UN ABORDAGE
Maître Grwff se leva lentement, secoua la poussière qui couvrait ses vêtcmens et lâta ses menibrns mruruis.
— Du diable, s'il n'a pas été bon ecfanl, grommela-t-il ; je m'allei dais à pis que cela.
Il s'accouda sur l'appui de la croisée et tâcha rie percer l'obsiuriié du regard pour voir ce qui allait se passer entre lelairdelBob Lanti'rn.
— Ma foi, pensait-il, Bob paierait cher un aboiement qui le mettrait sur ses gardes, mais je ne suis pas un i hieii après tout, et puis'i-'je le hasard donne aux pauvres pentes une chance de se sauver, je ne veux pas la leur ôter... Bravo, paidieu! voici la lune et nous allons voir la chasse en g' and.
Le brouillard s'était levé sous retTiirl d'un vent de suil est qui chassait rapidement devant lui les peiits nuages blanchâtres qui pommelaient le ciel. La lune se inoiitiait â intervalles courts ei prrsque égaux, pwur se cacher au bout de quelques secondes et se remontrer bieniôi après entre deux nuages. La Tamise silencieuse, soulevée en i.'eiiies vagues iloi t les rajous lunaires tiraient des milliers (iepaili«ites, éiendat sa vaste nappe an pied de l'h/lteldu HoiOeorye Çàei la, des allèges et des emban ations de toutes sories s'éclieloi.naieni coiilusémei.t le long de la rive Un paquebot qui venait de passer Uissaitdans l'air une traînée debiurde vapeur.
Bob avait dijà dépassé les dernières cnbar' allons à l'ancre et se trouvait dans j'espaie libre qui occupe le milieu du courant Le laird, au contraire, nageait encore parmi le pèleliéle des barques amarrées.
Le lalrd était un puissant nageur, it fendait l'eau par élans réguliers et g.^gnail rapidem^-nl du lerniii sur la Marque de bob, le'juel était sans dellance et ne se piessult point.
— Il le rattrapera, (lar ma loi 1 se disait GrutI ; — l'eau et lui se connaisieiil, et je l'ai vu ..c'était le bon lenips... nageant pendant une heure, dins le Soiway, aupiès de son cl;etal c'Ssounié... Ah ! maître llob \a en >oir île be li'S...Si le laird I st'ulein-iit sur lui queli|ue chose qui r"ssemb!e à iindiik, il va le harpoBDercomme un saumoD... et je dis quecesera bien lait
— Qii'cst-ie qni sera bien fait, maître sot? demanda une '/oix aigre derrière lui.
— Vous étiez là, ma bonne amie?... balbutia l'aubergiste déconcerté.
—J'étais là, maître Gruff... et n'avez-vous point de honte I... Vous êtes plus lAche qu'un lièvre, veyez-vous ! Dire qu'une pauvre femme comme moi ne peut pas compter sur son mari pour la d. f' ndrei... Vous m'eussiez laissé tuer par ce furieux, maître GruBI
— Oh! ma bonne amie I... se récria l'aubergiste.
— Taisez-vous 1 OU plutôt, répondez!... Le vieux fou s'est jeté à l'eau?
— Il s'est jeté à l'eau, Baby.
— Po 'r se noyer?
Maîire Griiff hésita.
— Il pourrait bien se faire qu'il se noyât, Baby, répondit-H enfin.
Mistress Orufif lui lança un regard de défiance, et le fit runeiiient tourner sur lui-même 'pour prendre sa place à la fenêire.
— Le laird a des lubies, grommela-t-elle; mais j'aurais parié qu'il eùi au moins brisé le crâne de maître Gruff avant de oeiiaer a se noyer... Il avait les yeux d'un démon lout-àriitfure, et j'aime autant, sur ma foi, qu'il soit dans la rivière que chez iiousl .. Et cp mouchoir, inutile créature que vous éies' Parlons de ce mouchoir 1 Pourquoi avez-vous laissé tomlier ce mom hoir?
— Ce mouchoir, Baby, sera sorti de la poche de la petite demoiselle...
— Vous ruinerez notre maison, monsieur I vous êtes une malèdl(tion sur moi, une lourue malédiction, je ne puis le cacher. . Si le laird n'avait pas vu ce mouchoir, nous lui aurions... c'esi-ù-liire je lui aurais, car vous et rien c'est la même chose... je lui aurais fait accroi>e tout ce que j'aurais voulu... Ne réve-i-il pas les yeux ouverts tant que dure le