PL. 24. — FAUCON SACRE
Falco sacer (Briss.).
Mâle très adulte: dessus de la tête, à partir du bec, joues, côtés et devant du cou, ainsi que la poitrine, d’un fond blanc pur, relevé de fines raies brunes sur les premières parties et largement moucheté de même couleur sur chaque plume de la dernière , avec un léger sourcil et une mince moustache, au dos de la joue, noirâtres; tout le dessus du corps, ailes, croupion et cuisses d’un brun uniforme, chaque plume de celle-ci frangée de fauve ; queue de même, mais, au lieu d’être barrée, ocellée sur chaque penne de quatre rangées, régulièrement espacées, de taches arrondies blanchâtres. Bec couleur de corne bleuâtre clair; tour des yeux, cire et pieds d’un jaune blanchâtre ou livide ; iris brun noisette ; ongles noirs. Taille : cinquante centimètres.
Habite l’Europe orientale, l’Asie et l’Afrique septentrionale, fréquente la Silésie , la Hongrie ; commun dans la Bulgarie, dans la Russie méridionale et dans la Turquie d’Europe; rare en Allemagne. S’égare aussi dans quelques départements en France,
TiES OISEAUX PE PROIE OU RAPACES
M. Marchand, de Chartres, raconte que le 22 août 1840, une très vieille femelle a été tuée d’un coup de bâton par un berger des environs de cette ville, qui la lui apporta de suite. Les intestins, particulièrement sous les côtes, étaient couverts d’une couche épaisse de vers filiformes qui étaient très adhérents.
Niche dans les anfractuosités des rochers et des ruines, et sur les arbres. Le nid, dans ce dernier cas, de cinquante centimètres à peu près de diamètre extérieur, est fait avec soin, nullement plat, comme le sont généralement la plupart des nids de Faucons, mais au contraire concave dans le milieu ; composé à la base de grosses baguettes , la partie supérieure faite de brindilles plus petites et plus flexibles, et garni à l’intérieur avec des ramilles tendres, un peu de grosses h-erbes et quelques flocons de laine entremêlés ensemble. Renferme deux œufs semblables en tout à ceux des espèces qui précèdent et presque de la grosseur de ceux du Faucon de Norwège, ou Gerfaut.
Se nourrit presque exclusivement, d’après M. Alléon, de rongeurs et particulièrement de rats ; une seule fois, cet ornithologiste a trouvé les débris d’un Passereau dans le jabot d’une jeune femelle tuée le 4 juillet 1865. Les petits reptiles pullulent sur les aqueducs de Justinien, près de Constantinople que fréquente et où niche ce Faucon; mais on n’en a jamais trouvé de traces dans l’estomac des Sacres , d’où l’on peut conclure que cette nourriture ne leur convient pas.
Le Faucon Sacre est assez commun dans la Bulgarie centrale, où l’a observé M. E. Farman. On l’y trouve, assez généralement , depuis le mois d’avril jusqu’au mois d’octobre, dans les déserts incultes et stériles qui s’étendent de Ilasique à Kuscbetcben. Il devient plus rare l’hiver, pendant les grands froids qui gèlent le superbe et majestueux Danube.
M. G. Alléon dit qu’il passe sur le Bosphore au printemps et ù l’automne , mais jamais en très grand nombre. Sept à huit couples nichent tous les ans, en compagnie des Percnoptères, des Cresserelles, des Choucas, des Étourneaux, des Hirondelles -et d’autres oiseaux, sur les aqueducs de Justinien, presque tou-
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
J. Rothschild, Éditeur, Paris.
P1.24. — FAUCON SACRE — Falco sacer. Brisson. — ^ nat.
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
jours dans les anfractuosités masquées par des touffes de figuiers. Cet observateur l’a constamment vu pendant tout l’été dans ces parages , mais il ignore s’il y passe l’hiver. Il n’a jamais rencontré son aire dans d’autres localités, pas même dans la forêt de Belgrade.
Ces observations si précises sont la confirmation de ce qu’a écrit M. Baldamus, qu’il a vu deux petits vivants et deux nichées d’œufs, pris dans des rochers, aux environs de Prague, en Bohême. Et cependant , la croyance générale semblait être que le Sacre nichait sur les arhres, ce qui peut s’expliquer par les différences de ressources des localités qui, on l’a vu, amènent toujours des différences dans le mode de nidification.
Les Sacres, dit M. Alléon, ont le cri rauque de tous nos Faucons, mais plus strident et plus étendu. Ils sont très farouches, très difficiles à surprendre et très disposés à user du bec et des ongles lorsqu’ils sont blessés.
C’était un des oiseaux les plus estimés dans l’ancienne fauconnerie ; on le traitait même encore plus sévèrement que les Gerfauts, relativement au régime; c’est au point, qu’à cause de sa fierté, on ne pouvait l’abattre que par un jeûne presque excessif.
