LA FULMINANTE
La lune jetait une clarté brillante sur les eaux de la rade de Fort-Royal. La chaloupe qui portait CroustiUac et sa fortune s'avança rapidement vers la Fulminante, que l'on voyait mouillée à la sortie de la baie. Le Gascon, enveloppé dans son manteau, occupait la place d'honneur de l'embarcation, qui semblait voler sur les eaux'.
— Mûnsiéur, — dit-il à monsieur de Clicmerauf, — je voudrais autrement réfléchir au discours ipiu je compte prononcer à mes partisans ; vous comprenei:... il faut que je leur expose une sorte de manifeste oîi je leur déroule mes principes politiques, que je leur dis(! mes espérances pour les leur faire partager, que je leur donne enfin une manière de plan de campagne ; or, tout ceci a besoin d'être longuement élaboré. Ce sont les bases de notre entreprise. Il faut encore leur développer toutes... les conséquences de l'alliance, ou plutôt de l'appui moral, c'est-à-dire matériel, que nous prête l'Angleterre, ou plutôt la France... Enfin, — dit CroustiUac, qui commennait à s'embrouiller singulièrement dans sa politique, — je désire ne recevoir mes partisans que demain, daus la matinée... je voudrais même que mon arrivée à bord fût le moins bruyante possible.
— Il est très probable, monseigneur, que tous ces braves gentilshommes seront couchés, car on ignorait à quelle heure Voire Altesse devait arriver.
— Cet enragé.... c'est-à-dire ce brave Mortimcr, est capable de m'avoir attendu toute la nuit, — dit CroustiUac avec inquiétude.
— Il n'y a pas à en douter, monseigneur, pour qui sait l'ardente impatience avec laquelle il désire votre retour.
— Tenez, monsieur, — dit le Gascon, — entre nous, je connais mon Mortimer; il est très nerveux, très impressionnable; je craindrais pour lui. . une révolution, un effet de joie trop subite... si je paraissais inopinément à sa vue. Aussi, en montant à bord, j'aurai la précaution de bien m'cncaper afin d'échapper à ses regards... et même, s'il vous demande si j'arrive bientôt, obligez-moi de lui répondre d'une manière évasive... De cette façon on pourra le préparer à une entrevue qui, sans ces ménagemens, pourrait être funeste à cet ami dévoué.
— Ahl ne craignez rien, monseigneur, l'excès de la joie ne peut jamais être funeste...
— Eh bien 1 vous vous trompez, monsieur ; sans compter mille faits généraux dont je [luurrais corroborer mon opinion, je vous citerai à ce sujet un fait tout personne!, et
j justement pai'ticulier à l'homme dout nous nous occupons.
— A lord Mortimer?
— A lui-même, monsieur... Je n'oublierai jamais que je l'ai vu une fois saisi de convulsions épouvantables, dans une circonstance presque semblable... C'étaient des soubresauts nerveux,., des évanouissemens...
— Pourtant, monseigneur, lord Mortimer est d'une constitution athlétique.
— D'une constitution athlétique? Allons, il ne me manquait plus que de rencontrer un Hercule dans ce Pylade acharné, — iiensa CroustiUac. Il reprit tout haut : — Vous n'ignorez pas, monsieur, que ce sont justement les hommes d'une force extrême qui ressentent le plus vivement ces secousses ; je vous dirai même... mais cela tout à fait entre nous, au moins...
— Monseigneur peut être sûr de ma discrétion...
— Vous comprendrez ma réserve, monsieur.... je vous dirai donc que, dans l'occasion dont je vous parle... ce malheureux Mortimer fut tellement stupéfait.. .-(sans notre étroile amitié, je dirais stupide) en revoyant subito quelqu'un qu'il n'avait pas rencontré depuis longtemps... que sa tète... vous comprenez...
— Conunent.! monseigneur, sa raison?...
— Hélas I oui, dans cette circonstance seulement... Vous comprenez maintenant pourquoi je vous demande le secret?
— Oui, oui, monseigneur.
