U SIRÈNE
En prononçant ces dernières paroles, le sein de la belle fllle se souleva brusquement, et sa joue devint pâle, tandis que son (Til noir lançait un fugitif telair.
— C'eût été pour moi un moment bien terrible, milord, reprit-elle, si j'eusse deviné dès l'abord les intentions d'Ismaî!. Mais mon ignorance m'épargnait en partie l'angoisse de ma •itiiaiion. Lorsque je compris enfin ce qu'on voulait de moi, fêtais forte : je vous aimais.
Et puis, mon père n'eut pas le temps...
Son premier soin en arrivant à Londres fut de remonter sur un pied spleiidide sa maison de jeu de Leicester-Square. iVous savez, milord, de quelle vogue jouit cet enfer durant la plus grande partie d'une année. On le nommait le Club d'Or (Co/'/en C/tt6), et sa clientèle se composait exclusivement de la plus haute noblesse d'îsTrois-Royaumes.
Mais mon père n'avait point abandonné pour cela sa maison de Gocdmsn's-Field. Il y pratiquait l'usure, et son bureau d'esion pte , établi dans les salles du rez-de-chaussée qui m'avaie it servi si longtemps de demeure, ne désemplissait pas tant que durait le jour.
Ainsi, milord, cette pièce où vous êtes venu parfois emprunter -ie l'argent à Ismaïl était mon ancienne chambre. A la place mfme oli était le comptoir de mon père se trouvait jadis mon petit lit d'enfant, et la première fois que je vous vis, à travers les carreaux de la fenêtre donnant sur le jardiB, vous étiez assis à la place où je m'endcrmis, la tête appuyée sur l'épaule de ma pauvre Corah , ce soir où je vis ma mère en rêve...
C'était ptu de temps après notre arrivée à Londres. Je me promer,ais dans le jardin, donnant déjà mon âme à ces vagues pensées qui emplissent les têtes déjeune fllle. Les premiers souffles du vent de printemps arrivaient jusqu'à moi par fraîches bouffées, et quelques pauvres oiseaux, égarés par l'immensité de Londres, chantaient doucement sur les branches où pendaient déjà quelques grappes de clairs feuillages.
J'entendis du bruit dans l'antichambre. C'était vous, milord, qtii veniez d'entrer. — Un hasard étrange... — ma destinée sans doute... me fil entr'ouvrir curieusement la porte du Jardin afin de regarder.
Je vous vis et je vous trouvai bien beau
Mon père avait amené de France deux grands laquais qui TOUS barraient le passage. — Vous ne vous fâchâlfs point, vos traits gardèrent leur indifférence hautaine, et pourtant ils se rangèrent dès que vous leur eûtes adressé quelques mots accompagnés d'un geste impérieux.
Je m'étonnai, milord, car j'avais vu souvent ces mêmes hommes résister insolemment à des visiteurs. Je m'étonnai surtout de ce pouvoir que vous aviez de forcer l'obéissance Bans éclats de voix, sans menaces et sans colère.
Mon père aussi savait se faire obéir, mais seulement par ta terreur.
C'était la première fois, milord, que je voyais un homme né pour commander. Yotre voix tranquille apporta vers mon oreille des vibrations inaccoutumées; votre froid regard, qui semblait dédaigner le courroux en face de ces valets, mais qui appuyait, terme et résolu, l'impérieux laconisme de votre ordre, me remijlit d'admiratiou et de crainte. — C'étaient là pourtant, n'est-ce pas, choses qui n'eussent point surpris beaucoup déjeunes filles dans Londres, mais il ne faut pas oublier parmi quel entourage s'était passée ma jeunesse...
Et il faut bien penser aussi, Brian, que, dans les choses
même de la vie commune, vous apportez des façons qui ne sont point celles d'aulrui. Dieu vous a taillé sur un modèle à part ; vous êtes seul ainsi, reconnaissable toujours au milieu de la foule, ne trouvant nulle part votre semblable et surtout votre égal ; le premier partout, le premier toujours!...
Susannah s'interrompit.— Brian venait de mettre en soa< riant sur sa bouche le mouchoir brodé qu'il tenait encore à la main.
La belle fille répondit à ce sourire par un autre sourire tout plein de calme bonheur.
— Vous avez eu raison de m'arrêter, milord, reprit-elle. Je ne trouvais plus de paroles pour dire tout ce que sent mon cœur...
