatorze cent quarante ascalins, et celui d'uu bourgeois...

— N'entends-je pas le pas d'nn cheval qui vient à nous? intern mpil Ordcner.

Ils '.■ unièronl la lét \ el cO'ume le )• nr av.iil parii pendant le long solilo'iue ^l'entiliquo' e Spia!;ud[y, ils purent distinguer en effet, à cet pas en ani^ie, un l.ouime \âtude noir,

agitant un bras vers eux, et pressant de l'autre un de ces petits chevaux d'un blanc sale que l'on rencontre souvent, domptés ou sauvage;, dans les montagnes basses de la Norvège.

— De grâce, maître, dit le peureui concierge, pressens 1p pas, cet homme noir m'a tout l'air d'un archer.

— Comment, vieil ard, nous sommes deux, et nous fuirions devant un seul homme !

— Hélas! vingt éperviers fuient devant un hibou. Quelle gloire yatil ù attendre un officier de justice?

— E'. qui vous dit que c'en est un ? reprit Ordcner, dont les yeux n'étaient pas troublés par la peur. fldSsurez-vOHS, mon brave guide ; je reconnais ce voyageur. — Arrêtonsnous.

Il frfllut céder. Uo moment après, le cavalier les aborda ; et Spiajîu Iry cessa de trembler en rfconnaissant la figure grave 1 1 sereine de l'au i.onier Ailianajc Munder.

Celui-ci les salua en souriant, et arrêta sa monture, en disant l'une vuix que son essouHlemenl entrecoupait :

— Mes cher-s! enfans, c'est i our vous que je r«viens sur mes pas ; et le Scitrneur ne permettra sans doute pas que mon

-absence, pri'iongée dans use iiileniiou de cliariié, soit préjudiciable .'i ceux auxii'.icls ma pré.seuce est utile.

— Sc!;;ncur miiiLsire, répondit Ordener, nous serions heureux de pouvoir vous servir en quelque chose.

— C'est moi, au co traire, nolle jeune homme, qui veux vous servir. Daignerioz-vous me dire quel est le but ue votre voyage?

— Révérend auminier, je ne puis.

— .le désire qu'e;i effet, mon fils, il y ait de votre part impuissaiu:e et non déliance. Car alors malheur « moi! malheur à celui d ni l'homme de bien se délie, même quand il ne l'a vu qu'une fois.

L'humilité et l'onction du prêtre touchèrent vivement Ordener.

— Tout ce que je puis vous dire, mon père, c'est que nous visitons les montagnes du Nord.

— C'est ce que je pensais, mon fils, et voilà pourquoi je viens à vous. Il y a dans ces montagnes des baudes de mineurs et de ci'as.^eurs, souvent redoutables aux voyageurs.

— Eh bien? dit Ordener.

— Eli bien ! je sais qu'il ne faut pas essayer de détourner de sa roule un noble jeune homme qui va chercher un danger; mais l'estime que j'.ii connue pour vous m'a inspiré un autre moyen de vous être utile. Le malheureux faux-mon- Dayeur auqu' 1 j'ai porté hier les dernières consolations de mon Dieu avait été mineur. Au moment de la mort, il m'a donné rc parchemin sur lequel son nom esl écrit, disant que celle passe me préserveraii de tout danger, si jamais je voyageais (laus ces montagnes. Hélas ! à quoi cela pourrait-il setvir à un pauvre prêtre qui vivra et mourra a-d; des prisoiiui.TS, et qui d'ailleurs, «iter castra lalronurri, ne doit chenher de défense que dans la patience et la prière, seules armes de Dieu ! Si je n'ai pas refnsé celle passe, c'est q l'il ne taui point affliger par un refus le coeur de celui qui, dans peu d'instans, n'aura plus rien à rc evoir et à donner sur la terre. Le bon Dieu daignait m'inspirer, car aujourd'hui je I uis \ous apporter ce parchemin, aliu qu'il vous accompagne dins le i hasards de voire roule, et que le don du mourant foii un bienfait pour li voyageur !

Ordener reçut avec attendrissement le présent du vieux prêtre.

— Seigneur a'imùnier, dit-il. Dieu veuille que voire désir soit (xamée! Meni. Pourla.it, ajoutal-il, raettani la main sur son sabre, je portais déjà mon droit de passe à mon côté.

— Jeune hom ne, dit le prêtre, pcut-êre ce frêle par hemin vous protégera l- 1 mieux que votre épre de fer. Le regard d'un pénitent est plus puissant que le gliive même de l'archa ge. A'iieu ; r.;e. pri-onniers m'atlenleut. Veuillez prier qinlquffoi ^ P'Ur eux et pour moi.

— Saint prêlr.', reprit Orde er en souriant, je vous ai dit que vos ccuvla.iiné^ aur.iient le ir griicc : ils l'a'iront.

