PL. 66. - TADORNE DE BELON
Tadorna Belonii (Ray).
Mâle adulte : tête et cou d’un vert très sombre ; partie inférieure du cou, couvertures des ailes, dos, flancs , croupion et base de la queue d’un blanc pur; scapulaires, une large bande sur le milieu du ventre , abdomen , rémiges et l’extrémité des pennes caudales d’un noir profond; un large ceinturon roux entoure la poitrine et remonte sur le haut du dos ; miroir de l’aile d’un vert pourpré ; couvertures inférieures de la queue rousses. Le bec et la protubérance charnue du front d’un rouge de sang ; iris brun ; pieds couleur de chair. Longueur totale : un peu plus de soixante centimètres.
Femelle : plumage entièrement grisâtre, varié de brun; gorge blanche ; bande blanchâtre, tachée de brun passant au-dessus des yeux, et une autre noirâtre les traversant; miroir de l’aile semblable, mais plus nuancé de violet. Bec d’un gris verdâtre.
Habite le nord et les contrées occidentales de l’Europe, le long des bords de la mer ; très rare en Angleterre, où il niche quelquefois; très abondant en Hollande et sur les côtes de France, telles que celles du Havre, du Boulonnais et de la Picardie , où il niche chaque année ; accidentellement de passage en Allemagne; se trouve sur le littoral de la Baltique, aux îles Orcades et Shetland, sur les côtes européennes de l’océan Atlantique et de la Méditerranée ; on l’a rencontré dans l’océan Pacifique et l’océan Indien, sur le littoral de la Chine et du Japon.
Niche dans les dunes de sable , le plus souvent dans les trous abandonnés des lapins ; fréquemment aussi dans les fentes et dans les trous des rochers ; plus rarement sur les arbres. Pond de dix à douze œufs d’un blanc presque pur, avec une teinte verdâtre à
LES OISEAUX D’EAU — L AMELLIROSTRES
peine sensible , mesurant de soixante-deux à soixante-cinq millimètres de grand diamètre, et de quarante-quatre à quarante-six de petit.
Quoiqu’on ait aussi donné aux Tadornes le nom de Ccincivd de mer , et qu’en effet ils habitent de préférence sur ses bords, on ne laisse pas d’en rencontrer quelques-uns sur des rivières ou des lacs même assez éloignés dans les terres ; mais le gros de l’espèce ne quitte pas les côtes. Chaque printemps , il en aborde quelques troupes sur celles de Picardie , et c’est là que Bâillon père a suivi les habitudes naturelles de ces oiseaux , sur lesquels il a fait les observations suivantes :
« Le printemps, écrivait-il à Buffon, nous amène les Tadornes, mais toujours en petit nombre. Dès qu’ils sont arrivés, ils se répandent dans les plaines de sable , dont les terres voisines de la mer sont ici couvertes ; on voit chaque couple errer dans les garennes qui y sont répandues, et y chercher logement parmi ceux des lapins. Il y a probablement beaucoup de choix dans cette espèce de demeure , car ils entrent dans une centaine avant [d’en trouver une qui leur convienne. On a remarqué qu ils ne s attachent qu’aux terriers qui ont au plus une toise et demie de profondeur, qui sont percés contre dos-à-dos ou monticules et en montant, et dont l’entrée, exposée au midi , peut être aperçue du haut de quelque dune peu éloignée.
» Les lapins cèdent la place à ces nouveaux hôtes et n’y rentrent plus. »
Les Tadornes ne se bornent pas toujours aux terriers des lapins pour s’y établir ; ils convoitent également aussi, à l’occasion et selon les localités, ceux des blaireaux et même ceux des renards, ce qui peut paraître extraordinaire, à l’égard de deux de leurs plus grands ennemis naturels.
Après plusieurs jours d’observations patientes, il constata que les oiseaux avaient fait élection de domicile dans un autre terrier situé à quelque distance où , plusieurs mois auparavant, on avait capturé un blaireau, et qui était encore habité par un renard et un blaireau dont on reconnaissait les pistes fraîches et s’entre-
ANATINÉS OU CANARDS
croisant en tous sens , ainsi qu’on put le constater sur une longueur de plus de deux mètres.