— Vous voulez donc me rendre fou d'orgueil, madame I murmura Lancester.
— Je voudrais ouvrir devant vos yeux mon âme comme un livre, Brian, comme un livre dont toutes les pages pussent se lire à la fois et d'un regard, afin que vous vissiez qu'il n'y a rien en moi que vous.
— Et vous serez toujours ainsi, n'est-ce pas, Susannah? dit Lancester avec cette magique douceur que l'amour heureux sait mettre dans la voix.
— Toujours! répéta-t-elle.— Oh ! toujours, milord !
On commençait à sentir l'approche du crépuscule du soir. Ces courtes heures, durant lesquelles le soleil de janvier parvient à percer la brume épaisse suspendue au-dessus de Londres comme un pesant manteau, touchaient à leur terme. Le brouillard se faisait dense au dehors, et la saillie des meubles projetait une ombre sous laquelle on ne distinguait plus rien déjà.
Susannah poursuivit :
— Lorsque vous fûtes entré dans le bureau de mon père, milord, je me glissai le long du mur de la maison et me plaçai contre la fenêtre à un endroit d'où je pouvais vous voir sans être vue. Mon cœur battait bien fort et je ne savais pourquoi : mes yeux brûlaient comme lorsqu'on va pleurer, et pourtant j'avais au fond de l'àme une joie nouvelle et inconnue.
Tant que vous demeurâtes avec mon père, moi je restai h mon poste ; je regardais, quelque chose de vous venait jusqu'à moi, et je m'enivrais à ce mystérieux contact.
Savez-vous, milord, je vous aimai dés ce jour-là presque autant que je vous aime !
Quand vous repassâtes le seuil delà maison de mon père, quand je ne vous vis plus, j'eus froid et mes larmes devinrent amères.
Puis je m'assis sous un arbre et je me complus à caresser votre image qui était gravée en traits de feu dans ma mémoire.
— Àvez-vous vu ce gentleman , miss Suky ? me demanda mon père.
— Oh ! oui, monsieur, répondis-je.
— Comme vous prononcez cela, Suky!s'écria-t-ilen riant; —je gage qu'il vous a fait peur... C'est un fou, miss Susannah, qui a de quoi vivre pour deux ans encore et qui lâche de réduire ces d.'ux ans à six mois.
— Comment l'appelle-t-on, monsieur?
— Brian de Lancester.
Je pense que jamais musique n'affecta plus délicieusement mon oreille, milord... Brian!... ohl votre nom est comme vous; il est doux et beau et le cœur s'en souvient...
Il n'y eut plus guère pour moi de sommeil. Je pensai à vous cette nuit, elle jour vint que j'y pensais encore... Les autres nuits ce fut de même. — El quand je m'endormais, Brian, je vous voyais en songe.
Oh I combien de fois me suis-je vue comme à présent auprès de vous, la main dans votre main, souriant à votre sourire...
Mais ie m'éveillais, milord, et c'est unechose cruelle qae le réveil après nti si beau rêve!
Susannah prononça ces derniers mots d'une voix tremblante. Son beau front s'éiait chargé de iris'.esse.
— Pauvre Ophely! murmura telle; — on s'éveille vase.
LES MYSTERES DE LONDRES
ISO
*irfois après le bonheur!... Elle est beUe pourtant, n'est-ce ^as, milord, belle et noble?...
— Belle et noble, en effet, répondit Lancester; la plus belle et la plus noble après vous, Susannah.
— Rt il ne l'aime plus ! acheva (oui bas la belle fHle.
— C'est qu'il ne l'a jamais simi'e, madame... Monsieur le marquis ie Rio-Santo «st un ambitieux.
— El vous, milord? s'écria naïvement Susannah. Lancesler secoua la léie en souriant.
— Moi, je suis un fou, madame, rc^pondit-il.
Susannah l'interrogea du regard avec inquiétude, comme »i elle eût cnint qu'il y eût sous cette réponse de l'amertume ou de la raillerie; mais le franc visage de Brian semblait s'éire déshabitué de cette expression flegmatique et moquenseà la fois qui lui allait si bien dans ses équipées i'ereenlrirman. Il prenait, — que le Dieu des larkers le lui pardonne!— son tête-à-téte fort au sérieux; il aimait bonnement et simplement et beaucoup, comme un lilsdesquire à sa première passion, comme un ulergymau de vingt ans, comme un poète.