— Mais ce ne fut pas tout, le saisissement de ce pauvre Mortimer fut tel, qu'après être resté quelques momens comme abasourdi de surprise, il ne reconnut plus celle personne... Non, monsieur, il ne la reconnut [ilus, quoiqu'il l'eût vue mille foisi
— Serait-il possible, monseigneur? — dit monsieur de Cliemcraut d'un ton de doute respectueux.
— Cela n'est, hélas 1 que trop vrai, monsieur, car vous n'avez pas d'idé(ule l'exaltation de ce garron-là... Aussi, moi qui suis son ami, je dois veiller à ce qu'il ne lui arrive rieu do fâcheux... Jugez uu peu... si je l'exposais à ne pas me recoiinaître... Morlimer est maintenant ce que j'aime le plus au monde, et vous savez, hélas ! monsieur, si les consolaUons de l'amitié me sont nécessaires.
— Encore ce funeste souvenir, monseigneur?
— Oui, jo suis faible, je l'avoue.... c'est plus fort que moi...
— Quel est donc ce bâtiment mouillé non loin de la frégate, — demanda monsieur de Chemeraut au patron de la chaloupe,afln de changer la conservalion, parégard pouF le prince.
— Monsieur, c'est une liourque marchande arrivée hier au soir de Saint-Pierre, dit le patron en ôtant respectueusement sou bonnet.
— Ah! je sais... — reprit monsieur de Chemeraut, — c'est probablement le navire de cet imbécile de capitaine marchand qui demandait notre escorte... Mais nous voici à bord, monseigneur... Toutes les lumières sont éteintes... Vous n'êtes pas attendu...
— Tant mieux! tant mieux!... Pourvu que Mortimer ne soit pas là !
— Il me semble que je l'aperçois sur le pont, monseigneur.
CroustiUac releva son manteau presque sur ses yeux.
— Ah ! voici l'offlcier de quart à l'escalier. Quel dommage d'arriver si tard, monseigneur... C'est au bruit des tambours, aux fanfares des buccins que vous auriez dû être reçu par l'équipage sous les armes.
— A demain les honneurs... à demain, — dit CroustiUac, — l'heure de ces frivolités vient toujours assez tût...
Monsieur de Chemeraut s'effaça pour laisser le Gascon monter le premier à l'échelle. Celui-ci respira en ne voyant sur le pont qu'un officier de marine, qui le reçut, chapeau bas, d'un air profondément respectueux. CroustiUac répondit 1res dignement, et surtout très brièvement, ens'enveloppant de toutes ses forces dans son manteau, et en ji tant autour de lui des regards inquiets , craignant de voir apparaître le terrible Morlimer. Heureusement, il ne vit que des matelots causant ou à demi couchés le long des canons. L'oflicier, qui s'était entretenu à voix basse avec monsieur de Chemeraut, saluant de nouveau CroustiUac, lui dit :
— Monseigneur, puisque vous l'exigez, je n'éveillerai pas le capitaine, et j'aurai l'honneur de vous conduire dans votre appartement.
CroustiUac inclina la tête.
— A demain, monseigneur, — lui dit monsieur de Chemeraut.
— A demain, — répondit l'aventurier.
L'oflicier descendit par le panneau d'arrière dans la batterie, ouvrit la porte d'une belle et vaste chambre parfaitement éclairée par une verrine, et dit au Gascon :
ŒUVRES CHOISIES D'ECGÈNE SUE
— Moiiseiijneur, voici votre apparlcnicnt ; il y a deux autres petites pièces à droite et à gauche.
— C'est à merveille, monsieur; veuillez, je vous prie donner les ordres les plus sévères pour que personne
n'entre chez moi, demain, avant que je n'appelle
Personne... monsieur... vous entendez... absolument per- *onne !...ceci est de la dernière importance.
— Très bien, monseigneur... Votn' Altesse ne désire pas qu'on avertisse un de ses gens pour la déshabiller?
— Je suis soldat, monsieur, —dit fièrement Croustillac, — et je me déshabille tout sluI.