— G»! iK- paif^z pas avec celte assu-ance, mon bis. Ne

vn

VICTOR HDGO.

tentez pas le Seigneur. Un homme ne sait pas ce qui se passe daos le cœur d'un autre Lowme, et vous ignorez encore ce que décidera le fils du vice-roi. Peut-être, bêlas I ne daignerat-i! jamais admettre devant lui un humble aumônier. Adieu, mon (ils ; que votre voyage soit béni, et que parfois il sorte de votre belle âme un souvenir pour le pauvre prêtre et une prière pour les pauvres prisonniers.

.as-tu

Sois le bien-venu, Hugo ; dis-moi, toi. Jamais vu unorago aussi terrible?

Matukin, Berlram.

Dans une salle attenante aux appartemens du gouverneur de Drontheim, trois des seciélaires de Son Excellence venaient de s'asseoir devant une grande table noire, chargée de parchemins, de papier, de cachets et d'écritoires, et près de laquelle un quatrième tabouret resté vide annonçait qu'un des scribes était en retard. Ils étaient déjà depuis quelque temps méililant et écrivant chacun de leur côté, quand l'un d'eux s'écria :

— Sa»ez'VOus, Wapherney, que ce pauvre bibliothécaire Foxtipp va, dit-on, être renvoyé par l'évêque, grâce à la lettre de recommandation dont vous avez appuyé la requête du docteur Anglyvius?

— Que nous contez-vous là, Richard? dit vivement celui des deux autres secrétaires auquel ne s'adressait point Richard, Wapherney n'a pu écrire en faveur d'Anglyvius, car la pétition de cet homme a révolté le général quand je la lui ai lue.

— Vous me l'aviez dit en effet, reprit Wajhernty ; mais j'ai trouvé sur la pétition Is mot tribtwlur, de la main de Son Exccllfnce.

— En vérité I s'écria l'autre.

— Oui, mon cher; et plusieurs autres décisions de Son Kxii'llcnce dont vous m'aviez parlé sont égaleni; ut changées dans les apostilles. Ainsi, sur la requête des mineurs, le général a écrit negetur...

— Coiiiiiientl mais je n'y comprends rien: le général craignait l'esprit turbulent de les mineurs.

— Il a peut-être voulu les effrayer par la sévérité. Ce qui me le ft-rait croire, c'est que le placel de l'aunionier Mander, pour les douze condamnés, est également mis au ncjnt...

Le secré aire auquel Waphe/ney parlait -se leva ici biusquement.

— Oli! pour le coup, je ne peux vous croire. Le gouverneur est trop bon et m'a montré trop de pitié envers ces condamnés pour...

— Eh bien! Arthur, reprit Waphcrney, lisez vous-même. Arthur prit le placet, et vit le fatal signe de rqjroba'ion.

— Vraiment, dit-il, j'en crois à piine à mes yeux. Je v^ux représtnicr le plaret au général. Quel jour son excellence at-ellc donc apostille ces pièces?

— Mais, répondit Wapherney, je crois qu'il y a trois jours.

— C'a été, reprit Richard à voix basse, ('ans la matinée qui a précédé l'apparition si courle et la disparition si mysléneascment subite du baron Ordener.

—Tenez, s'écria vivement Waphtrney avant (lu'Arthur eût eu le temps de répondre, ne voila-t il pas en, ore un tribuatur sur la burlesque requête de ce Benigous Spiagudry ! ..

Richard éc'ala de rire. •

— ^•est-ce pas ce vieux gardien de cadavres qui a également disparu d'une manière si singulière?

— Oui, reprit Arthur : on a trouvé dans son charnier un cadavre muii:é, en sorte que la justice I • fait poursuivre comme .■•acrilége. Mais un petit Lapon qui le servait, et qui est resté seul au Spladgest, pense, avec tout le peuple, que le diable l'a emporté lemmc sorcier.

I —Voilà, dit Wapherney en riant, un personnage qui laisse uue bonne réputation 1

Il achevait à peine son éclat de rire, quand le quatrième secrétaire entra.

— En honneur, Gustave, vous arrivez bien tard ce matin. Vous seriez- vous marié par hasard bierP

— Eh non ! reprit Wapherney : c'est qu'il aura pris le chemin le plus long, pour passer, avec son manteau neuf, sous les fenêtres de l'aimable Rosily.

— Wapherney, dit le nouveau-venu, je voudrais que vous eussiez deviné. Mais la cause de mon retard est certes moins agréable; et je doute que mon manteau neuf ait produit quelque effet sur les personnes (|ue fe viens de visiter.

— D'où venez-vous donc? demanda Arthur.

— Du Spladgest.

■ — Dieu m'est témoin, s'écria Wapherney laissant tomber sa plume, que nous en parlions tout-à-t'beure I Mais si l'on peut en parler par passe-temps, je ne conçois pas comment on y entre. '

— Et bien moins encore, dit Richard, comment on s'y ar- , rête. Mais, mon cher Gustave, qu'y avez-vous donc vu?