— Je fus bien longtemps sans vous voir après cela, milord, reprit Susannah. Mon père vous avait prêté sans doute une forte somme. Vous ne revîntes pas de si tôt à la maisou deGoodman's-Fields.
Mais je ne vous oubliais pas; je vous attendais.
Ce fut au Park que je vous rencontrai pour la seconde fois. Je vous reconnus de bien loin parmi tous les gentilshommes qui emplissaient les allées, et mon cœur se précipita vers TOUS. -Vous étiez monié sur un beau cheval alezan dont la fière allur» excitait l'envie et l'admiraiion de vos rivaux...
— Rubyl interrompit Brian avec un soupir involontaire. Susairnah baisa le m.daillon.— Ce fut une sorte de muette
oraison funèbre pour le vaillant cheval.
— Vous alliez reprit-elle, gracieux cavalier avec votre éclatant costume de jockey, maîtrisant voire cheval qui dansait coquettement et frappait le sable en mesure du quadruple choc de son élastique sabot. Parfois un élan subit vous emportait soudain hors de vue, puis vous reveniez comme le vent,et vo'.re cheval, coarbantsatêle mutine, mettait l'écume du mors sur l'or bruni de son poitrail. . Vous aviez ù votre boutonnière une fleur decamélia,— la fleur que j'ai gardée si longtemps en souvenance de vous, milord.
Tout à coup il se fit une clameur dans la foule. Une calèche, lancée au galop de quatre magnili(|ues chevaux, venait de renverser une pauvre femme qui gisait , sanglante, sur le sol.
— Tenez, Suky, tenez, dit mon père, regardez bien ! voici White-Manor qui vient d'écraser une vieille... Du diable s'il se retourne pour la regarder, sur ma foi !
— Je vais la relever, monsieur ! m'écriai-je en donnant un coup de cravache à mon cheval.
Mais Ismaîl le retint tjar la bride.
— Fadaises que tout cela, fadaises!... Si la vieille est morte, à quoi bon la relever? S; elle n'est pas morte, il se troiivera bien quelque sol pour lui porter aide...
Leso/, ce lut vous, milord... vousen souvenez-vous?...
— Je crois me rapiuler vagucnu'iU... commença Brian.
— Oh I moi, je me souviens, Briaii.el il me semble vous voir encore. Vous sautâtes à terre et vous prîtes dans vos bras la pauvi e femme évanouie.
— Un flacon! un flacou, belles dames! criâtes-vous en agitant voire mohchoir.
— Dix équipages s'arrêtèrent, et bien des femmes jolies vous saluèrent avec un sourire. Au lieu d'un flacon il en tomba vingc à vos pieds En vous baissant pour en ramasser pn, la fleur de votre boutonnière tomba. — Je m'élançai, Brian, et av;iMt que mon père pût se nndre compte de mon action, la fli'iir était cachée dé|ù d.ins mon sein.
Vous so.ilevâtis la vieille femme et vous lui fîtes respirer des sels. . Puis, lorsqu'elle eut repris ses sens, vous lui don- Dites votre bourse, Brian.
— A la bonne heure I grommela Ismaîl; cela s'appelle dépenser son argent comme il faut... Mais, après tout, il n'est pas si lou qu'il en a l'air, et il sait, très bien choisir parmi
LE SIÈCLE. — VI
les vieilles femmes écras.!cs celles qui l'ont été par 'White- Manor. .
Brian rougit. — Au fond du cœur il reconnaissait la vérité (lu reproche. Certes, en loiiies circonstances sa générosité native l'eût porté à secourir le malheur, mais le malheurcansé par son frère avait des droits donblrs à son aide, non point par sentiment fraternel, mais par antagonisme.
Il rougit, parce qu'il sentait ne pas mériter ici l'enthousiasme de Susannah Celle-ci reprit:
— Mon père ne pouvait pas concevoir qu'on fût généreux sans motif, poursuivit la belle fille Les gens comme vous, milord, étaient pour lui des énigmes dont il tâchait vainement à deviner le mol.
Ceci me fit vous aimer davantage, vous aimer trop, milord, car voire prnsée devint une obsession. Partout et toujours vous étiez devant mes yeux. Sans cesse je voyais votre front haut et calme et l'auilare tramiuille de votre regard.