Caché en observation derrière un monticule de sable, le garde remarqua l’entrée et la sortie fréquentes des Tadornes, qui semblaient parfaitement tranquilles , malgré cette étrange cohabitation ; car , bien que ce terrier fût considérable et comprît un grand nombre de galeries, il pouvait se faire que renard ou blaireau et Tadornes se rencontrassent à l’entrée.
Le docteur Badius, directeur du Jardinzoologique de Cologne, dit aussi, qu’indépendamment des terriers de lapins dont s’empare le plus ordinairement le Tadorne, il lui arrive encore de s’enfoncer dans ceux de renards , et que , dans ce cas, il impose presque toujours, par son courage, à ces perfides animaux.
Si fouilleur que soit le Tadorne, le même savant naturaliste adonné en 1862, sur cet oiseau, de curieux détails , qui font voir qu’il manquerait parfois, exceptionnellement et d’une façon remarquable, à ses habitudes et à sa réputation d’oiseau terrier.
« Il lui arriverait, en outre, dit le docteur Badius, de faire son nid sur des toits ou sur des arbres élevés, et alors, quand ses petits sont assez grands , ils se laissent simplement tomber, à la manière des jeunes Anhingas (1). Seulement, ceux-ci, dont le nid est presque constamment établi sur les arbres , au bord ou audessus de l’eau, n’ont qu’à s’y laisser choir; tandis que les jeunes Tadornes , dont le nid est souvent séparé par une distance assez considérable des bords de la mer , sont obligés de s’élancer sur le sol ; mais leur épais duvet prévient suffisamment les dangers de la chute (2). »
Le Tadorne se prive aisément et se reproduit même en domesticité. j
Aux jardins zoologiques de Paris, de Londres, d’Anvers et de Berlin, des Tadornes ont également pondu et amené à bien leurs couvées.
(1) Espèce de grand oiseau palmipède, qui ne se trouve que dans l’Afrique méridionale, l’Amérique méridionale et à la Nouvelle-Hollande.
(2) Journal Y Acclimatation, ibid.
LES OISEAUX D’EAU — L A MELL1ROS TRES
PL. 67. - TADORNE KASARKA.
Tadorna Kasarca (Mac-Gillivray, ex Lirai.}. — Anas Kasarca (Linn.).
Mâle adulte : toute la tête et moitié supérieure du cou d’un gris de souris ; au-dessous de cette couleur un collier étroit d’un brun noirâtre ; tout le corps d’un roux rougeâtre; croupion et queue d’un noir verdâtre ; rémiges noires ; moyennes couvertures alaires formant miroir d’un blanc pur, les plus grandes formant miroir d’un vert foncé. Bec noir ; iris d’un brun foncé ; pieds d’un brun noirâtre. Jamais de tubercule charnu à la base de la mandibule supérieure. Longueur totale : cinquante-cinq à cinquantehuit centimètres.
Femelle adulte : pas de collier noir; une partie de la tête blanche ou blanchâtre ; front d’un brun roux ; cou souvent varié de blanc et de brun cendré ; le roux du plumage plus clair et plus lavé ; le reste comme dans le mâle.
Se nourrit et niche, comme le Tadorne de Belon , dans les trous des rochers qui bordent les grands fleuves de la Bussie, dans des arbres creux , et le plus ordinairement dans des trous abandonnés par d’autres animaux , ce qui lui a fait donner par les Turcs le nom de Quaz-Tilki , Oiseau-Renard. Pond de huit à neuf œufs blancs, mesurant de soixante-trois à soixante-six millimètres dans son grand axe et de quarante-six à quarante-huit dans son petit.
Habite les contrées orientales de l’Europe; nulle part plus commun que dans les grandes plaines du Kurdistan ; très commun aussi sur le littoral du Pont-Euxin; répandu jusqu’en Perse et dans l’Inde; de passage accidentel en Autriche, en Hongrie et en Allemagne ; jamais le long des côtes de l’Océan. On le trouve aussi dans les parties orientales de l’Afrique du Sud et en Égypte.
A part ces trop vagues renseignements, on ne savait rien, jusqu à ce jour, de l’histoire du Kasarka, que son congénère avait fait rester dans 1 ombre. Grâce à Levaillant et au jeune et hardi
Des Murs, Les Oiseaux <T Eau.
