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PACL FEVAL.
wste horizon, des bois, un lac, des monlapnes. —Surtout celii, les ravons obll(|iu's «lu soleil plissaieiil, jetant çà et là leur' poussière d'or. C'était bien beau ; c'était si beau que j'ouliliiiis ma pauvre C"rah. — Mais son image revint bientût solliciter ma mémoire. Je la vis courant sous les grands arbres. côto\aiit les vertes rives du lac ou coucbéedans les herbes de la plaine. Et je pleurai encore, mais ce n'élaitplus de joie.
Mais j'étais une enfant, après tout. Toutes ces choses, si J«elles et si nouvelles pour moi, furent fortes contre mcsregnts. Je me souvins de Corah, je m'en souviens encore, com me du seul ètrequiaitjetéqueLiue douceur dans la triste solitude où s'écoula mon enfance, et cependant, alors comme maintenant, ce souvenir dépouilla son amertume première. Je me représentais loujours Corail coucbée à mes pieds, et léchant ma main qui lui portait du pain ou une caresse ; je ne la voyais jamais mourante, et j'éloignais de ma mémoire le couteau de riiorrible mendiant Bob.
L'eni.roiioU l'on m'avait ainsi conduite était bien loin de Londres. C'est tout ce que je puis dire, n'ayant jamais su ni son nom, ni sa position sur la carte. On me laissait sortir tant queje vDulais, mais je n'avais point permission de parler aux étrangers, et Tempérance était toujours ma seule compagnie, l'cinpéiance et Roboam le muet, qui m'accompagnait dan> toutes mes courses à travers champs et se mettait comme »n mur de pierre entre moi et les bous villageois qui me salu lient en passant.
iMon père était resté à Londres.
Lady Ophelia et vous, milord, m'avez parlé de Dieu depuis huit jours, et lady Ophelia m'a prêté un livre où sont écrites de hautes et consolantes paroles. Alors je ne connaissais point Dieu, et son nom ne m'était jamais venu à l'oreille que dans un blasphème d'Ismail on dans les plaintes de Tempérance lorsque mon père la frappait. — J'ignorais tout ce qui a rapport à la religion. Héias ! j'ignore encore sur cela bien des choses!... et pourtant, dès ce temps, où mon intelligence d'enfant était plongée dans de complètes ténèbres, dès ce temps je sentais en moi quelque chose qui me portait invinciblement vers une adoration mystérieuse, vers un espoir qui n'était point de ce monde et dont le but brillait au-delà de la mort. C'était une aspiration vague et plus douloureuse que consolante, milord, parce qu'elle était environnée de pénibles etloits pourcomprenure, ell'orts qui jamais ne pouvaient aboutir.
J'interrogeais parfos Tempérance, mais Tempérance ne m'eiiieiidait pas ou f^.ignait de ne me point entendre. — En ces occasions, elle (.utonnait un slupide refrain, ou bien elle me disait qu'lsmail viendrait bientôt me chercher, et qu'alors j'aurais des robes de soie et de velours, des perles dans i:.es cheveuK ei des bagues de pierres précieuses à chacun de mes doigts.
Je comprenais cela. Pour tout ce qui était mauvais ou seulement irivule, je n'éiais pas entièrement ignorante. Ismaïl m'avait n'péié jusiju'à satiété que j'étais belle, et souvent il uravaii revêtue d'atours biillans, comme pour exaller ma coquetterie naissante.
J avais quitté Londres au commencement du printemps. On me laissa dans celle maison de campagne pendant toute la bn.du saison. Ces liuit mois de liberté comparative produisirent sur moi un elTel extraordinaire. J'étais forte avant de partir, et il a^ail fallu, pour me courber, toute l'écrasante presion de ma solitude au milieu de l'atmosphère impure de Loi.dre.-t. Aux champs, je me développai tout-ùeoup. Mon corps devint ;obus!e; mon cœur prit de la force, et mon intelligence, quoique toujours inculte, jeta linéiques hardis regards, par-(li;ssus les barrières imposées, sur ce monde qu'il lie m'était point permis de connaître.
J'appris a monter à cheval, j'appris à nager dans le lac, et le muet s'émerveilla souvent de mon adresseà manier le fusil de clias.se qu'lsniaïl avait mis parmi mes bagages.
Hélas! milord, ce ne sont pointées choses qu'une femme doit savoir. J'a; ajipris depuis huit jours que ces pauvres talens vont mal à une jeune ijllc. Je les oublierai parce queje Tcui vous plaire, Brtac.
Lancesler s'toclina en souriant.
— N'oubliez rien, Susannah, dit-il, je vous aime comme vous êtes... J'aime tout ce qui esten vous: votre ignorance, et jusqu'à cette tyrannie qui pesasur vos jeunes années et qui vous lit si différente des autres femmes... Oh ! si vous m'aimez, nous serons bien heureux!
