POLLION
Me voici ; vous avez
NORMA
Il se peut. Écoutez :
Il était une fois une belle princesse Qu'un beau prince entourait d'une fausse tendresse ; La pauvre femme , hélas ! crédule à ses douceurs , Rêva des jours tressés d'ambroisie et de fleurs ; Elle crut à l'amour du beau prince. Insensée! Car, tandis qu'elle était de chimères bercée, Le monstre la trompait, ainsi qu'ils le font tous ; Or, je suis la princesse, et le monstre... c'est vous!...
Stupeur de Pollion à cette explosion inattendue, il veut en vain balbutier quelques excuses; un mais justificateur expire sur ses lèvres coupables. Norma , sans lui donner le temps d'improviser la moindre apologie, continue avec une fureur croissante :
Ah! voilà donc le jeu que vous jouez, messire! Il est plaisant, d'honneur! et je vais bien en rire. Car j'en pleure ; pourquoi me fîtes-vous un cœur , O nature !
POLUON .
Pardon, Norma...
NORMA
Paix, imposteur!
Trahison , perfidie et mensonge est en somme La somme des vertus de ces dandys de Rome ! Mon Dieu, que leur importe, à ces nobles seigneurs , Un cœur de plus ou moins? ils en ont tant, de cœurs ! Et que fait, après tout, une femme qu'on raille. Pourvu qu'on ait dans l'œil un beau lorgnon d'écaillé! Je connais les replis de ton cœur criminel , Dédale de noirceurs , labyrinthe de fiel , Où l'on voit s'agiter de coupables pensées. Comme font dans les mers les vilains cétacées , Ou comme au fond des bois s'agitent en tout sens Des noirâtres fourmis les bataillons rampants ; Bateleur ! histrion !