— Oui, dit Gustave, vous êtes curieux, sinon de voir, du moins d'euteiidre; et vous striez bien punis ii je refusais de vous décrire ces horreurs, auxquelles vous frémiriez d'assister.

Les trois secrétaires pressèrent vivement Gustave, qui se fit un peu I rier, quoique son désir de leur raconter ce qu'il avait vu ne lui pas intérieurement moins vit que leur envie de le savoir.

— Allons, Wapherney, vous pourrez transmettre mon récil à >otie jeune sœur, qui.aime lant les choses effrayantes. J'ai été entraîné dans le Spladgest par la foule qui s'y pressait. On vient dy apporter les cadavres de irois soldats du réyinienide.Munekholmeldedeuxarchers, trouvés hier à quatre lieues dans les gor^'es, au fond du précipice de Cacadiliymore.Quelques spectateurs assurent queces malheureux eoiuposaient l'escouade envoyée, il y a trois jours, dans la direction de Skoiigen, à la recherche du concierge fugitif du Spladgest. Si cela est vrai, on ne peut coneevoir conim nt tant d'Iiûuimes armés ont pu être assassinés. La mutilation des corps paraît prouver qu'ils ont été précipités du haut des rochers. Cela lait dresser les cheveux.

— Quoi! Gustave, vous les avez vus? demanda vivement Wapherney.

— Je les ai encore devant les yeux.

— Et présume t-on <iuels sont les auteurs de cet attentat?

— Qiielques personnes pensaient que ce pouvait être une bande de mineurs, et assuraient qu'on avait entendu hier, dans les montagnes, les sons de la corue avec laquelle ils s'appellent.

— En vérité ! dit Arthur.

— Oui j mais tin vieux paysan a détruit cette conjecture, en faisant oliseiver qu'il n'y avait ni mines ni mineurs du', côté de Caseadth\more.

— Et qui .'•erail ce donc?

— On ne s.iit; si les corps n'étaient entiers, on pourrait croire que ce sont (j lelqucs bi'tes féroces, car ils portent sur leurs membres de longues et profondes égra'ignures. Il en est de même du cadavre d'un vieillard à barbe blanclie, ^•u'orl a apporté au Spladgest avant-hier matin, à la suite de cet affreux orage qui vous a empèt lié, mon cher Léanlre Wapherney. d'aller visiter, sur l'aulre rive du golfe, votre Héro du cot au de Larsynn.

— liifii! bieni Gustave, dit Wapherney en liant-, mais qufl est ce vieillard?

— A sa haute taille, à sa longue barbe blanche, à un chapelet qu'il tient encore fortement serré entre ses mains, quoiqu'il ait été tiouvé du reste absolument dépouillé, on a reconnu, dit on, un certain ermite des environs; je crois qu'on l'appelle l'ermite de Lynrass. Il est évident (|ue le pauvre homme a été également assassiné; mais dans qud but? On n'égorge plus maintenant pour opinion religif^^use, et le vieil ermite ne possédait au monde que sa robe de l'urc et la bienveillance publique.

HAN D'ISLANDE

— Et vous dites, reprit Richard, que ce corps est déchiré, ainsi que ceux des soldats, comme par les ongles d une bête féroce 'i"

— Oui, mon cher; et un pfcheur affirmait avoir remarqué des traces pareilles sur le corps, d'un oflicicr, il y a plusieurs jours, assassiné, vers les grt-vesd'Urcbtal.

' — Cela est singulier, dit Arthur.

— Cela est ellroyable, dit Uichard.

— Allons, reprit Wapherney, silence et travail, car Je crois que le général va bientôt venir. — Mon cher Gustave, je suis bien curieux de voir ces corps; si vous voulez, * soir en sortant nous entrerons un moment au Spladgest.

Elle eût élési facilement lieiuou.o : iirctimplo cabane dans une vallcc dcs.\lpes; quelques occupations domestiques auraient sulfi pour satisfaire des désirs bornés et remplir sa douco 'vie ; mais moi, l'ennemi de Dieu, jo n'ai pas eu do repos que jo n'aie brise son cœur, que jo n'aie lait tomber en ruinée sa destinée... Il faut qu'elle soit la victime de l'enfer.

GoETBE, Faust.