— Si je vous aime! répéta Susannah dont l'œil allangui par ses souvenirs lança tout à-coup un jet de flamme.— Dieu sait que depuis longtemps ma vie est à vous, milord. ..Mais je vous dirai bientôt ce que je souffrais sans vous et pour vous qui ne me connaissiez pas... Je vous dirai comment, sans le savoir, vous avez changé mon apathique résignation en agonie, ma morne indifférence en martyre... Et je vous dirai aussi combien j'aimais ma souffrance, Brian, et que'; étrange bonheur se mêlait à l'amertume de ma torture...
Vers l'automne, une lettre d'Ismail me rappela. Nous montâmes encore dans une voiture fermée qui entra dans Londres à la nuit. — Je suis une étrange créature, ou peut-être sommes-nous tous ainsi faits. J'eus du plaisir à revoir cette maison où l'ennui avait pesé si lourdement sur moi; j'eus du plaisir à m'asseoir auprès de la cabane vide de la pauvre Corah. Les grands arbres me parurent de vieux amis, et ma chambrette me sembla moins triste.
Je n'enviais plus les jeunes filles qui jouaient sur legazou du square. Et, d'ailleurs, ce n'étaient plus les mêmes: elles avaient grandi comme moi, celles dont je jalousais autrefois les bruyans plaisirs. — Maintenant, que faisaient-elles, puisqu'on ne les voyait plus sur le square?... Peut-être étaientelles recluses à leur tour? .. Pauvres filles!
.Te m'apitoyais sur leur sort, et je me disais qu'elles feraient comme ma biche Corah, parce qu'elles étalent prisonnières après avoir été libres.
En me revoyant, mon père sembla étonné.
— Comme vous voilà belle et grande, Susannah ! dit-il avec une véritable admiration ; —ce diable de docteur avait raison, avec sa fleur et son enfant... Allons, Susannah, ma fille, vous voilà une dame, et il va falloir vous traiter en conséquence. Aimez-vous les belles robes? •
Je rougis de plaisir à cette question.
— Vous aurez de belles robes, reprit mon père, qui mit delà railleriedans son sourire, — et des parures et des dentelles... Et puis, ma fille, vous verrez bientôt des fignres nouvelles... Oh ! vous allez vous divertir comme une reine, Susannah.
Je demeurai pensive après le départ d'Ismail. Ma curiosité s'était changée en crainte sauvage. L'idée de voir quelqu'un, de parler à quelqu'un qui ne serait ni mon père, ni Tempérance, ni Roboam, me faisait peur.— Mais d'un autre côté, les belles robes, les bijoux, les dentelles me tournaient la tête. Je pense que j'avais alors onze ans ou un peu plus. Il y a six ans de cela.
Le soir même de ce jour il arriva une sorte d'événement.
Tempérance était occupée à démêler mes cheveux pour faire ma toilette de nuit. Comme d'habitude, la malheureuse fille sentait le gin à soulever le cœur. Néanmoins, elle n'était point ivre tout-à-fait, "hiaisseulementgaie de cette gaîtécommunicative et exaltée, si repoussante chez les créatures adonnées à son vice favori.
— Miss Susannah, me dit-elle tout à-coup en éclatant de rire, je suis chargée de vous embrasser... de vous embrasser sur lesdeux joues, pardifu! miss Susannah!... Je viens dépêcher, ma foi, ma chère demoiselle! Le livre dit : Tu ne prendras point en vain le nom de Dieu... maisc'est mon joli Bob qui m'apprend à jurer ainsi... Que disais-je donc, miss Susannah , s'il vous plait?
— Vous disiez que boire toujours est un vilain défaut, Tempérance, répliquai-je avec ma malice d'enfant.
— Disais-Je cela ? s'écria-t-elle ; — oh ! diable I II faut que je sois ivre alors... Mais non, méchante enfant... i9 disais qu'on m'avait chargée de vous embrasser et de mettre à votre cou ce brimborion qne voici.
Avant que j'eusse le temps de répondre , elle planta un gros baiser sur chacune de mes joues, et me passa au cou un cordon de soie auquel pendait le médaillon oU est notre fleur, Brian.
LES MYSTÈRES DE LONDRES
— Qu'est cela? m'écriai-je, et qui vous a chargée?...
— Chut!... imerrompii Tcrapirauce ; — c'est un grand secret...
— Ji'vous en prie, ma bonne Tempérance, dites-moi qui m'envoie cette jolie boite.
— C'est...
Elle s'arrêta pour éi-Ialer de rire.
— C'est une lêe, reprilelle fivrc sa groi^se gaîté, — une fée qui rôde dans Goadman's-Field tous les soirs et qui me donne de quoi adieler du gin, quand... quand cela lui plaît, pardieu! niissSusaniiabI