TRIBU
LES PLONGEURS OU COLYMBIENS
Colymbiœ.
Les oiseaux que nous faisons entrer dans cette tribu auraient peut-être dû, selon la valeur de leur aptitude à la natation, venir après les Plongeurs exclusivement marins, tels que les Pingouins et les Guillemots, dont nous avons fait nos oiseaux de transition : car ce sont aussi des Plongeurs, qui se partagent entre l’habitude des eaux de mer et celle des eaux douces, et qui mériteraient le nom d 'Immefgeurs (s’il était français), par le procédé dont usent les uns et les autres quand ils veulent disparaître sous l’eau; ce sont, en un mot, les Plongeons proprement dits et les Grèbes. Mais, outre qu’ils ne sauraient appartenir au même groupe, les Plongeons, par leur conformation ostéologique et par leurs caractères oologiques, tiennent de trop près aux Lariens pour en être éloignés, sans parler de leurs habitudes de fréquen ter, comme ceux-ci, les eaux de mer; et, d’une autre part, les Grèbes, parle dernier des caractères que nous venons d’indiquer, celui de l’œuf, se rapprochant trop de celui des Stéganopodes, ou Totipalmes, pour les en séparer.
Nous placerons donc les vrais Plongeons immédiatement à la suite des Goélands, et les Grèbes après eux, comme trait d Limon entre ceux-ci, pour leurs formes, et les Totipalmes, pour leur œuf.
Ainsi, deux familles dans la tribu : les Plongeons , les Grèbes.
ir8 FAMILLE
COLYMBINÉS. — Colymbinæ (Leach, 1825).
Quoique les oiseaux qui précèdent, ainsi que beaucoup d autres des oiseaux nageurs dont nous avons à parler, aient l’habitude de
LES PLONGEURS OU COLYMBIENS
plonger même jusqu’au fond de l’eau en poursuivant leur proie, on a donné de préférence le nom de Plongeons , consacré par l’usage et par la science, aux membres d’une petite famille de ces oiseaux plongeurs, composés seulement de trois espèces, qui ont une faculté d’immersion particulière : c’est-à-dire, qu’à un moment de danger, sans mouvement ni des ailes ni des pattes, ils abandonnent à son propre poids leur corps, qui disparaît insensiblement sous l’eau, immobile à la même place, comme y descenderait un vase à moitié vide, jusqu’à ne plus laisser voir à peine à son niveau que la moitié de la tête, particularité ignorée de Montbelliard, et encore, à l’heure qu’il est, de beaucoup d’auteurs.
LES OISEAUX NAGEURS
GROUPE GÉNÉRIQUE PLONGEON, COLYMBUS (Linn.).
Les oiseaux de ce groupe diffèrent des autres, quant aux caractères, en ce qu’ils ont le bec droit et pointu, et les trois doigts antérieurs joints ensemble par une membrane entière, qui projette un rebord le long du doigt intérieur, duquel cependant le postérieur est séparé. Les Plongeons ont, de plus, les ongles petits et pointus; la queue très courte et presque nulle; les pieds très plats et placés tout à fait à l’arrière du corps ; enfin la jambe cachée dans l’abdomen, disposition très propre à l’action de nager, mais très contraire à celle de marcher. Aussi se meuvent-ils dans l’eau d’une manière si preste et si prompte au coup de feu, que le plomb ne peut les toucher; ce qui les avait fait nommer Mangeurs de plomb par les Français de la Louisiane; ajoutons’qu’ils offrent un plus grand développement de type alaire que les oiseaux précédents.
Il est constant, d’après leur organisation, que ces oiseaux, qui ne se tiennent debout, comme des Guillemots, que derrière les vitrines de nos musées publics, ainsi que l’exprimait Hardy, de Dieppe, ne doivent pas nicher sur le bord d’une eau sujette à la marée.
Cela est si vrai, que quand Audubon découvrait dans les marais un nid de Plongeon Imbrim que nous allons décrire, à la trace faite au milieu des roseaux qui le bordaient, c’est que la chaleur de l’été avait abaissé le niveau de l’eau, et que le pauvre oiseau, pour gagner celle-ci, avait dû se faire son passage, tout en se bousculant à travers les joncs poussées sur la rive desséchée que suivait le naturaliste. Ce cas, tout exceptionnel, explique
Des Murs, Les Oiseaux d’Eau.
