LE COIN DU LORD
Il y avait au bout de ce corridor où le cavalier Angelo Bembo passait à peu près sa vie depuis quel(iues jours, une fenêtre basse qui s'ouvrait sur une toute petite cour environnée d'un mur. Au delà de la cour était le passage communiquant avec Belgrave-Lane.
Dans Belgrave-Lane, juste en face de la fenêtre basse, s'élevait une maison en briques rouges, bronzées par les brouillards de Londres, tout imprégnées de la noire vapeur du coke. Cette maison, triste et abandonnée d'ordinaire, avait dans le quartier une mauvaise réputation. Le marchand de cigares de Grosvenor-Place racontait volontiers à (jui voulait l'entendre qu'elle avait servi longtemps de /ne and easij" à un noble lord. On y avait entendu souvent le bruit nocturne des orgies, et parfois, de ses étroites fenêtres, des plaintes de femme étaient tombées jusqu'à l'oreille du passant attardé dans l'allée de Bclgrave.
Depuis quelques années on ne voyait plus guère s'ouvrir les contrevens rembourrés du /ree andeasy que les commères du quartier de Pimlico appelaient le coin du lord ( 'ord's corner). La maison demeurait inhabitée, et seulement, à de bien rares intervalles, ses croisées s'illuminaient quelque soir.
Le lord vieillissait sans doute, et ses fantaisies devenaient de moins en moins fréquentes.
On ne connaissait point, du reste, dans Pimliro le nom de Sa Seigneurie , dont les visites à la petite maison s'ctaieni faites de tout temps avec le plus grand myiîtère.
Le Inrd's cn-n.fr était du reste admiiablement situé pour l'usage que lui prêtait la voix commune. Rien ne dominait ses croisées , qui regardaient de biais une partie des derrières d'Irish-IIouse. De là seulement aurait pu partir un coup d'oeil indiscret. — On doit croire que Sa Seigneurie avait reconnu cet inconvénient; car, douze ou quinze ans
' Suus-cnlcndu house; maison oti l'on est libre et à l'aise (petite maison}.
LES MYSTÈRES DE LONDRES