« Et combien qu’on fasse de hauts vols avec le Sacre pour le Milan, dit Belon, toutefois on le peut aussi dresser pour le gibier et pour la campagne, à, prendre Oyes sauvages, Ostardes, Olives, Faisans, Perdrix, Lièvres, et à toute autre manière de gibier. »
C’est l’espèce que semblent affectionner aussi les Arabes en Algérie, pour la chasse au Faucon, qu’ils n’ont pas cessé de pratiquer, et qui, chez eux comme en Europe, comme en Perse, a toujours été exclusivement réservée aux plus nobles et aux plus riches d’entre eux.
L’oiseau de race peut tuer le Lièvre, le Lapin, le petit de la Gazelle, l’Outarde, le Ganga, la Pintade, le Francolin, le Pigeon, la Tourterelle.
M. Tristram assure qu’en Afrique, le prix d’un Sacre varie depuis deux cents jusqu’à trois cents dollars espagnols (quarante à soixante livres sterling), et qu’il a lui-même, plusieurs fois, mais
LES OISEAUX UE PROIE OU RAPACES
inutilement, offert deux cents dollars pour en avoir un. Il pense que ce Faucon est plus véritaLlement un habitant du désert , tandis que l’espèce suivante se reproduirait sur la chaîne de l’Atlas, principalement, sinon exclusivement, sur le versant méridional.
PL. 25. — FAUCON LANIER Falco lanarhts (Sclielgcl).
Mâle üchiUe : parties supérieures du corps d’un cendré noirâtre, chaque plume frangée d’un gris bleuâtre ; occiput, nuque et joues de couleur rousse, avec les plumes marquetées de brun noir ; une fine moustache noire partant de la base de la mandibule inférieure et suivant le dessous de la joue dans toute sa longueur , avec une petite ligne de même couleur à l’angle externe de l’œil ; croupion d’un cendré bleuâtre clair, chaque plume se terminant par une tache cordiforme noirâtre; menton d’un blanc pur, prenant une teinte grisâtre dans tout le reste des parties inférieures , avec taches linéaires brun noir à la poitrine et larges taches squameuses de même couleur sur les flancs et les cuisses, dont l’extrémité fauve est marquée de même ; rémiges primaires d’un noir uniforme , secondaires d’un gris brunâtre-; rectrices brun clair, barrées de cinq à sept barres noirâtres. Bec couleur de corne bleuâtre; iris noisette ; cire et pieds jaune pâle ; ongles noirs. Taille : trente-sept à trente-neuf centimètres.
Habite plus particulièrement les contrées septentrionales et orientales de l’Europe; assez commun en Suède, en Pologne, en Hongrie , en Russie, sur le Volga ; se montre souvent en Autriche et en Styrie ; très rare en Allemagne ; encore plus rare en France, où il était commun autrefois ; habite aussi l’.Vfrique septentrionale, où il niche sur les contre-forts du Sud et de l’Atlas.
Niche au milieu des rochers ou sur les plus hauts arbres des forêts. Ses œufs, pour la forme et pour la teinte, ressemblent à ceux des autres espèces, mais un peu plus allongés, et mesurent cinq centimètres sur trois et demi.
Estimé pour la chasse par les Arabes.
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Des Mnrs Les Oiseaux de Proie.
J . Rothschild, Éditeur, Paris.
PI. 26. FAUCON ALPHANET — Falco lanarim grœcus, Schlegel. — { nat.
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LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
PL. 26. — FAUCON ALPHANET.
Falco lanarius græcus (Schlegel).
3Iâle adulte : tête d’un roux brillant s’étendant presque du front , qui est noir, jusqu’au bas de la nuque de même couleur , ce roux encadré par un large bandeau formant sourcil et descendant à la naissance des épaules ; cepes-ci , ainsi que toutes les parties supérieures , brunes , avec les pluines bordées de grisâtre; rémiges d’un brun uniforme ; rectrices du même brun, marquées , comme chez le Sacre, de cinq rangées de taches ocellées brun fauve; gorge et joues blanches, rehaussées d’une moustache noire , partant du dessous de la mandibule inférieure, les plumes striées aussi de noir ; tout le surplus des parties inférieures d’un fauve blanchâtre, flammé à la poitrine et écaillé de brun noir sur le ventre, les flancs et les cuisses. Bec couleur de corne bleuâtre ; iris noisette; cire et pieds jaunes ; ongles noirs. Taille un peu plus petite que celle du Lanier : de trente-cinq à trente-sept centimètres.
Habite l’Europe orientale et l’Afrique septentrionale; se trouve en Grèce, en Égypte et en Tunisie.
C’est le Lanier Alphanet Tunisien, Thunisian et Punicien des anciens auteurs.
Aucun détail sur ses habitudes et sa nidification, qui doivent être les mêmes que celles du Lanier.