En <675, c'est-à-dire vingt-quatre années avant l'époque où se passe celle histoire, hélas! c'avait été une féie charmante pour tout le hameau de Thoctrec, qne le mariage de la douce Lucy Peinyrh, et du beau, du grand, de l'excellent jeune homme Caroll Stadt 11 est vrai de dire qu'ils s'aimaient depuis longtemps; et comment, tous les tueurs ne se seraient-ils pas intéressés aux deux jeunes amans le jour où tant d'ardens désirs, tant d'inquiètes espérances allaient enfin se changer en bonheur 1 Nés dans le même village, élevés dans les mêmes champs, bien souvent, dans leur enfance, Caro'il s'était endormi après leurs jeux sur le sein de Lucy; bien souvent, dans leur adolescence, Lucy s'était, après leurs travaux, appuyée sur le bras de Caroll. Lucy était la plus timide et la plus jolie des tilles ilu pays, Caroll le plus brave et le plus noble des garçons du caotou -, ils s'aimaient, et ils n'auraient pas mieux pu se rappeler le jour où ils avaient commencé d'aimer, que le jour où ils avaient co-uxnencé de vivre.

Mais leur mariage n'était pas venu comme leur amour, doucement et de lui-même, il y avait eu des intérêts domestiques, des haines de famille, des parens, des obstacles; une année entière ils avaient été séparés, et Caroll avait bien soutlerl loin de sa Lury,et Lucy avait bien pleuré loin de son Caroll, avant le jour bienheureux qui les réunissait, pour désormais ne plus souffrir et pleurer qu'ensemble.

C'était en la sauvant d'un grand péril ([uc Caro'l avait enfin obtenu sa Lucy. Un juiir il avait entendu d.s cris ('ans uh bois; c'était sa Lucy qu'un brigand, redouté de lois les montagnards, avait surprise, et pai aissait vouloir enlcv r. Ciroll attaqua hardiment ce monstre à face humaine, au(jucl le singulier rugissementqu'il poussait coaiiiie une bête l'^iOicava t fait donner le nom de Uan. Oui, il allaiiuâ celui (|ue personne n'osait attaquer; mais l'amour lui donnait des forets de lion. Il délivra sa bien aimée Lucy, la rendit ft sou père, et le père la lui donna.

Or, tout le village fut joyeux le jour où l'on unit ces deux fiancés. Lucy, seule, paraisealt sombre. Jamais pourtant elle n'avait attaché un regard plus tendre sur son cher Caroll; mais ce regard était aussi tris'c que tcnire, et, dai]s la joij universelle, c'é'ait un sujet d'étonnement. De momen', en moment, plus le bonheur ii son ami semb ait croître, plus ses yeux exprimaientdf douleur etd'amour. -O ma Lucy, lui dit Caroll après la sainte cérémonie, la présence de ce brigand, qui est un malheur pour toute la contrée, aura donc été un bonheur pour mol I On remarqua qu'elle secoua la tête, et ne répondit rien.

Le soir tint : on les laissa seuls dans leur chaumière neuve, a les danses et les jeux redoublèrent sur la place du village, pour célébrer la félicité des deux époux.

Le lendemain matin, Caroll StaJl avait disparu : quelques mots de sa main furent remis au père de Lucy Peinyrh par un chasseur des monts de Kûle, qui l'avait rencontré avant l'aube, errant sur les grèves du goife. Le vieux Will Peinyrh montra ce papier au pasteur et au syndic, et il ne resta de la fête de la veille que rabailemeut profond et le morne désespoir de Lucy.

Cette calastroi he mystérieuse consterna tout le village, et l'on s'efforça vainement à l'expliquer. Des prières pour l'ûme de Caroll furent dites dans la même église où, quelques jours auparavant lui-même avait chanté des cantiques d'actions de grâces sur son bonheur. On ne sait ce qui retint à la vie la veuve Sladt. Au bout de neuf mois de solitude et de deuil, elle mit au monde un fils, et, le jour même, le vLllaf;e de Gûlyn fut écrasé i^ar la chute du rocher pendant qui le dominait.

La nai'isance de ce lils ne dissii^a point la douleur sombre de sa mère. Gill S adi n'ann' nçait en rien qu'il dût resjembicr à Caroll. Siu ("ulaiice farouihe stnililail promettre une vie plus larouclie encore. Quelquefois un petit liunin-.e sauvage, — Dans Kqiieldesmoiilagnardi quiravaicnt vu deloinallirmaieiil rteonnsiire le fameux Uan d'Islantl.,— venait dans la cabane dés^ rie de ta vcuvp de Caroll, ciceux (lui passaient alors prés de là ci enicnJaicnt sortir des plaintes de kmme et des rtgissciiienô de ticTe. L'homme emmenait le jeune Gill, et des mois s'écou'aient; puis il le rendait à sa mère, plus sombre et plus t:Ûra\ant encore.

La veuve Stadt avait pour cet enfant un niéauge d'horreur et de tendresse. Quelquifois elle le serrait dans ses bras de mère, comme le seul bien qui l'ailac' ût encore à .a vie; d'autres fois elle le repoussaitavecepou>ant''.en appe ani Caroll, son cher Caroll. Nul être au monde ne savait ce qui boulever.-aii son ccEjr.

