PL. 47. — PÉLICAN FRISÉ
Pelecanns crispus (Bruch-lsis, 1832).
Mâle adulte : tête et cou d’un blanc argentin, avec les plumes du vertex et de l’occiput allongées, soyeuses, très lâches et contournées, formant une espèce de touffe ; plumes du dos, scapulaires et couvertures supérieures des ailes longues et blanches, avec la tige noirâtre ; rémiges primaires grises à la base et noires dans le reste de leur étendue ; rémiges secondaires blanches et grises à l’extrémité ; rectrices d’un blanc argentin avec les baguettes noires ; bec gris en dessus, maculé de bleu et de rouge ; partie nue des paupières et lorüms d’un rouge jaunâtre et bleuâtre près du bec; iris jaune clair; poche gutturale jaune orange,
J. Rothschild, Éditeur, Paris.
Pi. 47. — PÉLICAN PRISÉ-,
T0T1PALMES OU PÉLICANS
veinée de gris et de rougeâtre, et masquée, de chaque côté, d’une grande tache d’un cendré clair ; pieds d’un cendré foncé. Taille : près de deux mètres (Gerbe).
Il habite l’Europe orientale, l’Asie el l’Afrique septentrionales. Jadis commun en Grèce, on le rencontre fréquemment et presque partout en Dalmatie et dans la Russie méridionale ; plus commun que le précédent dans les parages de la mer Noire, où l’un et l’autre se reproduisent.
D’après M. Nordmann, ilniche sur les îlesvoisines du Danube, sur le Kouban, le Don et le Boug, et sur le littoral de la mer d’Azoff, principalement dans les endroits couverts de roseaux : nous allons voir comment.
Ils pondent deux à quatre œufs, généralement un peu plus forts que ceux du Pélican blanc, ou onocrotale. Leurforme, comme chez l’œuf de celui-ci, est celle d’un ovale allongé dont les deux pôles sont presque égaux ; ils mesurent de neuf et demi à dix centimètres de grand diamètre, et de cinq et demi à six de petit ; ils sont blancs et recouverts d’une couche crétacée également blanche, mais laiteuse. Il y a cela de particulier, c’est que, frais pondus, l’un des bouts, celui qui sort le dernier du cloaque, est presque toujours maculé de sang conservant sa couleur normale pendant quelque temps et tournant à la longue au brun sale ou verdâtre.
D’autres observations plus récentes ont été faites en Grèce, par M. Hodeck, sur la même espèce qui, trop inquiétée, tendrait à en disparaître pour se retirer dans des lieux moins accessibles à l’homme.
On a cru, jusqu’à aujourd’hui, que les Pélicans ne nichaient que sur de petites îles flottantes ; mais c’est précisément le contraire qui a lieu, car ils les évitent avec soin, voulant avant tout être garantis contre le vent et être exposés au lever du soleil.
M. le professeur Nordmann, qui a été témoin, le deux avril 1836, d’une de leur pêche en commun sur un des lacs Limans, près Odessa, en parle en ces termes :
C’est ordinairement dans les heures de la matinée, ou le soir,
LES OISEAUX NAGEURS
que les Pélicans' se réunissent pour pêcher, procédant d’après un plan systématique qui est apparemment le résultat d'une espèce de convention. Après avoir choisi un endroit convenable, une haie, où l’eau soit basse et le fond lisse, ils se placent tout autour’en formant un grand croisant ou un fer-à-cheval ; la distance d’un oiseau à l’autre semble être mesurée : elle équivaut à une envergure de trois à quatre mètres. En battant fréquemment la surface de l’eau avec leurs ailes déployées, et en plongeant de temps en temps avec la moitié du corps, le cou tendu en avant, les Pélicans s’approchent lentement du rivage, jusqu’à ce que les poissons, réunis de la sorte, se trouvent réduits à un espace étroit. Alors commence le repas commun.
Mais il arrive ici ce qui s’observe partout : c’est qu’une foule d’autres oiseaux de mer, à l’affût des habitudes régulières de ces industrieux pêcheurs, accourent, en véritables parasites, pour profiter de leur travail et prendre indûment la part de son produit. Outre les quarante-neuf Pélicans dont la bande se composait, il s’était assemblé sur les tas d’ulves, de conserves et d’une masse de coquilles rejetées par les vagues, des centaines de mouettes, d’hirondelles de mer qui se préparaient à happer les poissons chassés hors de l’eau, et à partager entre elles les restes du repas. Enfin, plusieurs Grèbes, nageant dans l’espace circonscrit parle demi-cercle tant que cet espace fût assez grand, prirent, eux aussi, leur part du festin, en plongeant fréquemment après les poissons effrayés et étourdis.
En 1867 et 1868, on pouvait estimer le nombre de Pélicans frisés jusqu’à l’Ardjir et la Czernawoda à cinq mille individus qui détruisent, dans ces parages, trois millions deux cent cinquante mille kilogrammes de poisson par an. Mais à partir de cet endroit, en allant vers l’ouest, il était complètement impossible de faire une estimation, même approximative, du nombre vraiment incroyable des nichées de ces oiseaux, et c’est par millions qu’il faut les compter. L’imagination renonce à se figurer la quantité de poisson qui a été engloutie par ces légions de piscivores ou d’ichthiophages.
