‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 5 sur 70 · SUITE. J · texte numérisé non relu

SUITE. J

Apollon , qui voiturait habituellement le soleil autour de la terre , se trouvant un matin fort enrhumé , voulut garder la chambre et confia son carrosse à Phaéton , l'un de ses fils. Phaéton , jeune dandy qui conduisait fort bien un tilbury dans les Champs-Elysées , eut la présomption de croire qu'il conduirait également le char de son papa. Mais autre chose est de mener un cheval normand dans une allée droite et sablée , ou de conduire à grandes guides , dans un terrain accidenté et mouvant comme sont les nuages , quatre

gaillards pur sang , tels que Eoûs , Phlégon , Ethon et Pyroïs Bientôt , en effet , les coursiers emportés prirent le mors aux dents ;

le char , cruellement cahoté , vint heurter les bornes du ciel , et Phaéton , précipité de son char , se brisa la tête sur l'angle d'un brouillard.

Le ciel et la terre s'embrasèrent aussitôt , les nuages se prirent à flamber comme des allumettes , les étoiles se mirent à pétiller et la lune à roussir ; les dieux n'étaient pas à la noce , il faisait dans le paradis une chaleur d'enfer. Vénus , Junon et la chaste Pallas elle-même commençaient à s'enflammer. Jupiter entra dans une colère de lion , secoua sa crinière et foudroya le maladroit cacher ; mais cela n'éteignait pas l'incendie.

membres du Caveau et autres rococos qui usurpent cette divine filiation ) il ne faut pas oublier V Aurore aux doigts de rose , comme disent les poètes.

L'Aurore avait pour mission d'ouvrir les volets de l'univers ; c'était un beau brin de fille à qui il prit fantaisie de faire

Le ciel ni la terre, rien n'était assuré. Heureusement les pompiers arrivèrent à temps pour concentrer le feu et. s'en rendre maîtres.

Parmi les enfants d'Apollon (nous ne parlons pas ici des

accorder l'immortalité à Tithon , son mari. — Bientôt cependant

MUSEE PHII.XPOM.

elle en eut du regret et le changea en cigale. Toutes les déesses, cela est à remarquer , métamorphosèrent leurs maris d'une manière ou d'une autre.

Diane , fille de Jupiter et de Latone , faisait voir la lune aux mortels. — Actéon , ayant voulu la voir de trop près , fut par elle métamorphosé en cerf.

A U bOiH CO I

Bacchus , fils de Jupiter , eut pour précepteur le gros Silène , qui lui enseigna l'art de boire , dans lequel cet élève obtint de si brillants succès , qu'il devint le patron des ivrognes.

de corail ; outre les huîtres , les homards, les harengs saurs et les morues , la mer compte encore au nombre de ses productions Vénus , patronne des Lovelaces , des Faublas et des poupées.

Zéphire la conduisit dans l'île de Ch) pre , où les Heures tenaient un pensionnat pour les deux sexes.

Outre les pipes d'écume , les colliers de perles et les bracelets

Vénus trouva en elles des institutrices ailées (lisez, si cela vous plaît, des institutrices zélées) , qui firent les plus louables efforts pour l'éduquer convenablement ; mais Vénus , devinant que pour une femme la beauté tient lieu d'esprit et de savoir , n'en prit qu'à son aise.

Aussi , lorsque Jupiter voulut voir si elle avait un peu pioché , si elle avait répondu aux sacrifices qu'on avait faits pour elle , reconnut-il que sa protégée n'était forte , ni sur les mathématiques , ri sur la chimie , ni sur l'histoire ; en un mot , qu'elle n'était bonne qu'à jouer les rôles de jeune-première... C'est pour-

MUSEE ET MAGASIN COMIQUES

quoi il lui donna le domaine de In beauté à gérer , et lui fit épouser un vieux peu ragoûtant , nommé Vulcain.

Ce Vulcain était fils de Jupiter lui-même et de Junon. Seul enfant légitime du premier dieu de l'Olympe qui en eut beaucoup — d'enfants; il était un chef-d'œuvre de laideur et tellement remarquable sous ce rapport que son tendre père en eut horreur et le précipita du ciel. L'avorton céleste roula un jour entier dans le vague des airs, et arriva le soir dans l'île de Lemnos , oii les habitants le reçurent comme un présent du ciel. Hélas I dans sa chute il se cassa une cuisse, c'était le moins qu'il pût se casser en tombant de cette hauteur.

Mais si la nature lui avait refusé les grâces du physique, elle lui avait prodigué les dons du génie. Dès sa plus tendre jeunesse il se livra au culte des métaux ; ce fut lui qui inventa l'étamage des casseroles, le maillechort, le plaqué, le métal d'Alger et la poudre à faire briller le cuivre.

Tant de talents lui rendirent l'estime de son papa , et Jupiter

le rétablit dans tous ses droits: mais l'enfant conservait une dent

contre sa respectable mère qui avait abusé du droit maternel en

le faisant difforme. Junon lui dit un jour :

Il Vous êtes laid, mon fils, et je suis votre mère,

•> J'en porte la peine ; mais quoi !

!• Si vous ffjles doué d'iiiie l.iideur amére,

» Est ce plutôt ma faute à moi, » Que la faute de votre père ? "

'Vulcain, ne trouvant rien à répondre à ce raisonnement captieux , pardonna les auteurs de ses jours et vécut avec eux en bonne intelligence.

Sur ces entrefaites, les Titans entreprirent d'escalader le ciel, et Jupiter, abandonné de tous les dieux, reçut de son fils un très-puissant secours, car Vulcain lui fabriqua la foudre, et les Titans furent terrassés.

Ses ateliers étaient situés dans les cavernes du mont Etna , où il travaillait en compagnie de ses cyclopes, géants qui n'avaient qu'un .œil percé au milieu du front.

Réconcilié avec son papa , Vulcain lui demanda la main de Minerve; mais cette déesse s'était jusqu'alors promis de garder sa liberté et se sentit plus que jamais éloignée du mariage. Jupiter, trop galant pour la contraindre, s'écria :

■I L'occasion vous est offerte,

>> Vous, ma fille, de résister;

» Et vous, mon fils, de l'emporter :

■) Ainsi, mes enfants guerre ouverte. »

La guerre se fit donc. Minerve résista comme une prude,

Vulcain attaqua comme un forgeron, et le résultat de la bataille

fut la naissance de Erésichthon, l'inventeur des chars ù l'aiicpataches et autres véhicules de l'ancien régime.

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