Par la netteté des couleurs de son plumage , et d’après la figure et la description qu’en a données Schlegel, cette race nous paraît, comme à lui, devoir constituer une espèce et non une variété.
PL. 27. - FAUCON COMMUN, ou PÈLERIN.
Falco communis (Gmelin).
Mâle adulte : tête encapuchonnée totalement de noir à reflets gris, depuis l’origine du bec jusqu’au bas de la nuque, où cette
8S LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
couleur se prolonge en arrière sous forme de demi-collier , et sur les joues qu’elle occupe en guise de larges moustaches; le reste des parties supérieures d’un cendré foncé, chaque plume écaillée de noir; rémiges brun noirâtre ; rectrices cendré bleuâtre, traversées de bandes noires et terminées de blanchâtre ; menton, gorge et côtés du cou blancs, finement striés de gris; poitrine à fond blanc, prenant une teinte fauve à la poitrine , ces deux parties régulièrement écaillées de brun noir, ainsi que les cuisses. Bec couleur de corne bleuâtre; iris brun noisette; tour des yeux, cire et pieds jaunes ; ongles noirs. Taille ; mâle, trente-huit centimètres; femelle, quarante-six.
Habite dans toutes les contrées montueuses de l’Europe , de l’Asie et de l’Afrique, particulièrement sur les rochers; très rare dans les pays en plaine ; jamais dans les contrées marécageuses ; abondant en Allemagne et en France, où il se reproduit dans plusieurs localités, notamment en Provence, dans les Hautes-Pyrénées et sur les falaises élevées des environs de Dieppe ; assez commun en Allemagne, en Angleterre et en Hollande ; rare en Suisse.
Niche dans les fentes des rochers, très rarement sur les arbres.
Dans les falaises de Dieppe, il choisit, pour établir son nid, soit un trou, soit une anfractuosité qui lui offre une surface plane suffisante; il en gratte le milieu de manière* à y former une légère cavité : voilà son aire, dit Hardy, de Dieppe, à laquelle il reviendra fidèlement chaque année.
M. Bailly, cependant, rapporte qu’en Savoie, où il niche aussi dans les creux de rochers escarpés ou bien sur les buissons qui y croissent, et très rarement sur les arbres, son aire, qui est plate, se compose de petites branches recouvertes avec des morceaux de bois, des racines, de la paille et de la mousse.
De leur côté, Temminck, Moquin-Tandon et M. Selys-Longchamp avancent que cet oiseau niche quelquefois sur les arbres.
Enfin , le Pèlerin parait nicher dans les vieux édifices , les tours et les clochers.
J. Rothschild, Editeur, Paris
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
PI. 27. — P A TTC ON
COMMUN, OU PÈLERI N — Falco communis. Gmehu. — | nat.
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
Dans tous les cas , la ponte est de trois ou quatre œufs , qui ne sont que la répétition de tous ceux que nous avons déjà décrits, variant du brun rouge au rouge brique, et même à la couleur de sang figé pour quelques taches; ils mesurent cinq centimètres sur quatre.
Se nourrit de Tétras, Faisans, Perdrix, Oies, Canards, Pigeons, dont il est très friand, et autres gros oiseaux; il attaque même l’Outarde et chasse aussi le lièvre.
11 est un des Rapaces qui détruisent le plus de levrauts, de Tétras, de Perdrix et de Cailles. C’est, en effet, dans les lieux où ces sortes de gibier sont les plus répandues qu’il cherche à se fixer, et, non content d’y faire ravage sur les couvées,, il attaque encore et poursuit avec impétuosité les pères et les mères. Et telle est son ardeur, qu’il n’est pas rare, en Savoie, de voir les Bartavelles et les Perdrix venir, lorsqu’elles sont poursuivies avec acharnement, se jeter brusquement dans les cours, dans les jardins et dans d’autres lieux, où elles restent dans un si profond état de stupeur , qu elles ne font même pas le moindre mouvement pour échapper à la main qui les saisit.
Pendant la nuit, ce Faucon reste perché au sommet d’un sapin ou sur une pointe de rocher.
La puissance du vol de cet oiseau est vraiment extraordinaire.
Un observateur attentif a évalué au chiffre énorme de dix milles anglais par minute la rapidité du vol du Faucon lorsqu’il poursuit un oiseau; d autres admettent, peut-être avec plus de raison, selon M. de Tschudi , qu’il parcourt cent cinquante milles anglais par heure.
On comprend qu’avec d’aussi puissants moyens de locomotion, le Faucon commun parcoure d’immenses espaces. On en cite un rencontré en mer à environ trois cents milles des îles Andaman.
D après l’éducabilité du Faucon commun, on comprend également qu’il ne soit pas difficile à plier à la captivité.
Les espèces de Faucons qu’il nous reste à étudier, et qui sont
les plus petites, se font remarquer par des habitudes insectivores assez prononcées.