TOTIPALMES OU PÉLICANS
Ce gigantesque oiseau vole avec une grande vigueur, avec une extrême rapidité pendant plusieurs heures; lorsqu’il est chassé de son nid, il s’élève en un instant à une telle hauteur, que l’on peut à peine l’apercevoir. Cette grande puissance de vol serait néanmoins étonnante dans un oiseau qui pèse douze ou treize kilogrammes, si elle n’était merveilleusement secondée par la grande quantité d’air dont son corps se gonfle, grâce à un appareil pneumatique des mieux distribués, et aussi par la légèreté de sa charpente ; tout son squelette ne pèse pas un kilogramme.
Malgré leur aptitude à la domestication, dont les exemples ne manquent pas, il paraît que les Pélicans sont des oiseaux redoutables pour les animaux avec lesquels ils ne sympathisent pas.
Le Pélican, enfin, se rend l’auxiliaire de l’homme, d’une manière efficace et directe ; et les Chinois, sous ce rapport, ont su' de tout temps l’apprivoiser et l’utiliser comme nous les verrons faire du Cormoran.
Quant à sa longévité , on la dit fort grande. On en cite ayant vécu quarante et quatre-vingts ans.
LES PHALACRQCORACES ou CORMORANS. - Phalacrocoracinæ.
Les Cormorans closent la tribu des Totipalmes.
L’abbé Bexon décrit ainsi le Cormoran : un assez grand oiseau à pieds palmés, aussi bon plongeur que nageur, et grand destructeur de poissons. Sa taille est généralement plutôt mince qu’épaisse et allongée par une grande queue plus étalée et beaucoup plus longue qu’elle ne l’est communément dans celle des oiseaux d’eau ; cette queue est composée de quatorze plumes raides. Mais cet allongement et cette raideur inusitée des plumes caudales a sa raison d’être.
Le Cormoran poursuit sa proie jusque dans les profondeurs des eaux ; et il a, dans sa queue, non seulement un puissant gouvernail, mais encore un véritable propulseur,
LES OISEAUX NAGEURS
Il est juste d’ajouter que le Cormoran, lorsqu’il se repose sur les rochers qui bordent la mer, s’appuie sur sa queue comme sur un troisième pied. Il lui arrive aussi cette singulière habitude, ainsi posé, de se redresser sur ses pattes, le cou allongé, et de rester immobile, les ailes entièrement étendues , soit lorsqu’il pleut, pour mettre son intérieur au contact de l’eau, soit lorsque luit le soleil, pour en sentir la chaleur. Tous actes auxquels 1 aide puissamment la raideur de sa queue.
Le Cormoran est du petit nombre des oiseaux marins qui ont les quatre doigts assujettis et liés ensemble par une membrane d’une seule pièce et dont le pied, muni de cette large rame, semblerait indiquer qu’il est très grand nageur, ce qui est vrai ; cependant, comme il ne va à l’eau que pour y chercher sa nourriture, il y reste moins relativement que plusieurs autres oiseaux aquatiques, dont la palme n’est ni aussi continue, ni aussi élargie que la sienne ; il prend fréquemment son essor et se perche sur les arbres. Il a enfin le bec long, droit, comprimé, à arête arrondie, avec la mandibule supérieure très courbée vers la pointe qui est fortement crochue.
Dans quelques pays, comme la Chine, on a dû mettre àprofit le talent du Cormoran pour la pêche et en faire, pour ainsi dire, un pêcheur domestique, en lui bouclant le cou pour 1 empêcher d’avaler sa proie. C’est le système qu’ont suivi, pour les pêches aux Cormorans, dont ils ont donné le spectacle en France, MM. Lecoutteux et de La Rue.
La famille ne forme encore qu’un groupe générique.
TOTIPALMES OU PÉLICANS
GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE
CORMORAN, PHALACROCORA X (Rrisson).
Bec fendu au delà de l’angle postérieur des yeux, plus long que la tête, assez épais, droit, comprimé, à bords lisses, à mandibule supérieure se relevant et arrondie au sommet qui se termine en une forte pointe crochue, à mandibule inférieure tronquée et s’emboîtant dans le crochet ; narines basales, dans un long sillon ; ailes médiocres, sub-aigués, avec les bras assez longs, mais garnis de pennes courtes, ne recouvrant que la base de la queue ; celle-ci allongée, arrondie, composée de pennes raides, à baguettes élastiques ; bas des jambes entièrement emplumé ; tarses aplatis latéralement, très courts, du tiers de la longueur du doigt médian, dont l’ongle est pectiné sur son bord interne.
On compte une quarantaine d’espèces de Cormorans des diverses parties du monde, dont la taille varie de soixante-dixhuit à quarante-huit centimètres. La couleur dominante de leur plumage est, en dessus, d’un brun noir foncé à reflets bronzés, plus ou moins entremêlé de blanc en dessous.
Ils nourrissent leurs petits en leur dégorgeant les aliments plus ou moins élaborés. Les deux sexes participent à l’acte de l’incubation ; et leurs petits ne vont à l’eau qu’après avoir perdu leur duvet.
Leur tête est sensiblement aplatie, comme chez presque tous les oiseaux plongeurs ; leurs yeux sont placés très en avant et près des angles du bec.
Trois espèces seulement les représentent en Europe. Quelques-uns portent des caroncules et tous ne sont pas privés
LES OISEAUX NAGEURS
d’ornemenls, à commencer par le Cormoran ordinaire, qui habite l’Europe, la Sibérie et le nord de l’Amérique.