‹ Musée ornithologique illustré (volume 3)Chapitre 26 sur 71 · PL. 29. — FAUCON D’ÉLÉONORE · texte numérisé non relu

PL. 29. — FAUCON D’ÉLÉONORE

Falco Eleonoræ (Géné).

Mâle adulte : corps en entier d’un noir de suie uniforme ; la queue seule en dessous d’un brun enfumé, marquée de six à sept bandes plus foncées. Bec et cire d’un bleu très foncé , presque noir, avec la base de la mandibule inférieure d’un jaune pâle, de même que le tour des yeux et les pieds ; iris brun noisette ; ongles noirs. Taille : quarante à quarante-deux centimètres. Femelles semblables.

Jeune : d’un brun enfumé en dessus ; gorge et joues blanches, avec moustache noire au-dessous de la mandibule inférieure ; en dessous , d’un roux clair à sa poitrine , plus intense au ventre et aux cuisses, avec grandes flammèches lancéolées et noirâtres.

La découverte de cette espèce , qui fait exception entre tous les oiseaux de proie d’Europe , par le noir intense de son plu-

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

mage, est due à Géné et date de 1839 ; ses habitudes n’ont été bien connues qu’en 1864.

Habite l’Europe méridionale et orientale et l’Afrique septentrionale ; se trouve en Sardaigne, où elle a été découverte, et où elle niche, d’après Géné, dans les creux des rochers et des récifs, le long des côtes maritimes; en Grèce, où M. Lindermayer a vu plusieurs sujets qui avaient été tués, les uns près de Tripolilza, en automne 1838, les autres sur les montagnes de Delphi, en juillet 1839.

Tels étaient les seuls renseignements que l’on possédait sur cet oiseau, au moment où écrivaient Gerbe et Degland, c’est-àdire en 1867. Et cependant, le docteur Th. Krüper, venait, trois ans auparavant, en 1864, d’en publier une Biographie des plus intéressantes , d’après ses études et ses observations personnelles. C’est à sa publication que nous emprunterons les quelques détails qui vont suivre.

11 en résulte encore, pour son habitat, que ce Faucon est des plus communs et des plus abondants sur toutes les Cyclades, qui semblent être son centre de production, et où il a été parfaitement étudié.

Et pour sa nidification, qu’il dépose ses œufs sur le sable nu , sans couche quelconque, abrités le plus souvent par une pierre ou un rocher ; quelquefois sur un nid rudimentaire et abandonné par quelque Mouette.

Les œufs, au nombre de deux ou trois, de forme généralement ventrue, rarement ronde ou allongée, varient plus entre eux, pour le mode de coloration, que chez les autres Faucons. La couleur fondamentale, brun rougeâtre, passe par toutes les nuances du jaunâtre au blanchâtre ; les grandes et les petites taches varient également en rougeâtre, jaunâtre, brun clair, rarement couleur de chocolat ou violet ; la couronne des taches se trouve tantôt au milieu de l’œuf, tantôt à l’une ou l’autre de ses extrémités.

Ce Faucon se fait remarquer par l’époque tardive de ses accouplements et de sa nidification, ou plutôt de sa ponte, qui a lieu vers le premier août, et cela, non pas par individu isolé, mais

PI. 29. — F A U C 0 N D ■ É L B 0 N 0 R E — Fa^co Eleonorœ. Géné. — J nat.

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

pour tous à la fois, à peu d’exceptions près, sur les différentes îles

des Cyclades. •

Ils paraissent être essentiellement sociables entre eux et former de véritables colonies aux Cyclades. Le docteur conclut de cette circonstance, rapprochée de l’époque si exceptionnellement tardive de leur accouplement, que le Faucon d’Éléonore semble avoir mission d’établir l’équilibre chez les oiseaux de passage européens , en détruisant les surnuméraires ou les sujets plus faibles ; il s’en acquitte à merveille, et voici, dit-il, un calcul qui le prouve suffisamment ;

Deux Faucons, aidés de leurs deuxou trois petits, égorgent par jour au moins cinq oiseaux, par conséquent cent cinquante oiseaux en trente jours ; ce qui donnera pour sept à huit paires , par exemple, existant dans l’une des plus petites des Cyclades, nie Tournolisi, et pour un seul mois, douze cents victimes!

A ce compte, une colonie d’une autre île plus grande, celle de Tragonisi, composée de quatre-vingts paires environ, détruira par mois douze mille oiseaux au moins.

En étendant ce calcul aux diverses colonies réunies, pour les mois de septembre à mars, par exemple, le résultat obtenu sera certes bien surprenant.

Les espèces d’oiseaux dont le docteur a rencontré les restes auprès des nids sont ; le Loriot, la Huppe, la Caille , le Ramier , 1^ Pie-Grièche Écorcheur, le Gobe-Mouche gris.