Gill avait passé sa vingt-troisième année; il vil Guth S;firsen, et l'aima avej fureur. Guili Siers n éiait riche, et il était pauvre. Alors, il partit pour Uœraasal ii de se faire mineur et de gajiuer de l'or. Depuis lors sa mère n'eu avait plus entendu parler.

Une nuit, assise devant le rouet qui la nin ris.'^ait, elle veillait, avec sa lampe à demi iteii le dans sa cjl'ane, sous ces murs viellis comme elle (i:;nà la solitude et le deuil, hiukIs téjiioins de la mystérieuse nuit de ses noce». Iiiiiuièie, elle pensait à son lils, dont la présence; s' vivenieni désirée, allait lui rappeler, et ptut-êirR lui appoiter bu'ii des douleurs. Cette pauvre mère aimait son lils, tout ingrat qu'il était. Et comment ne l'aurait-elle {as aimé? elle avait tant souffert pour lui!

Elle se leva, alla prendre au fond d'une veille armoire un crucilix rouillé dans la poussière. Un niomenl elle le considéra d'un œil suppliant; puis lout ù coup, le repoussant avec effroi : — Trier! cria t-elle; est-ce que je puis prier?... Tu n'as plus à prier que l'enfer, malheureuse I c'est al l'enfer que lu appartiens.

Elle retombait dans sa sombre rêverie, lorsqu'on frappa à la porte.

C'était un événement rare chez la veuve Sladt; car, depuis longues années, grAïC à ce que sa vie offrait d'extraordinaire, lout le village de Thoclree la croyait en commerce avec les esprits infernaux. Aussi nul n'approchait de sa cabane. Étiaiiges superstitions de le siècle cl de ce pays d ignorance I elle devait au malheur la même réputation de sorcellerie que le concierge duSjiladgest devait à la science! .

— Si c'était mon lils, si c'était Gill! s'écriat-elle; et elle s'élança vers la porte.

Hélas! ce n'éiait pas ce fils. C'était un petit ermite vêtu de bure, dont le capuchon rabattu ne laissait voir que la barbe noire.

— Saint homme, dit la veuve, que demaiulez vous? Vous ne savtz pas .1 quelle maison vous vous adressez.

-- Si vraiment! répliqua l'ermite d'une voix ra ique et trop connue. Et arrachant ses gants, sa barbe noire et son c^pu-

VïCTOa HOGO.

chon, il décwivrit un atroce visage, une barbe rousse et des mains armées d'ongles hideux.

— Oh ! cria la veuve, et elle cacha sa tête dans ses mains.

— Hé bie.i? dit le petit humnie, est ce que, depuis vingtquatre ans, tu no t'es pas encore habituée à voir l'époux que tu dois contempler durant t'jute l'éiernité?

Elle murmnra avec, épouvante : L'éternité!...

— Écoute, Lucy Pc'n^rh, je l'apporte des nouvelles ^e ton (Ils.

— De mon (ils! où est-il ?pouriiitoi ne vient-il pas?...

— Il ne peut.

— Mais dites-moi, reprit elle. ..levons rends grâce, hélas! vous pouvez donc m'.ipporter du bonheur!

— C'est l" bonheur en effet que je t'apporte, dit l'hf^tTimc d'une voix sourde; car lu es une l;iil)l.' femme, ci je m'étonne que ton ventre ait pu po-firun pareil li!s. RéjOuis-toi djuc. "Tu craignais que ton fi's ne marchât sur ma ti ace : ne crains plus rien.

— Quoi! s'écija la mère avec ravissement, mon fils, mon bienaimé Gill est donc changé?

L'ermite regardait sa joie avec un rire funeste.

— Oh ! bien changé, dit-il.

— Et pourquoi n'est-il pas accouru dans mes bras? Où l'aveî-vous vu? que faisait-il ?

— Il dormait.

La veuve, dans l'excès de sa joie, ne remarn«ait ni le regard sinistre, ni l'air horriblement railleur du petit hoTime.

— Pourquoi ne l'.ivoir pas réveillé, ne lui avoir pas dit : Gill, viens voir ta mère?

— Son sommeil éiaii profond.

— Oh! (|uand viendra t il? a|)prenez-moi, je vous ertsupp'ie, si je le reverrai hiintôt.

Le faux ermite tira de dessous sa robe une espô ede coupe d'une forme siugiJière.

— Hé bien! veuve, dit-il, bois au prochain retour de ton fils !

La veuve poussa un cri d'horreur. C'était un crâne humain Elle lit un gesl.' d'é,ioiwa:ite, et ne put jToférer une parole.

— Non, non ! cri.) tout à coup l'homme avec une voix terrible, ne déiourne pas les yeux, fenimi; regarde. Tu demandes à revoir ton fils?... lîcgarde, te dis je? car vO!là tout ce qui en reste.

Et, aux lueurs de la lampe rougeâlro, il pré .seniait aux lèvres p.'iles d» la mère le criine liu e! desséi hé de son fils.