J. Rothschild, Éditeur, Paris»
PJ-. 67. - T À D O R AT E K À S A II K A — Ta <1 onia casa rca. MaeAllivray. — } nat.
voyageur, M. Théophile Deyrolles, nous sommes en mesure de reconstituer son histoire.
Nous avons vu la présence de certains oiseaux de mer, dans les hauts parages , être pour les navigateurs, le précieux indice de la proximité des côtes ou de l’existence de quelque île ou de quelque terre inconnues. La présence de certaines espèces de Canards, rencontrées dans les lieux arides, rend un service tout aussi utile, si ce n’est plus important, aux voyageurs égarés dans les solitudes et martyrisés parla chaleur ou par la soif, en leur indiquant la direction d’une source d’eau, ainsi qu’il est arrivé à Levaillant.
La chair du Kasarka est savoureuse et délicate , surtout celle des jeunes.
En résumé, on peut dire, avec Buffon ou son collaborateur, qu’à part leurs excentricités de nidification , les Tadornes, qui ressemblent beaucoup aux vrais Canards , leur ressemblent aussi par le surplus de leurs habitudes naturelles ; seulement, ils ont plus de légèreté dans leurs mouvements et montrent plus de gaîté et de vivacité. Ils ont encore sur tous les Canards, même les plus beaux , un privilège de nature qui n’appartient qu’à ce groupe : c’est de conserver constamment et en toute saison , sauf le cas d’une maladie spéciale, les belles couleurs de leur plumage.
ANSÉRINÉS (Oies). — Anserinæ (Ch. Bonap.).
La famille des Ansérinés ou Oies est partagée, comme celle des Anatiensou Canards, en deux races ou grandes tribus, dont l’une, depuis longtemps domestique, s’est affectionnée à nos demeures, et a été propagée, modifiée par nos soins ; et l’autre, beaucoup plus nombreuse, nous a échappé, et est restée libre et sauvage ; car, comme dit l’abbé Bexon, on ne voit, entre l’oie domestique et l’oie sauvage, d’autres différences que celles qui doivent résulter de l’esclavage sous l’homme, d’une part, et de l’autre, de la liberté de la nature.
LES OISEAUX D’EAU — LAMELLIROSTRES
Cette famille, composée de près de quarante espèces, a été divisée méthodiquement en Cygnops, Chens, Eulabées, Bernaches, Oies proprement dites, Chloëphages, Cyanochens, Chamydochens, Céréops, que nous réunissons sous l’unique dénomination d 'Oies, et dont nousne réservons pour l’ornithologie d’Europe que les Bernaches et les Oies proprement dites. Presque toutes portent un tubercule osseux ou orné plus ou moins prononcé en dedans ou audessous du coude de chaque aile. De plus leurs jambes, comme chez les Tadornes, sont iplacées presque au centre de gravité du corps ; leurs tarses assez élevés ; leurs ailes généralement longues. Ce sont au total de gros Canards, ne diffèrent de ceux-ci, chez les vraies Oies surtout, que parleur mandibule inférieure découverte de la base à T extrémité, et montrant, pour ainsi dire, toutes ses dents en lamelles, ce qui n’a pas lieu chez d’autres espèces de la même famille aussi fécondes et aussi domesticables.
Leurs habitudes n’offrent guère plus de différences : les uns broutant plus qu’ils ne barbotent, les autres mêlant à leur nourriture les coquillages ou mollusques aux herbes et aux grains.
Il est pourtant une de ces habitudes qui leur est toute particulière dans les rapports ou les querelles des individus les uns avec les autres. Ainsi, il n’est pas rare, chez les Oies, de voir des rivalités de mâle à mâle. Dans ce cas, après force coups d’ailes ou de becs rendus et donnés, ils finissent toujours par s’enlacer le cou l’un à l’autre et se serrer jusqu’à s’étouffer, ce qui arrive quelquefois à l’un d’eux. Nous retrouverons ce mode de lutte et de combat chez les Cygnes.
Par exemple, l’ordre que les oiseaux de cette famille observent dans leur vol, presque toujours élevé, est plus accentué et plus remarquable que celui que suivent les Canards.
