‹ Musée littéraireChapitre 87 sur 170 · IS · texte numérisé non relu

IS

Piils elle tSta le sol autour (j'ellc, afin de trouver ce pain du miracle.

Elle le trouva cl s'agenouilla pour ro 'idre grâces à la main divine qui lui venait en aide. Sa foi. ranimée par la prit're, plus encore que la nourriture insiillisaiile, avidement dévo- Ti'i' après un si long jeûne, lui redonnèrent du calme et presque de la force.

Plus de visions terribles ou folles, nous dirions presque plus d'effroi. La pensée du ciel éclairait sa nuil, et Dieu peuplait sa solitude — Si le rayon de la lanierne sourde de maître Rowley eùl pénétré en ce moment dans la prison de Clary, l'aidivenipoisonncur eût été assurément fort étonné de l'effet produit par son petit morceau de pain.

Clary !Mai: Farlane s'était assise à terre et appuyait ses reins a la paroi rembourrée de sa cellule comme au dossier d'un fauteuil. Elle était bien pile encore, mais un calme sublime reposait sa physionomie. Ses yeux, élevés vers le ciel, rellélaienl un religieux, un pur espoir, — et, par espoir, nous n'entendons point ce sentiment dont les aspirations vulgaires ont leur but en ce monde. Clary se savait ou se croyait condamnée a mourir. Son espoir était au delù des choses de la vie. C'était comme un avant-goût de cette quiétude sainte et sans bornes qui suit, pour le juste, les angoisses de la dernière heure.

Sa bouche, aux lèvres de laquelle un peu de sang était revenu, apâlissait l'éclat accoutumé de son corail pour prendre une teinte doucement rosée, et souriait un angélique sourire.

Elle était belleainsi, belle jusqu'à la splendeur; elle était belle et touchante. Dieu qu'elle implorait devait laisser tomber sur elle, son œuvre exquise, sa créature parfaite qui parmi les épreuves d'une lente agonie donnait son âme devlergeàla prière, un regard de paternel amour...

Les hommes l'eussent adorée ; les anges l'attendaient.

Ce repos dura plusieurs heures,— tant que Clary put prier. Au bout de ce temps un murmure sourd se lit en son cœur, troublant par de profanes interruptions la sainte voix de l'oraison.

Clary sentit le retour procliain de cette lutte terrible où elle avait failli succomber. Elle se redressa, vaillante, en face du supplice et ceignit ses reins pour le combat.

La tentation revint en cil'et, forte des laiblesscs qui pressaient fatalement l'ùme de la pauvre recluse, forte du silence, des ténèbres, de la solitude. — Clary revit Edward, toujours beau, dominateur, hélas I toujours aimé ! Elle détourna la tète, mais de quelque coté que fussent ses yeux fascinés, Edward était là; il la suspendait à l'attraction de son sourire, il la rendait folle encore et se mettait obstinément entre elle et Dieu.

Ce fut une lutte épuisante, dont les détails ne se peuvent point raconter. Toutes les tortures se pressaient autour de ce pauvre cœur qui allait cesser de battre. Elle se souvenait de son rêve et voyait encore parfois l'ombre de sa sœur entre elle et cet homme qui tenait si bien sa pensée esclave, que le ciel invoqué lutlait en valu pour l'affranchir.

Oh I qu'il étaitbeau et digne d'amour! Comme sa tête Hère dépassait superbeiiienl le vulgaire niveau de la foule ! Comme son regard enivrait I Comme son sourire rayonnait la séduction tout autour de lui 1

Clary résistait en vain. Elle était vaincue. Seulement sa défaite avait changé d'aspect. Elle ne s'élançait plus vers son vainqueur aveccefii'vreiix enirainpmentdc tout à l'heure; elle ne l'appelait plus de toutes les voix de son ànie, heureuse de pécher, s'il était complice, heureuse de se perdre avec lui. Sa peine était austère et grave maintenant. Tout en cédant elle sz repentait; tout en aimant, elle regrettait d'aimer. Dans sa fatale extase, il y avait d'énergiques retours vers Dieu. La lutte se prolongeait après la défaite, et Clary, cette fois, ne se réconciliait point avec sa faiblesse.

Et, de même qu'elle n'avait plus 'le joies délirantes, elle n'avait plus de désespoirs. Sa sœur Anna était toujours sa sœur chérie. L'angoisse des jalouses pensées était impuissanle à fausser sa tendresse.

