PL. 20. — MILAN NOIR
Milvus niger (Brisson).
3Idh acliiUe : en dessus d’un gris brun très foncé ; tête et cou d’un gris blanchâtre strié de brun au milieu de chaque plume ; en dessous, d’un brun roussâtre rayé de brun noir; rémiges noires ; queue couleur du manteau, traversée de bandes plus foncées. Bec noir en dessus, couleur de corne en dessous ; iris brun noir ; cire et pieds jaunes. Taille ; cinquante-cinq centimètres.
Habite l’Europe, l’Asie et l’Afrique; commun au midi de la Russie et dans la Turquie d’Europe, centre de ses migrations; se reproduit en France dans divers départements de l’est et du sud.
Niche sur les arbres et dans les rochers, mais plus fréquem-
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
J. Rothschild, Éditeur, Paris.
PI. 20. — MILAN NOIR — Milvus niger. Brisson. — ^ nat.
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
ment sur les gros buissons ou au milieu d’arbustes qu’abritent les rochers sur le bord des eaux qu’il fréquente ; compose son nid des mêmes matériaux que le Milan royal ; quelquefois s’approprie les nids abandonnés de celui-ci et du Jean-le-Blanc, après en avoir réparé l’intérieur ; pond de deux à trois œufs, de cinq centimètres et demi sur quatre et demi, d’un blanc bleuâtre clair, ou légèrement jaunâtre, avec des taches ou seulement des points bruns ou roussâtres.
Si, dit M. Bailly, on parvient à examiner le nid de ce Milan, seulement quinze ou vingt jours après l’éclosion, on y trouve déjà beaucoup d’ossements de serpents, surtout de la couleuvre à collier, mêlés à ceux de lézards et de poissons, ce qui indique suffisamment son mode ordinaire de nourriture.
M. Nordmann assure qu’en Bessarabie et au Caucase, on le voit, mêlé aux Vautours, s’abattre sur les charognes. Lui-même, en mars 1834, en vit des troupes nombreuses rôdant par la ville de Moscou, et ramassant les débris de cuisine déposés dans les rues.
Ces menus détails ne sont rien en comparaison de ce que nous apprend M. Alléon des agissements plus utiles du Milan noir en Turquie, et surtout à Constantinople, où il trouve le mieux à exercer cette industrie, que nous qualifions d’ignoble.
C’est, dit-il, un des plus infatigables ouvriers de la voirie de Constantinople, et il partage ajuste titre le respect et la protection des Musulmans. Ses attributions spéciales sont l’assainissement du port, où on le voit toute la journée multipliant ses évolutions pour enlever au vol les matières animales^ qui flottent à la surface de l’eau, et se posant ensuite sur les mâts des navires, ou les toits des maisons, mais toujours de préférence sur les maisons turques ; il est surtout très friand des intestins et des débris de volailles ; il se laisse prendre à tous les pièges, lorsqu’il y rencontre cet appat ; et quand sa vue perçante découvre une carcasse de Poulet, il oublie facilement que le faubourg de Péra ne lui'présente pas l’hospitalité de Constantinople.
Bien que moins nombreux que les Corbeaux, avec lesquels
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
du reste ils ont de fréquents démêlés, les Milans noirs habitent aussi en grande quantité les villes du Japon, auxquelles ils rendent les même services :
« Quoique, dit le docteur Vidal en 1875, ils soient moins familiers que les Corbeaux, ils se laissent volontiers approcher ; et même je me suis amusé plusieurs fois à leur jeter des morceaux de viande qu’ils saisissaient toujours au vol avec une adresse merveilleuse. »
Les Milans noirs voyagent sur le Bosphore en compagnie des Percnoptères, leurs collaborateurs, passent par bandes fort nombreuses au printemps et à l’automne, s’arrêtent et séjournent par milliers dans Constantinople entre ces deux saisons. Ils font fréquemment entendre un cri qui a du rapport avec le hennissement du cheval, et se laissent facilement approcher en ville. Ils quittent vers la fin d’août, et l’on n’en voit plus un seul dès les premiersjours de septembre.