Le jeune oflicier s'inclina, prenant cette réponse pour une leçon de stoïcisme; il sortit, ordonna à l'un des plantons de ne laisser entror personne dans l'appartement du prince, et remonta sur le pont rejoindre monsieur de Chemeraut.
i — C'est un véritable Spartiate que votre prince, mon cher Chemeraut, — lui dit-il; — comment, il n'a pas emmené même un laquais I
— C'est juste, — répondit monsieur de Chemeraut; — il s'est passé de si étranges choses à terre, que ni lui ni moi n'y avons songé; mais je lui donnerai un de mes gens. A cette heure, l'important est de mettre à la voile.
— C'est aussi l'avis du capitaine. Il m'a donné ordre de l'éveiller si vous jugiez nécessaire de partir proniptement.
— Nous partirons à l'instant mt'me, car le vent et la marée sont favorables, j(; pense? ié|jondil Chemeraut.
— Si favorables, — dit l'oflicier, — que, cette lirise durant, demain, an soleil levant, nous n'apercevrons plus les terr. s de la Martinique.
Une demi-heure après l'arrivée du Gascon à bord, la Fiiwinantc appareillait par une excellriite brise de sudouesl. Lorsque monsieur de Chemeraut vit la frégate sortir de la rade, il ne [lut s'empêcher de se frotter les mains en se disant :
— Ma foi !... ce n'est pas que je sois vain et glorieux, mais j'aurais donné cette mission en cent aux i)lus hahiles... Déjouer les projets de l'envoyé anglais.... vaincre les scrupules du prince, l'aider a se venger d'une épouse criminelle, l'arrai'her à forée d'éloipience aux accablantes idé'CS que cet accident conjugal avait lait naître dans son esprit, le rameniu'cn An^'leterre à la tète de si's partisans... ma foi! Chemeraut, mon ami, c'est atlaire à toi!! Ta fortune était déjà en bon chemin, la voici à tout jamais assurée; ce bon succès me ravit d'autant plus que le roi regarde cette affaire comme très imi)ortanle. Encore une fois, bravo!...
Chemeraut, le co^'ur joyeux, l'esprit allègre, s'endormit iloucement, bercé ])ar les plus séduisantes et par les plus ambitieuses espérances...
Il était dix heures et demie du matin ; la brise était fraîche, la mer un peu forte, mais très belle; la Fiilminanle laissait derrière elle un élincelant et rapide sillage. On n'apercevait plus auiiine terre des Antilles, on naviguait en plein Océan. I.'ollicier de quart, armé d'une longuevu*!, examinait avec attention un Irois-màts éloigné de deux portées de canon environ, qui tenait Jibsolumenl la même roule que la fri'gate et marchait aussi vile qu'elle, «juoiqu'il portât niônio quelques voiles légères de moins.
A l'extrême horizon, l'officier remarquait aussi un autre navire, qu'il distinguait encore vaguement, mais «piisemhlailsuivre la m^nie direction que le trois-m;1tsdonl nous venons do signaler la murio'uvre. Voulant \oir si ce dernier bîlhuK'nt éluil toujours décidi'^ à imiter Irs mouvenionsde la Pulmiiuinte, l'olVu'ier ordonna au timonnier de laisser porter un peu plus au nonl... Letrois-niAts laissa porter un peu plus au nord. L'oflicier fit [lorter presque entièrement à l'ouest. Le Irois-mîts porta presque entièrement à l'ouost.
Plus impatienté qu'eIVrayé de cette obsession, car ce navire n'etaii [.as de force h lutter avec une frégate, roflicior, par ordre du cupitaine, fit virer de bord et marcher droit à cet importun bâtiment... L'importun vire de bord pareillement, continue d'imiter scrupuleusement les évo-
lutions de la frégate et de marcher de concert avec elle, mais toujours hors do portée de ses canons. Le cajiitaine, ,inité, fit forcer dévoiles et courir sur le trois-môts. Le trois-mûls prouva qu'il était, sinon meilleur, du moins aussi bon marcheur que la frégate, qui ne put jamais rapprocher la dislance qui les séj)arnil.