Ce mouvement, à l’inverse de celui des Canards, en est doux et ne s’annonce par aucun bruit ni sifflement; l’aile, en frappant l’air, ne paraît pas se déplacer déplus de cinq ou six centimètres de la ligne horizontale. Mais, de même que celui des Canards, ce vol se fait dans un ordre qui suppose des combinaisons et une espèce d’intelligence supérieure à celle des autres oiseaux dont les
ANATINÉS OU CANARDS
troupes partent confusément et sans ordre. Celui que suivent les Oies semble leur avoir été tracé par un instinct géométrique ; car nous ne saurions trop insister sur ce point : c’est à la fois l’arrangement le plus commode pour que chacun suive et garde son rang, en jouissant en même temps d’un vol libre et ouvert devant soi, et la disposition la plus favorable pour fendre l’air avec plus d’avantage et moins de fatigue pour la troupe entière ; car elles se rangent sur deux lignes obliques forment un angle, comme un V, pour nous servir de la comparaison de l’abbé Bexon, à qui nous empruntons ces détails; or, si la bande est petite, elle ne forme qu’une seule ligne ; mais, ordinairement, la troupe est de quarante à cinquante ; chacun y garde sa place avec une justesse admirable. Le chef, qui est à la pointe de l’angle et fend l’air le premier, va se poser au dernier rang lorsqu’il est fatigué , et tour à tour les autres prennent la première place.
Mais elles vont régulièrement, tous les soir&, se rendre sur les eaux des rivières, ou des plus grands étangs, pour éviter par là les poursuites du Renard, qui ne manque jamais de venir, pendant la nuit, visiter les champs qu’elles ont fréquentés durant la journée ; elles y passent la nuit entière, et n’y arrivent qu’après le coucher du soleil; il en survient même après la nuit fermée ; et l’arrivée de chaque nouvelle bande est célébrée par de vives acclamations, auxquelles les arrivants répondent ; de façon que, sur les huit ou neuf heures, et dans la nuit la plus profonde, elles font tant de bruit et poussent des clameurs si multipliées, qu’on les croirait assemblées par milliers : ce qui est la réalité dans les régions arctiques, où leurs colonnes, innombrables comme celles des Palmipèdes grands voiliers, se comptent par légions.
La famille des Ansérinés se divise en deux groupes bien distincts : celui des Bernaches, et celui des Oies proprement dites.
LES OISEAUX D’EAU — LAMELLIROSTRES
Ier GROUPE GÉNÉRIQUE
BERNACHE, BERNICLA (Steph.).
Bec plus court que la tête, mince, droit, c’est-à-dire sans aucune courbure du front à la pointe, légèrement renflé seulement dans son milieu, à la hauteur des narines; lamelles, comme chez les Tadornes, complètement cachées par la mandibule supérieure, dont la tranche ne déborde cependant pas; onglet médiocre et recourbé; narines médianes elliptiques ; ailes longues, aiguës ; queue courte, arrondie; bas des jambes emplumé; tarses plus longs que le doigt médian.
Les Bernaches, durant ce que nous appellerons le moyen âge de la science, qui n’est pas celui de l’histoire, ont partagé la réputation légendaire des Macreuses, n’ayant ni père ni mère, selon l’expression de l’abbé Bexon , ne sortant pas d’un œuf, mais, à la fantaisie des auteurs, tels que Scaliger, Cardan, etc., etc., éclosant, tantôt des fruits de certains arbres des côtes d’Écosse et des Orcades, tombés dans la mer, et dont la conformation offrait d’avance des linéaments d’un volatile, tantôt des coquillages ou mollusques (les Anatiffes) dont nous avons parlé en nous occupant des Macreuses.
Une simple coïncidence accrédita cette erreur. Beaucoup de mollusques, selon les époques ou les saisons, entre autres les Anatiffes, apparaissent en masse, avec leurs appendices, à la surface de la mer, ou s’immergent tout à coup, sans laisser trace de leur passage : l’apparition immédiate en grand nombre des Bernaches sur les mêmes lieux, à la suite de cette immersion, faisait croire à une transmutation subite et spontanée des unes aux autres.
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anatinés ou canards
On compte neuf espèces de Bernaches, dont trois seulement appartenant à la faune européenne ; toutes du cercle arctique, elles ont les habitudes presque exclusivement maritimes.