Un fait curieux est leur agglomération au moment de leur passage, observé par M. Alléon.
« Le 21 août 1868 , rapporte cet ornithologiste, en rentrant à Constantinople, vers deux heures de relevée, nous avons remarqué un nuage immense, exclusivement formé de Milans noirs, qui planaient au-dessus de la ville. Tous les Milans avaient disparu de l’intérieur, et formaient sans doute le noyau de la migration ; à chaque instant, de tous côtés, arrivaient des bandes innombrables qui comprenaient chacune plusieurs milliers de ces oiseaux, et se réunissaient à la masse ; la troupe décrivait de vastes spirales, faisait des évolutions diverses, montant et descendant ; à la fin du jour, elle traversa le Bosphore et se dirigea vers l’Asie, pour ne plus reparaître. D’après le nombre prodigieux qui formait chaque bande, la multiplicité des bandes, les heures échelonnées de leur arrivée, il est évident que celte migration réunissait les Milans noirs, non seulement des campagnes voisines, mais peut-être de toute la Turquie, et même des autres contrées de l’Europe et de l’Asie centrale. Chaque bande avait dû partir au lever du jour, et même avant, suivant l’usage des oiseaux
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
migrateurs ; d’après nos informations, plus de dix heures s’étaient écoulées entre l’arrivée de la première bande et celle de la dernière ; elles sont donc parties de points distants respectivement de plusieurs centaines de kilomètres. Est-ce le hasard, est-ce l’instinct qui, le même jour, au-dessus de la même ville, ont réuni, pour une migration commune, des oiseaux originaires de plusieurs contrées de la terre? Pour organiser et diriger ces merveilleux voyages, l’instinct ne nous paraît pas un agent suffisant ; il a fallu fixer le jour et le lieu du départ ; des émissaires ont dû prévenir les tribus éloignées, les sujets épars. Il nous paraît difficile de ne pas accorder un degré d’intelligence aux organisateurs et aux acteurs de ces migrations. »
C’est toujours le mystère des rassemblements et des migrations des Hirondelles.
En temps ordinaire, les Milans noirs ne sont pas très répandus dans la campagne de Constantinople : on les y rencontre cependant quelquefois par petites bandes, surtout dans la vallée desEaux-Douces, jusqu’aux aqueducs de Justinien, déchirant des charognes en compagnie des Aigles criards et des Percnoptères.
Un couple de Milans noirs, qui a niché plusieurs années dans le voisinage de l’habitation de M. Alléon, à Buyuk-Déri, était toujours occupé, lorsqu’il quittait son aire, à pêcher au vol, dans la société des Goélands, les ordures animales qui flottaient sur le Bosphore.
C’est que, comme le dit M. Bailly, la principale nourriture du Milan noir consiste en poissons vivants ou morts, ou en reptiles, qu’il cherche à découvrir en parcourant d’un vol bas les lacs, les cours des rivières et leurs bords. Il fond sur eux à chaque instant en décrivant, ajoute-t-il, une ligne perpendiculaire ou oblique, selon la distance de laquelle il s’élance et selon la position de sa proie. Il les enlève avec une dextérité remarquable dans ses serres, à fleur d’eau, ou en y entrant quelquefois jusque près dé la moitié du corps ; il tient alors ses ailes étendues au dessus des vagues. Plus agile et moins sauvage que le Milan royal, il plonge assez fréquemment à côté des barques des pêcheurs du
LES OISEAUX DE PUOIE OU RAPAGES
lac du Bourget en Savoie, pour enlever les poissons que ces derniers se plaisent à lui jeter pendant leurs pêches, en le voyant passer ou planer au-dessus d’eux.
Avec ces instincts de sociabilité, ce Milan est fort craintif et ne se défend pas quand il est blessé.