Le capitaine, ne voulant pas perdre un temps précieux à cette chasse iuutile, lit remettre le cap en route. Le fâcheux navire remit le cap en route. Ce mystérieux bâtiment n'était autre que la paisible Licojvic... Le capitaine Daniel, malgré les refus de monsieur Chemeraut, avait jugé convenable de s'attacher opinià'.rémeul à la Fulminante jusqu'il la sortie des déhouquemens.
Un nouveau personnage [larut sur le pont de la frégate. Celait un homme de cinquante ans environ, grand, replet, portant un.buflle, de larges chausses écartâtes, et des l)ottes de basane; il avait les cheveux et la moustache d'un roux ardent : son teint coloré, ses yeux bleu clair, dont le globe était veiné de fibrilles que la moindre émotion devait injecter de sang, témoignaient d'un naturel violent et passionné...
Nous nous hâterons d'apprendrelau lecteur que cet athlétique personnage était le plus fanaliiiue des fanatiques partisans deMonmoulh, et qu'il eût été mille fois heureux du sort de Sidney ; en un mot, cet homme était lord Porcy Wortimcr. Son iiKiuiétude, sou agitation, son impatience, étaient inexprimables ; il ne pouvait rester une minute eu place.
Vingt fois le lord était descendu à la porte de la chambre de Croustillac, pour savoir si milord-duc ne l'avait pas fait demander. En vain il avait supplié l'officier de faire dire au duc que Mortimer, son meilleur ami, son ancien compagnon d'armes, désirait se jeter à ses pieds; les vœux du lord avaient été vains, on exécutait à la rigueur lesordres du malheureux Croustillac, qui regardait chaque minute gagnée comme une conquête précieuse. Monsieur de Chemeraut monta aussi sur le pont, revêtu d'un habit magnifique, l'air radieux, triomphant; il semblait dire à tous : <iSi le prince est ici, c'est grâce à mon habileté, à mon courage. » En le voyant, Mortimer s'approcha vivement de lui.
— Eh bien ! monsieur, — lui dit-il, — sait-on enfin à quelle heure milord-duc nous recevra?
— Le prince a défendu d'entrer chez lui sans son ordre.
— Je suis sur des charbons ardens, — reprit Mortimer;
— je ne me pardonnerai jamais de m'ôlre couché c«tte nuit et de n'avoir pas été le premier à serrer notre Jacques dans mes bras, à me jeter à ses pieds... à baiser sa main royale.
— Ah ! lord Mortimer, vous aimez bien notre brave duc,
— dit Chemeraut,— des partisans comme vous sont rares 1
— Si j'aime notre Jacijues! — s'écria Mortimer eu devenant d'un rouge sanguin et apoplectique, — si je l'aime 1 Tenez! moi et Dick Dudlcy, mon meilleur ami, qui aime le duc, non pas autant que moi (nous nous sommes battus une fois parce qu'il soutenait cette folle prétention) , moi i>t Dudiev, vous dis-je, nous nous demandions encore tout à l'heure si nous aurions la force de revoir notre Jacques sans faiblir... comme des femmelettes?
— Le iluc avait raison, — pensa Chemeraut. — Quelle exaltation 1 Ce n'est pas de l'attachement, c'est de l'acharnement.
Jlortimer reprit avec véhémence :
— Ce matin, en nous levant, nous nous embrassions, nous faisions mille extravagances en songeant que nous le reverrions aujourd'hui. Nous ne pouvions le croire, et encore à celte heure j'en doute... Ah 1 quel jour! quel jour !... Revoir eu chair et en os un ami... un compagnon de guerre qu'on a cru mort, (|u'on a |)leuré pendant cinq ans! Ah 1 vous ne savez |)as comme il était chéri et regretté, notre Jacques! comme on se .souvenait de sa bravoure, de son courage, de sa gaieté I Quel bonheur de ne pas dire celait... mais c'est un cœur de roi, un vrai cœur de roi que notre duc 1
— Et il faut que cela soit bien vrai, milord, puisqu'à
LE MORNE-AU-DIÂBLE
l'exception de vous, de lord Dudley et de ce pauvre lord Rothsay, qui, tout malade qu'il est de ses anciennes blessures, a voulu vous accompagner, les autres gentilshommes qui viennent offrir leur bras, leur vie, leur fortune à notre duc, ne le connaissent que de réputation...