Trop d m 'iheurs avaient ii;issn sur ceie âme pour qu'un malheur de plus la br sât Elic levi sur le, faiû;;che ermite un re^arj fixe et stupide.

— Oh! ia mortl... dit elle f.tiblement : la morll laissezmoi mourir.

— Meurs si tu veux !... Mais ; ouviens-foi , Lucy Pclnyrh, du b(iis Cfi Tlif clree, souvien -toi du iour où le tiémon, en s'emparant de ou cor|is, a danné ton âme .'i l'rnler! Je suis le démon, Lucy, et tu es mon épouse éicrnele! Ma'utenant, meurs si lu veux.

Celait ui e rrr.yanee, dans es contrées snpersiilietres, que des cs.oriis inl^Tniiv ni'parai^saieiit pi-f i parn.i les hommes pour y vivre des vje^ ilocnmei I de caiiimi!é.~. Entre autres fameux scélé-als, Uan d'Islande avait cette effrayante renommée. Ou croyait en.ore que. la f mme qui, par séduction ou par violcucc, fiiil la pr ie d'un U- ces démons à forme Immaiiie, devenait irrévocablement par ce seul malheur sa compagne de damnaiion.

Les évèiiemens que l'ermite rappelait à la veuve parureut réveiller en elle ces idées.

— Hélas 1 d il elle douloureusement, je ne puis donc échap. per à l'existence!... Et qu'ai-je fait? car lu le sais, mou bien aimé Carol!, je suis innocente. I.e bras d'une jeune fille n'a point la force du bras d'un démo;:.

Elle jioursuivit; ses regar.ls élaieul pleins de délire, et ses paroles incol'érentes semblaient nées du IremblemcHt roBVdlsif de ses lèvres.

— Oui, Caroll, depuis ce jour je suis impure et innocente; et le démon me demande si je me le rappelle, cet horiible

jour 1 — Mon Caroll, je ne t'ai point trompé ; — lu es venu trop taid ; j'étais à lui avant d'être à toi, hélas I — Hélas) et je serai punie é!ernellement. Non, je ne vous rejoindrai pas, vous que je pleuce. A quoi bon mourir? J'irai avec ce monstre, dans un monde qui lui ressemble, dans le monde des ré|uoiivés ! et <|ii'ai-je donc (ail ? Mes malheurs dans la vie seront mes crinies dans l'éiernité.

Le petit ermite ap'puyait sur elle un regard de triomphe et d'autorité...

— Ah ' s'*cria-t elle tout à-coup en se tournant vers lui, »U! «dites-moi; ceci n'est-il pas quelque rêve afireux que vo'.re présence m'apporie? car, vous le savez, hélas I depiiis le jour de ma père, toutes les fatales nuits oit votre esprit ni'a visiiée onléié marquée- pour moi par d'impures appa^ ritions, dcffrayans songes et des visions épouvantables.

— Femme, femme, reviens fi la raison. Il est aussi vrai que tu es éveillée, qu'il est vrai que Gill est mort.

Le fonveiiir de ses anricnnes infort' nés avait comme effacé en 1 elle mère celui de son nouveau malheur : ces paroles le lui rendirent.

— O mon (ils! mon fils, dii-flle; et le son de sa voix aurai!, ému tout autre que l'être méchant qui l'écoutait. Non, il reviendra ; il n'est pf s mort : je ne puis croire qu'il e?t mort.

— Hé bien ! va le demander aux rochers de Rœraas, qui l'ont écrasé, au golfe de Drontheim, qui l'a enseveli.

La veuve tomba à genoux, et cria avec effort : — Dieu, grand Dieu I

— Tais-toi, servante de l'enfer t

La malheureuse se tut. Il po rsuivit :

— Ne doute pas de la mort de ton fils. Il a été puni par ofi son père a failli. Il a laissé amollir son cœur de granit par un regard de fe.mnie. Moi, je l'ai possédée, mais je ns l'ai jamais aimé •. L- malheur de Ion Caroll est retombé sur lui.— Mon (ils (1 le tien a été trompé par sa fiancée, par celle f)Our qui ii est mort.

— Mort! reprit-elle, mort! Cela e.'t donc vrai ? — 0 Gill, tu éiais né d' mon mallieur, tu avais été conçu dans l'éjiouvante et cnf,ii:ié ib-.ns le deuil ; ta bouche avait déchiré mon sein; enfant, jamais tes 'aresses n'avaient répondu à mes ca esses, les emhrassemens â nifs embrassemens ; tu as toujours fui et repo; ssé ta mère, ta mère si seule et si al'andonnée dans la vie 1 Tu ne cherchais à me faire oublier mes maux passé ; qu'en nie créant de nouveres douleurs ; tu me délaissais pour le démon auteur de ton existence et de mon veuvage; jamais, duiMnt de longues années, Gill, jamais une joie ne m'esi venue de loi ; et cependant aujourd'hui ta mon, mon fils, me emble la plus insupportable de mes afflic ion-, aujourd'hui ton souvenir me semble un souvenir d'en(hanleinentel île consolation. Hélas }

Elle ne put continuer ; elle cacha sa tête dans son voile de bnre noire, don l'entendait sangloter douloureusement.

