ACTE TROISIÈME
La scène se passe dans une maison isolée , au milieu d'une atroce forêt. Mathilde, enlevée en chaise de poste, a été amenée là par le valet du premier acte ( le voleur de fruits ) ; elle croit que l'ordre de cet enlèvement est parti de son mari : elle est faiiguée et demande du thé. — Une vieille drôlesse, qui remplit les fonctions de madame Bon-dos, lui apporte une tasse narcotisée... A peine la femme vertueuse en a-t-elle goûté, qu'elle sent une profonde envie de faire dodo. . .
Tout à coup ce monstre de Morico paraît. . . — Vous êtes enfoncée , madame , lui dit-il ; votre mari vous a plantée là pour
enlever votre cousine : c'est moi qui vous ai fait enlever ; vous êtes dans ma tanière , et vous venez de boire une infusion d'opium.
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
Dans deux minutes vous allez ronfler comme une toupie d'Allemagne Oh! vous me
direz des nouvelles de cette petite infusion... Maintenant, madame...
— Ne m'approchez pas !. . . au secours , à la garde ! . . . Maman ! maman ! ! au secours !
— Madame , calmez-vous , j'ai beaucoup de choses à vous dire et vous n'avez que peu de temps à rester éveillée. . .
— Monsieur, je le dirai à mon ami!...
— Monsieur de La IUNci;>fE?... je m'en moque, madame, je lui ai joué un joli tour de mon métier, ainsi qu'à son ami Ce-serin; ils ne viendront pas nous déranger, vous pouvez dormir tranquille... Vous ne ronflez pas encore?... bon, causons de nos petites affaires
— Oh ! mon mari , mon mari !
— Je vous l'ai déjà dit, madame la comtesse, votre mari aime une autre femme et it
l'a enlevée ce soir... D'ailleurs, il viendrait qu'il ne dirait rien; il préfère être
ce qu'il sera, que d'aller oii je pourrais le mener avec ce morceau de papier...
— 0 mon Dieu !
•— C'est une petite erreur de signature , une folie de jeunesse , peu de chose , un faux ! . . . Mais vous dormez peut-être?...
— Jamais, jamais! je me périrai plutôt... (Elle fait mine de s'enfoncer une aiguille dans le cœur. )
Tout à coup on entend des voix s'écrier : — Mathilde ! Mathilde, arrêtez... La porte vole se précipite sur Morico.
M.\THiLDE tombe évanouie... ou endormie.
en éclats et L.\ R.^ncune suivi de Ce-serin
LEseSTRE
(La Rancine.) Pauvre femme!... endormie... elle est bien heureuse, elle ne nous verra pas jouer!... A nous maintenant, Morico de malheur!
— Mais, messieurs , c'est un abus de la force , un acte arbitraire, une violation de domicile!... Je demande à aller en référé
Monsieur , nous n'abuserons pas de vos moments , vous allez nous écrire une petite lettre par laquelle vous vous reconnaîtrez ravisseur, canaille, assassin Vous la signerez et tout sera
dit mais tout ne sera pas fait, nous vous marquerons ensuite d'un fer
rouge au front...
— Mais c'est horrible !. . . la loi me protégera. . . vous n'oserez pas !
— A la Porte-Saint-Martin l'on ose tout!... et puis, toi, miserrrable ! n'as-tu pas osé porter un regard sur cet angel... Mais tu ne savais donc pas que cette femme m'est sacrée?
— Non , je ne le savais pas.
— Hé bien! tu le sauras... Mais tu ne savais donc pas que, moi qui te parle, je n'ai jamais osé offrir un vœu, une prière, un soupira cet ange... et cependant je suis joliment entreprenant, va!... Non, non, tu ne resteras pas en France... tu n'es pas digne de rester parmi les Frrrrançais ! . . . tu as fait boire un bouillon à cet ange... tu as failli tuer cet ange... tu...
— Tu , tu , tu , — Turlututu ! tu m'embêtes avec ton ange/ Tue-moi donc tout de suite et que ça finisse. . .
( La suite au prochain luunéro.)
Imprime pur Delbiiiie cl l'Ion, a l'^n»