Anna ! ce nom aimé eût été, comme le nom de Dieu, une égide contre l'obsédante attaque de l'amour, si l'amour n'eût atteint dans le cœur de Clary des proportions extraordinaires. Mais elle aimait, la pnuvre enfant, si passionnément et si fort que tout s'effaçait devant sa tendresse.

La faim revenait, la faim et l'épuisement. Avec eux reparaissaient les principaux symplûmcs de sa fièvre nerveuse. Mais l'abattement dominait, et Clary, en un moment de trè»ve, ferma les yeux et s'endormit de ce sommeiy)énible qui ne repose point et prolonge les ennuis de la veilTe...

Le docteur Moore tardait bien ! — Qui sait si Clary devait s'éveiller de ce douloureux et morbide sommeil? — Mais le docteur Moore passait une partie de ses jours ù Irish-House, où il faisait laborieusement l'inventaire du cabinet sccreldu marquis de Rio-Santo.

Et Rowley. avait inventé une préparation nouvelle, entièrement nouvelle, qui tuait un chien de quatre mois en trois secondes, cinq tierces et une fraction inappréciable. Rowley en inférait que cette potion tuerait un homme en un quart de minute. C'était un bien joli résultat. Rowley en perdait la tête.

Clary s'éveilla pourtant. En s'éveillant, elle se trouva couchée sur un lit au-dessus duquel se croisaient des rideaux de damas sombre, dans une chambre inconnue qu'éclairait faiblement une lampe à garde-vue, posée sur un guéridon fort éloigné du lit. En face du lit; il y avait une fenêtre dont les carreaux laissaient passer un oblique rayon de lune, qui, combattant victorieusement la lumière de la lampe, traçait une ligne blanchâtre sur le tapis.

Auprès du guéridon un homme était assis, qui tournait le dos ù Clary et feuilletait lentement les pages d'un livre inquarto.

Cet homme avait un long crâne chauve sur lequel glissait la lumière, et que bordaient, sur les tempes, deux touffes de cheveux larges et bien fournies, à peu près comme on voit la route battue dans les campagnes se border de chaque coté d'une haie vive.

Du lit on ne pouvait apercevoir que son profil perdu : une joue plate, d'où s'élançait la pointe aiguë d'un nez en bec d'ibis, un coin de sourcil et le quart d'une paire de lunettes.

Clary ne put guère voir toutes ces choses. C'était la falra qui l'avait éveillée. — Elle mit ses deux mains sur sa poitrine brûlante, en disant :

— Mon Dieu 1 que je souffre !

L'homme à l'in-quarto fil une corne à son volume qui était le tome premier des Toxicological amusements, et se retourna vers le lit, montrant en son entier la face patibulaire de maître Rowley, l'aide-pharmacien.

— Ah! diable! répondit-il; — ah! diable! mon enfant!., nous souffrons, disons-nous?... Eh bien ! ma colombe, nous allons avoir un médecin... et un fameux médecin...

— Du pain! murmura Clary; au nom du ciel, monsieur, un peu de pain !

— Ta ta ta! fit Rowley; — du pain, ma fille!... Nous ne donnons pas comme cela du pain à nos malades ..

Les idées deClary se coordonnèrent un peu en ce moment : elle voulut demander où elle était, s'intormer ; mais elle ne trouva plus de voix.

Uowlcy, lui, avait mis sous son bras le volume des Récréations toxicolog]quet et s'était approché du lit, la lampe à la main.

Clary ferma ses yeux accoutumés ù l'obscurité. Rowley I» contempla un instant.

— C'est très fort, une jeune fille I dit-il enfin avec conviction;—c'est excessivement fort!... Je suis sûr qu'une simple dose de laudanum aurait de la peine...

11 s'interrompit pour sourire.

— Ta ta ta! reprii-il en haussant les épaules; — le laudanum, aussi, est une vieillerie... Où vais-jc chercher le lau» danuml... Ah! je voudrais bien essayer ma trouvaille sur quelqu'un... Trois secondes, cinq tierces et une fraction !...

Les lèvres de Clary devenaient blanches et ses paupières tremblaient.

PAUL FEVAL.

— Oh! ohl s'écria niailre Rowley en renieltaiU dans sa poche un peiil Oacon qu'il avait aileint el qu'il caressait depuis quelques instans avec amour : voici l'enlaiU qui va avoir une crise... C'est l'allaiiedu docteur.

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