‹ Musée littéraireChapitre 167 sur 170 · OEL'V. CHOISIES. — III · texte numérisé non relu

OEL'V. CHOISIES. — III

— D'honneur 1 milords, — dit monsieur de Chemeraut,

— vous me rendriez presque orgueilleux d'avoir si bien réussi dans une entreprise qui, j'oserais le dire, est assez délicate... Je ne veux pas attribuer à mes raisonnemens, cl mon influence, la résolution du prince... mais cro^vez du moins, milords, que j'ai su faire valoir auprès de lui l'enthousiasme que son souvenir vous avait inspiré.

— Aussi, notre ami... n'oublierons-nous jamais ce que vous avez fait ! Vous nous l'avez amené ici... notre duc I

— s'écria cordialement Mortimer.

— Pour cela seulement nous vous devons une reconnaissance éternelle, — ajouta Dudley...

— Le voir I le voir ! — s'écria Mortimer dans un nouvel entraînement ; — le revoir, lui que nous avions cru mort... le revoir bien en face, retrouver devant nos yeux cette noble et fière figure, si belle ; le revoir au milieu du feu... le... le... ah !... Eli bien! oui, je pleure... je pleure, — s'écria le brave Morlimer en ne contraignant plus son émotion. — Oui, je pleure comme un enfant, et mille tonnerres écrasent ceux qui ne comprennent pas qu'un vieux soldat pleure ainsi !...

L'attendrissement est aussi contagieux que l'enthousiasme.

Dick fit comme son ami Percy, et les autres gentilshommes firent comme Dick et comme son ami Percy...

LE Jl'GEMENT.

Un nouveau personnage vint augmenter le nombre des admirateurs passionnés de Monmouth. On vit s'avancer, soutenu par deux serviteurs, un lionime jeune encore, mais que de nombreuses blessures condamnaient à de précoces infirmités. Lord Jocelyn Rothsay, malgré ses souffrances, avait voulu se joindre aux partisans du prince, et sinon combattre pour la cause que Monmouth allait défendre, du moins venir au-devant du duc, et être des premiers à le féliciter sur sa résurrection.

Les cheveux de lord Rothsay étaient blancs, quoique son pâle visage fût encore jeune et que sa moustache fût aussi noire que ses yeux brillans et hardis. Enveloppé d'une longue robe de chambre, il s'avança péniblement, appuyé sur les épaules de deux serviteurs.

— Voilà le brave Rothsay, qui a autant de blessures que de poils à sa moustache ! — s'écria lord Dudley.

— Par le diable 1 qui ne m'emportera pas du moins avant que j'aie vu notre duc, — dit Rothsay; — je serai comme vous l'un des premiers à lui serrer la main. N'aurais-je pas, dans ma verte jeunesse, risqué ma vie pour hâter d'un quart d'heure un rendez-vous d'amour ? Pourquoi ne la risquerais-je pas pour voir notre duc un quart d'heure plus tôt?

Un homme à physionomie inquiète parut sur le pont peu de temps après lord Rothsay.

— Milord 1 — lui dit-il d'un ton suppliant, — milord 1 vous exposez votre vie par celle imprudence ! Le moindre mouvement violent peut renouveler l'hémorragie de cette ancienne blessure que...

— Au diable 1 docteur, où mon sang coulera-t-il mieux et plus noblement qu'aux pieds de Jacques de Monmouth 't — dit Rothsay avec exaltation.

— Mais, milord, le danger...

— Mais, docteur, il s'agirait de sa damnation que Jocelyn Rothsay ne serait pas un des derniers à embrasser noire duc. Je n'ai pas fait ce voyage pour autre chose. Dick me prêtera une épaule, Percy une autre, et c'est soutenu par ces deux braves champions que je viendrai dire à Jac-

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