C'était ur>e soufl'rance réelle et d^Jmiant |iliis inciirnble que je ne (Cherchais point à la fuir. Je m'y compl. lisais. Je bâtis» sois, éveillée, des rêves qui merevenaieni dans mon sommeil. Je désirais ardemment, mais aveuglément;j'esiiérais, sans pouvoir définir mon espérance.
En ces premiers temps de mon amour, je pleurais souvent, et quand mon père surprenait des larmes à mes yeux, il médisait :
— Patience, Suky, patience ! Nous aurons soin de vous, ma fille, et sous peu je vous conduirai en un lieu où vous pourrez ( hoisir.
Je pense comprendre à peu près mainlen.int le sens de ces brutales paroles. A cette époque, elles glissèrent sur mon oreille comme de vains sons.
Mon père tint promesse ci^pendant et me mena un soir en un lieu où j'aurais pu clioi ir. Mais ce ne fut point dans ee but qu'il m'y conduisit tout d'abord. Il comptait sur moi pour jouer une sorte de comédie propre à servir une de ses spéculations.
Vous vous souvenez peut être, milord, de ce repas nocturne oii Ismaîl énura'ra aux juils, ses frèns, les divers services qu'il espérait tirer de moi. Il avait dit ce soir-lù qu'il lui manquait une sirène pair attirer les joueurs à son hell (enter.) Ceci n'était jias exact, car les splendides salons du Golden-Club étaient loujoiirs remplis rie belles femmes, parées comme des reines; néanmoins, ces femmes ne suffisaient pas, faut-il croire, car Ismaîl voulut s'appuyer sur moi et me faire jouer mon rôle de sirène.
Il avait imaginé iinflque chose d'imnrévu et de t'.éâtral, en rapport avei: le-s masiiiliiiues décorations dît club. Dans le salon principal, il avait temlu une riche draperie flerrière laquelle étaient placés ma har|ie et mon niino. Deva'ii la draperie, une liante et forte balustraile détendait le passage.
Lorsiiue j'entrai là pour la ; remiére fois, l'air chaud et parfumé de la salle agit vivement sur mes nerfs, eu même ter-ps que le bruit des conversatinns voisines eB'rayail ma timidité sauvage. — Mon père me fit asseoir au piano.
— N'ayez pas peur, miss Suky, me dit-il, et chantez de votre plus belle voix... personne ne peut vous voir.
11 disait vrai. La draperie interceptait complètement les regards.
Je passai mes doigts sur les touches de l'instrument, et quelques VOIX groii.lcuses de joueurs s'élevèrent de l'autre côté de la drap -ne.
— Voila une mauvaise invention, Spencer, disaitpon, laites taire ce piano qui nous rompt les oreilles.
— Aliiz toujours, Suky, nie dit mon père.
Peu m'importait, milord, de plaire ou de déplaire aux en» qui étaient derrière le rideau. Je preludii encoredurant quelques secondes ; puis, je coniihenvai un air d'opéia français quej'avais entendu dire a niademuiselleFalcon.Ma voix s'éleva d'abord, froide et meiliodique, comme si j'eusse chanté devant mon professeur; niais je ne sais point résister a l'en tratnement de la nmsiijue, niui, mi oïd. La passioc me prit. Je dounai, ceuinie toujours, mon âme eutiè» à mon chaut.
PAUL FEVAL.
J'oubliai ce qui ra'enloHrail, j'oubliai le lieu où j'étais-, je ctiaiiiai r«>i>r nioi.
— A la bonne heure, missSukyl dit tout bas mon père, comme j'aihevsis la dernière noie du finale.
Au même ii.siant. de frénéliinies bravi fcla!èr<>nt dans la salle. C'était quelque chose dViraiige après les murmures boadeurs qui avaient aci ueilli le» premiures notes de mon cbant.
— CVst Maliyran, disait-on.
— C'est Catalani, qui a bu l'eau de Jouvenr^I
— C'^st Pasta, qui a trouvé des notes de soprano au fond de son {réuie !
— Très (bers ! s'écria une voix flûtée, c'est Grisi, plutôt... Vous ne connaissez pas encore Grisi... vous coiiuaîirez Grisi...je parle sérieusement.
Mon père se frottait les mains et riait silencieusement.
— Milords, dil-il enfin, ce n'est ni Malibran, ni Pasta, ni Grisi.