— Faible femme! murmura l'ermite; puis il reprit d'une vop; torle : Domple la douleur, je me suis joué de la mienne; écoule, l.ucy Pclnyrh, pendant que !u pleures c core ton (ils j'ai (lé à commcKcé ;"i le venger. C'est pour un soldat de la garnison de Munrkholm que sa fiancée l'a trompé Tout le ré;iiiient périra prmes mains. — Vois, Lucy Pelnyrh.

Il avait relevé les manches de sa ro^, et montrait à la veuve ses b'as difformes teints de saug.

— Oui, dit-il en poussant une sorte de rugissement, c'est aux g'^èves d'Urchtal, c'est aux gorges de Cascadihymore, que l'esprit de Gill doit se promener avec joie. -Allons, femme, ne vois-tu pas ce sang ? Console-loi donc.

luis toul-4-coup, comme frappé d'un souvenir, Il s'Interrompit :

— Veuve, ne t'a-t-on pas remis de ma part un coffre de fer? — Quoi ! je l'ai envoyé de l'or cl je l'apporle du sang, et tu pleures encore I Tu n'es donc pas de la race des hommes?

L« veuve, absorbée dans son désespoir, gardait le silence.

— Allons! dit-il avec un rir« farouihe, muette et immobile! tu n'es donc pas non plus de la race des femmes'

HAN D'ISLANDE

sn

Lury Peliiyrli I et il secouait son bras pour qu'elle {'écoutât: esi-ce qu'un messager ne l'a (las apporlé un coflre de 1er scellé?

La vciivt", lui atconlant une alleniion passagère, lit un signe (Je lète iii'galit', et retomba dans sa niornc rêverie.

— Ali! le misérable I cria le pelit lionimo, le misérable inlidèie I Spiagudry, cet or te coulera cIut ! *

El, dépouillant sa rabe d'erniil', il s'é an(a liors de la cabane, avei; le grondimeul d'une lijéne qui diurcbc un cadavre.

Seiiîiieur, je poigne nios cbevcux, je les peigne en pleuranl, parce (|iie vous me laissez seule, et que vous vous en aile/, dans les montagnes. La Dame au Comte, romance.

E'heï, cependant, avait déj,"» compté quatre jours longs et ninnoiones, depuis cpi'elle errait seule dans le sombre jardin du donjon le Slesvig; seule dans l'oratoire, témoin de tant de pleurs et confident de tant de vd'ux, seule dans la longue gilerie où, une fois, elle n'avait pas entendu sonner mlmiit. Son vieux père l'accompagnait (juelquefois, mais (Ile n'en éiaii pas moins seule, car le vériiable compagnon de sa vie était absent.

Malheureuse jeune tille 1... Qu'avait fait celte âme jJune et pure pour être déjà livrée à tant d'infortune P Enlevée au mon»le, aux honneurs, aux richesses, aux joies de la jeunesse, aux triomphes de la beauté, elle était encore au berceau qu'elle était déjà dans nn cachot; captive près d'un père captif, elle avait grandi en le voyant dépérir; et pour comb'e de douleurs, pour qu'elle n'ignorât aucun esclavage, l'amour était venu la trouver dans sa prison.

Encore si elle eût pu avoir !>on Ordencr auprès d'elle, que lui eût lait la liberté? Eût-elle su seulement s'il existait un monde dont on la séparait? Et d'ailleurs, son monde, son ciel, n'eussent-ils pas été avec elle dans cet étroit donjon, sous ces noires tours hérissées de soldats, et vers lesquelles le passant n'en aurait pas moins jeté un reijard de pitié?

Mais, hélas! pour la seconde fois, cet Ordener était ab» sent; et au lieu de couler près de lui des heures bien courtes, M ais toujours renaissantes, dans <le saintes caresses et de chastes e mbrassemens, elle passait les nuits et les jours il pleurer son absence, et à prier pour ses dangers. Car une vierge n'a que sa prière et ses larmes.

Quelquefois elle enviait ses ailes ù l'hirondelle libre, qui venait lui demander quelque nourriture à travers bs. barreaux de sa prison. Quelquefois elle laissait fuir sa pensée sur le nuage (ju'un vent rapide enfonçait dans le nord du ciel ; puis tout-à-coup elle détournait sa tête, et voilait ses yeux, comme si elle eût craint de voir apparaître le gigantesque brigand, et commencer le combat inégal sur lune des montagnes lointaines dont le sommet bleuâtre rampait à l'horizon ainsi qu'une nuée immobile.

