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PL. 61. — EIDER VULGAIRE

Somciteria rnollissima (Boïé, ex Linn.). — Anas mollissima (Liun.).

Le vieux mâle : de chaque côté et au-dessus des yeux une très large bande d’un noir violet, dont les extrémités se réunissent sur le front ; joues, bandes du sommet de la tête et occiput d’un blanc verdâtre ; bas du cou, dos, scapulaires et petites couvertures des ailes d’un blanc pur ; les scapulaires, à barbes presque décomposées, prolongées et retombant sur les ailes qu’elles recouvrent; poitrine d’un blanc rougeâtre ou couleur de chair; ventre, abdomen et croupion d’un noir intense; bec, dont la base se prolonge latéralement sur le front en deux lamelles aplaties, d’un vert mat; iris brun; pieds d’un cendré verdâtre. Taille de soixante-cinq centimètres.

La vieille femelle a tout le plumage d’un roux rayé transversalement de noir; les couvertures des ailes noires dans le milieu,

Des Hurs, Les Oiseaux d’Eau.

J. Bothschild, Éditeijr, Paris,

,P1. 61. EIDEE, YÏÏL & AIEE — Somateria mollissima. Boïé. — ,

ANATINÉS OU CANARDS

bordées de roux foncé ; sur l’aile, parfois, deux bandes blanches ; le ventre et l’abdomen d’un brun ou d’un cendré foncé, avec des bandes noires.

Habite les mers glaciales du pôle : très abondant en Islande, en Laponie, au Groenland, au Spitzberg; assez abondant aux Hébrides et aux Orcades; plus rare en Suède et en Danemarck ; de passage en Angleterre, en Allemagne et en France ; on ne voit sur l’Océan que des femelles ou de jeunes individus ; se montre accidentellement sur les lacs de Suisse et de Savoie.

Niche sur des terres baignées par la mer, sur des caps et des promontoires, et aussi sur des rochers élevés et escarpés : dans le premier cas, il construit son nid de fucus et autres plantes marines, et le garnit de son duvet ; dans le second cas, le duvet en fait presque tous les frais. 11 y pond cinq ou six œufs un peu allongés, d’un gris olivâtre, quelquefois d’un gris jaunâtre, sans taches ; leur grand diamètre varie de sept centimètres à huit centimètres, et le petit, de quatre centimètres et demi à cinq centimètres.

L’Eider est, de tous les palmipèdes, l’oiseau dont l’homme retire le plus d’utilité, ou du moins l’utilité la plus productive. C’est lui qui fournit le duvet si doux, si chaud et si léger auquel on a donné l’appellation à'Eider-don, d’où, par inversion, le nom français à' Édredon, duvet d’Eider.

Brunich est le premier naturaliste qui ait donné les détails les plus exacts sur les habitudes de l’Eider, et c’est de son ouvrage que s’est servi Buffon.

Au temps de la pariade, on entend continuellement le mâle crier d’une voix rauque et comme gémissante ; la voix de la femelle est semblable à celle de la Cane commune. Le premier soin de ces oiseaux est de chercher à placer leur nid à l’abri de quelques pierres, de quelque buisson, et particulièrement des genévriers. Le mâle travaille avec sa femelle ; celle-ci s’arrache le duvet et l’entasse jusqu’à ce qu’il forme tout à l’entour un gros bourrelet renflé, qu’elle rabat sur ses œufs, quand elle les quitte pour aller prendre sa nourriture ; car le mâle ne l’aide

LES OISEAUX D’EAU — LAMELL1ROSTRES

point à couver, et il fait sentinelle aux environs pour avertir si quelque ennemi paraît; la femelle cache alors sa tête, et lorsque le danger est pressant, elle prend son vol et va joindre le mâle. Les Corbeaux cherchent les œufs, et tuent d’ordinaire les petits ; aussi se hâte-t-elle de faire quitter le nid à ceux-ci peu d’heures après qu’ils sont éclos, les prenant sur son dos et d’un vol doux les transportant à la mer, ce qu’elle exécute de cette manière : parvenue au bord avec son fardeau, elle se met à la nage et, dès qu’elle est arrivée au milieu de l’eau, elle fait un plongeon, et les petits Eiders stupéfaits restent à la surface , immobiles comme des poignées de coton. Ce premier moment de surprise passe bien vite ; ils ne tardent pas à comprendre qu’ils sont sur le véritable élément qui doit les porter désormais.