Aussi s’apprivoise-t-il avec la même facilité que le Milan royal. M. Marchand, de Chartres, rapporte en avoir conservé un vivant, depuis le mois de mai 1 840 jusqu’au mois de décembre 1 862; il avait déjà trois ans quand il vint en sa possession : c’était une femelle. Son plumage avait peu changé, si ce n’est sa tête qui était devenue d’un gris très clair, chaque plume ayant une très fine raie noire sur le milieu ; ses yeux étaient devenus du même gris. 11 a pondu pendant plusieurs années ; ses œufs étaient souvent bardés ; il mettait cinq ou six jours d’intervalle entre chaque ponte. M. Marchand l’a vu pondre un œuf vers quatre heures du soir. Les trois dernières années de sa vie, il ne pouvait plus se percher; il dépeçait cependant facilement, jusqu’au dernier jour, même des Corneilles.
Nous en avons également possédé un pendant neuf années, rapporté d’Algérie trois ans auparavant, de 1860 à 1869. Celuilà était un mâle. Il avait pris l’habitude de s’éloigner du château, autour duquel il volait tous les jours, sans que ses absences se prolongeassent plus de vingt-quatre à quarante-huit heures.
Son plumage était devenu magnifique, et le ton pâle des plumes de sa tête et de son cou tournait presque au blanc pur. Il répondait au nom de Coco.
FALCONINÉS ou FAUCONS. — Falconinæ.
Nous en arrivons ainsi à l’une des plus intéressantes familles, celle des Faucons proprement dits.
Si les Faucons avaient la taille des Vautours ou des Aigles,
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
ils seraient, pour nous servir de l’expression d Esquiros, les chefs des ravageurs ailés.
Ils se distinguent par là réunion de tous les caractères qui constituent l’idéal de l’oiseau de proie. Bec court et recourbé , mandibule supérieure armée d’une ou deux fortes dents, au lieu d’être simplement ondulée ou festonnée sur son bord ; ongles crochus ; grande force musculaire ; longues ailes aiguës, douées d’un vol rapide; vue perçante; dessous des doigts ou plante des pieds fortement mamelonnée, qui semble être le caractère particulier des Accipitres vraiment chasseurs et ravisseurs ; tous ces caractères en font des oiseaux admirablement conformés pour la guerre.
G. Cuvier et d’autres naturalistes, à son exemple, préoccupés, avec juste raison, de la valeur relative des types zoologiques, par rapport à leurs aptitudes, avaient placé les Faucons à la tête des Rapaces nobles, ce dont n’est pas éloigné Toussenel, pour qui le Faucon est type d’harmonie. Ce sont, en effet, les meilleurs voiliers de toute la tribu et les oiseaux de proie par excellence, ne dévorant leur proie que palpitante, ne chassant jamais qu’au vol, suivant même, pendant leurs migrations, les bandes de certains oiseaux voyageurs, au milieu desquels ils choisissent chaque jour leur victime, se mettant ainsi à leur poursuite ou, pour mieux dire,' les accompagnant comme plusieurs cétacés, ou certains gros poissons, accompagnent les innombrables bandes émigrantes de harengs. Leur vol, soutenu et rapide, se plie à toutes les exigences des diverses circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, le plus souvent, c’est en planant longtemps et en décrivant des cercles du haut des airs, au-dessus de l’oiseau objet de leur convoitise, qu’ils le forcent à s’abaisser graduellement, en rétrécissant insensiblement le cercle de leurs circonvolutions ou spirales, jusqu’à ce que, l’animal étourdi et réfugié timidement sur la terre, ils s’abattent sur lui, comme un trait, et l’enlèvent.
La famille a été divisée en une infinité de groupes ; léracide, leracidea; Diodon, Harpagus; Gerfaut, ffiero/alro; Faucon, Falco ;
Hobereau, Hijpolriorchis ; Erylhrope, Erythropiis ; Cresserelle, Thmünciilus ; léraces ou Faucons-Moineaux, Hierax ; renfermant de cinquante à soixante espèces, de toutes les contrées du monde, dont quinze à peine connues de Buffon, de Linné et de Gmelin ; ce qui revient à dire que leur découverte et leur étude ne datent que de ce siècle.
