‹ Musée ornithologique illustré (volume 3)Chapitre 9 sur 71 · TRIBU · texte numérisé non relu

TRIBU

FALCONIDÉS, OU FAUCONS

Falconidœ.

Cette famille, composée de différents types excessivement remarquables, se distingue de la précédente par un bec moins allongé, moins comprimé, presque constamment recourbé dès la base et à pointe aiguë et en croc; par une arcade sourcilière saillante chez la plupart, ce qui donne à leur regard un air plus fixe, plus intelligent et plus fier. Mais le caractère le mieux tranché est d’avoir les doigts préhensibles, l’externe étant-réversible en arrière, et les ongles rétractiles.

Leurs mœurs’ tout en variant d’un type à l’autre, se résument dans la préférence que donnent le plus grand nombre aux proies vivantes, ce qui n’exclut pas, à l’occasion, un certain faihle poulies charognes On y trouve, par conséquent, des chasseurs plus ou moins exclusifs de gibier à poils ou de gibier à plumes, de serpents et de reptiles, de poissons et de crustacés, enfin des chasseurs d’insectes.

Leur nidification n’est pas moins diverse, puisqu’elle s’opère indistinctement dans les rochers, sur les arbres, dans les buissons, à terre, et plus exceptionnellement sur les toits des maisons.

11 ne faut donc point être surpris de voir parmi eux des oiseaux de haut vol, des oiseaux percheurs et des oiseaux marcheurs, mais aucun de nageurs, quoique plusieurs plongent à la manière des Martins-Pêcheurs, pour saisir le poisson à ileur d’eau, voire même sous l’eau.

Quant à leur association, loin d’être constante, comme chez les Vautours, elle n’est, sauf le temps des migrations, qu’accidentelle, et tout au plus, àl’égardde quelques-uns, pour tachasse en commun ; de sorte que l’on peut dire qu’en général, ils vivent solitaires ou isolés plutôt que réunis.

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

Les Falconidés se composent de six familles, ayant chacune leurs représentants en Europe.

Les Aigles. — Aqiiilinœ.

Les Buses. — Buteoninœ.

Les Milans, — Milvinœ.

Les Faucons proprements dits.

Les Éperviers. — Accipitrinœ.

et les Busards. — Circinæ.

Falconinœ.

AQUILINÉS ou AIGLES. — Aquilinæ.

Ils se distinguent par la forme de leur bec simplement festonné et sans dentelures, par celle de leurs serres fortement arquées, ainsi que par l’amplitude et la vigueur de leurs ailes, dont les pennes sont entières et sans échancrures; enfin, par le caractère particulier de ptilose de leur cou, dont les plumes, au lieu d’être uniformément imbriquées, sont acuminées et presque hérissées.

Ils renferment les plus grandes espèces après le Gypaète, types des trois groupes suivants ; Aigles, Pygargues, Balbuzards.

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

r' GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE AIGLE, AQUILA (Briss.).

Bec robuste, plus court que la tête, courbé presque à partir de son origine, la mandibule supérieure recouvrant de son feston la plus grande partie de l’inférieure, et fortement recourbé, le croc se dirigeant presque en dessous; la commissure ne dépassant pas la moitié de l’œil ; narines ovalaires, obliques, percées au bord de la cire, qui est clairsemée de quelques poils ; ailes allongées, obtuses, la première rémige la plus courte, la quatrième la plus longue atteignant à peu près l’extrémité de la queue, qui est courte et presque carrée plutôt qu’arrondie, parfois légèrement acuminée; plumes des cuisses allongées, retombant presqu’au bas des tarses, et formant culotte; tarses épais, emplumés jusqu’à l’origine des doigts, dont l’intermédiaire est le plus long et dépasse l’externe de toute sa dernière articulation ; ongles fortement crochus, celui du pouce le plus grand, puis celui du médian qui est cannelé et celui de l'iulerne, chaque doigt portant dé trois à sept larges écailles.

Sur une trentaine d’espèces réparties dans tout le globe, ,six sont aujourd’hui revendicpiées par l’Europe. Nous n’y comprenons pas l'Aigle doré, Falco chnjsaëtos de Linné, qui n’est qu’une variété d’àge de l’Aigle royal qui suit.

PL. 5.— AIGLE FAUVE, ou ROYAL.

Aqnila fuira (Savig., ex Liiin.). — Falco fuhnis (Linn.).