Un chasseur de Paros lui a raconté que ces Faucons lui avaient enlevé, pendant une journée, seize Bécasses abattues par lui; que, dès que le coup était parti, le Faucon s’était précipité comme une flèche sur la Bécasse, avant même qu’elle n’eût touché terre, pour disparaître immédiatement avec sa proie. Un fait semblable a été rapporté au savant ornithologiste par un homme respectable de Nanos, qui s’est vu enlevé des Perdrix par ce Faucon. L’extrême rapidité du vol de cet oiseau semble confirmer ces assertions.

Fort heureusement que la nature, toujours prévoyante, a mis quelques entraves à l’accroissement de ces Faucons. Les

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

jeunes, dont la chair est exquise, sont l’objet de poursuites incessantes d(fla part des pêcheurs, qui leur font une chasse active.

Les vieux Faucons n’ont guère d’ennemis à redouter ; ils savent fort bien se tenir à une distance raisonnable du fusil , et les chasseurs en abattent bien rarement.

Le cri du Faucon d’Éléonore a beaucoup de rapport avec celui du Pèlerin; il est cependant beaucoup plus faible.

M. Krüper a entendu ces oiseaux chasser, en poussant de grands cris, longtemps après le coucher du soleil , et par une obscurité complète ; on lui a assuré qu’ils continuaient souvent toute la nuit. Ce serait un point intéressant à éclaircir, cela expliquerait leur disparition fréquente pendant les heures du jour, bientôt après le lever du soleil.

11 est constant que ce Faucon mange quelquefois des insectes tels que sauterelles , hydrophiles, voire même des lézards ; mais c’est là l’exception.

C’est le Falco Dichrous (oublié dans la synonymie) du docteur Erhard , dans sa Faune des Cijclades.

N’a pas encore été signalé dans les passages du Bosphore.

PL. 30. — FAUCON KOBEZ.

Falco l'espertimis (Linn.).

Mule adulte : en dessus , gris bleuâtre foncé , avec les plumes frangées de noirâtre ; roux vif en dessous. Bec couleur de corne livide ; cire et peau de l’œil jaunâtres ; iris noisette ; pieds rouges; ongles noirâtres. Taille : de vingt-huit à trente centimètres.

Femelle : tête, joues et derrière du cou rouge vif ; le reste du dos gris ardoisé ; tour des yeux noir ; gorge blanche ; en dessous fauve blanchâtre finement rayé de noir ; dessous de la queue gris barré de noirâtre ; pieds d’un jaune orangé. Taille un peu plus forte.

Habite l’est et le midi de l’Europe, l’Asie et l’xVfrique méridionale; commun en Hongrie, en xVutriche et dans la Bussie ;

Des Murs, Les Oiseaux de Proie.

J. Rothschild, Éditeur, Paii

PI. :i0, — FAUCON K O B E Z — Falco veRpc.rVmu.%. Lirinæus. — ^ uat.

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

rare en France, où, dit Gerbe, on prétend qu’il se reproduit; en tout cas, de passage dans le département de l’Isère, se propagerait, d’après M. Bailly, mais rarement, dans les districts froids et boisés du Chamonix et de la proximité des Alpes suisses.

Niche généralement sur les arbres élevés, à k lisière des bois, et sur les peupliers voisins des prairies ; s’empare parfois des nids de Pie ; en Grèce, selon Schlegel, placerait souvent son aire sur le toit des maisons. Pond de trois à quatre et même six œufs, d’un fond rouge vif, parsemé de marbrures ou taches brunes et presque ' noirâtres; quelquefois d’un blanc fauve, finement tiqueté de brunâtre et pointillé de quelques mouchetures noirâtres; ils mesurent trois centimètres et demi sur deux et demi.

M. de Tschudi rapporte qu’on en a vu nichant au-dessus de Meyringen, en Suisse, où cependant il ne paraît être que de passage. Un grand vol de ces Faucons couvrit même, un jour, les vergers qui entourent le village de Noville ; les habitants les prirent au premier abord pour des Tourterelles, à cause de leurs pieds rouges, et en tirèrent quelques-uns; mais, après avoir remarqué l’avidité avec laquelle ces oiseaux recherchaient les hannetons, ils les laissèrent en repos. C’était au mois d’avril ou de mai.

On voit, en effet, souvent le Faucon Kobez immobile, pendant des heures entières, au même endroit, ne le quittant que pour se précipiter sur les insectes qui entrent en bonne partie dans sa nourriture, surtout les sauterelles; il préfère, cependant, les saisir au vol, en rasant la terre, comme les Hirondelles.

Ses bandes, dit M. Alléon, sont presque aussi nombreuses que celle du Hobereau aux deux passages du Bosphore, surtout à l’automme, mais pas tous les ans. Il passe généralement par milliers, quelquefois, au contraire, on ne voit que des sujets isolés.

Ce Faucon n’est pas méchant en captivité. M. Bailly a nourri pendant plusieurs jours deux vieux mâles, ils se sont constamment montrés très dociles.

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