Quoiqu’il en soit du fondement de ces diverses distinctions, toujours est-il que les caractères de cette famille sont tellement tranchés et homogènes qu’il est impossible, à l’œil le moins exercé, de les confondre avec aucune autre. Mais aussi, par la même raison, toute division systématique a-t-elle échoué par l’absence de caractères organiques assez nets pour en faciliter une coupe mnémonique. Tout ce que les méthodistes ont pu faire, c’est de régler les divisions qu’ils ont admises, plutôt en réalité sur des différences de taille ou de coloration, que sur des caractères d’une valeur vraiment générique.
L’unité de caractères organiques, qui rend les Falconinés si remarquables, se retrouve d’une manière constante et toute particulière dans la forme et la coloration de leurs œufs. Cette uniformité est telle, qu’à moins de les prendre au nid, il y a presque impossibilité de les distinguer spécifiquement les uns des autres, si ce n’est que par leurs dimensions.
Ces œufs sont généralement, on peut même dire presque toujours, d’une forme ovalaire parfaite, le plus souvent renflée au milieu; à coquille d’un grain ordinairement assez serré, sans reflet, recouverte d’un brun variant du brun bistre au brun rouge qui domine, et au brun de sienne, parfois violacé, réparti uniformément à la surface, tantôt par une série continue de grivelures, tantôt par de larges taches, dans tous les cas laissant fort rarement apercevoir le blanc de la coquille.
Ils nichent indifféremment, et suivant les localités, dans les fentes des falaises au bord de la mer ; dans les creux des rochers; dans les trous des ruines et des masures, même dans le haut des vieilles tours et des clochers, ou sur les arbres. Bien rarement, lorsqu’ils s’établissent dans les ruines et sur les rochers, pré-
LES FAl.COiNIDÉS OU FAUCONS
parent-ils un nid pour y déposer leurs œufs, dont le nombre varie, selon les espèces, de trois à six.
L’opinion que nous venons d’exprimer sur le fractionnement générique (pour ne pas dire l’émiettement) de cette famille nous ramène forcément à son unité de composition et, par conséquent, à n’y reconnaître qu’un seul groupe, ce qui ne nous éloigne pas de beaucoup du sentiment de Gerbe, qui ne fait aux méthodistes que la concession d’un groupe de plus,
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE FAUCON, FALCO (Linn.).
Ce groupe important des Faucons, non moins célèbre dans les livres sur Fart de la fauconnerie dans l’ancien monde et sur la manière de les élever pour la chasse, que par l’esprit et le talent avec lesquels Toussenel en a su faire le pivot de tout son système d'Analogie passiojinelle, a pour caractères dominants :
Bec court, robuste, courbé dès la base jusqu’à la pointe, qui est aiguë et crochue, comprimé latéralement, avec les bords de la mandibule supérieure munie seulement d’une forte saillie en forme de dent, s’emboîtant dans une échancrure terminale de la mandibule inférieure qui est tronquée; narines percées dans la cire, unies et arrondies, avec un tubercule au milieu; ailes longues, pointues, les deuxième et troisième rémiges dépassant les autres, la première et la deuxième échancrées au dernier tiers de leur longueur, tantôt plus longues, tantôt plus courtes que la queue, ou l’égalant ; celle-ci est légèrement arrondie ; tarses courts, robustes, couverts d’écailles hexagonales irrégulièrement disposées en devant, réticulés en arrière ; jambes emplumées jusqu’au genou ; plumes du tibia recouvrant la moitié supérieure du tarse; doigts longs et robustes, les latéraux égaux, le pouce long, armés, surtout ce dernier, d’ongles vigoureux, fortement recourbés et acérés.
Ce groupe renferme vingt-cinq espèces cosmopolites, dont treize appartiennent à l’Europe.
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
J. Rothschild, Éditeur, Pans.
PI. 21. FAUCON DU GROÉNLAN D — Falco candicans. Gmelin. — ^ nat.
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LES FALCONIDÉS OU FAUCONS