3I(tlc Irès adulte : sommet de la tète et nuque à plumes acuminées d’un rouv vif et doré ; toutes les autres parties du corjis

fJis Murs. Les Oiseaux de Proie,

J. Rothschild, Éditeur, Paiis,

Y A L AquUa fulou. feavif?. ex Liumxiu».— fulvus. Liiinæus, - ^ uat.

lit» V

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

d’un brun obscur passant au noirâtre sur les rémiges ; queue d’un gris foncé, barrée de trois ou quatre bandes, dont une plus large terminale, d’un brun noirâtre ; plumes des tarses et de la face interne des jambes d’un roux ferrugineux ou brun clair varié de roussâtre. Bec couleur de corne, bleuâtre, long de quatre centimètres ; cire, commissure du bec et doigts jaunes ; ongles noirs ; iris couleur d’or, et, chez les individus très vieux, couleur de feu. Taille variant de soixante-dix centimètres à un mètre quinze ou seize centimètres.

Habite l’Europe, l’Asie et l’Amérique septentrionale. Préfère les grandes forêts en plaines, et moins celles en montagnes de l’Europe; très commun en Suède, en Écosse, dans le Tyrol, la Franconie et la Souabe ; sédentaire en Suisse, où il habite exclusivement les Alpes, ainsi qu’en France les Pyrénées ; accidentellement dans la forêt de Fontainebleau et dans celles de la Champagne ; enfin, dans les steppes de la Russie, où il niche.

L’emplacement de son aire, sinon la composition, varie selon les localités.

En Suisse ou dans les Alpes, dit M. de Tschudi, il niche sur les rochers inaccessibles, plutôt dans l’intérieur de la chaîne que sur les montagnes avancées. En Allemagne, il choisit les vieilles forêts de chênes ou de sapins , dans le voisinage des rivières. En Amérique, son nid est constamment placé sur le rebord inaccessible de quelque horrible précipice.

Il arrive, dans certains- cas, que le mode de construction de cette aire participe de celui que l’Aigle emploie dans les montagnes, et de celui auquel il a recours dans les forêts.

Les œufs, dont le test est fort et d’assez grande dimension, sont au nombre de déux, rarement trois ou quatre, à coquille blanche et légèrement bleuâtre dans sa transparence, et presque toujours maculée de nombreuses taches variant du brun violacé au brun jaunâtre, et de quelques autres taches d’un gris lilas.

Si perçante que soit la vue de l’Aigle, elle embrasse en vain tout un canton ; il rencontre souvent de nombreuses difficultés : le troupeau parmi lequel il semblerait n’avoir qu’à choisir une

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

victime a aussi son iiisUncL craintif, qui lui révèle l’approche de l’ennemi et le moyen de parer ses attaques. Les moutons se serrent les uns contre les autres en troupe compacte, les brebis autour de leurs agneaux ; et s’ils ont pu se réfugier sous un arbre, contre une baie ou sur le revers d une colline, et qu ils se sentent dans une position avantageuse, ils s’animent de courage et d’espérance. Dans ce cas, l’Aigle ne songe nullement à attaquer, surtout si le troupeau est sous la garde d’un homme ou près de son babilation. A moins que, comme cela est arrivé, il ne se trouve associé à d’autres Aigles, pour attaquer à frais communs des moutons et des chèvres ; il est rare alors que ces animaux leur échappent.

On a vu des Aigles tuer leur victime en la frappant d’un coup d’aile, et sans la toucher avec leurs serres. Beaucoup de personnes hésitent pourtant encore h croire que ces oiseaux aient une force suffisante pour enlever les enfants et les moutons. Si celte accusation reposait seulement sur deux on trois récits plus ou moins vagues, on pourrait peut-être douter ; mais les faits sont au contraire fort nombreux et attestés par des témoins dignes de foi.

Le seul service que l’homme pourrait tirer de l’Aigle, serait de l’utiliser comme pourvoyeur de gibier ; encore, son caractère peu traitable, et le danger de ses approches pour son maître dès qu’il a pris de la force et de l’dge, sans parler des inconvénients de sa pesanteur au poing, le rendent-ils peu propre à ce genre de fonctions. Aussi les anciens fauconniers en faisaient-ils très rarement usage dans leurs chasses, n’ayant pu gagner son attachement, ni le soumettre au travail.

On assure que les Tartares ont été plus heureux ; ils prennent de jeunes Aiglons et les dressent à lâchasse du lièvre, du renaid,

de l’antilope et même du loup.

Il en est également ainsi des Kirghises, d après les récits de

M. Atkinson, de 1858.

Educable pour la chasse, l’Aigle royal ne saurait être obstinément rebelle à une demi-domèstication. Aussi le docteur

PI. 6. 'AIGLE IMPÉRIAL — Ar/uila im2i('rialis. Keyserîing et Blasius, ex Bochstein. ^ nat.

LKS FALCONIDÉS OU FAUCONS

Franklin est-il loin, malgré son mauvais naturel, de le déclarer incorrigible.

La longévité de l’Aigle royal est remarquable. On cite l’exemple d’un individu qui vécut à Vienne, en Autriche, cent quatre ans dans l’état de captivité.

Page 1