— Et je voudrais bien voir que, sur son seul renom et sur notre garantie, ils ne l'aimassent pas autant que nous l'aimons : ce qui me rappelle qu'autrefois je me suis battu avec mon ami Dick Rolhsaj', parce qu'il avouait qu'il m'aimait un peu plus que notre Jacques.
— Le fait est, milord, — dit monsieur de Chemeraut, — que peu de princes sont capables d'exciter un pareil enthousiasme seulement par leur renom.
— Peu de princes, monsieur 1 — s'écria lovd Morlimer d'une voix redoutable, — peu de princes I Dites donc aucun prince... Demandez à Dudley.
Lord Dudley paraissait en ce moment sur le pont. Les cheveux et la moustache de ce lord étaient noirs et commençaient à grisonner : il y avait une grande conformité de taille, d'embonpoint et de force entre lui et Mortimer, véritable type (physiquement parlant) de ce qu'on appelait les gentilshommes fermiers.
— Qu'est-ce qu'il y a, Percy? — dit familièrement lord Dudley à son ami,
— N'est-ce pas, Dick, qu'aucun prince ne peut être comparé à notre Jacques ?
— En exceptant nos dignes amis et alliés de ce vaisseau, tout chien qui oserait soutenir que Jacques n'est pas le meilleur des hommes, je le sanglerais de coups de fouet et je le couperais en quartiers, —dit le robuste personnage en frappant d'un de ses poings velus sur le plat-bord du navire. Puis, s'adressant à monsieur de Chemeraut : — Mais maintenant vous le connaissez comme nous, vous l'élu, vous le bienheureux qui l'avez vu le premier... Votre main, monsieur de Chemeraut, votre brave et loyale main, plus brave et plus loyale s'il est possible, depuis qu'elle a touché celle de notre duc...
Dudley secoua rudement la main droite de monsieur de Chemeraut, pendant que Mortimer secouait non moins rudement la main gauche. Rien de plus contagieux que l'enthousiasme ; les partisans du duc étaient peu à peu montés sur le pont et s'étaient groupés autour des deux lords ; tous voulaient à leur tour serrer la main qui avait touché celle du prince.
— Ah ! messieurs, je conçois que monseigneur recule le moment de vous voir, — dit Chemeraut, — il craint l'émotion inséparable d'un pareil moment.
— Et nous, donc! — s'écria Dudley. — Enfin, voici tantôt quarante jours que nous sommes partis de La Rochelle, n'est-ce pas ? eh bien ! que je meure si j'ai dormi plus de trois ou quatre heures par chaque nuit, et encore d'un sommeil à la fois agréable et agité comme celui dont on dort la veille d'un duel... où l'on est sûr de tuer son homme... Du moins, tel est l'effet que cette impatience a produit sur moi ; et toi, Percy 1 — dit le robuste gladiateur à Mortimer.
— Moi, Dick, — répondit celui-ci, — ça m'a fait un effet contraire ; à chaque instant je me réveillais en sursaut... 11 ma semble que je dormirais ainsi la veille du jour où je devrais être fusillé.
— Moi, — dit un autre gentilhomme, — je ne connais le duc que d'après son portrait.
— Moi, d'après son renom.
— Moi, dès que j'ai su qu'il s'agissait de marcher sous ses ordres contre les orangistes, j'ai tout quitté, amis... femme... enfant...
— C'est comme nous...
— Ah ! monsieur, c'est qu'aussi Jacques de Monmouth, — dit un autre, — c'est un nom qui résonne comme un clairon.
— Il suffira de prononcer ce nom dans la vieille Angleterre, — reprit un autre, — pour chasser tous ces rats de Hollande dans leurs marécages 1
— A commencer par le Guillaume...-