Oh ! qu'il est cruel d aimer alors qu'on est séparé de l'être qu'on aime ! bien peu de cœurs ont connu cette douleur dans toute son étendue, parce (jue bien peu de cœurs ont connu l'amour dans loule sa prof naeur. Alors, étranger en quebiue sorte à sa propre existence, on se rrée, pour soimême une solitude morne, un vide immense; et pour l'être absent, je ne sais quel monde effrayant de périls, de monstres et de déceptions ; les diverses facultés qui composaient noire nature se changent et se perdent «n un désir ialini de l'être qui nous manque : tout ceciui nous environne est hors de notre vie. Cependant on respire, on marche, on agit, mais sans la pensée. Comme une planéle égarée (jui aurait perdu son soleil, le corps se meut au basard : l'âme est ailleurs.

Sur un grand bouclier ces chefs impitoyables Epouvantent l'enlordo sermons effroyables; Et près d'un lanrenu noir qu'ils viennent d'égorger Tous, la main dans le sang, jurent de se venger. Lee Sept Cheft devant Thébei.

Les rivages de Norwége abondent en baies étroites, en criques, en récifs, en lagunes, en petits caps tellement multipliés qu'ils faligueni la mémoire du voyageur et la patience du topographe. Autrefois, à en croire les discours populaires, chaque isthme avait son démon <iai le bantaii, chaque anse sa fée qui l'habitait, chaque promontoiie son saint qui le protégeait; car la superstition mêle toutes les croyances pour se faire des terreurs. Sur la grève de Kelvel, à quelques milles au nord de la grotte de Walderhog, un seul endroit, disait-on, était libre de loule juridiction des esprits infernaux, intermédiaires ou célestes. C'était la clairière riveraine dominée parle rocher sur le sommet duquel on apercevait encore quelques vieilles ruines du manoir de Ralph ou Radul|ihe-le-Géanl. Celle petite prairie sauvage, bordée au couchant par la mer, et éiroitenient encaissée dans des roches couvertes de bruyères, devait ce privilège au nom seul de cet ancien sire norwégien, son premter possesseur. Car quelle fée, quel diable, ou quel ange eût osé se faire l'Iiùie ou le patron du domaine autrefois occupé et protégé par Halphie Géant?

Il est vrai que le nom seul du formidable Kalpb suflBsait pour imprimer un caractère effrayant à ces lieux déjà si sauvages. Mais ;i tout prendre, un souvenir n'est pas si redoutable qu'un emplit; et jamais un pêcheur, attardé parle gros temps, en amarrant sa barque dans la crique de Kalpb, n'avait vu le follet rire et danser, parmi des âmes, sur le haut d'un rocher, ni la Ice parcourir les bruyères dans son char de phosphore traîné par des vers luisans, ni le saint rt-nioiiler vers la lune après sa prière

Si pourtant, la nuit (|ui suivit le grand orage, les houles de la mer et la violence du vent eussent permis â quelque marinier égaré d'aboriler dans celte baie hospiialière, peutêtre eùlil été frappé d'uuc superstitieuse épouvante, en contemplant les liois hommes qui, celle nuitlà, s'étaient assis autour d'un j^rand feu, allumé au milieu de la clairière. Deux d'entre eux étaient couverts des grands chapeaux de feutre et des larges pantalons des mineurs royaux. Leurs bras étaient nus jus lu'à l'épaule, leurs pieds cachrs dans des bot lues fauves; une ceinture d'étofle rouge soutenait leurs sabres recourbés et leurs longs pislolels. Tous deux portaient une trompe de corne suspendue à leur cou. L'un était vieux, l'autre était 1res jeune; et l'épaisicur de la barb^ du vieillard, la longueur des clicveux du jeune homme, ajoutaient quelque ( hose de sauvage à leurs physionomies, naturellement dures et sévères.

A son bonnet de T)eau d'ours, à sa casaque de cuir huilé, au mousquet fixé en bandoulière à son dos, à sa culotte courte et étroite, à ses genoux nus, à ses sandales décorée, à la hache éiincelanle qu'il portait à la main, il était facile de reionuailre, dans le compagnon des deux mineurs, un monlagoar I du nord de Norwége.

Certes, celui qui eût aperçu de loin ces trois figures singulières, sur lesquelles le foyer, agité parles brises de mer, jetait des lueurs rouges et changeantes, eût pu être à bon droit effrayé, sans raêmecroireaux spectres et aux démons; il lui eût suffi pour cela de croire aux voleurs, et d'être un peu plus riche qu'un poète.

Ces trois hommes todrnaieni souvent la tête vers le sentier perdu du bois qui aboutit à la clairière de Ralph, et d'après celles de leur.- paroles que le vent n'emt>orlait pas, ils semblaient attendre un quatrième personnage.

— Dites donc, Kennybol,savez-vous qu'à celte heure-el nous n'attendrions pas aussi paisiblement cet envoyé du

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