— Et qui est-ce donc, maître Spencer?
— C'est la 5<ren«, milords.
Il y eut un chuchitiment de l'autre côté du rideau ; mon pèreailenHalt la suite avec anxiété. Moi j'écoulais, milorJ, espérant vaguemei'l que j'entendrais votre voix parmi ks autres voix... Vous n'y étiez donc pas ce soir-là?
— Je n'y étais pas, madame, mais j'ai enteni^u depuis, comme I.oi dri-s entier, la mystérieuse et incomparable Sirène du Golden-Club... et je comprends maintenant pourquoi sa voix sans riva'e desrendait si profuiidémeiit en mon âm.» .. Je ne pouvais aimer de vous queceque je connaissais, milady, ei j'aimais votre voix.
— Que j'aurais chanté mieux et d?. meilleur cœur si j'avais su que vous m'écoutiez, milord!...
Au bout de quelques secondes, les chuchottemens s'élevèn il! jusqu'à devenir de véritables c'ameurs. Ou voulait me voir et l'on demandait à grands cris l'ouverture de la balustrade.
— Miloid>, dit mon père, je suis désolé de refuser quelque chose à Vos Seign.uries, mais la Sirène ne se montrera pas.
— Ce'.:t livres, si vous voulez ra'introduire seul, Ismaïl, dit une voix.
— Cinq cents livres! dit une autre.
Mon |.èi'e avait peine à contenir sa joie.
— C'est une affaire, par Belzébuih ! c'est une affaire, murmurai t-il.
— Mille livres ! dit-on derrière le ri leau.
— Pour aucun prix, milords, répondit Ismaïl ; — et permetiez-mci d'engager VosSeigneuries à reprendre leurs jeux... la Sirène n'est plus là.
— Reviendra-t-elie?
— Demain, milorrfs, la Sirène chantera.
Eu :'i>ant cela, mon père m'entraîna et me fit monter dans une voiture qui me raniiiia d;!ns Goodmaii's-Fields.
Le lendemain, les sa ous 'in GôMenClub •^talent trop étroits pour contenir la foule qui i-iriua d. s la tombéa de la nuli.
Je chant. li. — Ou reuvcr.^a la balustrade, pour me voir. — Mais j'i tais partie déjà, et le galop des chevaux de mon père m'emportait v. rs notre maison.
Cétait en virile un homme habile, milord. Il avait bien jiigé la fouie dorée qui composait sa oiientele. Ce mystère piqua au vif la curiosité blasée des nobles lords. Oti ^trla de mui dans Loiulres...
— C est â-(liie qu'un ne paria plus que de vous, madame, liilcrrompii Brian ; — dcspirtntl'es qui ne vous avaient jamais lUe iiieiii Votre portruit, 'et les jwurnaux de Paris nous renvoyèrent bienloL t'éclio de votre renommée qui avait passé le di'lroii... ■>iai.-> piisuiine ne (ut il admis à vous voir?
— l'eisiMiiie, milord;— nui ne peut se vanter «'avoir ap(:çu la yiitUK du Goldcii-Ciub. Mon père attendait et spéculait sur l'effet de la curi«sité poussr* ju'-qu'à la folie , il aiaiidail le paroxysme de la voguv pour... pour me sa( rilier, nii rd, je dois ie croire, li Ne f;;isail du reste nullement mysièi e de ses desseins de\aiÉt moi, mais il m'effrayaient peu pùoe nue je ■'eu comprenais poiui la portée.
Nous avons, nous autres femmes, un cœur vain, léger et accessible surtout aux joies de l'orgueil. Comme j'eusse été oo . cupée de ces bravi qui couvraient mon chant chaque soir si votre souvenir n'eût empli mon âme, Brian !... Et encore, s'il faut le dire, l'orgueil faisait taire parfois l'amour en moi, et le bruit des app^audissemens étouffait le cri de mon Âme.
Je me pardonne aujourd'hui en pensant que votre applaudissi-ment se mêlait parfois aux autres. C'était lui peut-'ire qui perçait mon enveloppe d'indifléreiice, ei ce que je prenais pour de l'orgueil était une mystic|ue joie d'amour...
— Susaiinah,me ditun soir mon père, viusallezétre bien heureuse. Je veux faire de vous une lady, et parmi les lords qui vous applaudissent chaque jour, vous allez choisir, ma «lie...