Les îles basses et plates qui bordent les côtes , de la Norwège sont couvertes de ces Eiders et de leurs nids où ils viennent en grand nombre déposer leurs œufs, objets, ainsi que le duvet qui les recouvre, de la convoitise des habitants. Monté dans un bateau, le chasseur approche de ces îles et, laissant l’embarcation amarrée aux rochers de la rive, il examine tranquillement les nids. Ils sont construits sur le sol même et sont garnis du duvet de la femelle. Le chasseur éloigne avec mille précautions celle-ci de son nid, pour s’emparer du duvet et des œufs, moins un toutefois, qu’il a soin de laisser de peur que la pauvre mère ne renonce à la couvée. L’innocent palmipède endure ce larcin avec la patience la plus méritoire, et se met immédiatement en devoir de le réparer, en pondant d’autres œufs qu’il couvre de nouveau de duvet. A ce sacrifice s’associe le mâle, qui se dépouille à son tour au profit de la génération non encore éclose. Cette opération se répète souvent plus d’une fois pour le même nid.

Lorsque l’avidité de l’homme dépasse les bornes, les Eiders n’ont que la ressource de leur exil de ces parages. C’est alors qu’ilsvont fonder ou joindre leurs colonies à celles des Pingouins, des Guillemots, des Cormorans, et dans les rochers moins accessibles, tels que ceux de l’île de Noys (l’une de ces fameuses Shetland dont nous parlions plus haut), qui opposent aux chasseurs

Des Murs, Les Oiseaux d’Eau.

J. Rothschild, Éditeur, Paris.

Pi. 62. — BIDBE A TÊTE GRISE — Somateria spectabilis. Boïé. - à

ANATINÉS OU CANARDS

d’Eiders des difficultés remarquables, quoique non insurmontables .

Mais combien ils préfèrent les côtes autrement hospitalières de la Norwège et de l’Islande, dont les indigènes les traitent avec tant de douceur qu’ils y deviennent presque apprivoisés !

Dans ces deux pays, en effet, c’est une propriété qui se gardo soigneusement, et se transmet par héritage, que celle d’un canton où les Eiders viennent d’habitude faire leurs nids. Il y a tel endroit où il se trouvera plusieurs centaines de ces nids. On juge, par le grand prix du duvet, du profit que cette espèce de possession peut rapporter à son maître; aussi les Islandais font-ils tout ce qu’ils peuvent pour attirer les Eiders chacun dans leur terrain ; quand ils voient que ces oiseaux commencent à s’habituer dans quelques-unes des petites îles où ils ont des troupeaux, ils feront repasser troupeaux et chiens dans le continent, pour laisser le champ libre aux Eiders, et les engager à s’y fixer. Ces insulaires ont même formé, par art et à force de travail, plusieurs petites îles, en coupant et séparant de la grande divers promontoires ou langues de terre avancées dans la mer. C’est dans ces retraites de solitude et de tranquillité que les Eiders aiment à s’établir, quoiqu’ils ne refusent pas de nicher près des habitations, pourvu qu’on ne leur donne pas d’inquiétude, et qu’on en éloigne les chiens et le bétail.

On voit qu’à part la question de nourriture, laquelle ne se compose que d’animaux marins, il ne serait peut-être pas impossible, ainsi que l'observe Gerbe, de réduire cette espèce à un état de demi-domesticité.

C’est l 'Oie à duvet de Danemark de Buffon.

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