TROISIEME ACTE
Le théâtre est toiipé en tlciix, et nous représente deux chaniljies J'arit)cr{}e (iiii ne :^onI séparées que p;ir une légère cloison. — Dans l'une de ces cliatnhres est Séraphine , endormie sur un canapé, ayant son amant à ses pieds, — hu.x pieds de Séraphiue , bien entendu, — l'autre chambre n'est habitée poin" l'inslani (pie par une chandelle.
Séraphine , enlevée comme vous savez du logement de marbre qui lui avait été accordé par son mari , a été transportée dans une auberge où le chevalier , qui se donne comme le mari de cette dame, la fait traiter par un savant médecin.
Ttje docteur a quitté la malade en lui répondant de sa guérison , pourvu qu'on continuât à lui faire prendre de temps en temps un peu de la liqueur renfermée dans une longue fiole. — Cette liqueur guérissait tous les maux , à ce que disait le prospectus ; — ce devait être de l'eau de Cologne.
Après une scène fort attendrissante entre les deux amants , scène que j'évite de vous décrire pour ménager votre sensibilité et vos foulards , le chevalier quitte Séraphine un instant pour aller commander des chevaux de poste , — les diligences Lafitte et Caillard étant très-mal servies sur cette route.
A peine Séraphine est-elle seule que nous voyons entrer dans la chambre voisine le terrible Monneron , qui est en route pour se rendre à Paris. — Séraphine , qui a cru reconnaître le bruit des bottes de cet être peu chéri , prête attentivement l'oreille , et , eu entendant la voix du personnage , ses doutes se changent en cer-
titude : — c'est le cas ou jamais d'avoir recours au flacon d'eau de Cologue laissé par le docteur.
Ce n'est pas tout : — Monneron reçoit une lettre de son ami , le gouverneur de la province , lettre très-pressée et affranchie , car elle est arrivée par estafette. — Or, cette lettre annonce à Monneron que les bruits les plus inquiétants courent sur son compte dans la province; qu'on l'accuse d'avoir procuré à sa femme une colique mortelle , avec circonstance aggravante de préméditation : — en conséquence , on lui conseille de fuir.
Jugez de la position de Séraphine ! — Collant son oreille contre le trou de la serrure : elle n'a pas perdu un mot de cette lettre , attendu que Monneron a eu la complaisance de la lire excessivement haut.
Lorsqu'elle apprend qu'elle a été empoisonnée par son mari , Séraphine ne peut retenir un cri d'horreur : — tout l'horrible mystère de ses coliques est expliqué !
Ce cri imprudent annonce à Monneron que quelqu'un écoutait ses paroles , et , furieux , il prend son épée , et enfonce la porte pour tuer celui qui a ainsi surpris ce terrible secret! — Mais jugez de l'effroi de Monneron quand il se trouve face à face avec sa femme, sa propre femme, encore revêtue de son blanc costume de fantôme !
A cet aspect, Monneron recule jusque dans sa propre chambre ; et Séraphine profite de cet instant pour s'enfuir : quand son mari, cherchant à bannir une vaine terreur, revient avec une lumière pour vérifier si cette apparition est réelle, il ne trouve plus rien. Comme Monneron est un gaillard et un esprit fort , il prend le meilleur parti , il consulte le maître d'auberge pour savoir à quoi s'en tenir sur ses mystérieux voisins , — et, d'après les indications de cet homme, il reste convaincu que c'est bien Séraphine qu'il vient de retrouver vivante.
Cette découverte change complètement son plan de conduite , et , au lieu de fuir comme un empoisonneur, Monneron part audacieusement pour Paris , oiiil compte bien pouvoir prouver que la mort de Séraphine n'a été qu'une comédie jouée par cette femme pour pouvoir ensuite se faire enlever par son amant.
Sauf, s'il la rattrape un jour, à l'empoisonner de nouveau , et, cette fois pour tout de bon , en la menant dîner dans un restaurant à 32 sous !
MUSÉE ET MAGASIN COMIQUES