J. Rothschild, Éditeur, Paris.
PI. 38. PLONGEON IMBRIM — Colymbtts glacialis. Linnæus. — -j
LES PLONGEURS OU COLYMBIENS
l’existence d’un sentier tracé sur l’herbe parles fréquents voyages de l’oiseau , et, par suite, quelle découverte ait pu trahir au chasseur un nid si bien caché, et sur lequel la femelle s’aplatissait de manière à disparaître au milieu des joncs. On comprend qu’alors, troublée dans cet asile, et à l’approche pressante d’un puissant ennemi, l’Imhrim,qui ne saurait se servir de ses courtes jambes, placées trop en arrière pour le soutenir, n’ait d’autre ressource que de glisser sur le ventre, par saccades, à la manière des phoques ou des manchots, de se pousser, de se traîner le corps incliné en avant et de se précipi ter dans l’eau où il plonge, et où il est difficile, pour ne pas dire impossible, de le joindre à la nage. Un chasseur anglais a poursuivi cet oiseau dans un bateau que faisaient voler sur la mer quatre robustes rameurs, sans avoir jamais pu le gagner de vitesse, quoique les décharges de plusieurs fusils, aussitôt qu’il se montrait, l’eussent contraint à plonger constamment.
Leur nourriture habituelle ne se compose que de petits poissons. Mais la mandibule inférieure du bec, suivant la remarque de Wilson, est formée de deux pièces qui, unies par une membrane élastique et mince, peuvent s’écarter horizontalement l’une de l’autre, de façon à élargir l’ouverture, et à permettre à l’oiseau d’avaler de plus gros poissons. C’est un caractère important qui se présente ici pour la première fois, d’une manière rudimentaire, et que nous verrons prendre de tout autres proportions dans plusieurs familles d’oiseaux marins.
PL. 38. — PLONGEON IMBRIM
Colymbus glacialis (Linn.).
Mâle adulte : tête, gorge et cou d’un noir verdâtre , à reflets verts et bleuâtres , avec une petite bande transversale rayée de blanc et de noir sous la gorge; à la partie supérieure du cou un large collier, rayé longitudinalement de noir et de blanc; dos, ailes, flancs et croupion d’un noir profond; chaque plume du
LES OISEAUX NAGEURS
dos et des scapulaires portant à l’extrémité deux taches carrées d’un blanc pur ; couvertures des ailes, flancs et croupion parsemés de petites taches blanches; poitrine et parties inférieures d’un blanc parfait. Bec noir, cendré à la pointe ; iris rouge ; pieds d’un brun noirâtre en dehors, tirant sur le cendré en dedans. Taille d’environ soixante-seize centimètres.
De tous les oiseaux de mer de notre hémisphère boréal, le Plongeon, dit M. Shirley, est le plus beau et le plus puissant; c’est l’Aigle de l’Océan. Intrépide navigateur, il est aussi le plus prudent et le plus vigilant des oiseaux. Même en pleine mer, et quoique aucun bâtiment ne soit en vue, il est perpétuellement en alerte, surtout au temps de la ponte et de la couvée. A l’instant où il vient de plonger et s’apprête à déguster la proie qu’il a saisie, il jette encore de tous côtés un regard de défiance. Lorsqu’il veut rester immobile , il peut nager sous le niveau de la vague, son arrière-train entièrement submergé , son cou tendu horizontalement, comme couché à fleur d’eau. Mais pour mieux apprécier son adresse et sa hardiesse de nageur, il faut l’observer par une brise d’est : aucune embarcation, aucune créature vivante ne se montre à l’horizon; les Mouettes elles-mêmes ont été balayées par le vent et dispersées sur les marécages de l’intérieur des terres; un navigateur seul n’a pas eu peur du grain : c’est notre Plongeon. Prenez votre télescope, et voyez comme ce téméraire enfant des flots nage contre le vent , fend la vague, secoue l’écume , et vient affronter les lames qui déferlent autour des récifs (1).
Se nourrit de poissons, particulièrement de harengs, dont il poursuit les bandes qui émigrent; et aussi de frai, d’insectes et de végétaux marins.
Niche tantôt dans de petites îles, sur le bord des eaux douces ; tantôt dans les îles solitaires entourées de rochers.
Sa ponte est de deux œufs, qui ne diffèrent guère de ceux de Goélands que par la forme , rentrant dans celle à laquelle nous avons donné le nom d 'elliptique , seulement avec l’un des deux
(1) Revue britannique.
Dls Murs, Les Oiseaux d'Eau.
J. Rothschild, Éditeur, Paris.